Le retour

4892 Words
Diana resta au bras du commissaire jusqu’à la fin de la soirée, pour son plus grand plaisir. Il était le seul homme présent à être accompagné de deux femmes, aussi élégantes l’une que l’autre. Elle souriait, jouait la fille irréprochable, attentive, polie, presque sage… tout en laissant parfois échapper un bâillement discret. Une rencontre imprévue retarda cependant son départ vers Alex. Victor se redressa légèrement et serra la main de la nouvelle venue avec un sourire maîtrisé. — Madame la sous-préfète… Je ne m’attendais pas à vous croiser à une simple exposition photo. — Commissaire de Saint Martin… Je suis de passage. Je voulais simplement saluer quelques connaissances. Madame de Saint Martin, comment allez-vous ? — Très bien, merci. Ravie de vous revoir. La femme tourna ensuite son regard vers Diana. — Et voici Alienor ? — Presque… à quelques lettres près, répondit Diana avec un sourire. Je suis Diana, leur filleule. Je suis honorée de rencontrer une sous-préfète. C’est très inspirant de voir une femme à un poste comme le vôtre. — Merci. Je suis fière si cela peut donner envie à de jeunes femmes de prendre leur place. — Vous êtes donc… un peu sa supérieure ? demanda Diana avec un naturel désarmant. La sous-préfète rit doucement. — Disons que c’est plus complexe… Mais pour faire simple, oui. — Alors peut-être pourrez-vous répondre à une question que je me pose. — Je peux au moins essayer. — Pensez-vous que la police s’occupe suffisamment des affaires de pédocriminalité ? Victor passa aussitôt un bras autour des épaules de Diana. — Ma filleule travaille auprès des enfants, expliqua-t-il calmement. Cette cause lui tient beaucoup à cœur. Je lui ai déjà expliqué que nous faisions tout ce que nous pouvions. — Je n’en doute pas, commissaire. Mais pour répondre honnêtement… non, ce n’est pas suffisant. Nous tentons d’obtenir davantage de moyens, mais ce n’est pas une priorité pour nos supérieurs. Elle se tourna vers Diana avec un sourire appuyé. — N’hésite pas à m’écrire si tu estimes que ton parrain ne fait pas assez bien son travail. Un échange de regards, un sourire entendu… puis elle prit congé. Victor se sentit pris au piège. La sous-préfète n’était pas une alliée. Ils ne s’entendaient pas, et il savait qu’elle n’attendait qu’un faux pas. Il lui fallait gagner la confiance de Diana sans perdre celle de son entourage… Et Catherine avait raison : continuer à couvrir Hervé mettait sa carrière en danger. Son regard se posa sur Diana. Machinalement, il effleura le dos nu de la jeune femme, le geste se voulant protecteur plus qu’autre chose. Le souvenir de la scène précédente lui revint malgré lui, et il se força à se recentrer. Il sentit sa peau frémir sous ses doigts. — Tu n’es pas trop fatiguée ? — Non… mais je ne vais pas tarder à rejoindre Alex. Attention, commissaire… Si votre main descend plus bas, personne ne croira que je suis seulement votre filleule. — Ce n’est pas ma faute si tu portes une robe dos nu. On ne peut plus avoir un geste affectueux sans qu’il soit mal interprété. — Gardez simplement vos mains loin de ma taille. Il esquissa un sourire. — Alex ne devait pas sortir avec ses amis ? — Il est rentré. Je crois qu’il n’a pas le moral… ça m’inquiète. Victor hésita. — Je ne sais pas si je devrais te le dire… Mais il sentait l’alcool, il y a quelques jours. Diana fronça les sourcils. — Il lui arrive de boire une bière… — Ce n’était pas une bière. — Oh… C’est peut-être pour ça que son appartement est toujours impeccable. Je pensais que c’était de l’ennui… — Ce n’est peut-être rien. Ne t’inquiète pas trop. — Vous devriez lui parler. — Je le ferai si nécessaire, je te le promets. Elle hocha la tête. — Je vais y aller. Je ne veux pas le laisser seul. — Mon chauffeur va t’y emmener. Hors de question que tu traverses la ville seule, dans cette tenue. Elle leva les yeux au ciel. — Commissaire… Jusqu’à “t’y emmener”, vous étiez galant. Après, vous êtes devenu possessif, macho et légèrement sexiste. — Je veux seulement te protéger. Tu ne te rends pas compte de l’effet que tu fais. — La beauté n’a rien à voir là-dedans. On peut être invisible et se faire importuner quand même. Il lui prit les mains et y déposa un b****r léger. — Ne recommence pas avec tes discours féministes… Je les connais par cœur, et je suis d’accord avec toi. Je veux simplement t’éviter des problèmes inutiles. — Je suis sûre que vous n’avez pas lu le livre que j’avais choisi pour vous. — Figure-toi que si. — Mouais… Est-ce que votre chauffeur pourrait me ramener demain ? — Bien sûr. Je t’enverrai son numéro. Mais je compte sur toi pour ne pas l’assaillir de questions. — Promis… — Tu croises les doigts. Elle soupira, puis sourit. — D’accord… promis. De toute façon, il mettra sûrement la vitre de séparation. — Promets-moi d’être prudente. Si Alex replonge… — Alex n’est pas dangereux. C’est juste une mauvaise passe, j’en suis sûre. — Appelle-moi au moindre souci. Elle l’embrassa sur la joue. — Merci pour la soirée. Elle m’a beaucoup plu… Même si je n’aurais pas dû vous faire chanter. D’ailleurs… vous n’êtes pas obligé d’aller au bout. Je ne vous en voudrais pas. — Je le ferai. C’est important pour toi, et tu as raison. Il faut savoir. — Je vais dire au revoir à votre femme. Merci. Il la regarda s’éloigner, appela son chauffeur et lui demanda de conduire Diana chez son fils. C’est avec une pointe de jalousie que Victor la regarda monter dans la voiture. Diana adressa un sourire poli au chauffeur qui lui ouvrit la portière. Aucune question indiscrète. En quelques minutes à peine, elle fut déposée devant l’immeuble d’Alex. Elle le remercia, puis monta les étages sans ascenseur, presque en courant. L’inquiétude lui serrait déjà la poitrine. Elle frappa. Puis entra et verrouilla derrière elle. Alex avait cet air-là. Celui qui n’essaie même plus de faire semblant. Il ne fit aucune remarque sur sa robe, pourtant élégante, presque audacieuse. Et quand on connaissait Alex, c’était alarmant. — Holà… murmura-t-elle doucement. Je t’avais dit que Garrel était sûrement un très mauvais coup… Il haussa un sourcil, puis soupira longuement. — Si seulement… Ça aurait rendu tout ça plus simple. Elle s’assit à côté de lui. Pour une fois, ce fut lui qui se blottit contre elle, comme un enfant après un chagrin trop lourd. — Il ne te mérite pas, souffla-t-elle en lui caressant les cheveux. — On n’était pas ensemble… Et puis on n’a même pas couché, mais… j’ai préféré arrêter. — Tu t’attachais ? — Oui… Et il culpabilise pour sa femme. Elle a encore appelé ce soir. J’ai senti la honte dans sa voix. Elle hocha la tête, le cœur serré. — C’est lui qui t’envoie tous ces messages depuis que je suis arrivée ? Il acquiesça. Une larme glissa et s’écrasa contre son cou. — Tu veux que je lui dise d’aller se faire voir ailleurs, si tu veux ? — Non… Je préfère l’ignorer. Il releva légèrement la tête. — Et toi… ta soirée ? — Heu… je crois qu’il vaut mieux que je ne te raconte pas tout. Disons que j’ai encore fait tourner ton père en bourrique. — Tu en as trop dit… — Je te raconterai demain. Ce soir, c’est toi. Dis-moi ce qui ne va pas vraiment. Elle le fixa avec douceur. — Simon, ce n’est qu’une partie de l’iceberg, hein ? Il resta silencieux. — Je crois que si. Tu as honte… Et tu as envie de boire. Il craqua. — J’ai rebu, Didi… Beaucoup. Et j’ai encore envie. Je ne suis pas sûr de résister. Elle le serra plus fort. — Alex… C’est normal. Le médecin t’avait prévenu. Il y aura des moments comme ça. Il sanglota, la voix tremblante. — Je suis en manque depuis plusieurs jours. Je pensais gérer… mais je ne gère rien. Y a que le sexe qui me calmait. C’est pour ça que je l’ai quitté. Ça me rend agressif… irritable… Je ne me reconnais pas. Moi, je suis censé être le mec sympa… Il inspira difficilement. — Y a qu’avec toi que je me contrôle. Et avec Will… Le boulot sans lui, je ne tiendrais pas. — Tu tiens, Alex. Même quand tu crois que non. Elle posa son front contre le sien. — Tu as fait un travail incroyable. Même ton addictologue l’a dit. Tu es beaucoup trop dur avec toi-même. Il secoua la tête. — Tout ce que je disais sur la pensée positive… C’était des conneries. — Non. C’était vrai. Et ce soir, c’est à moi de te le rappeler. Elle sourit doucement. — Allez… On médite. Il hésita, puis céda. — Ferme les yeux. Allonge-toi. Respire… Elle lui caressa le visage, lança l’application de méditation, essuya la sueur sur son front avec un gant frais. Puis alla lui préparer un chocolat chaud, enrichi de quelques gouttes de ses huiles apaisantes. Rien d’illégal. Rien de dangereux. Juste un soutien de plus. Quand elle revint, son visage était plus calme. Moins tendu. — Tu vois… murmura-t-elle. Ça marche. Elle posa la tasse sur la table basse et posa la main sur son torse. — Tu trembles. Je vais te chercher un plaid et des chaussettes. — On n’attrape pas froid par les pieds, Didi…Ta mère disait ça pour que tu mettes tes chaussons. — Ce n’est pas à un ancien kiné et maître yogi que je vais apprendre que les pieds sont liés à tout le corps. Si on peut traiter des soucis de digestion en massant ses pieds, on peut aussi prendre froid. Il esquissa un sourire fatigué. — Je ne sais pas si c’est moi ou si ce que tu dis n’a aucun sens… Mais je n’ai rien compris. — Ce n’est pas grave. Moi, je me comprend. Elle revint avec le plaid, l’enveloppa soigneusement. — Bon… Moi, je vais t’emprunter un jogging. Je me suis tellement frottée à ton père ce soir que j’ai l’impression de sentir son parfum sur moi. — J’ai des images… — Si tu finis ton chocolat sans le jeter dans l’évier, je te raconte tout. Il sourit enfin, faiblement, mais sincèrement. Victor avait profité du fait que la réception se tienne dans son hôtel habituel pour réserver sa suite favorite pour le reste de la nuit. Un réflexe ancien. Un territoire qu’il maîtrisait. Il servit un verre à son ami, qu’il avait invité à le rejoindre pour discuter en privé. — Alors, Hervé… Qu’est-ce que tu penses de ma filleule ? — Honnêtement ? Je pensais que c’était ta nouvelle compagne. On m’avait dit que tu t’étais entiché… Victor eut un sourire bref, sans joie. — On t’a mal renseigné. Catherine s’est prise d’affection pour elle. Elle lui rappelle Aliénor… Et moi, j’ai toujours rêvé d’avoir une fille. — Ça m’étonnait aussi que tu les choisisses si jeunes… Ce n’est pas ton genre. Le commissaire leva lentement son verre. — Contrairement à toi… Elle te plaît, n’est-ce pas ? Hervé baissa les yeux, hésita, puis hocha la tête. — Je… je ne sais pas si je peux te le demander mais… Je suis prêt à payer. Victor se figea. — Me payer ? Pourquoi ? Hervé se pencha légèrement, la voix presque inaudible. — Pour… Tu vois… Juste des photos. Le verre s’immobilisa à quelques centimètres des lèvres de Victor. — Hervé… Hervé… Il leva les yeux au ciel, posa une main lourde sur l’épaule de son ami, qui déglutit. — Tu es vraiment stupide. Comment as-tu pu devenir magistrat ? Sans prévenir, Victor l’attrapa violemment par le col et le plaqua contre le mur. — TU AS RECOMMENCÉ ?! — Victor ! Je ne comprends pas ! De quoi tu parles ? — DE TES DÉRIVES ! PARLE ! EST-CE QUE TU AS DÉPASSÉ LES LIMITES À NOUVEAU ?! — Non ! Bien sûr que non ! — ALORS POURQUOI TU VEUX DES PHOTOS D’ELLE ?! — Justement pour ne pas recommencer ! Pour ne pas franchir la ligne ! Je croyais que tu me l’avais présentée pour ça… Victor le secoua, hors de lui. — TU ME PRENDS POUR QUI ?! POUR UN TYPE COMME TOI ?! DES GAMINS, BORDEL ! COMMENT TU FAIS POUR TE REGARDER DANS UN MIROIR ?! Il l’attrapa par la nuque et le força à se faire face dans le grand miroir de la chambre. — Tu sais pourquoi je te l’ai présentée ? Parce que c’est elle qui l’a voulu. Parce qu’elle t’a reconnu.Sur un site douteux. Elle a vingt-huit ans, imbécile. Et elle t’a piégé. Elle m'a piégé ! Sa voix tremblait de rage. — Elle s’est mise en tête de lutter contre ce genre de dérives. Et maintenant, je vais devoir ouvrir une enquête sur toi. Et tu sais ce que ça veut dire ! — Mais… Victor… — TA GUEULE ! ÉCOUTE-MOI BIEN ! Il le relâcha brusquement, puis reprit, le ton glacial. — Si on découvre que je t’ai couvert au début de ta carrière, je tombe avec toi. On avait un accord. Tu devais t’arrêter. Est-ce que tu as recommencé ? — Non… Je te le jure. Je ne fais plus rien. Ne me laisse pas tomber… Tu sais que je suis malade… — EST-CE QUE TU AS DES TRACES ? SUR TON ORDINATEUR ? SUR TON TÉLÉPHONE ? Un silence. — Oui… Hervé s’effondra en larmes. Victor détourna le regard, écœuré. — Tu me dégoûtes.! Il le repoussa violemment, le laissant s’écrouler au sol. Puis se mit à faire les cent pas, les mains tremblantes. — Voilà ce qu’on va faire. On parlera d’une usurpation d’identité. Tu trouveras quelqu’un d’assez stupide pour servir de fusible. Un employé, un greffier… peu importe. Quelqu’un qui avait accès à ton matériel. Tu lui feras toucher ton ordinateur, ton portable ! Il s’arrêta net. — Tu nettoies tout. Livres d'auteurs tendacieux ! Tout. — Merci… — NE ME REMERCIE PAS ! Je ne fais pas ça pour toi. Il inspira profondément. — Quand tout sera retombé, tu prendras ta retraite.Tu disparaîtras. C’est clair ? — Et…Pourquoi ne pas simplement faire taire ta filleule ? Victor éclata, sec. — Parce qu’elle est avec un de mes hommes. Parce que je suis obligé d’enquêter. Si elle parle publiquement, tu es fini. Et moi avec ! Il se dirigea vers la porte. — Tu dégages. Tu fais le ménage. Tu ne m’appelles plus. Il se contint pour ne pas frapper. Le laissa repartire. Se recoiffa mécaniquement. Regarda sa montre. Puis commanda du champagne au room service. Un peu plus tôt, Catherine était rentrée, lui conseillant d’oublier la jolie rousse avec une autre. La jeune femme arriva pile à l’heure. Victor la fit entrer, l’observa de haut en bas. Plus grande. Plus lisse. Plus fade. Diana était intense. Changeante. Ses cheveux oscillaient entre le châtain et le cuivre. Ses taches de rousseur discrètes, ses grains de beauté… Elle n’était pas seulement belle. Elle brûlait. La nouvelle venue ferait l’affaire. Temporairement. Il servit deux coupes de champagne, tenta d’oublier. Mais au moment de détacher le soutien-gorge de son invitée, une pensée persistante s’imposa malgré lui : Et si, un jour, elle acceptait ? une nuit ? juste une nuit... Alex pose sa tasse sur la table, le visage tendu, la voix plus forte qu’il ne l’aurait voulu. « Tu as fait quoi ?! T’es sérieuse !!! Mais t’es complètement folle p****n ! Didi !? Tu pouvais pas juste lui parler calmement ? » Diana croise les bras, droite dans ses bottes, le regard décidé. « Pour qu’il me dise comme l’autre ? Qu’il n’y a pas de preuves ? Et puis je lui ai dit qu’il était pas obligé avant que je parte…. et je me suis faite pardonner toute la soirée…. il fallait lui mettre un coup de pression ! D’ailleurs, moi j’étais calme, c’est lui qui a commencé… » Alex souffle, lasse ironie dans la voix. « C’est bien connu, tu ne commences jamais les disputes… » Elle hausse les épaules. « Mais je sais les finir… » Il se passe une main sur le visage, épuisé. « Oh bordel…. toi le jour où il te met dans son lit, tu vas prendre cher…. - Alex…. » Elle lui lance un regard franchement dégoûté. « Ce jour-là n’est pas prêt d’arriver… et si il arrive, crois-moi que je serais le pire coup qu’il aura connu…. » Il allait répondre quand on frappe violemment à la porte. « Alex !!!? Ouvre-moi ! Faut qu’on parle !!!? Tu peux pas me jeter comme ça par textos p****n !! » Diana voit immédiatement le visage de son ami se fermer, comme si quelque chose en lui s’éteignait. « Tu l’as jeté par sms !!? - Oh ça va…. il va s’en remettre…. » Les coups redoublent. « p****n ALEX OUVRE !!? - J’AI RIEN À TE DIRE ! FOU LE CAMP C’EST MIEUX POUR NOUS DEUX !!! - Alex…. laisse-moi entrer s’il te plaît…. je veux qu’on parle… » Diana grimace, se tourne vers lui. « Tu veux que je lui dise de partir ? » Alex hausse les épaules, maussade, fermé. Elle sourit doucement, déjà debout. « Tu sais…. tu devrais peut-être l’écouter… et puis il pourrait comprendre… » - Il a pas à savoir que je suis alcoolique… - Que tu ÉTAIS alcoolique… bon… je le fais dégager et je reviens… » Elle ouvre la porte et pointe un doigt menaçant. « Il veut pas vous voir ! Retournez rejoindre votre femme et fichez-lui la paix ou je vous pète les genoux ! » Puis, plus bas, presque compatissante : « Il sera mieux disposé demain, il n’a pas le moral c’est pas contre vous en vrai je suis sûre qu’il regrette…. mais laissez-le respirer… » Elle referme, verrouille. Simon reste un moment derrière la porte. Diana revient et s’installe sur les genoux d’Alex, l’enlace sans rien dire, simplement présente. « Je crois qu’il tient un peu à toi…. - Il est juste vexé que je le jette comme ça… et il aime sa femme… - Moi aussi j’aime William, pourtant je tiens à toi… ne mélange pas tout Alex, tu sais très bien que rejeter ceux qui t’aiment ne t’aidera pas à aller mieux… tu as besoin de soutien, et je pense que Garrel peut t’aider à sa façon…. » Alex détourne le regard. « Il a pas envie de tomber amoureux…. - S’attacher ne veut pas dire tomber amoureux… et puis même si tu es amoureux, on t’oblige pas à t’installer avec et adopter un labrador…. tu resteras libre tu sais… - Je ne veux pas souffrir…. » Elle essuie doucement la larme qui coule sur sa joue. « Mais tu souffres là… » On frappe à nouveau. Diana se lève, excédée, ouvre brusquement : « ÇA SUFFIT MAINTENANT ! ALLEZ PICORER AILLEURS !!! » Elle porte aussitôt les mains à sa bouche, rouvre. « Angel !!? - Hello darling…. » William la prend dans ses bras avec une douceur immédiate, rassurante, presque protectrice. Il la serre contre lui comme pour l’ancrer. « J’ai croisé Garrel, j’imagine que c’est lui le poulet qui doit aller picorer ailleurs ? - Oui… désolée… en même temps… vous vous ressemblez un peu… » Il l’embrasse, puis entre chez son cousin. Son regard passe rapidement sur Alex, sans jugement, juste attentif. « Will ?! - Hello boy, ça va pas fort toi…. t’as ta tête des mauvais jours…. c’est marrant parce que Garrel faisait la même tête en sortant de ton immeuble… » Diana grimace. « Chut… sujet sensible…. » William soupire doucement, comme quelqu’un qui a déjà vu ce genre de scène mille fois. - Tu préfères qu’on parle de tes exploits avec le commissaire ? - Alex l’a jeté par sms parce qu’il veut pas qu’il sache qu’il était alcoolique et qu’il traverse une mauvaise passe… » Alex boude. « Et Didi a fait du chantage à mon père pas plus tard que tout à l’heure, si il ouvrait pas une enquête sur un de ses potes elle l’accusait de viol… » William ne hausse pas le ton. Il les regarde l’un après l’autre, longuement, les bras croisés, le visage sérieux mais calme — comme un adulte face à deux gamins brillants qui vont trop vite. Il inspire. Il est là maintenant. Et ça se sent. La jeune femme baisse les yeux, soudain moins bravache. « Je me suis excusée… » Blake lui adresse un sourire calme, presque rassurant. « J’ai bien fait de revenir alors… je vais d’abord m’occuper de toi boy… ton père m’a dit que tu sentais l’alcool ces derniers jours… depuis quand tu rebois ? » Alex hésite, puis soupire, vidé. « Depuis deux semaines… enfin à peu près… je crois que c’est le stress… on est à cran avec les tentatives de meurtres… Garrel est exigeant et relou… bien plus que toi… puis on a commencé à se rapprocher lui et moi et je sais pas… j’ai perdu pied… » William incline légèrement la tête, comme s’il complétait déjà la phrase à sa place. « Tu essaies d’oublier que tu l’aimes bien… » Diana acquiesce doucement. « C’est ce que je lui ai dit… il se fait souffrir par peur de souffrir… - Exactly… ne pleure pas Alex… t’as pas à avoir honte tu le sais… viens là… » William ouvre les bras sans hésiter. Alex s’y réfugie comme un enfant épuisé, essuyant ses larmes contre son épaule. « Je ne suis pas fait pour ça… - Arrête boy… on te demande pas de l’épouser… tomber amoureux fait pas plus mal que de boire… surtout qu’il quittera pas sa femme alors de quoi tu as peur… ? » Alex renifle, la voix brisée. « De trop être amoureux justement… on pourra jamais être ensemble alors pourquoi prendre le risque de souffrir un jour ? - Parce que souffrir pour de bonnes raisons peut faire grandir… souffrir pour des mauvaises par contre… ça ne t’aidera pas… » Diana vient s’asseoir près d’eux, presque sur leurs genoux, essayant de ramener un peu de légèreté. « Et puis franchement… c’est pas parce que c’est un bon coup que ça suffit pour tomber amoureux… il a tous les défauts possibles cet homme… c’est un miracle que sa femme arrive à le supporter, c’est une sainte… allez… tu as besoin de te reposer et de prendre un peu de recul… tu veux que je fasse du chantage à ton père pour ne pas aller travailler demain ? » Alex esquisse un sourire fatigué. « T’es gentille mais je crois que c’est mieux si je reste pro… » Elle l’embrasse sur la joue, tendre. « En tout cas, je suis sûre que tu vas arriver à passer cette période… moi j’ai confiance en toi… » William se penche à son tour. « Moi aussi… tu as réussi une fois déjà… je vais avoir besoin d’un brigadier-chef en pleine forme moi… » Alex inspire profondément. « J’ai jeté les bouteilles… mais j’en ai tellement envie… - On va rester avec toi toute la nuit ne t’inquiète pas… viens, tu as besoin de dormir… » William l’entraîne doucement jusqu’à sa chambre. Une fois Alex enfin endormi, sa respiration plus régulière, William rejoint Diana dans le salon. Son visage se ferme légèrement, plus sérieux. « Bon… parlons de toi… Victor m’a raconté l’histoire du chantage aussi… » Elle fronce le nez. « Tu l’appelles Victor maintenant… ? - Je trouve ça très noble de ta part tu sais… de vouloir arrêter des pédophiles, c’est ta manière de faire qui m’inquiète… - Je me suis excusée… il a reconnu qu’il devait en avoir le cœur net pour son ami… - Mais pas pour l’autre… c’est bien joué de te faire passer pour une ado tu sais… mais il a raison c’est dangereux… et il a eu raison de supprimer ton compte… pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? » Elle baisse un peu la voix. « Parce que tu es occupé… je ne voulais pas te déranger… et puis tu aurais fait quoi ? Tu n’aurais pas ouvert une enquête… » - Non… mais j’aurais pu te dire comment faire ça de façon plus… légale… - J’ai rien fait d’illégal… - À part menacer un commissaire ? Taguer sa voiture et crever ses pneus… ? - Dégonfler… et ça a sauvé la vie de Victor d’ailleurs… » Il soupire, mais sans colère. « Je te demande juste d’être moins impulsive… et de le laisser s’en occuper, maintenant qu’il t’a promis de s’en occuper, il tiendra parole… » Elle le regarde, un peu piquée. « C’est pour ça que tu es revenu avant ce week-end ? Pour me gronder à sa demande… ? » William la prend dans ses bras sans attendre. « Foxy… je ne te gronde pas… je m’inquiète juste… » Il la serre plus fort. « Tu me manques tu sais… j’aimerais être là pour t’aider… » Elle se détend contre lui. « Je suis sûre qu’il était au courant pour son ami… imagine s’il a couvert une affaire de p********e ? Je suis sûre qu’il faut que vous enquêtiez… » « J’en parlerai au commandant mais s’il te plaît… ne va pas chercher les preuves toi-même sur le commissaire… il t’adore, et ferait tout pour te protéger et pour te faire plaisir parce qu’il ne se méfie pas de toi… j’aimerais que ça reste comme ça… c’est mieux pour ta sécurité… Il a fait beaucoup de choses pas très clean.. Pour contrer le Marionnetiste. Et pour à sa façon.. protèger les victimes. Peut être qu'il en a couvert une en s'assurant que l'homme soit sous castration par exemple. » Elle hausse une épaule. « Mouai… il fait pas tout ce que je veux… » William sourit. « Oh mon ange… viens avec moi dans un placard à balais faire des folies… - Ne commence pas à faire ton Alex… je déteste ce surnom… - Allez chaton fais pas la tête… - Dans ta bouche ça sonne moins réducteur que dans celle de Garrel… - Chaton ça te va bien mais je préfère Foxy… bon… je ne suis pas venu juste pour te fâcher alors que dirais-tu d’aller squatter la douche ? » Elle hésite, puis sourit. « Hum… tentant… je vais voir si Alex dort bien quand même… je te rejoins… » Elle entre dans la chambre, remet doucement le plaid sur son ami, vérifie qu’il respire calmement, lui laisse un verre d’eau à portée de main. Une fois rassurée, elle dépose un b****r sur son front et ressort. Dans la salle de bain, elle retrouve William. Ils s’embrassent simplement, heureux de se retrouver après ces longues journées. Elle avait presque oublié à quel point il embrasse bien — et à quel point, près de lui, le monde semblait enfin ralentir. « Je sais pas si c’est le fait que tu sois capitaine maintenant, mais tu me fais encore plus d’effet… » Il esquisse un sourire, amusé, le regard déjà plus sombre. « Quel genre d’effet ? » Elle se rapproche, baisse la voix comme pour un secret. « Le genre qui me trouble complètement… tu devrais enquêter, capitaine. » Il rit doucement, approche à son tour. « J’ai bien peur de ne pas avoir le choix… une fouille s’impose. - Je prefererais une collegue féminine, mais puisque tu es là... » Elle ferme les yeux un instant, se laissant aller contre lui, cherchant à étouffer les soupirs qui montent — pas par retenue, mais par attention pour Alex, qui dort à quelques mètres de là. Elle glisse ensuite ses doigts sur son épaule, attentive. « Tu t’es blessé ? » « Un petit coup lors d’une intervention, rien de grave… c’est déjà cicatrisé. » Elle fronce légèrement les sourcils. « Tu ne me l’avais pas dit… » « Inutile de t’inquiéter. Et puis… ça me donne un certain charme, non ? » Il la soulève avec aisance, la pose doucement contre la machine à laver. Le contact est familier, rassurant, chargé de tout ce qui leur a manqué ces derniers jours. « Ne t’inquiète pas… j’ai la peau dure. » Son sourire en dit long. Elle répond en l’attirant plus près, leurs corps retrouvant instinctivement leur place, comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Il la couvre de baisers, lents, appuyés, savourant chaque réaction, chaque frisson. Il n’a jamais eu de mal à résister aux tentations ailleurs, mais avec elle… c’est différent. C’est évident. Nécessaire. « Je regarde souvent tes photos, tu sais… » Elle rougit, un sourire timide au coin des lèvres. « Je t’en referai d’autres. » « J’adorerais… celles que tu m’as envoyées… elles m’ont hanté. Nouvel ensemble ?» « Je l' ai choisies exprès… il est à la maison. » Elle glisse ses doigts dans ses cheveux, retrouvant cette sensation qui lui avait tant manqué. Son odeur. Sa peau. Ses yeux clairs, si expressifs. Sa voix, surtout — cette voix qui la ramène toujours à l’essentiel. Pendant un instant, le monde se réduit à eux deux. Et c’est suffisant.
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