-Bippp Bipp Bipp !! C’est bon, nous sommes à destination madame.
J’ouvre subitement les yeux avant de me rendre compte que j’étais entrain de m’endormir. Je suis bien arrivée à destination. Je jette un coup d’œil à l’arrière du bus et je constate que je suis la seule à ne pas être encore descendue.
-Gracias, lui disais-je avant de descendre du bus.
Une fois descendue, je jette un coup d’œil à ma montre. Il est presque minuit. Je réajuste mon sac accroché à mon épaule puis je m’engage dans la ruelle qui mène à ce fameux bar. C’est quelques mètres devant encore. Être seule dans une rue aussi sombre ne me rassure pas du tout. En plus cette rue est très mal éclairée. J’ai très peur même si les cris de détresse, les coups de feu, les corps sans vies dans des ruelles, ou encore les femmes victimes de viol font partie de notre quotidien à Tepito. Je ne connais pas très bien la ville, mais ma cousine, si. Le temps est glacial et même mon manteau ne m’aide plus beaucoup. Le bruit des criquets dans cette nuit profonde n’arrange rien à la peur qui m’anime. Je suis venue jusqu’ici alors hors de question de faire demi tour. Je continue mon chemins en étant sur mes gardes.
*********
Après quelques minutes de marches, j’arrive enfin devant le bar en question. C’est écrit sur l’enseigne: Makomba. Ça a l’air très calme. Je ne vois pas de foule ou une longue queue comme à la télévision, par contre je vois un homme super géant assis devant la porte. C’est le gardien qui surveille les entrées et venues, je suppose. Je m’approche lentement avec des pas méfiants. Il me sonde longuement avec ses yeux. Mais lorsqu’il se rend compte que j’étais qu’une petite ado cherchant sa grande sœur, ses traits se décontractent.
-Buenas tardes (bonsoir), je cherche Catalina. Me décidai-je à dire.
-Tu es qui pour elle ?! Me demande-t-il durement.
-Sa cousine. Dites lui simplement que c’est Andrea. Elle comprendra. Ai-je répondu sur le même ton.
Le mot cousine l’a forcément convaincu. Parce qu’il m’a laissé entrer. Un fois dans le bar, j’ai été accueilli par l’intensité de la musique. J’ai horreur du bruit. C’est bondé de monde par ici. Je regarde un instant autour de moi. Il y a une piste de danse et des barres de striptease. Je vois des filles se mouvoir sensuellement au rythme de la musique. Catalina travaille vraiment ici ?! Fait-Elle ce genre de chose aussi ?! Je chasse rapidement cette idée de ma tête avant de river mon regard autour de moi. Je ne la vois nul part, pourtant il y a plusieurs serveuses qui s’activent à satisfaire les clients. J’aperçois une serveuse en face de moi. Je m’approche rapidement d’elle avant de la perdre à nouveau de vue. Je lui touche l’épaule, elle se retourne vivement pour me toiser.
-Désolé, Vous savez où se trouve Catalina ?! C’est ma cousine, ai-je crié pour couvrir l’assourdissant bruit de la musique.
-A l’étage. Répond-t-elle simplement en pointant du doigt le premier étage.
Je ne perds plus de temps, je grimpe les marches des escaliers pour me retrouver à l’étage. Je tombe sur un grand espace ouvert. Je suis choquée par le petit chaud sur lequel je suis tombée: des hommes couverts de tatouages sur tout le corps. Ils me dévisagent malgré qu’il ont sous leurs bras des femmes, très peu vêtues. Tout ça m’indique que je suis dans le nid du cartel de ma ville. Le Cartel de Lino. Tout le monde le connaît ici à Tepito ainsi que son bras droit.
Je continue d’avancer au fond de cet espace puis je vois une fille de dos, à moitié couverte. C’est ma cousine. C’est Paloma. Cheveux mi longs, coloration blonde. Elle est à califourchon sur un homme. Ils s’embrassent. Je décide d’entrer en action. Avec le peu de courage que je détient je me précipite vers eux puis je me saisis de l’épaule de ma cousine que je dirige vers moi avec force. Lorsqu’elle me voit, son visage se tord d’étonnement.
-Andrea ?!
-Catalina, qu’est-ce que tu fais à califourchon sur cet homme ?! Tu as perdu la tête ?!
-Calmes toi, ce n’est pas ce que tu crois. Essai-t-elle de me convaincre en descendant de sur cet homme, qui reste d’ailleurs silencieux et nous observe.
Je décide de jeter un coup d’œil sur lui. J’ai regretté la seconde suivante lorsque ses yeux sombres m’ont toisé. Il a l’air très dangereux.
-Pourquoi traine-tu avec ce genre de mec ?! C’est donc ça être serveuse ?!
-Non- …att..tends …je vais tout t’expliquer. Essai-t-elle en vain de convaincre.
-p****n mais t’es qui toi pour débarquer ici et piailler de telles sottises ?! Crie le mafieux à mon égard.
Je l’ignore.
-Habille toi et on rentre. Une fois à la maison, tu m’expliqueras tout.
Elle enfile sa chemise à la vas vite.
-S’il te plaît beb-, avait-elle commencé à dire au mafieux.
-Hé !! Fermes moi ta gueule. Je parle à ta copine.
Ce qui a eu le don de m’énerver encore plus. Mais j’ai lu sur le visage de Catalina que les mots du mafieux l’ont blessé. Pourquoi ?! Ou peut-être que c’est lui, le petit ami dont elle me parle toujours.
-Ne t’adresse plus jamais de la sorte à ma cousine et toi Catalina, dépêches toi.
Elle finit à peine d’enfiler son teeshirt, que je la tire par le bras pour que nous partons de ce endroit dangereux.
Il ne dit absolument rien et nous regarde nous en aller.
Une fois à l’extérieur. Je tire une bonne bouffée d’air sous le regard gêné de ma cousine avant de recommencer à parler.
-Tu es garée où?!
-Juste là, allons-y.
Je la suis, puis nous montons dans la voiture avant qu’elle ne démarre. Tout le trajet s’est fait en silence.
-J’attends que tu m’expliques.
-En fait, ce n’est pas ce que tu crois Andrea.
-Et je crois quoi à ton avis ?!
-Que je suis une pros-
-Et t’es sure que ce n’est pas le cas ?? Écoute, ce sont tes oignons. Et c’était qui ce mec?! Ton copain la ?!
-Oui.
-Tu te fous de moi là ?!! C’est un mafieux !!
-Oui et je l’aime. Ça tu devras l’accepter ?!
-Quoi ?! L’accepter !! Tu t’entends parler au moins ?!
-Oui, Reven m’aime aussi-
-Attends juste une seconde. Nous parlons du même Reven ?!
-Oui, le bras droit de Lino.
-Mais raison de plus pour savoir que t’es un p******l pour lui.
-Je t’interdis de redire ça. Il m’aime et moi aussi.
-Mais regardes la manière dont il t’a répondu tout à l’heure ?! Ressaisis toi, tu as intérêt à ne plus le voir. Nous allons bientôt finir les cours et par la grâce de Dieu obtenir nos bourses et partir d’ici.
- C’est bon. Ça suffit. Crie-t-elle. Je sais que ce n’est pas le meilleur choix mais c’est à prendre ou à laisser. Je l’aime. Je ne contrôle pas mes sentiments alors arrêtes avec tes leçons de morale. Toi t’es là sainte ni touche tout le monde est au courant, moi je ne le suis pas. Alors laisses moi vivre ma vie.
-Ok bonne nuit alors, je ne t’importunerai plus.
Je sors de la voiture sans lui laisser le temps d’en rajouter puis je m’en vais. Je veux juste ce qu’il y a de bien pour elle. C’est ma sœur. Et même si elle a un problème et qu’elle venait m’en parler je l’aiderai si je le peux sans penser à tout ce qu’elle m’a dit aujourd’hui. Elle m’a indirectement balancé à la figure que je devrais m’occuper de mes oignons ?! Ah ça c’est une première. Je tacherai de rester à ma place à l’avenir. Mais comment pourrai-je si ma sœur traine avec le bas droit de Lino. C’est un cartel, ce sont des mafieux, des hommes dangereux.
J’entre chez moi puis je me dirige rapidement dans ma chambre. Je ferai mieux de dormir. Ça me changera les idées sur tout ça.