Chapitre 9

1653 Words
Point de vue de Rachel.   Le petit nuage sur lequel je flottais fait une chute de mille mètres. Oh la vache ! Il est là. Lui, l'homme qui m'a payé les glaces Häagen Dazs et avec qui j'ai échangé quelques mots en sortant de l’épicerie. Pourquoi est-il ici ? Est-ce le frère de Nassim ? Oh mon Dieu, je crois que oui ! Mais c'est quoi ce délire ???     Les gars, on a un gros problème. Je crois que je suis attirée par le frère de mon copain. —   T’as une de ces têtes ! lance Nassim en le regardant.     Il ne dit rien, toujours en train de me fixer. Il doit être en train de penser la même chose que moi. J’imagine que nous sommes les pires poissard que la Terre n’ai jamais connu. Sérieusement, parmi tous les mecs de ce département, pourquoi est-ce lui que j'aie croisé la dernière fois ? Et pourquoi diable m'a-t-il tant marqué ?    OK Rach, fait quelque chose avant qu'ils ne se doutent d'un truc. —   J'imagine que c'est ton frère ? dis-je en me levant. (Je tends ma main dans sa direction et il me rend la poignée avec beaucoup de difficulté.) Enchantée, je m'appelle Rachel.     Bien sûr, j'affiche un sourire de façade. En vrai je suis totalement horrifiée par la situation quelque peu grotesque. —        Tarek, dit-il à son tour.     Mais attends deux secondes... Pendant que j'y repense, quand j'ai demandé à Nassim s'il avait un frère qui habitait le coin, pourquoi m'a-t-il répondu le contraire ? Cela signifie-t-il qu’il m’a menti ? —   Je crois que je vais sortir, j'ai deux trois trucs à faire, bredouille Tarek en s'efforçant de détourner son regard de moi. —        T'es pas sérieux ? se lamente Nassim. Allez mon frère, on passe une bonne soirée, là !    Je vois Tarek hésiter un instant. D'un côté il est préférable qu'il s'en aille car le malaise est à son comble. Mais d'un autre, apprendre à mieux le connaître ne serait pas si mal. Faut pas oublier que c'est le frère de Nassim après tout. L'histoire de l'épicerie doit s'effacer de notre mémoire à tous les deux. Je suis avec Nassim, il n’y a que lui qui importe, c'est tout. Je suis assez grande pour savoir ce que je veux et mettre dans un recoin de ma tête mes contradictions. Enfin, je crois. —   Je vais..., retente Tarek. —   Tu restes, c'est tout ! le coupe Nassim sur un ton décisif. Toi qui voulais tant savoir qui est Gazelle, profite ! Je te la ramènerai pas tous les jours.     Mon Dieu. Il ne se rend pas compte de l’impacte de ses mots. Il l'enfonce encore plus dans son malaise ! Remarque, Nassim est à l'ouest ; aucune chance qu’il ne se doute de quelque chose.    Tarek hoche doucement la tête et s'affaisse près de Mam's, soit le plus loin possible de moi. Je ne peux pas le blâmer. Si je le pouvais, moi je quitterais carrément la pièce pour ne plus avoir à le regarder. —   Met-moi l'album sur les enceintes, lance Nassim à l'adresse de son pote. On va faire écouter notre petit truc aux meufs. Je suis sûr qu’elles vont aimer.     Et c'est comme ça qu'on se retrouve tous à écouter leur playlist. Tandis que tout le monde bavarde autour d’une cigarette et d’un verre d’alcool, Tarek et moi fuyons nos regards tout le reste de la soirée jusqu'à plus de minuit.   Point de vue de Nassim.      J'ai senti Gazelle un peu distante ce soir. Je comprends pas pourquoi. Mes potes ont tout fait pour les mettre à l'aise, ils étaient grave agréables et polis. C'est chelou. Même Tarek était dans son coin, comme la dernière fois. Son cas à lui est encore plus bizarre. Je sais qu'il est plus âgé que moi et qu'il a d'autres délires avec d'autres potes, mais il aurait quand même pu faire un effort juste pour les invités, je sais pas. Bref, ça me fou le mort.    Je conduis sur le chemin du retour pour raccompagner les filles chez elles. J'entends Sandra parler de son gosse et d'une nounou qui devait le garder toute la soirée. Je me mets à rire pour aucune raison pile à ce moment-là, et elles m’interrogent toutes du regard. Je perds alors instantanément mon sourire. —   Allez, repose-toi bien. On se voit au boulot, dis Gazelle à sa sœur lorsque celle-ci descend de la voiture. —   Elle taff directement après l'accouchement ? je l’interroge. —   Elle a accouché il y a plus d'un mois, je te rappelle. Je lui ai conseillé de profiter un maximum d'Adam mais elle veut bosser et reprendre les rennes le plus vite possible. —   Tu fais quoi dans la vie, au fait ?     C'est vrai que je lui ai jamais demandé. On se parle pas souvent par message parce que l'album et les nouveaux sons me prennent beaucoup de temps, et on se voit que pendant les weekend ou fin de soirées, donc j'imagine qu'elle doit avoir elle aussi un planning chargé. —   On tient une boutique de vêtement sur Paris, m’avoue Rachel. C'est pas le grand luxe mais ça nous permet de payer le loyer. Enfin moi j'aide seulement Nadia, on fait 50/50 quoi. Mais je ne me plains pas, j’ai que 24 ans et toute la vie devant moi pour faire mes preuves.    Elle a raison. Je suis de trois piges son aîné et je crois que je me plains plus qu’elle. —        Tu gagnes combien ?    Rachel me lance un regard offusqué. Qu'est-ce que j'ai dit encore ? —   Bah quoi ? —   Nassim, c’est super indiscret comme question... —   T'es sérieuse ? Mais je suis ton gars, je vois pas pourquoi tu me cacherais ça.    D'ailleurs ça me fait chelou de dire à une meuf que je suis son gars. Bref.    Je trouve une place en bas de son immeuble et je la vois se pincer les lèvres quand je fais ma manip pour me garer. J'aime trop quand elle fait ça. Elle est trop sexy. Le pire c'est qu'elle ne s'en rend même pas con cette conne. —   Entre 1600 et 2000 euros, c'est mon dernier mot, dit Rach après quelques secondes. —   Petite joueuse, va. —   Arrête. C'est facile pour toi de dire ça, monsieur qui sort un album et qui arrive dans le top 20 sur ITunes...     Je retire les clefs du contact et je prends l'initiative de mater son boule quand elle sort de la caisse. p****n ce qu'elle est bonne sa mère. —   C'est vrai, t'as raison. C'est du sexisme ce que je dis, avoué-je en la suivant dans le hall.     Tant qu'à faire, je préfère de loin m'occuper d’elle cette nuit plutôt qu'on se fasse la gueule pour une histoire de salaire. —   Ah, je vois que monsieur a appris un mot. —   Je fais peut-être du sexisme, mais toi tu fais des préjugés. En appuyant sur le bouton de l'ascenseur, elle pousse un petit hoquet de surprise. —   Moi, faire des préjugés ? —   Ouais, toi. —   Pourquoi ? —   Parce que comme je suis rappeur tu crois que j'ai peu de vocabulaire et que je parle pas bien le français.    Rachel rigole et passe sa main derrière mon dos. —   T’as raison, j'ai pas envie qu'on se prenne la tête. J'ai d'autres choses de prévu, si tu vois ce que je veux dire...     Et elle glisse le bout de son doigt le long de mon torse. Humm, c’est partie !   Point de vue de Rachel.       Il enlève son pull tandis que je défais l'élastique de mes cheveux. Je l'emmène dans ma chambre et lui laisse la tâche de me déshabiller tout en entier. —   T’as une capote ? je lui demande alors qu'il s'occupe de laisser des marques dans mon cou.     Je l'entends murmurer quelque chose qui semble être une approbation contre ma peau. Punaise, j'ai les frissons quand il fait ça.    Il se lève et sort la capote de la poche de son jean. Il revient ensuite sur moi, m’écarte les cuisses, et entre en moi un peu trop vite à mon goût. Je grimace légèrement mais ne dis rien. La chaleur dans la pièce se fait plus pesante et le plaisir augmente au fur et à mesure de ses va-et-vient.    Je m'autorise un gémissement et il grogne dans l'instant. —   p****n t'es trop bonne bébé, dit-il quand on y est presque.     Je lui réponds par un b****r qui se fait chaste et furtif, car il le stop net pour venir poser ses lèvres près de mes seins. Je viens juste après ça et il me suit quelques secondes plus tard. Après nos ébats je vais ouvrir la fenêtre car il fait trop chaud. Nassim jette la capote dans la poubelle et s'endort rapidement. J'aurais préféré qu'on discute un petit moment avant qu'il dorme. Tant pis.    Pour passer le temps je m'allume une cigarette en inspectant la lune. C'est mauvais signe que je fume. Je le fais que lorsque je suis nerveuse ou irritée par un truc ; en l'occurrence je crois que je suis les deux. Tarek est revenu dans ma tête en flashback. C'est la catastrophe. Qu'est-ce que je dois faire ? Si Nassim pensait à une autre meuf je crois que je péterais un câble. Il faut que je me ressaisisse et que je garde tout ça pour moi, car le dire à voix haute ne ferait que rendre la chose davantage sérieuse.    Je finis ma cigarette et la jette par la fenêtre. Puis je rejoins Nassim dans les draps et pose ma tête contre son torse. Il n'a pas l'air de sentir ma présence car il reste immobile, les yeux clos et la respiration régulière.    Pour l'instant, Nassim m'apporte que du bien. Il me respecte, il est gentil avec moi. Il a des défauts comme tout le monde, du genre autoritaire et brute, mais je réussis à passer outre. Quant à Tarek, il est plus âgé, il n'a pas les mêmes occupations que nous et n'en a sans doute strictement rien à faire de moi.    Raison de plus pour l'oublier définitivement, lui et sa bonne petite gueule presque parfaite.  
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