Point de vue de Rachel.
J'aime bien les dimanches. Ils me permettent de décompresser et de me reposer devant la télé avec un bol de chips avant que je reprenne une semaine de boulot. Mon travail et les personnes avec qui je travaille me plaisent. J'ai trois collègues (si on excepte ma sœur) qui ont à peu près le même âge que moi.
Il y a Priscilla, vingt-trois ans, brésilienne super canon qui a toujours la joie de vivre et qui accueil chaleureusement les clients à la boutique – c’est d’ailleurs celle qui ramène le plus d’acheteur. Axel et Bastien sont les hommes qui gèrent tout ce qui est papier et marketing, car ce sont eux qui ont créé la boutique. Ils font du très bon travail et sont super agréable avec nous. Je suis contente d'être leur employée.
Nadia est sortie faire les courses, je me retrouve donc seule. Ça fait du bien parfois la solitude. C'est dans ces moments-là que je peux faire ce que bon me semble, comme... mettre la musique à fond et danser comme une dingue, par exemple. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire. Je suis si prise par la musique qui résonne (How deep is your love de Calvin Harris) que j'en oublie presque la sonnette qui retentit à l'entrée. Au bout de trois dring et quelques coup à la porte, je me décide à éteindre la musique et soupire en arrivant devant la porte. C'est qui ? Nadia a les clefs, si c'était elle, elle aurait ouvert sans me faire suer.
J'ouvre la porte et aperçois Nassim, les yeux rivés sur mon corps. Punaise, j'avais oublié que je suis en leggings et débardeur blanc sans soutif.
— Tu m'as fait b****r en deux secondes chrono, là, balbutie-t-il en ravalant sa salive.
Je lève les yeux au ciel et le laisse entrer, lui offrant une vue imprenable sur mon popotin. Je suis généreuse, parfois.
— Que me vaut ta visite inattendue ? dis-je en gagnant le sofa.
Nassim se mord la lèvre et me rejoins illico.
— Je me suis dit que je devais aller chez ma petite Gazelle pour voir ce qu'elle faisait et... mais t'es toute trempée ! T'as fait un marathon ou quoi ?
Il me dévisage. Oh merde. C'est ma sueur. Pas très sexy tout ça. Et si je puais ? Bordel, la honte !
— Je vais aller prendre une petite douche vite fait, je l'informe en me dirigeant dans la salle de bain.
— OK. Mais dès que j'aurais fini de te faire ce que je m'apprête à te faire, je crois que t'auras besoin de refaire une nouvelle douche, en fait.
J'écarquille les yeux et lui lance un regard à la dérobé. Cet idiot est en train de se marrer comme un bouffon, les yeux emplis de perversité. Finalement, il y a quand même pleins d’avantages quand on sort avec un mec de cité, me dis-je en souriant à mon tour.
Point de vue de Nassim.
Je suis chaud patate. Elle le sait pas mais, en la voyant comme ça, ça m'a donné des pensées très intéressantes. Quand je disais que je bandais je déconnais pas. Elle m'a vraiment excité bordel !
J'entends l'eau couler dans la salle de bain. Je suis à deux doigts de la rejoindre mais je viens de recevoir un message de Tarek, ce que je considère plus important que mes parties de jambes en l’air avec Rachel.
[Tarek : tfk ? Je t'ai pas vu dans le hall aujourd'hui. On a besoin de toi frère]
Je lance un regard vers la salle de bain, puis je repose mes yeux sur le tel.
[Moi : je suis chez gazelle. C important ?]
Ça sert à rien que je lui pose la question. Je connais très bien les bails et je connais encore mieux mon frère : quand il me dit ça, c'est que le matos est prêt.
Je soupire en attendant sa réponse. Il me répond vite :
[Tarek : bah oé. On a passé toute la semaine à bosser l'album, on a du temps à rattraper]
Fait chier. Je comptais pas lui mettre un plan en venant ici, mais je peux pas faire passer Gazelle avant le business. Alors tant pis si je la met en rogne mais je dois me tailler.
Je me lève en rangeant mon tel dans la poche de mon jogging et sors de son appart sans me retourner. Je suis un vrai connard, ma parole. En descendant les escaliers, je croise sa pote Nadia, les mains tenant des sacs de course. Miskina, elle a l'air d'être morte de fatigue.
— Oh, Nassim. Tu tombes à pic ! me dit-elle et elle pose tout au sol.
Ah nan. Je sais ce qu'elle attend de moi, et c'est mort !
— Toi aussi tu tombes à pic figure-toi, lui dis-je en posant ma main sur son épaule. J'ai un truc urgent à faire alors tu pourrais dire à Rach que je m'absente toute l'aprèm ? Dis-lui aussi qu'elle pose pas de question et que je gère.
— Mais…
Je sors de l'immeuble sans attendre sa réponse. Pas le temps pour elle non plus. Je monte dans la caisse et roule jusqu'à la cité. J'espère juste qu'on n'a pas beaucoup de clients, j’ai grave la flemme.
Point de vue de Rachel.
Je sors de la salle de bain au moment où quelqu'un passe dans le couloir pour entrer dans la chambre. J'affiche un sourire niais en imaginant ce que je pourrais faire avec Nassim dans les draps de mon lit. J’entreprends d'enlever le peignoir de mon corps. Et soudain, lorsque j'apparais dans ma chambre, prête pour lui, c'est en réalité une Nadia épuisée et choquée qui me fait face. Tu m'étonnes qu'elle soit choquée. Je suis toute nue !
— Ahhhhh !
Je ressors vite et pars rapidement ramasser mon peignoir au sol pour le remettre autour de mon buste. Mais où est Nassim bon sang ??
— Je suis désolée d'avoir fait irruption dans ta chambre comme ça, s'excuse Nadia en me rejoignant dans le couloir.
Elle s'excuse mais je vois très bien qu'elle se retient de rire, cette connasse. Bon, elle m'a déjà vu nue remarque. C'est pas le plus grave.
— Je cherchais juste ton pull H&M, celui que tu portais l'autre jour, ajoute-t-elle.
Je lui montre le plat de ma main.
— T'inquiète. Pas grave.
J'inspecte les alentours de l'appartement à la recherche d'un grand brun au cheveux lisses.
— Euh... Nassim n'est plus là ? fais-je, à la limite de la stupéfaction.
Et j'ai de quoi être stupéfaite. On avait prévu quelque chose, merde !
— En parlant du loup, commence Nadia d’air exaspéré. Je l'ai croisé en bas des escaliers. Ce connard ne m'a même pas proposé de porter mes courses... Bref, il m'a dit de te dire qu'il partait en urgence...
— Qu'il partait en urgence ? Où ? Pourquoi ? Pour quoi faire ?
— Ouh la la, c'est pas mon mec, j'en ai aucune idée. Il m'a juste assuré que ce n'était pas grave, et qu'il gérait.
Je la lorgne bizarrement.
— Il t'a dit qu'il gérait ? je répète, songeuse.
— Affirmatif.
Donc, si je comprends bien, Nassim vient de me poser un lapin. Genre, il vient de me poser un lapin alors que c'était prévu qu'on le fasse. C’est génial !
Il n'y a pas trente milles solutions. Soit il avait un rendez-vous important avec l'un de ses proches, soit c'était pour une fille. L'idée de le savoir avec une s****e en train de passer du bon temps me fait ressortir une veine de mon front.
— Rach, t'es sûre que ça va ? s’enquiert ma meilleure amie.
Non, Nadia. Non ça va pas du tout. Je fais un minimum confiance en Nassim mais je peux rien n'y faire : je suis hyper possessive avec tous les gens que je rencontre, et je sais que je n'aurais pas l'esprit tranquille tant que je ne saurais pas ce qu'il est en train de faire, là, maintenant.
Je prends mon téléphone et tente un appel ; je tombe directement sur sa messagerie. J'ai essayé de rester zen. J'ai essayé. Mais ma patience vient d’exploser. Ça y est, je déclare la guerre.
— Nadia, je vais avoir besoin de ton aide.
Je sors ces mots tout en enfilant un jean et un sweat-shirt.
— Quoi ? Qu'est-ce que tu manigances ? se hasarde mon amie, sceptique.
Elle me connait si bien...
— Tu vas me conduire jusqu'à la cité de Nassim. Ensuite je vais descendre pour aller lui toucher deux mots et on repartira ni vu ni connu.
— Tu déconnes ?
Je secoue fermement la tête. Je ne suis pas le genre de fille à plaisanter sur ça. On m'a déjà eu une fois mais c’est terminé, je ne laisserai plus personne me prendre pour une conne. Ah ça non.
Déterminée, j'attache mes cheveux de sorte à me faire une queue de cheval bien serrée. Nadia bat des cils. Me voyant quitter l'appart, elle me rejoint sans plus tarder sur le pallier.
Point de vue de Tarek.
Posé en bas de la cité, je papote avec mes gars. La fumée qui ressort de la bouche de P4, un de mes fournisseurs, me donne envie de fumer moi aussi un joint.
Les clients sont nombreux aujourd'hui. Là je suis comme en "heure de pause". J'ai charbonné comme un ouf toute la matinée depuis 6 heures du matin que j'en ai des putains de cernes sous les yeux. Je ressemble à rien, abusé. Mais au moins l’activité paye, donc n***e sa mère mon physique.
Nassim a pris ma place dans le hall pour gérer les derniers ien-cli. Il fait bien son taf, mais je contrôle mieux la situation. En même temps j'ai commencé plus tôt que lui la bicrave. Il avait à peine 15 piges que j'avais déjà marqué ma propre place sur le terrain. Parfois je me dit que j'aurais dû l’empêcher de rentrer dans tout ça. Parce que quand on bicrave, c'est dur de pouvoir ressortir de ce merdier. Si je le fais encore c'est simplement parce que j'ai des vies à combler.
Je finis par m'allumer un joint et recrache chaque fumée avec besoin et envie, comme si ma vie en dépendait. C'est dingue comment je suis accro à cette merde. Je m'envole dans mes pensées quand Dinos, un renoi de ma génération avec qui je traîne depuis maintenant 10 putains d'années, me donne un coup de coude dans les côtes. Je grogne en me tournant vers lui et il me montre du regard quelque chose devant nous. Je relève la tête dans la direction qu'il indique et soudain, je suis pris de toussotement.
p****n de merde. Voilà « Gazelle » qui se ramène vers nous en mode vénère, comme si elle s'apprêtait à mettre une baffe à tout le monde. Même façon harpie elle est belle. Je sais que mon frère était avec elle avant d'arriver ici. J’en conclu que si elle se ramène elle-même dans la cité avec cet air collé sur le visage, c'est qu'il a du faire une connerie.
Nassim, t'es dans la merde. Et je sais pas pourquoi mais... mon petit doigt me dit que je le suis moi aussi.