Chapitre 4 : Le Grand Départ

1242 Words
19 Mai 2023. 00h30. La nuit était calme, le genre de silence lourd qui précède les catastrophes. Assis dans ma voiture, garé deux rues plus loin, j'attendais. Sur l'écran de mon téléphone, je voyais l'intérieur de sa maison grâce à mes caméras. Maïra ne dormait toujours pas. Elle était dans son lit, lisant un manga, inconsciente que le loup était déjà devant sa porte. Ses parents ne rentreraient pas avant l'aube. C'était le créneau parfait. Alors que je mettais mes gants en cuir noir, mon téléphone vibra. Liam. Je soupirai. Mon frère avait un sixième sens pour m'emmerder au pire moment. Je décrochai. Liam : Tu es où ? demanda-t-il sans préambule. Tu n'es pas chez toi. — Je n'ai pas de comptes à te rendre, Liam. Il y eut un silence, puis sa voix se fit plus grave, chargée d'une inquiétude palpable. — Ne me dit pas que tu es chez elle ? Kaiden... tu vas vraiment le faire ? Tu vas l'enlever ? . — Je n'ai pas le choix. Il faut que je la protège. Liam : Protéger ? Tu appelles ça protéger ? Tu fais exactement la même connerie que Papa ! Tu crois qu'elle va t'aimer parce que tu l'enfermes ? Tu deviens comme lui ! . La rage explosa dans ma poitrine comme une grenade. — Ferme-la ! hurlai-je en frappant le volant. Ne me compare jamais à ce connard ! Jamais !. Je raccrochai brutalement. Ma respiration était saccadée. Liam ne comprenait rien. Papa était un monstre qui aimait faire mal. Moi, je suis un sauveur. Je fais ça par amour. Par nécessité. Je pris quelques secondes pour calmer les battements de mon cœur. Ce n'était pas le moment de perdre le contrôle. Je sortis de la voiture, pris mon sac de sport rempli d'accessoires, et marchai vers la maison. J'insérai le double des clés que j'avais fait faire il y a des mois dans la serrure. Elle tourna sans un bruit. Je poussai la porte et entrai. L'obscurité était totale. Je connaissais la disposition des meubles par cœur, mais dans ma précipitation, mon sac heurta quelque chose sur la console de l'entrée. Un vase. Il tomba et se brisa sur le carrelage avec un fracas qui me sembla aussi fort qu'un coup de feu. Merde. Maïra : Maman ? Papa ? Vous êtes rentrés ? C'était quoi ce bruit ?. Sa voix venait de l'étage. Elle avait entendu. Je me figeai dans l'ombre du salon, attendant. Je l'entendis descendre les escaliers, ses pas légers sur le bois. Puis, elle apparut dans l'encadrement de la porte. Mon souffle se bloqua. Elle était sublime. Elle portait un simple soutien-gorge blanc et un legging qui moulait ses courbes parfaites. Elle était une offrande vivante dans la pénombre. Elle avança, plissant les yeux. — Maman ? Puis elle vit le vase brisé. Et elle leva les yeux vers moi. Je sortis de l'ombre. Je vis la terreur inonder son regard vert. C'était magnifique et déchirant à la fois. Je m'avançai vers elle, voulant la rassurer, l'enlacer. — Maïra... Elle recula comme si je l'avais brûlée. — Q-Qui êtes-vous ?! Qu'est-ce que vous faites chez moi ?! hurla-t-elle, la panique faisant trembler sa voix. Partez ou j'appelle la police !. Je ne pus m'empêcher de rire doucement. La police ? Pauvre ange. Elle courut vers la cuisine. Je la laissai faire, amusé. Elle revint brandissant un petit couteau à légumes, ses mains tremblant tellement qu'elle risquait de se couper elle-même. — Partez ! Ou... ou je vous plante !. — Me planter ? dis-je avec un sourire tendre. Allons, Maïra. Tu n'as pas le courage pour ça. Tu es bien trop gentille. Je m'approchai d'elle, ignorant la lame pointée vers mon torse. — Comment... comment connaissez-vous mon nom ? balbutia-t-elle. J'étais maintenant tout près. La pointe du couteau effleurait ma veste. — Je connais tout de toi, Maïra. Je sais que tu détestes le café froid. Je sais que tu as peur des orages. Je sais que tu te sens seule même quand tu es entourée. D'un mouvement rapide et précis, j'attrapai son poignet et tordis légèrement. Le couteau tomba au sol. Je le balançai du pied à l'autre bout de la pièce. Avant qu'elle ne puisse crier, je l'attrapai par la taille et la soulevai. Elle se débattit, hurlant, frappant mes épaules de ses petits poings. Je la jetai sur le canapé et montai sur elle, bloquant ses jambes avec les miennes, ma main plaquée sur sa bouche pour étouffer ses cris. Ses yeux étaient remplis de larmes. Elle pleurait. — Chut... Maïra, ne pleure pas, murmurai-je en caressant ses cheveux de ma main libre. Je ne vais pas te faire de mal. Je te le promets. Je vais juste t'emmener à la maison . Je tendis le bras vers mon sac. Je savais qu'elle avait une phobie des aiguilles. Je ne voulais pas la traumatiser avec une seringue. Je voulais être un ravisseur attentionné. Je sortis le flacon de chloroforme et un mouchoir en tissu . Quand elle vit le flacon, elle redoubla d'efforts pour se libérer. — Non ! Pitié ! Si vous voulez de l'argent, prenez-en !. — Je me fous de l'argent, Maïra. Tout ce que je veux... c'est toi. Je versai le liquide sur le tissu et l'appliquai sur son nez et sa bouche. L'odeur âcre remplit l'air. Elle lutta, son corps se cambrant sous le mien, ses yeux me suppliant. — Ferme les yeux, mon amour. Ça ne sert à rien de lutter. Dors. Petit à petit, ses mouvements ralentirent. Ses paupières devinrent lourdes. Son regard se voila, puis se ferma. Elle était endormie. Elle était à moi. Je me relevai, ajustant ma veste. Le travail n'était pas fini. Je sortis les cordes de mon sac. J'attachai ses chevilles ensemble, puis ses poings dans son dos, avec douceur, en faisant attention à ne pas marquer sa peau. Je collai un morceau de ruban adhésif gris sur sa bouche. Elle ressemblait à un paquet cadeau. Le plus beau que j'aie jamais reçu. Maintenant, la touche finale. Le message. Je sortis un Tupperware hermétique de mon sac. À l'intérieur, un liquide épais, rouge foncé . Le sang de Lucas. Je l'avais gardé. C'était poétique. Le sang de celui qui avait essayé de me la voler allait servir à marquer mon territoire. J'arrachai les tableaux du mur du salon, les jetant au sol. Je trempai mes doigts gantés dans le sang froid. Et j'écrivis. En lettres énormes, dégoulinantes, sur le papier peint crème de ses parents. MIENNE. À MOI. MAÏRA.. C'était barbare. C'était primitif. C'était parfait. Ses parents rentreraient et verraient ça. Ils comprendraient qu'ils avaient échoué. Qu'ils l'avaient perdue à jamais. Je rangeai mes affaires. Je soulevai Maïra dans mes bras, comme une mariée passant le seuil de sa nouvelle vie. Je sortis de la maison, l'air frais de la nuit caressant mon visage. Je l'installai sur la banquette arrière de ma voiture, l'attachant soigneusement avec la ceinture de sécurité . Je m'installai au volant et démarrai le moteur. Je regardai son reflet dans le rétroviseur. Elle dormait paisiblement. Le cauchemar était fini pour elle. Le rêve commençait. — Direction ta nouvelle maison, Maïra. Je passai la première. La voiture s'éloigna dans la nuit, laissant derrière elle une maison vide et un message écrit avec le sang d'un rival. L'Acte 1 était terminé. La cage allait bientôt se refermer.
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