TOME I : MEGAN
Le seul espoir de percer la bulle de manipulation d'Élise passait par Maria Williams. La matriarche avait une sagesse ancienne et un sens aigu de la vérité. Elle voyait l'agitation dans les eaux Williams, même si elle n'en comprenait pas encore toute la profondeur.
J'ai sollicité un entretien avec Maria dans ses appartements privés, loin des oreilles et des regards indiscrets de Véronique, Lola et surtout, d'Élise.
« Vous vouliez me parler, ma chère ? » m'a-t-elle demandé, me fixant avec son regard observateur. « Il est rare de vous voir aussi agitée. »
J'ai pris une grande inspiration, décidée à mettre cartes sur table, mais sans révéler ma peur la plus sombre et encore irrationnelle.
« C'est Élise, Maria. Je suis... très inquiète de l'influence qu'elle a sur George. Il est obsédé par son rôle de protecteur. »
Maria a hoché la tête, ses lèvres minces se pinçant légèrement. « Je n'aime pas cette femme, Megan. Elle a l'air trop fragile pour être vraie. J'ai vu beaucoup de loups déguisés en agneaux dans ma longue vie. »
Son soutien m'a donné du courage. « Elle utilise sa maladie pour manipuler George et le monter contre moi. Elle insinue que je suis la cause de ses malheurs. Je crois qu'elle veut plus qu'un cœur, Maria. Elle veut George, et elle est prête à tout. »
Maria a soupiré. « George est aveugle. Aveugle par le dégoût qu'il a choisi de porter à l'égard de sa propre femme. Il ne peut pas concevoir qu'une femme qu'il perçoit comme 'vulnérable' puisse être mauvaise. »
« Mais que faire ? » ai-je demandé, la voix pleine de désespoir. « Mes avertissements ne font que renforcer sa conviction que je suis jalouse et manipulatrice ! Il est prêt à tout pour elle ! »
Maria a regardé au loin, pensive. « Je le sais. Il est sur le point de faire une bêtise. L'amour obsessionnel est plus dangereux que la haine. »
Elle s'est penchée vers moi, sa voix s'abaissant.
« Je ne peux pas chasser Élise sans une preuve tangible, et George ne m'écoutera pas. Mais je peux le menacer sur son point faible : son héritage. »
« Qu'allez-vous faire ? »
« Je vais modifier mon testament. Je vais m'assurer que, si jamais George prend une décision folle — comme par exemple te renvoyer sans bonne raison, ou compromettre la stabilité de cette famille pour cette femme — le contrôle de la majorité des parts revienne directement à Anna-Bella, et que tu en sois la tutrice légale jusqu'à sa majorité. »
La proposition m'a stupéfaite. C'était une protection ultime, une menace financière que même George ne pourrait ignorer.
« C'est... très généreux, Maria. Mais pourquoi faire cela pour moi ? »
Maria a pressé ma main, ses yeux reflétant une profondeur d'âme que sa famille n'avait jamais possédée.
« Parce que vous êtes bonne, Megan. Vous aimez cet homme malgré sa froideur, et plus important encore, vous aimez cette petite Anna-Bella avec une force rare. Elle est la lumière qui doit survivre à l'obscurité Williams. Je veux m'assurer que cet enfant soit en sécurité, quoi qu'il arrive. Et vous êtes son meilleur bouclier. »
Elle s'est levée avec une dignité impressionnante. « Je ferai les démarches demain matin. C'est le seul moyen d'intimider George et de le rappeler à ses devoirs. Mon cœur est vieux, mais il sait détecter les mauvaises personnes. Élise ne rentrera pas dans cette famille par ma volonté. »
Je l'ai remerciée avec une gratitude sincère. Ce testament représentait ma dernière ligne de défense. Si George était prévenu qu'un geste irréparable pourrait lui coûter le contrôle de l'empire, peut-être réfléchirait-il à deux fois.
En quittant ses appartements, je me sentais plus forte, soutenue par la chef de famille. Mais une nouvelle pensée, sombre et glaciale, s'est imposée à moi.
Si Maria Williams mettait cette menace d'héritage à exécution, elle ne ferait pas seulement d'elle un rempart pour Anna-Bella. Elle ferait d'elle, ainsi que de moi, de nouvelles cibles aux yeux de George et d'Élise, si jamais ils venaient à connaître l'existence de cet acte.