Chapitre 4

1799 Words
CHAPITRE 4 : LE CALME AVANT LA TEMPÊTE ET LE RETOUR DU "LION" POV : Kira Le réveil a sonné comme une alarme de fin du monde. J’ai ouvert les yeux, le corps lourd, avec cette sensation de gueule de bois sans avoir bu une goutte. Ma mère, Yama, dormait encore à mes côtés, son visage apaisé par le sommeil mais marqué par les traces de larmes de la veille. Je me suis glissée hors du lit sans faire de bruit. J’ai commencé ma routine, celle qui me donne l’impression de garder le contrôle quand tout fout le camp. Douche brûlante pour réveiller mes muscles, un coup de crayon noir bien net sous les yeux pour me donner un air de guerrière, et ma meilleure tenue de vendeuse de Châtelet : un pantalon cargo stylé et un top ajusté. J’ai mis ma fierté en guise de parfum et je suis sortie de la chambre. Le petit-déjeuner du destin Au salon, l’odeur du café et du pain grillé flottait, mais l’ambiance était toujours aussi tendue que les câbles d’un ascenseur. Baba était à sa place habituelle, scrutant les infos. Mes frères, Moussa et Yassine, mangeaient en silence, évitant de croiser mon regard. Je me suis assise à table, j’ai versé mon café avec une précision chirurgicale. Le bruit de la cuillère contre la tasse était le seul son dans la pièce. — « Baba », j’ai lancé, la voix claire, sans trembler. Il a tourné la tête vers moi, le regard incertain. — « J’ai réfléchi toute la nuit avec Yama. J’accepte. Pour elle, pour la paix dans cette maison, et pour ta parole. Je vais épouser Ismaël. » Un soupir de soulagement collectif a traversé la pièce. Baba a hoché la tête, presque ému, mais il n’a rien dit. Moussa m’a jeté un regard bizarre, un mélange de respect et de pitié. — « C’est bien Kira. C’est une décision de grande », a-t-il murmuré. — « Ne vous emballez pas », j’ai coupé court en me levant. « J’accepte le contrat, mais je garde ma liberté. Je vais au boulot. À ce soir. » J’ai ramassé mon sac et je suis sortie, ignorant les « Qu’Allah te guide » de ma mère qui venait de se réveiller. Le choc du retour Ma journée au magasin a été un enfer. J'avais l'impression de jouer la comédie avec les clientes. Chaque fois que je vendais une robe, je pensais à ma propre "robe de prisonnière". Je suis rentrée tard, épuisée, espérant juste trouver le silence et mon lit. Mais dès que je suis arrivée sur le palier, j'ai entendu des rires. Pas des petits rires polis, mais des éclats de voix d'hommes qui s'entendent bien. J'ai poussé la porte et je me suis figée. Le salon était plein. Les parents d'Ismaël, des gens d'une élégance rare, étaient assis avec Baba et Yama, buvant le thé comme s'ils étaient chez eux depuis dix ans. Ma mère souriait enfin, soulagée de voir que les "beaux-parents" étaient respectables. Mais c'est au milieu du salon que mon cœur a manqué un battement. Moussa et Yassine étaient pliés en deux, en train de rigoler avec un mec assis sur le petit fauteuil. Il portait un ensemble de sport sombre et une capuche rabattue sur la tête qui cachait la moitié de son visage. C'était Lui. Ismaël. Il était là, dans ma maison, en train de faire des blagues avec mes frères comme s'ils étaient en bas de la tour en train de traîner. La complicité était évidente. C’était ses potes, c’était sa zone. Le salut de glace Quand je suis entrée, le silence s'est fait, mais un silence bienveillant. Ses parents se sont levés avec des sourires chaleureux. — « Salam benti », a dit sa mère avec une douceur qui m'a presque désarmée. J'ai fait l'effort. J'ai salué les parents avec le respect qu'on m'a appris, la main sur le cœur. J'ai évité le regard d'Ismaël, mais je sentais son attention braquée sur moi sous sa capuche. Il n'a pas bougé, il est resté là, nonchalant, avec ce petit sourire arrogant qui disait : « Je suis déjà dans la place, Kira. » — « Je suis fatiguée, j'ai eu une longue journée à Châtelet », j'ai dit à l'assemblée en essayant de ne pas paraître trop impolie. « Je vous laisse. Bonne soirée. » J'ai traversé le salon comme une ombre. En passant devant Ismaël, j'ai perçu son odeur : un mélange de tabac froid et de parfum très cher. Il a juste hoché la tête sous sa capuche, un geste de bandit de luxe. Je me suis enfermée dans ma chambre, le cœur battant à 200 à l'heure. Ils rigolaient. Ils étaient tous d'accord. J'étais la seule à sentir le poids des chaînes. Je me suis jetée sur mon lit, tout habillée, et j'ai fermé les yeux pour essayer d'effacer l'image de mon futur mari en train de conquérir ma famille avec un simple sweat à capuche. J’étais roulée en boule sur mon lit, les yeux fixés sur le mur, essayant d’étouffer les rires qui fusaient du salon. Pour moi, ces éclats de voix, c’était le bruit des clous qu’on enfonçait dans mon cercueil de liberté. J’avais juste envie de disparaître sous ma couette jusqu’à la fin du siècle. Soudain, on a frappé doucement. La porte s'est entrouverte et le visage fatigué de Yama est apparu. Ses yeux me suppliaient. Elle s'est approchée et s'est assise sur le bord du matelas. — « Benti... s'il te plaît », a-t-elle chuchoté en me caressant les cheveux. « Fais-le pour moi. Ses parents sont là, ils sont venus avec le cœur ouvert. Ne me fais pas honte devant eux. Sors juste pour le dîner. Lave ton visage, remets un peu de parfum, et montre-leur que j'ai bien élevé ma fille. » Elle avait cette voix, celle qui te fait sentir coupable d’exister si tu refuses. J'ai soupiré, un long soupir de défaite. — « D'accord, maman. Juste pour toi. Mais après, je disparais. » Je me suis levée comme une automate. Je suis passée par la salle de bain, j'ai jeté de l'eau glacée sur mon visage pour éteindre le feu de mes joues. J'ai brossé mes boucles, j'ai remis un trait de khôl pour durcir mon regard et j'ai enfilé une robe longue plus sobre, mais qui marquait quand même ma taille. Si je devais aller au combat, j'irais avec classe. Un dîner sous haute tension Quand je suis revenue au salon, la table était dressée. L'odeur du tajine de Yama aurait pu réveiller un mort, mais j'avais l'estomac noué. Je me suis assise en face d'Ismaël. Il avait enfin enlevé sa capuche. Ses cheveux étaient courts, bien taillés, et ses yeux noirs étaient comme deux aimants. Il me fixait avec une intensité qui me donnait envie de lui envoyer mon verre d'eau à la figure. Le repas s'est déroulé dans une ambiance étrange : les parents parlaient de traditions, de commerce, de l'avenir. Mes frères, Moussa et Yassine, faisaient les beaux, fiers d'être assis à la même table que le "Lion" de la cité. Ismaël, lui, mangeait calmement, répondant avec politesse, jouant le gendre idéal à la perfection. Un vrai pro de la manipulation. À la fin du repas, Baba a posé son verre de thé et a regardé Ismaël, puis moi. — « Bon, les jeunes. Allez en cuisine débarrasser un peu et discuter dix minutes. C’est bien de se parler en tête-à-tête avant le grand jour. » J'ai cru que j'allais m'étouffer avec mon pain. — « Mais Baba... » — « File, Kira ! » a tranché Moussa avec un clin d'œil complice à Ismaël. Le tête-à-tête : Cash et piment On s'est retrouvés dans la cuisine étroite. Je faisais semblant de ranger les assiettes avec une violence mal contenue, faisant claquer la vaisselle. Ismaël s'est adossé au frigo, les bras croisés, m'observant avec ce petit sourire en coin qui me rendait dingue. — « Tu vas finir par casser les assiettes de ta mère, la sainte », a-t-il lancé d'une voix grave, un peu moqueuse. Je me suis retournée d'un coup, l'éponge à la main. — « Écoute-moi bien, Demir. Je sais pas quel deal t'as fait avec mon père, mais crois pas que je suis une petite soumise. Tu peux acheter mes frères avec tes blagues et tes caisses, mais moi, tu m'achètes pas. » Il a lâché un petit rire, un son rauque qui m'a fait frissonner malgré moi. — « Ton caractère et ta grande bouche, c’est ça qui me plaît, Kira. Si je voulais une femme qui ferme sa gueule, j'aurais pris une poupée en plastique. Mais j'aime quand ça répond. J'aime le piment. » Il a fait un pas vers moi, réduisant l'espace. Son odeur de parfum boisé a envahi mes narines. Ses yeux ont descendu lentement sur mon corps, sans aucune gêne. — « Et puis, on va pas se mentir... T'es pas seulement une grande gueule. T'as des fesses qui font tourner la tête à tout le quartier et tes seins pointus sous ton haut, là... ça me donne pas envie de parler de météo. » J'ai senti le sang me monter au visage. L'insolence du mec ! — « T'es dégueulasse ! » j'ai craché. — « Je suis honnête », a-t-il répliqué en redevenant sérieux d'un coup. « Mais puisque tu veux faire la grande, je vais te dire un truc que personne ici ne sait. Pas même tes frères. » Il s'est penché à mon oreille, sa voix n'était plus qu'un murmure : — « J’ai un fils, Kira. Il a cinq ans. Il s'appelle Yanis. Sa mère est partie depuis longtemps. Si tu entres dans ma vie, tu prends tout le pack. L'argent, les voitures, le danger... et mon gamin. » Le choc a été comme une gifle. Je suis restée plantée là, l'éponge à la main, le regard vide. Un fils ? Le Lion de la cité avait un petit lionceau caché ? Il m'a regardée une dernière fois, a pris un morceau de gâteau sur le plan de travail, et m'a fait un clin d'œil avant de sortir de la cuisine. — « On se voit demain à la sortie de ton taf. Sois pas en retard, j'aime pas attendre. » Je suis restée seule dans la cuisine, le cœur battant la chamade, entre la rage d'être ainsi dévisagée et le poids de ce secret qu'il venait de me jeter au visage. Sans dire un mot de plus, je suis passée par le couloir, j'ai ignoré les appels de Yama et je me suis enfermée dans ma chambre pour essayer de digérer la nouvelle. Le mariage forcé venait de devenir beaucoup plus compliqué que prévu.
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