Samuel est là, tout près de moi.
Son corps, mince et ferme se serre contre le mien et je sais que la situation sera bientôt hors de contrôle. J'ai hâte.
Sans plus de cérémonie, je passe mes doigts encore froids sous ce pull qui me cache le meilleur et c'est avec délice que je le vois frémir sous le contact. Son torse est là, musclé, parfait dans ce mélange de force et de fragilité. C'est mon oisillon, et je vais le manger. Ses lèvres se promènent sur ma nuque, s'approchent dangereusement de mes seins.
Je… je risque de ne pas pouvoir en supporter davantage. Je me jette sur lui, et je le viole…
…
-Julie, debout ! crie ma mère de derrière la porte. Tu es en retard… encore !
Lorsque j'ouvre les yeux, je déteste cette mère cruelle qui m'a privée du meilleur. J'y étais presque.
Pff. Je m'attarde un instant sur la contemplation du plafond blanc, médite l'idée de me rendormir… allez, juste dix minutes, que je finisse ce que j'ai commencé…
-Julie, hurle ma mère, ne me force pas à venir te chercher.
Ok, c'est bon, je n'ai plus qu'à remballer mes hormones de jeune pucelle, moi cette jeune opprimée des temps modernes… fais chier tiens.
Puis je lis l'heure sur le cadran digital de mon réveil et me lève pour de bon. Merde, c'est vrai que je suis à la bourre.
Petite Julie se lève donc, vérifie rapidement que sa cheville la supporte bien, remet à plus tard la douche matinale, s'habille à l'arrache, se coiffe à la sauvage avant de se dire que quand même, un petit effort s'impose. Allez, un peu de Gloss, ça ne peux pas faire de mal.
Lorsque je descends les escaliers, ma mère est presque sur le point de partir. Devant le miroir de la glace de l'entrée, elle me montre vaguement deux tartines grillées, tout en achevant un trait épais d'eyeliner sur l'œil gauche.
-Ne te plains pas, me devance-t-elle. Tu serais arrivée à l'heure, tu m'aurais rappelé de les sortir du grille-pain. Alors mange et tais-toi.
Je tente l'excuse de circonstance.
-Je suis en retard maman.
-Je m'en moque. J'ai pris la peine de te faire à manger, alors tu mangeras tout ma fille.
Pff, qu'ai-je fait pour mériter ça ? J'y songe et rougis en repensant à ma chance de ces trois derniers jours.
Depuis vendredi soir, les déclarations, tout le nian-nian et les accordéons, le week-end est passé. Samedi et dimanche, juste avec Samuel…
Je souris bêtement.
C'était parfait, et pourtant nous n'avons quasiment rien fait de plus. Nous avons glandé, comme d'hab', et de bons films nous ont servis de distractions. Seule différence par rapport à d'ordinaire ? Je ne me souviens d'aucun de ces films.
Je réfléchis. Non, pas d'un.
Parce que j'étais dans ses bras, lui me tenait, et ce ne furent que farnienté langoureuse, où subitement MON homme me relève la tête pour m'embrasser, se moque gentiment de mon air de chaton tenu en laisse, et ses doigts pour venir me faire miauler.
-Julie, allo la terre ! Rouspète ma mère en achevant l'œil droit.
Elle me donne un coup de tête vers mon assiette.
-Alors, comment c'est ?
J'hausse un sourcil, prend une bouchée.
-Cramé !
-Et ?
Je soupire. Face à ce regard plein d'espoir de mère ayant œuvrée pour sa fille, qui serais-je si je lui disais la vérité ?
-C'est bon, maman. Ca se laisse manger.
Ma mère sourit, je me félicite de ma réponse. Du moins, jusqu'à ce qu'elle s'assied près de moi, me regardant ingurgiter.
Et merde, moi qui songeais à jeter discrètement mes restes dans un coin obscur de ma meilleure amie, cette poubelle ancestrale qui accueille depuis longtemps les créations de ma génitrice dévouée.
-Heu... tenté-je prudemment, tu ne vas pas au boulot ?
-Non, je prends mon service une demi-heure plus tard.
Elle ajuste l'une de ses boucles brunes dans un autre miroir situé au-dessus de l'évier, face à nous.
-L'occasion qu'on parle un peu entre filles, conclut-elle l'air de rien, en me jetant LE regard qui veut tout dire.
-Maman, me sentis-je obligée de rappeler pour la seconde fois, je suis vraiment en retard.
Son regard me convainc de me taire, nous aurons donc une discussion mère-fille.
Je retourne mon attention sur la glace tout en grignotant mes cendres beurrées, me compare à ma mère. Certains disent que nous nous ressemblons. J'ai des doutes, car ma mère est vraiment belle. Sophistiquée en tout point malgré son petit poste de serveuse, ma mère les attire tous, ces mâles vigoureux d'une bonne quarantaine d'années et ce n'est pas rare qu'après son travail, j'ai la maison pour moi seule tandis qu'elle va errer dans d'autres nids d'amour. Et c'est tant mieux. Parce qu'elle le mérite, parce que mon père l'a cherché en nous abandonnant pour une autre femme, et j'attends avec impatience qu'il comprenne son erreur et vienne nous supplier en vain de le reprendre. Bon, j'attends ce jour béni depuis trois ans maintenant, je suppose qu'il ne me reste qu'à attendre encore un siècle ou deux.
Ma mère me regarde d'un air critique.
Elle passe sa main dans mes cheveux, réajuste une mèche rebelle, attarde son œil d'experte sur le pli de mon Sweat, secoue la tête d'un air lasse.
-Ma fille, comment comptes-tu attirer les males en chaleur si tu t'habilles comme une nonne ?
Je ne réponds pas, nous avons déjà eu cette discussion. Elle ouvre un peu la fermeture de mon Sweat, enlève le surplus de Gloss qui déborde, passe un doigt dans mon sourcil.
-Voilà, c'est déjà mieux. Tout de suite, tu dégages nettement plus de phéromones hypnotiques.
-Maman, je n'ai pas besoin de dégager de… truc machin pour attirer les autres.
-Détrompe-toi, lance d'un air sérieux ma mère. Un jour, quand tu seras vieille et moche, tu n'attireras plus personne excepté le petit gibier. (Elle lève le poing, l'exhibe à la face du ciel.) C'est aujourd'hui que tout se joue, tu dois ramener un homme grand, fort, et qui fasse fantasmer ta mère comme il se doit. Rends-moi jalouse, fais mo…
-C'est bon, j'ai compris. Je le ferais.
Ma mère est plutôt cool, mais parfois elle est aussi un peu folle dingue. Je me demande si je tiens d'elle sur ce point…
-En parlant de ça, où en es-tu avec ce Jimmy ?
-Jérémie, la corrigé-je par réflexe. Ses yeux se mettent à briller, elle se positionne bien en face de moi pour m'arracher les détails les plus sanglants.
-Alors ?
J'avale d'une traite mon jus d'orange, m'attaque au chocolat chaud.
-C'est fini.
-Oh…
Petit air déçu chez ma mère, moi qui ne sais pas lui résister.
-Mais je suis avec quelqu'un d'autre à présent.
Ma mère me scrute, je regrette aussitôt d'avoir ouvert ma grande… bouche. Reste impassible Julie, ne laisse rien paraitre de compromettant.
-Hmm, ça m'a l'air déjà plutôt sérieux, note-t-elle.
Elle réfléchit, avant de me dévisager, calculatrice au possible.
-… grand et fort ?
Heu, ce n'est pas exactement ce qui qualifierait le mieux Samuel. Je préfère hausser les épaules sans la regarder.
-Il est beau au moins ?
Là j'acquiesce, laisse même échapper un sourire. Grave erreur, quand on connait ma mère. Elle se lève dans un sursaut, file extirper un agenda de son sac.
-Donne-moi son nom, et invite-le-moi à la maison.
Je secoue la tête.
-Non maman, pas cette fois.
Elle trépigne du pied. Pire qu'une gamine.
-Mais je veux savoir qui c'est. (Grimace horrifiée de sa part) et si c'était un mauvais garçon ? Et s'il décidait de t'initier à la drogue, te vendait au marché noir, et…
-Non maman.
Comme pour me sauver, la sonnette retentit.
-J'y vais, m'exclamais-je en posant en vrac ma vaisselle dans l'évier.
-Ne crois pas que tu vas t'en sortir si facilement. Je veux tous les détails et il a intérêt à être à la hauteur.
Je l'embrasse sur la joue.
-Oui maman, on verra.
Lorsque j'ouvre, je ne peux retenir un sourire ravi.
-Salut Sam.
-Salut, marmonne-t-il en regardant sa montre. Tu es en retard.
-Toi aussi.
-Non, moi, je t'attends depuis plus de vingt minutes devant le portail.
Il passe vite fait la tête chez moi, échange un sourire complice avec ma mère.
-Bonjour Sylvie. Ça va aujourd'hui ?
Ma mère se lève et s'approche, une mine boudeuse clairement étudiée sur le facies.
-Bof, pas tellement. Julie me cache le nom de son nouveau chéri. (Petit air rusé sur ce visage pomponné) dis Samuel, tu n'aurais pas une idée de qui c'est par hasard ?
-Et bien justement, commence mon homme…
Argh…
-À ce soir, lancé-je en claquant la porte derrière moi.
Ouf, c'était moins une. Je n'ose imaginer si ma mère apprenait que son pseudo fils à tendance de minette me côtoyait de si près…
-Tu comptes lui dire un jour ? me demande Samuel d'un ton impassible.
Oups, ça, dans le langage Sam's mania, ça veut dire « pas content ».
-Heu… ça ne la tuera pas d'ignorer un ou deux détails.
Haussement de sourcil chez mon homme, tandis qu'on s'éloigne de la maison.
-Parce que le savoir la tuerait ?
Ah ça, c'est tout lui. Toujours à faire chier son monde pour de la merde.
-Fais pas la gueule. C'est justement le contraire. Elle t'adore.
Il ne semble pas convaincu, et je ne peux que le comprendre. J'ai un peu exagéré.
Certes ma mère adore ce gars, mais il s'agit d'une adoration pour le « meilleur ami » de sa fille chérie. Ma mère voudrait me caser avec le premier venu, mais jamais, je dis bien jamais, elle ne s'est essayée à me placer dans les bras de Samuel. Elle me vante ses qualités, s'extasie sur combien il est beau, intelligent et merveilleux, mais moi avec lui ? La connaissant, ma mère ferait une syncope.
Après, de jalousie ou d'indignation, je ne tiens pas à le savoir tant qu'il m'est possible de l'éviter. La leçon de morale sur la fille qui n'aurait pas dû pervertir son ami, non merci, surtout venant d'elle.
-Bon, lâche Samuel une centaine de mètre plus loin, penses-tu que nous nous soyons suffisamment éloignés de ta mère-à-qui-tu-ne-veux-rien-dire, ou devons-nous avancer encore un peu ?
Le sérieux me laisse perplexe, je l'étudie avant de répondre.
-Ça me semble correct… pourquoi ?
Pour réponse, il m'hôte la main de ma poche, pour la presser doucement entre ses doigts. C'est chaud. C'est même mieux que la poche dis-donc.
-Je tiens à profiter de mes nouveaux acquis, fait-il avec douceur. J'ai des droits sur toi, ce serait un comble si je ne les faisais pas valoir, n'est-ce pas ?
Je suis tentée de le frapper pour sa prétention. Seulement il n'a pas tort, et puis ça me plait assez. C'est pourtant lui que je ne comprends pas.
-Tu n'as pas froid ? Ma main est glaciale.
-Ça ne change pas de d'habitude. C'est les inconvénients de sortir avec un glaçon ambulant.
Il esquisse un léger sourire en coin, enlace plus fermement ma main en glissant ses doigts dans les miens.
-Mais j'assume, murmure-t-il juste pour moi, je te réchaufferai.
Je… je…
Argh… me lancer des trucs aussi hot, ça ne devrait décidément pas être permis. Si c'était son but, c'est réussi. Je perds totalement mes moyens, et pour preuve je ne peux que détourner les yeux de ce visage insolent tandis que je me sens honteusement rougir.
-i***t.
-Moi aussi, je t'aime.
-Samuel stop, c'est super gênant.
-Peut-être, mais moi je m'amuse bien.
Un silence, puis son visage moqueur.
-Tu es adorable quand tu deviens rouge pivoine.
Rhaa, lui qui m'avait presque fait flancher, baisser mes défenses et lui répondre d'une façon guimauve qui m'aurait fait me frapper toute seule, là il vient de tout foutre en l'air.
-Et bien, lance une petite voix aux intonations sournoises plus que reconnaissable, c'est qu'il a dû s'en passer des choses cochonnes durant le weekend end. A quand la lune de miel ?
Instinctivement, (et peut-être aussi parce que j'allais le faire de toute façon… il m'a mise en pétard), j'enlève mes doigts des siens. Aïe, froid, froid, vite au chaud. Mes poches chéries, j'arrive.
-Salut Marie, quoi de neuf ?
La religieuse s'avance sans se presser, son regard aussi perçant que des aiguilles tandis qu'elle semble décortiquer le moindre signe indicateur nous concernant.
-Oh, rien de spécial, lâche-elle paresseusement. J'étais seule dans mon isolement de fille de bonne famille, continu-t-elle plus vivement, tandis que ça devait partir dans tous les sens à quelques rues de là…
-Mais bon, soupire-t-elle, comme je n'ai eu aucune nouvelle, je me suis bien amusée à imaginer tous les scénarios.
Je rougis malgré moi (à croire que ça va devenir une habitude ces temps- ci)
Que dire que faire dans une situation telle que celle-ci ? J'aimerais bien crier au scandale, mais n'en ai pas l'audace.
Nous nous remettons donc à marcher en silence, Marie à côté de moi, même si la situation ne semble du goût de tout le monde. C'est triste que Samuel ne l'aime toujours pas… c'est quand même en grande partie grâce à elle si nous sommes ensemble aujourd'hui…
-Ah bon ? Fis-je donc dans un vain espoir de la duper par mon apparente curiosité, et qu'est-ce que ça a donné ?
-A toi de me le dire. Moi je n'ose pas…
Elle se rapproche de moi, me lance un regard lourd de sens.
-Je te l'ai dit, j'ai imaginé TOUS les scénarios… ça m'a pris des heures, et c'était… des choses de grandes personnes dont personne ne veut me parler.
Je la pousse.
-T'es vraiment tarée comme fille.
-Oui je sais, on me le dit souvent. Allez, m'enjoins Marie toute excitée, raconte. Je veux tout savoir.
Dans sa manœuvre d'interrogatoire collé-serré (En gros, elle qui m'agrippe le bras comme une folle, et son cul qui pousse sans le vouloir l'homme exclus du groupe) je sens combien sa détermination à me faire chier est puissante, et combien j'aurais tord de songer à ne pas combler ses attentes divines.
-Les filles, je vous laisse parler tranquillement, lâche quelque peu sèchement Samuel en se frottant un bras douloureux (celui poussé par le fameux coup de cul ?). Je ne voudrais pas vous ennuyer durant notre narration de pseudo passions enragées.
Je constate que nous sommes déjà arrivés au bahut. Je grimace. Moi qui voulais passer du temps avec Samuel, pour le coup c'est loupé…
Je n'ai cependant pas le temps de ressentir la détresse qui accompagne la séparation des premiers amours, parce que Marie me saute littéralement dessus.
-« Passions enragées ? hurle-t-elle presque.
Ah, Samuel, tu n'es qu'un i***t. Je suis partie pour devoir tout lui résumer…
Je sais, toute fille normalement constituée adore développer la moindre minute de ses péripéties amoureuses. Mais moi, et bah… ah oui, je suis pareille ! Yeaah, que la fête commence !
-oOo-
J'ai une question. Pourquoi, alors qu'il est évident que ça ne sert à rien, faut-il toujours que l'élève moyen se donne la peine de sortir ses affaires durant le cours ? Ne trouvez-vous pas ridicule de sans cesse répéter la même litanie, avec un stylo par ci, une feuille par-là, et le livre du jour pour faire semblant et se donner bonne conscience ? L'enseignement est censé élever l'esprit, alors pourquoi faudrait-il que j'active le corps ? Mouais, ce genre de question pourrie me traverse souvent la matière grise à chaque fin de cours, lorsqu'il me faut tout remballer. Et ça vous étonnera ou non, mais je suis toujours la dernière dans cet art du rangement de mon sac Pocket.
-Julie, grommelle une voix au-dessus de moi tandis que je lutte avec ma règle 30cm, quelqu'un est là pour toi.
Je relève la tête avec impatience, fixe avec tout le charme dont je suis pleine Nathalie, une petite rousse que j'apprécie les jours fériés et mardi gras.
-Hein ?
Celle-ci m'adresse un coup d'œil agacé, avant de remuer sa couette d'un doigt, dans une pathétique tentative de se la péter.
-Un gars si tu préfères, marmonne encore cette piètre messagère. Il m'a demandé de t'appeler.
-Heu… merci.
Vous avez vu, vous avez vu ? je suis décidemment quelqu'un de (très) poli. A mettre dans la grande colonne de mes points forts.
Toutefois, je ne peux que plisser le front alors que Nathalie s'éloigne avec la moue de celle qui a œuvré.
Un gars je veux bien, mais qui donc au juste ? Désolée, mais la liste serait est bien trop longue… j'y réfléchi encore pendant un ou deux dixièmes de seconde, avant que la réponse ne vienne docilement se loger dans mon esprit. J'accélère le mouvement.
Ouh, serait-il venu me chercher ? Lui qui déteste poireauter, se serait-il décidé à venir jouer au beau gosse adossé contre le mur ?
Si tel est le cas, ce fidèle disciple sera récompensé comme il se doit, foi de Julie.
Tristesse, lorsque je sors, moitié courante, moitié démarche je me la pète et je m'en fous, nulle trace de mon oisillon personnel.
Seulement un inconnu, mignon s'il faut préciser. Moi et mon don pour la critique, le casons d'ailleurs en année de première. Hmm, sans doute pas à compter parmi les plus fute-fute, mais visiblement gentil. Un peu trop d'ailleurs. A voir…
Le jeune homme s'approche de moi, je change aussitôt mon avis passé. Peut-être gentil, mais aussi très prétentieux. La démarche ne trompe pas, et je sens venir le pire. Non… il ne va quand même pas… ?
-Salut Julie !
-Heu… Je le dévisage (très subtilement), hausse un sourcil peu engageant. On se connait ?
« Oui. (lui qui s'avance d'un air langoureux.) Dans nos rêves, beauté fatale… tu vis toujours chez tes parents ?
…
Bah quoi, c'est pas réaliste ? Bon d'accord, ce ne sont pas les paroles exactes. Il suffit d'enlever la guimauve, remanier au gout du jour, en faire un truc à la Wesh-wesh qui donne envie de fuir et ça donne… ah oui, pas du tout ce que j'avais dit.
Enfin bref, il me dit qu'il me regarde depuis longtemps, qu'il ne voit que moi depuis au moins 2 semaines (wow, quel engagement, je sens l'amour prêt à déborder…) et qu'il aimerait que je nous donne une chance, histoire de voir ce qui pourrait en sortir. J'en reste sur le cul, ne peut rien répondre. C'est qu'il y croit en plus… presque comme si j'allais me jeter dans ses bras sur l'instant, pour la simple raison que je serais célibataire depuis trop longtemps.
Je sais que je suis une sauvage, mais avec Jérémie, ça ne fait même pas 24 heures… je ne suis pas une morfale, hein ? Hein, dites…
-Ce n'est pas grave si tu ne me donnes pas ta réponse tout de suite, achève le dénommé Matthieu avec assurance. Je peux comprendre que tu sois surprise, ce sera sans doute mieux si je repasse plus tard…
-Non, le coupé-je avant qu'il ne s'enfonce un peu plus. C'est tout réfléchi Matthieu, je suis désolée mais ça ne va pas être possible.
Matthieu ne bronche pas.
-Ah oui ?
-Je suis déjà prise, me sentis-je obligée de préciser. Ce n'est pas contre toi, tu es mignon, mais…
Son rire me coupe, il lève une main en s'éloignant.
-Excuse-moi, mais c'était nerveux. Tu n'es quand même pas en train de me faire le coup de l'excuse du petit ami sorti de nulle part, n'est-ce pas ?
Ouh le con. Qu'il se décide. Je suis la sauvage qui ne peut pas vivre célibataire, ou la nonne recluse sans aucune ressource ?
-Non, lâché-je plus sèchement, ce n'est pas ça. Je suis vraiment pr…
-Oui, oui, fait-il d'un ton faussement compatissant. Ok, tu y réfléchis, et on en reparle, ok ?
Wow, alors toi, t'es un sacré mariole. Je me contente de trouver la réplique cinglante la plus appropriée, tandis qu'il s'en va d'un pas réjoui.
-…
Oh et puis merde, ne me crois pas si ça t'éclate. Qu'on ne vienne pas me reprocher de ne pas avoir prévenu.
-C'était qui ? Lance une voix dans mon dos.
-Oh rien, répondis-je distraitement. Un taré de plus qui s'y croit. J'aurais vraiment tout vu…
-Hmm, continue la voix, taré peut-être, mais joli cul quand même…
Je me retourne brusquement, constate qu'il s'agit de Samuel. Je le fixe comme une conne.
-Bah quoi, insiste-t-il l'air de rien, j'ai bien le droit de donner mon avis sur tes prétendants enhardis. Il est mignon, tu devrais y songer.
Je le frappe.
-Abruti.
Samuel devient brusquement sérieux.
-Alors, tu lui as répondu quoi ?
-Imbécile, qu'est-ce que tu veux que je lui dise ? Je lui ai dit non.
Mon samuel ne semble pas très convaincu.
-Ah bon, parce qu'il n'a pas dû comprendre vu son air réjoui.
Cet homme est un imbécile. Et il a dit qu'il avait un joli cul. Qu'il aille lui faire la cour tant qu'on y est ! Snif, mon petit ami reste un gay, et je sens que je vais y perdre la raison à jalouser les filles ET les garçons qu'il côtoie.
-Qu'est-ce que tu fous ici ? Lancé-je boudeuse. Ton cours d'espagnol est à l'opposé, non ?
Il sourit.
-Oui, mais je voulais te voir. J'aimerais que…
-Alors Julie, s'exclame une fille en nous sautant dessus. Tu ne le trouves pas magnifique ce Matthieu ?
-Heu… Fanny…
-Oh, tu as raison, et ces bras, tu les as vu ses bras ? Je suis trop jalouse, tu n'imagines pas à quel point. Comment ça se fait qu'il ne m'ait pas demandé à moi… ?
Fanny lance un bref signe de tête à Samuel.
-Salut, comment ça va ?
Elle n'attend pas la réponse d'un Samuel pas content du tout, continue dans son fantasme éveillé.
-Alors, tu lui as déjà donné ta réponse ? Ça y est, vous sortez ensemble ?
-Fanny…, grommelé-je agacée.
-Quoi ?
-Je lui ai dit non.
-Non ?
Elle semble horrifiée. Je n'aurais pas fait pire si je lui avais dit que son eyeliner avait débordé.
-Mais pourquoi ? Ce mec, tu ne trouveras pas mieux…
Samuel s'avance, je blêmis.
-En fait, commente l'inconscient, Julie et moi nous…
-Nous sommes pressés, conclus-je en souriant, avant d'entrainer mon i***t d'oisillon à ma suite. On se voit en philo ?
Ouf, c'était (encore) moins une. Ah, je vraiment perdre tous mes cheveux d'ici la fin de la journée si ça continue à ce rythme.
Samuel se dégage, tandis qu'un air impassible vient atténuer la sombre expression furieuse de l'instant d'avant. Oups.
-Ecoute Samuel, il ne faut pas en parler à Fanny.
Il croise les bras.
-Et pourquoi ça ?
Je lève les yeux au ciel. Il faudra donc vraiment tout lui expliquer.
-C'est évident. Il s'agit de fanny. Si elle le sait, l'info aura fait le tour du bahut d'ici deux heures maximum. f*******: fait des miracles de nos jours…
La révélation ne semble apporter aucune amélioration, je l'entraine dans une pièce vide avant de tourner le verrou.
-Samuel, qu'est-ce qu'il y a ?
Des éclairs apparaissent, je tente de me protéger de la brulure de ce regard tranchant en papillotant des yeux.
-Ça me semble évident, grince cette beauté sombre.
-Pas à moi. Tu ne vas pas me dire que tu aimerais que tout le monde nous dévisage pendant des plombes ?
Samuel semble se détendre, je m'approche de lui tel un chaton attendant sa caresse du jour.
-Tu es fâché ?
Il ne répond pas. Je pose mes mains autour de son cou.
-Cette matinée a été un calvaire, grimacé-je en faisant bouger mes mains le long de son torse. Je me suis fait chier comme un rat mort.
-Ah…
-Les profs étaient encore plus cons que d'hab', insisté-je. Et toi ? Ta journée…
-Bof…
Bon ok, il ne veut pas parler. Soit, je ferais sans. Je m'avance, me met sur la pointe des pieds pour l'occasion et mes lèvres viennent rencontrer les siennes. J'hésite, attend une réaction. Ses lèvres bougent enfin, des bras viennent m'enserrer la taille et je ferme les yeux, heureuse d'avoir retrouvé mon Samuel. Ce matin, je ne le lui dirais pas, mais il m'a manqué. Plus que je ne l'aurais cru.
Je continue, sens mon corps s'échauffer sous l'effet de ses caresses sous mon pull. Ce mec me rend folle. Comment ai-je fait pour être son meilleur ami durant deux ans ? Comment se fait-il qu'aucun accident physico-émotionnel ne se soit produit avant la semaine dernière ? Ça me laisse coite.
Samuel me pousse soudain sur une table, me lève rapidement pour mieux m'asseoir sur celle-ci. Mon cœur s'emballe un peu plus vite, je songe que peut-être notre relation pourrait prendre un nouveau tournant, aujourd'hui, là tout de suite, tandis que la masse d'étudiant ignorant déambule bruyamment de l'autre côté de la porte close. Ses baisers s'amplifient, gagnent du terrain le long de mon corps, je suis contrainte de me mordre la langue pour ne pas nous trahir.
Suis-je d'accord pour que ça aille plus loin ? Est-ce que je le veux vraiment ?
La réponse est évidente, et mes mains se promènent avec plus d'ardeur encore sous ce pull qui me gêne dans la manœuvre. Je veux que ça se passe ainsi, de façon incontrôlée. Parce que Marie s'est montrée catégorique. Nous sommes déjà en retard. Au vu de notre amitié, de ces années passées ensemble, Samuel et moi risquerions de sombrer dans la relation platonique si nous n'avançons pas très vite.
Je le veux.
Il m'embrasse la nuque.
Mon dieu, c'est fou ce que je le veux.
Alors que je suis en pleine déchéance hormonale, les baisers cessent brusquement, je le sens hésiter.
Nonnnn ! Qu'est-ce qu'il me fout ?
Mes cris de détresse psychique se heurtent avec violence à ses bras qui me délaissent et Samuel finit par totalement s'éloigner, tandis que je me retrouve seule sur cette table, là, débraillée et totalement frustrée.
-Samuel ?
Je ne vois pas son visage. Il me tourne le dos, et je le vois se trifouiller les cheveux, signe caractéristique que quelque chose ne va pas.
-Il y a un problème ? demandé-je encore en quittant la table désormais inutile.
La réponse met du temps à venir, sèche et hésitante.
-Je ne sais pas, je suis perdu.
Il se retourne brusquement, et je frémis sous l'intensité de ce visage si sérieux.
-Julie, ça te convient à toi ?
-Heu… si tu précisais, je…
-Notre relation Julie, s'exclame violemment mon oisillon brusquement enragé. Notre relation… quand j'y pense, c'est du grand n'importe quoi…
-Hein ?
La sonnerie vient achever ce tableau de cauchemar, je n'y comprends plus rien.
-Samuel, qu'est-ce que tu… ?
Samuel se contente de secouer la tête, avant de déverrouiller le verrou qui nous séparait du reste du monde. Notre monde.
-Il faut que je réfléchisse, fait-il durement. Bon j'y vais, j'ai cours. (je le vois hésiter avant d'ajouter, tel l'aveu du traitre qui se dénonce). Sacha doit être en train de m'attendre. Je lui avais promis de l'aider pour son devoir de physique.
Ah… et bien vas-y…
…
Bien sûr, je n'ai pas besoin d'exprimer cette pensée à voix haute, parce qu'il s'est déjà enfuit.
Je… Sacha ?
Je sens que j'aime de moins en moins cette fille. Surprenant n'est-il pas ? C'est à se demander pourquoi…
Je prends brusquement conscience que nous n'avions pas allumé la lumière.
Il fait sombre, je m'en rends compte à présent.
…
Samuel, que se passe-t-il ?