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Le Capitaine Fracasse

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Extrait : "Le duc de Vallombreuse fut assis avec précaution dans une chaise à porteurs, le bras bandé par le chirurgien et soutenu d'une écharpe. Sa blessure, quoiqu'elle le mît hors d'état de manier l'épée de quelques semaines, n'était point dangereuse ; sans léser artère ni nerf, la lame avait traversé seulement les chairs."

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X - Une tête dans une lucarne-1
X Une tête dans une lucarne Le duc de Vallombreuse fut assis avec précaution dans une chaise à porteurs, le bras bandé par le chirurgien et soutenu d’une écharpe. Sa blessure, quoiqu’elle le mît hors d’état de manier l’épée de quelques semaines, n’était point dangereuse ; sans léser artère ni nerf, la lame avait traversé seulement les chairs. Assurément sa plaie le faisait souffrir, mais son orgueil saignait bien davantage. Aussi, aux contractions légères que la douleur imprimait parfois aux sourcils noirs du jeune duc, se mêlait une expression de rage froide, et sa main valide égratignait de ses doigts crispés le velours de la chaise. Souvent, pendant le trajet, il pencha sa tête pâle pour gourmander les porteurs, qui cependant marchaient de leur pas le plus égal, cherchant les endroits unis pour éviter le moindre cahot, ce qui n’empêchait pas le blessé de les appeler « butors », et de leur promettre les étrivières, car ils le secouaient, disait-il, comme salade en panier. Rentré chez lui, il ne voulut point se mettre au lit, et se coucha adossé à des carreaux sur une chaise longue, les pieds recouverts d’une courtepointe de soie piquée qu’apporta Picard, le valet de chambre fort surpris et perplexe de voir revenir son maître navré, cas qui n’était point ordinaire, vu l’habileté à l’escrime du jeune duc. Assis sur un pliant près de son ami, le chevalier de Vidalinc lui présentait de quart d’heure en quart d’heure une cuillerée d’un cordial prescrit par le chirurgien. Vallombreuse gardait le silence, mais il était visible qu’une sourde colère bouillonnait en lui, malgré le calme qu’il affectait. Enfin son courroux déborda en ces paroles violentes : « Conçois-tu, Vidalinc, que cette maigre cigogne déplumée, envolée de la tour en ruine de son castel pour n’y pas mourir de faim, m’ait ainsi perforé de son long bec ? moi, qui me suis mesuré avec les plus fines lames du temps, et qui suis toujours revenu du pré sans une égratignure, y laissant au contraire quelque galant pâmé et tournant de l’œil entre les bras de ses témoins ! – Les plus heureux et les plus adroits ont comme cela leurs jours de guignon, répondit sentencieusement Vidalinc. Le visage de dame Fortune n’est pas toujours le même ; tantôt elle sourit et tantôt fait la moue. Jusqu’à présent, vous n’avez point eu à vous plaindre d’elle, qui vous a mignoté en son giron comme son enfant le plus cher. – N’est-il pas honteux, continua Vallombreuse en s’animant, que ce fantoche ridicule, que ce hobereau grotesque, qui reçoit des volées et gourmades sur les tréteaux dans d’ignobles farces, ait eu raison du duc de Vallombreuse jusqu’alors invaincu ? Il faut que ce soit quelque gladiateur de profession caché dans la peau d’un saltimbanque. – Vous savez sa qualité véritable dont le marquis de Bruyères se porte garant, fit Vidalinc ; toutefois, sa force nonpareille à l’épée m’étonne, elle passe les habiletés connues. Girolamo ni Paraguante, les célèbres maîtres d’armes, n’ont un jeu plus serré. Je l’ai bien observé en cette rencontre, et nos plus fameux duellistes n’y feraient que blanchir. Il a fallu toute votre adresse et les leçons du Napolitain pour n’être point féru grièvement. Votre défaite est encore une victoire. Marcilly et Duportal, qui pourtant se piquent d’escrime, et comptent parmi les bonnes lames de la ville, seraient, à n’en douter pas, restés sur le terrain avec un semblable adversaire. – Il me tarde que ma blessure soit fermée, reprit le duc après un moment de silence, pour le provoquer de nouveau et prendre ma revanche. – Ce serait une entreprise hasardeuse et que je ne vous conseillerais point, dit le chevalier ; il pourrait vous rester au bras quelque faiblesse qui diminuerait vos chances de victoire. Ce Sigognac est un antagoniste redoutable auquel il ne faut pas se frotter imprudemment. Il connaît maintenant votre jeu, et l’assurance que donne un premier avantage doublera ses forces. L’honneur est satisfait de la sorte, la rencontre a été sérieuse. Restez-en là. » Vallombreuse intérieurement sentait la justesse de ces raisons. Il avait lui-même assez étudié l’escrime, où il croyait exceller, pour comprendre que son épée, quelque habile qu’elle fût, n’atteindrait point la poitrine de Sigognac défendue par cette garde impénétrable contre laquelle s’étaient brisés tous ses efforts. Il s’avouait, bien qu’il s’en indignât, cette étonnante supériorité. Il était même contraint de dire tout bas que le Baron, ne voulant pas le tuer, lui avait fait précisément une blessure qui le mettait hors de combat. Cette magnanimité, dont un caractère moins orgueilleux eût été touché, irritait sa superbe et envenimait ses ressentiments. Être vaincu ! une semblable idée le forcenait. Il acquiesça en apparence aux conseils de son ami, mais à l’air sombre et farouche de son visage on eût pu deviner que quelque noir projet de vengeance s’ébauchait déjà dans sa cervelle, projet qui voulait être couvé par la rancune pour être mené à bien. « Je ferai maintenant belle figure devant Isabelle, dit-il en s’efforçant de rire, mais il riait jaune, avec ce bras transpercé par son galant. Cupidon invalide ne réussit guère près des Grâces. – Oubliez cette ingrate, fit Vidalinc. Après tout, elle ne pouvait prévoir qu’un duc aurait le caprice de s’enamourer d’elle. Reprenez cette bonne Corisande qui vous aime de toute son âme et pleure des heures entières à votre porte comme un chien renvoyé. – Ne prononce pas ce nom, Vidalinc, s’écria le duc, si tu veux que nous restions amis. Ces lâches tendresses, qu’aucun outrage ne rebute, me dégoûtent et m’excèdent. Il me faut des froideurs hautaines, des fiertés rebelles, des vertus imprenables ! Comme elle me semble adorable et charmante cette dédaigneuse Isabelle ! Comme je lui sais gré de mépriser mon amour qui sans doute serait déjà passé s’il eût été accueilli ! Certes, elle ne doit point avoir une âme basse et commune, pour refuser, en sa condition, les avances d’un seigneur qui la distingue et qui n’est pas mal fait de sa personne, s’il faut en croire les dames de la ville. Il entre dans ma passion une sorte d’estime que je n’ai pas l’habitude d’accorder aux femmes ; mais comment écarter ce damné gentillâtre, ce Sigognac de malheur que le diable confonde ? – La chose ne sera pas aisée, dit Vidalinc, à présent qu’il est sur ses gardes. Mais quand même on parviendrait à le supprimer, il resterait toujours l’amour d’Isabelle à son endroit, et vous savez mieux que personne, pour en avoir maintes fois souffert, combien les femmes ont le sentiment têtu. – Oh ! si je pouvais tuer le Baron, continua Vallombreuse que les arguments du chevalier ne convainquaient point, j’aurais bientôt réduit la donzelle malgré ses airs de prude et de vertueuse. Rien ne s’oublie plus vite qu’un galant défunt. » Ce n’était point l’avis du chevalier de Vidalinc, mais il ne jugea pas à propos d’entamer sur ce sujet une controverse qui eût pu aigrir l’humeur irritable de Vallombreuse. « Guérissez-vous d’abord et nous aviserons ensuite ; ces discours vous fatiguent. Tâchez de prendre quelque repos et de ne point vous tracasser ainsi ; le chirurgien me tancerait et me taxerait de mauvais garde-malade si je ne vous recommandais la tranquillité tant d’esprit que de corps. » Le blessé, se rendant à cette observation, se tut, ferma les yeux et ne tarda pas à s’endormir. Sigognac et le marquis de Bruyères étaient tranquillement revenus à l’hôtel des Armes de France, où, en gentilshommes discrets, ils ne sonnèrent mot du duel ; mais les murailles qu’on dit avoir des oreilles ont aussi des yeux : elles voient pour le moins aussi bien qu’elles entendent. Dans ce lieu solitaire en apparence, plus d’un regard inquisiteur épiait les diverses fortunes du combat. L’oisiveté de la province fait naître beaucoup de ces mouches invisibles ou peu remarquées qui voltigent aux endroits où il doit se passer quelque chose, et qui, bourdonnant des ailes, vont ensuite en répandre la notice partout. À son déjeuner, tout Poitiers savait déjà que le duc de Vallombreuse avait été blessé en une rencontre par un adversaire inconnu. Sigognac, vivant fort retiré à l’hôtel, n’avait montré au public que son masque et non sa figure. Ce mystère irritait fort la curiosité, et les imaginations travaillaient avec activité pour découvrir le nom du vainqueur. Il est inutile de rapporter les suppositions bizarres qui se firent. Chacun construisait laborieusement la sienne, s’étayant des inductions les plus frivoles et les plus ridicules, mais personne n’eut l’idée incongrue que le véritable triomphateur fût le capitaine Fracasse, dont on avait tant ri la veille. Un duel entre un seigneur de cette qualité et un baladin eût semblé chose par trop énorme et trop monstrueuse pour que le soupçon en pût naître. Plusieurs gens du beau monde envoyèrent à l’hôtel Vallombreuse pour savoir des nouvelles du duc, comptant tirer quelque indice de l’indiscrétion ordinaire des valets ; mais les valets restèrent taciturnes comme des muets du sérail par la bonne raison qu’ils n’avaient rien à dire. Vallombreuse, pour sa richesse, sa hauteur, sa beauté et ses succès près des femmes, excitait bien des haines jalouses qui n’osaient se produire ouvertement, mais dont sa défaite flattait la malignité obscure. C’était le premier échec qu’il subissait, et tous ceux que son arrogance avait froissés se réjouissaient de ce coup porté au plus tendre de son amour-propre. Ils ne tarissaient pas, quoiqu’ils ne l’eussent point vu, sur la bravoure, adresse et grande mine de l’adversaire. Les dames, qui avaient toutes plus ou moins à se plaindre des procédés du jeune duc à leur endroit, car il était de ces sacrificateurs dont le méchant caprice souille l’autel où ils ont brûlé de l’encens, se sentaient pleines d’enthousiasme pour celui qui vengeait leurs affronts secrets. Elles l’eussent volontiers couronné de lauriers et de myrtes : nous exceptons du nombre la tendre Corisande, qui pensa devenir folle à cette nouvelle, pleura publiquement, et, au risque des plus dures rebuffades, parvint à forcer la consigne et à voir non pas le duc, trop bien gardé pour cela, mais le chevalier de Vidalinc, plus doux et pitoyable, lequel eut grand-peine à rassurer cette amante plus sensible qu’il ne fallait aux malheurs d’un ingrat. Cependant, comme rien en ce globe terraqué et sublunaire ne peut rester caché, l’on sut de maître Bilot, qui le tenait de Jacques, le valet du marquis, présent à l’entretien de Sigognac et de son maître au souper de Zerbine, que le héros inconnu, vainqueur du jeune duc de Vallombreuse, était à n’en pas douter le capitaine Fracasse, ou pour mieux dire un baron engagé par amour dans la troupe ambulante d’Hérode. Quant au nom, Jacques l’avait oublié. C’était un nom qui finissait en gnac, désinence commune au pays de Gascogne, mais il était sûr de la qualité. Cette histoire vraie, quoique romanesque, eut beaucoup de succès dans Poitiers. On s’intéressa à ce gentilhomme si brave et si bonne lame, et, quand au théâtre parut le capitaine Fracasse, des applaudissements prolongés témoignèrent, même avant qu’il eût ouvert la bouche, de la faveur qu’on lui portait. Des dames, parmi les plus grandes et les plus huppées, ne craignirent pas d’agiter leurs mouchoirs. Il y eut aussi pour Isabelle des claquements de mains plus sonores qu’à l’ordinaire qui faillirent embarrasser cette jeune personne et lui firent monter aux joues, sous le fard, le naturel incarnat de la pudeur. Sans interrompre son rôle, elle répondit à ces marques de faveur par une révérence modeste et une gracieuse inclinaison de tête. Hérode se frottait les mains de joie, et sa large face blême s’épanouissait comme une pleine lune, car la recette était superbe et la caisse risquait de crever par suite d’une pléthore monétaire, tout le monde ayant voulu voir ce fameux capitaine Fracasse, acteur et gentilhomme, que n’effrayaient ni bâtons ni épées, et qui ne craignait pas, valeureux champion de la beauté, de se mesurer avec un duc, terreur des plus braves. Blazius, lui, n’augurait rien de bon de ce triomphe ; il redoutait, non sans raison, l’humeur vindicative de Vallombreuse qui trouverait bien moyen de prendre sa revanche et de jouer quelque mauvais tour à la troupe. Les pots de terre devaient, disait-il, éviter, encore qu’ils n’eussent pas été rompus au premier choc, de se heurter aux pots de fer, le métal étant plus dur que l’argile. Sur quoi Hérode, confiant en l’appui de Sigognac et du marquis, l’appelait poltron, trembleur et claquedents. Si le Baron n’eût été épris sincèrement d’Isabelle, il eût pu lui faire aisément une infidélité et même deux, car plus d’une beauté lui souriait d’un air fort tendre, malgré son costume extravagant, son nez de carton enluminé de cinabre, et son rôle ridicule qui ne prêtait point aux illusions romanesques. Le succès de Léandre en fut même compromis. En vain il faisait belle jambe, se rengorgeait comme un pigeon pattu, tournait du doigt les boucles de sa perruque, montrait son solitaire et découvrait ses dents jusqu’aux gencives ; il ne produisait plus d’effet, et il eût pensé enrager de dépit, si la Dama tapada n’eût été à son poste, le couvant du regard, répondant aux clins d’yeux qu’il lui adressait par de petits coups d’éventail sur le bord de la loge et autres signes d’intelligence amoureuse. Sa récente bonne fortune versait du baume sur cette petite plaie d’amour-propre, et les plaisirs que la nuit lui promettait le consolaient de ne pas être l’astre de la soirée.

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