CHAPITRE 15 : LE VENIN DU PASSÉ ET LE SILENCE DE GLACE
POV : Kira
Le soleil de 8 heures frappait violemment contre les vitres de la chambre, mais ce n'est pas la lumière qui m'a tirée du sommeil. C'était ce bourdonnement insistant sur la table de nuit. Un iPhone qui vibrait sur le marbre, une mélodie FaceTime qui déchira l'intimité de notre cocon.
Ismaël dormait encore profondément, le bras jeté en travers de mon oreiller, son souffle régulier sur mon épaule. Je me suis étirée pour attraper l'appareil, pensant que c'était peut-être Moussa ou un de ses lieutenants pour une urgence de chantier.
Mais quand l'écran s'est allumé, mon sang s'est glacé.
"Lina 💅✨". Une photo de profil d'une fille aux lèvres pulpeuses et au regard provocateur s'affichait en plein écran. Sans réfléchir, l'adrénaline remplaçant le sommeil, j'ai glissé pour décrocher.
Le visage de la fille est apparu. Elle était maquillée comme pour un tournage, les cheveux lissés. Son sourire s'est figé quand elle a vu ma tête ébouriffée et le décor de la chambre.
— « Allô ? Isma... ? T'es où bébé ? Je t'attends pour... »
— « "Bébé" ? » j'ai craché, ma voix tremblant de rage pure. « "Bébé" il est dans son lit conjugal avec sa femme, espèce de traînée. »
— « Sa femme ? » Elle a eu un rire nerveux et méprisant. « Ah, la petite du quartier ? Écoute, Ismaël il a besoin de souffler un peu, tu sais comment il est. Ne crois pas que ton alliance change ses habitudes. »
— « Écoute-moi bien, pauvre fille », j'ai dit en serrant le téléphone à en blanchir mes jointures. « Si je revois ton nom s'afficher sur ce téléphone, je te traque, je te trouve, et je te jure que tes extensions, je m'en servirai pour nettoyer le sol de ma nouvelle cuisine. Bloque ce numéro et va te trouver une dignité, parce qu'ici, t'es juste un vieux souvenir que je vais effacer. »
J'ai raccroché violemment. Le silence qui a suivi était assourdissant. Des larmes brûlantes, de ces larmes qu'on ne peut pas contenir, ont commencé à rouler sur mes joues. La douleur était physique. Toute la confiance, toute la douceur de la nuit s'évaporait, remplacée par un sentiment de trahison insupportable. Je me sentais sale, idiote d'avoir cru au conte de fées.
Soudain, trois petits coups discrets ont retenti à la porte.
— « Maman Kira ? J'ai faim... Tu viens faire le chocolat ? »
C'était Yanis. Sa petite voix innocente a agi comme une douche froide. Je me suis essuyé les yeux d'un geste rageur. Ismaël commençait à bouger, alerté par mes mouvements brusques.
— « Kira ? Qu'est-ce qu'il y a... ? » a-t-il marmonné, la voix encore pâteuse.
Je ne l'ai même pas regardé. Je me suis levée, j'ai enfilé ma robe de chambre en satin et j'ai ouvert la porte à Yanis sans un mot pour l'homme dans le lit. J'ai pris le petit par la main, ignorant Ismaël comme s'il n'était qu'un meuble de la pièce.
POV : Ismaël
Je me suis réveillé dans un brouillard total, mais l'atmosphère dans la chambre était assez lourde pour m'étouffer. J'ai vu Kira se lever, raide comme un piquet, le visage fermé. J'ai aperçu ses yeux rouges, gonflés. Ma première pensée a été que j'avais fait quelque chose de mal dans mon sommeil, ou qu'elle regrettait la nuit passée.
— « Kira ? Qu'est-ce que t'as ? »
Elle est sortie de la chambre avec Yanis, fermant la porte derrière elle sans même me jeter un regard. Un froid polaire s'est installé dans la pièce. Je me suis redressé, cherchant une explication, quand mon regard est tombé sur mon téléphone, posé à l'envers sur la table de nuit.
Je l'ai pris. Journal d'appels. Lina. Appel FaceTime. Durée : 45 secondes.
— « Oh merde... » j'ai lâché en me prenant la tête dans les mains.
Lina. Une erreur du passé, une fille que je fréquentais avant de savoir que ma vie allait basculer avec Kira. J'avais oublié de la bloquer, j'avais oublié qu'elle existait. Mais pour Kira, c'était la preuve que j'étais le s******d qu'elle imaginait au début.
Je me suis habillé en quatrième vitesse et je suis descendu dans la cuisine. Kira était debout devant la cuisinière, préparant le chocolat de Yanis. Ses gestes étaient précis, mécaniques. Yanis lui racontait une histoire de dessins animés, et elle lui répondait avec une douceur forcée, mais dès que je suis entré, elle s'est murée dans un silence de tombe.
— « Kira, laisse-moi t'expliquer. Ce n'est pas ce que tu penses. »
Elle a versé le lait dans le bol de Yanis sans même ciller. Elle agissait comme si j'étais invisible, comme si je n'existais plus.
— « Kira, regarde-moi quand je te parle ! » j'ai dit, un peu plus fort, mon agacement commençant à monter face à ce mur de glace.
Rien. Elle a donné une tartine à Yanis, lui a fait une caresse sur les cheveux, et a commencé à débarrasser la table.
— « Papa, pourquoi maman Kira elle parle pas ? » a demandé le petit, sentant la tension.
— « Elle est juste fatiguée, champion », j'ai répondu en fixant Kira. « Mais elle va m'écouter, parce qu'elle sait que je n'ai rien à me reprocher. »
Kira a enfin levé les yeux. Mais ce n'était pas le regard pimenté de la lionne. C'était un regard vide, déçu, le regard d'une femme qui vient de se rappeler pourquoi elle ne voulait pas de ce mariage. Elle a pris son éponge, a nettoyé le plan de travail, puis est sortie de la cuisine pour aller dans le salon, laissant mon explication mourir dans ma gorge.
Elle m'ignorait. Elle me rayait de sa matinée. Et je savais que pour regagner sa confiance, il allait falloir bien plus qu'une simple excuse. Le Lion venait de se faire mordre, et la blessure était profonde