6.
Ullaktuit, les « coureurs » : le Baudrier d’OrionVoici la légende des trois coureurs. Un orphelin vivait avec sa grand-mère. Ils habitaient près de voisins parmi lesquels vivait un vieux nommé Uttuqaluapik. Chaque fois que l’orphelin allait rendre visite à Uttuqaluapik, celui-ci chantait la mélopée suivante :
– Toi, petit orphelin, va manger l’os de la queue de ta mère, et dévore les bouts de chair !
Fort longtemps, le garçon se retint de mentionner à sa grand-mère le chant d’Uttuqaluapik. Quand il se décida enfin à lui en parler, elle lui dit :
– Si le vieux te redit sa chanson, chante-lui à ton tour celle-ci : Il a tué son beau-frère en cachette. Son beau-frère est son secret. Tu l’as noyé dans la faille voisine entre les glaces de la banquise, et sauve-toi vite loin de la maison. S’il te poursuit, je viendrai à ta rescousse.
Ainsi, quand l’orphelin alla de nouveau rendre visite à Uttuqaluapik, le vieux répéta son air connu, à savoir :
– Toi, petit orphelin, va manger l’os de la queue de ta mère, et dévore les bouts de chair !
Alors, le garçon, suivant les instructions de sa mère-grand, chanta ceci :
– Il a tué son beau-frère en cachette.
Son beau-frère est son secret.
Tu l’as noyé dans la faille voisine entre les glaces de la banquise,
et se sauva à toute vitesse.
Le vieux Uttuqaluapik, grommelant et accusant le gamin d’être une mauvaise langue, descendit de son lit sur le plancher, prit un marteau utilisé pour piler la graisse dans la chandelle qullip et partit à la poursuite du mioche. Celui-ci tenta de se cacher derrière l’igloo, mais le vieux le découvrit, lui courut après. Ils tournaient autour de l’igloo. La vieille grand-mère, voyant ce qui se passait, sortit pour défendre son petit-fils. On aurait pu les voir tous les trois tourner autour de l’igloo. Ceux qui étaient à l’intérieur pouvaient les entendre courir. Puis, soudain, il se fit silence. Quelqu’un sortit observer ce qu’il en était. Les coureurs étaient partis. Ils étaient apparemment montés au ciel, où l’on peut les voir, de nos jours, en file droite, également séparés l’un de l’autre, formant une ligne en travers. On les appelle les coureurs. Le nom du vieux Uttuqaluapik signifie « le petit vieux ». Le garçon s’appelait Iliarjugaejuk, « petit orphelin ». J’ai oublié le nom de la grand-mère.