Rendez-vous foireux, 2nd partie

4323 Words
A la sortie de la brocante, j'ai faim, j'ai soif. Inutile de préciser qu'il faut se méfier d'une femme affamée. Rien de plus dangereux et terrifiant selon Samuel. C'est donc ainsi qu'il me traine au stand à gaufre qui se trouve là. Une gaufre au sucre pour lui, une blindée de Nutella pour moi. Ah… Quoi de mieux pour le repas de midi ? Mieux, quoi de mieux pour le romantisme, l'amour ? Oui, vous l'aurez compris, Samuel est en train de détruire consciencieusement les fondements même d'un premier rendez-vous. Ça en devient vraiment terrifiant. Mais bon, je laisse faire, et nous nous retrouvons assis contre un muret, entourés d'un côté par un enfant de six ans avec sa mère, de l'autre par une bande de jeunots tout juste sortis du collège, d'onze ans à peine. Pitié, je me sens vieille ! -July, t'aurais pas un mouchoir par hasard ? Je coule en regard en biais à Samuel par-dessus la gaufre avec laquelle je me débats, me demande s'il se fout de moi. A-t-il seulement vu la situation dans laquelle je suis ? J'ai eu les yeux plus gros que le ventre, et le Nutella chavire de toute part. Non, pas par-là ! Essuie, essuie, essuie… non ! Pas par là non plus ! Les mains prises pour retenir le liquide qui coule, je réquisitionne la langue, et récupère le précieux nectar avant qu'il ne vienne tacher mon manteau. Alors pour le mouchoir… pff… -Heu, lancé-je entre deux sauvetages in-extremis, dans ma poche je crois, vas-y serre toi…. Ah, non pas là ! Occupée à lui répondre, l'ennemi liquide a pris du terrain et je ne dois ma survie vestimentaire qu'à l'implication bienvenue de Samuel. Celui-ci met sa main sous la gaufre et grimace. -Julie, merde, pourquoi ça n'arrive qu'à toi ce genre de truc ? Mange-là, au lieu de te débattre comme ça ! Je voudrais lui tirer la langue, mais j'ai peur que l'effet gracieux ne soit pas au rendez-vous si je lui montre le Nutella qui se trouve sur celle-ci. -Je t'y verrais bien, grommelé-je, c'est trop liquide, c'est une horreur. Je mords dedans, et la main de Samuel suit le mouvement, me permettant de me concentrer sur ma mastication tandis qu'il gère les fuites. Voyant le désastre et décidant d'y mettre un terme, je mange aussi vite qu'il est possible, honteuse lorsque je m'aperçois que beaucoup de passants nous observent. Plus glamour, tu meurs. Bouh, pourquoi ce genre de truc m'arrive aujourd'hui ? Samuel n'a-t-il jamais entendu parler du concept de « on mange un truc simple et pas prise de tête » pour ne pas se foutre la fiche ? Le dessin animé La Belle et le Clochard ne lui a-t-il vraiment jamais servi de leçon ? Je finis donc, furieuse autant que mortifiée, et c'est avec soulagement que j'engloutis le dernier morceau. Une main couverte de Nutella toujours sous ma bouche, je sens la seconde main de Samuel s'engouffrer dans ma poche pour en extraire le fameux paquet de mouchoir tant convoité. Je l'ouvre et c'est tout aussi honteuse que je m'essuie les mains sous le rire moqueur de Samuel. -Si tu voyais ta tête, se moque-t-il, c'est à mourir de rire. -Haha c'est vrai, grogné-je sombrement, je suis pliée en deux. Je lui attrape la main après m'être assurée que je suis toute propre et m'emploie à essuyer les ravages que j'ai causés à mon partenaire. -Arrête de bouger en plus, sifflé-je pour le faire cesser de s'agiter. Je jette un rapide coup d'œil à sa gaufre posée sur les genoux et sens la culpabilité m'étreindre. Pff, je suis vraiment un boulet aujourd'hui. -Tu as vraiment le don de me tourner en ridicule. Les beaux yeux de Samuel me scrutent. -Tu trouves ? Il reprend sa gaufre sucrée (bien plus pratique, il va sans dire) et la lèche en me regardant. Une bouché. -che penche au chontraire que çha aurait puch être pirche, -Hein ? Il déglutit. -Ça aurait pu être pire. D'ailleurs je suis déçu. Non mais c'est vrai, te connaissant, qui aurait cru que tu aurais pensé à prendre des mouchoirs ? J'y songe. Blêmit. M'horrifie. Hurle. Il aurait aimé qu'il n'y ait pas de mouchoir. Si pas de mouchoir, pas de solution miracle. A part… -T'es vraiment dégueulasse Sam. Ah… -Tu ne sais même pas ce que je voulais dire, s'amuse-t-il devant ma fureur. -Oh si, je vois parfaitement ce qui se trame dans ta petite cervelle. T'as de la chance que je t'aime bien, parce que je te le dis tout net : un autre, je l'aurais déjà écorché vif. -J'ai donc de la chance de ne pas être un autre, fait-il doucement. Et arrête de faire ta gamine. Tu es la première à lécher tout ce qui bouge d'habitude. Qu'on soit dehors ne devrait rien y changer. Je me lève, furieuse. -Putain Samuel, si, ça change tout au contraire. J'évite de regarder la bande de collégiens qui me dévisage (je dois vraiment passer pour une perverse), et baisse le ton. -Tu es censé être en rendez-vous, chuchoté-je vivement. Que crois-tu qu'il se passera si tu fais ça à Kevin la prochaine fois ? Tu crois que ça lui plaira de se faire humilier ? Il existe des règles préétablies pour ce genre d'événements, alors pourquoi ne fais-tu pas plus d'effort pour les respecter ? Si j'ai blessé Samuel, il n'en laisse rien paraitre. Si le traiter d'incompétent du rendez-vous le met en rogne, c'est bizarre mais je n'en vois rien. Tout ce que je perçois tandis qu'il me dévisage, son bout de gaufre en main, c'est une incompréhensible frustration, ainsi qu'une profonde déception qui me blesse tout autant que des cris. Il ne répond d'ailleurs pas et continue de manger. Je saisis que j'ai été trop loin et le rouge aux joues, je me rassois près de lui. -Dis, tu m'en veux ? Pas de réponse en vue. Je le pousse du coude, essaye de le dérider. -Tu m'en veux à ce point ? L'autre avale le dernier bout de son repas, et je reconnais sous cet air digne de façade qu'il doit se retenir de Peter un câble. Le connaissant, c'est rare, très rare. Puis il se lève, et comme une conne je me retrouve à le suivre. -Qui te dit, lâche-t-il une fois 10-15 mètres passés, que je compte agir comme ça avec Kevin ou un autre ? De peur de le mettre plus en colère, je hausse les épaules. Ça me semble un peu logique, non ? -Qui te dit, continu-t-il, que j'ai envie de faire ce genre de choses avec une autre que toi ? Je fronce les sourcils. -Mais… ? -Non July, il n'y a pas de mais. Lorsque tu as proposé la journée d'aujourd'hui, tu m'as parlé de toi et moi pour une journée, pas de moi et un autre. -Je t'ai parlé d'un entrainement, le corrigé-je. -Et qui te dit que j'ai besoin d'entrainement ? S'énerve-t-il. Tu crois vraiment être plus à même que moi pour m'indiquer comment me comporter avec un mec ? Tu crois vraiment pouvoir apprendre à un mec, la manière dont il doit se comporter avec un autre ? -Euh… non, mais… -Je n'ai jamais compté sur cette journée pour découvrir les miracles de l'homosexualité en trois leçons July. Tu refuses l'éventualité que je puisse… Je le vois se stopper, hésiter… -Que tu puisses quoi Sam ? Il fronce les sourcils en me foudroyant du regard, et c'est fou, mais je me sens perdue. Je refuse qu'il quoi, merde ? Il hausse finalement les épaules et continue son chemin vers la plage. -Rien, laisse tomber. Plus aveugle que toi, c'est impossible. Euh… je suis larguée là. C'est normal ? Je le rattrape vivement, et lui agrippe le bras pour le faire s'arrêter. -Sam, c'est quoi ce bordel ? Tu crois que je vais me contenter d'une réponse aussi pourrie ? Explique-toi. Je le sens se tendre, réfléchir avant de soupirer tel celui qui est blasé devant tant d'imbécilité. -Et si je te dis que je vois cette journée comme un moyen de faire le point ? J'écarquille les yeux. -…Faire le point ? -Oui, faire le point. Tenter autre chose, voir ce qui en sort. Confirmer mes doutes. Euh… j'y réfléchis posément tandis que nous nous remettons à marcher, et soudain je saisis. -Tu veux confirmer que tu es bien gay ? Je suis le cobaye ? Samuel sourit tristement, avant de se pencher pour ôter ses chaussures face au sable de la plage qui nous fait face. Je l'imite, et durant son silence, seule la mer tonitruante se fait entendre, rugissante et implacable. -Quelque chose comme ça, répond-il. J'aime les hommes, ça j'en suis sûr, mais maintenant que la situation est sur le point de prendre un nouveau tournant… -Tu parles de coucher avec Kevin. -Toujours cette subtilité légendaire, ronchonne mon meilleur ami. Mais tu as raison, c'est ça. Donc maintenant que je suis sur le point de faire le grand saut, j'ai besoin d'être sûr, de me changer les idées. J'acquiesce, étrangement triste sans raison. -Et quoi de mieux que la bonne copine au foutu caractère pour créer un semblant de romantisme et se dégouter des filles une bonne fois pour toutes. Il sourit. -Ce serait à peu près ça en effet. Je m'assois à même le sable, et passe mes bras autour de mes genoux. Je sais, c'est con, mais je me sens trahie. Je me sens instrumentalisée, dévalorisée, et vaguement déçue. Pire que tout, je sais aussi qu'il mérite que je joue le jeu. Il m'a tellement aidée, toujours à mon écoute, et ayant moi-même avouée i peine une heure que je suis redevable à son égard, comment pourrais-je refuser de l'aider ? Mais c'est dur. Pas parce que mon égo est réduit à néant. Pas parce que c'est mon ami, et que cette journée risque bien de mettre mes sentiments en vrac. Pas parce que je suis en train de sceller le coté gay d'un mec absolument super et unique. Juste parce qu'il me fait prendre conscience de la platitude de ma propre vie, puisqu'aucun homme n'a jamais réussie à me faire rire, m'énerver, m'agacer en une seule journée. La relation que j'entretiens avec les autres est inerte, plate, sans intérêt. Lui seul aura réussi à me sortir du quotidien. Aujourd'hui j'aurais dû enseigner à quelqu'un, mais au final c'est moi qui ai tout appris. Ah, et puis ça m'agace, mais en fait il n'y a pas que ça. Oui, mon égo est quand même (un peu) en loque. Oui, mes sentiments sont (beaucoup) en vrac, et oui, je suis (carrément) en train de confirmer le coté gay du meilleur des mecs. J'en ai marre, ça me gonfle et je souffre. Je le scrute, et songe qu'il le faut. Un sourire de circonstance, et moi qui lui tapote l'épaule. -Ok, je comprends. C'est concluant au moins ? Lui aussi qui sourit, visiblement rassuré. -Ca peut aller, j'y vois de plus en plus clair. J'attends qu'il poursuive, m'explique un peu mieux ses conclusions de la journée. Peine perdue. Seule la mer répond, et l'écrasement des vagues sur la plage de sable boueux se répercute dans ma poitrine. Je souffre. Un oiseau croasse un peu plus loin et suis-je parano, mais j'ai l'impression qu'il cherche à se moquer de moi. Oui je sais, je suis ridicule, mais je n'y peux rien. Non, je ne sais pas non plus ce qui m'arrive. Oui, j'espère que cette journée s'achèvera bientôt. … heu, et oui je suis effectivement en train de me confier à un piaf sans cervelle. Désespérant. Je sens Samuel se tortiller à côté de moi, et je m'amuse de le voir hésiter à reprendre la parole. Ce mec est si chou lorsqu'il n'est pas à l'aise, il se différencie tellement de tous ces cons qui jouent aux durs sans rien savoir. J'ai décidément eu bien de la chance de le rencontrer. Sa gêne s'affine, prend des allures de martyr et je me décide à l'aider un peu. -Alors chef, quelle est la suite ? Loin de s'estomper, la gêne se consolide et je songe qu'il ne s'agit pas pour lui de savoir quoi faire maintenant, mais comment. Les cheveux emmêlés sous les assauts du vent, ses yeux verts braqués sur moi, je perçois la main de l'homme qui me fait face se crisper près de la poche de son jean. Hmm hmm. Je n'ai pas fait science po, et pour le plaisir de le dire, je peux même dire que je suis un peu conne sur les bords (oui bon beaucoup, ma note du dernier contrôle de math ne peut tromper personne) mais je suis une experte dans l'étude des Samuel à l'air constipé. La main près de la poche, moi qui me souviens de ses coups d'œil répétés sur cette mystérieuse feuille toute fripée. Hmm hmm. Trois possibilités. Soit Samuel est un imbécile et montre des signes flagrants d'incompétence sans s'en rendre compte, lequel cas il me faut absolument savoir ce qu'il tente de me cacher. Soit Samuel montre clairement qu'il veut jeter un œil à cette feuille, afin de réveiller d'une manière plus ou moins subtile ce côté fou furieux qui sommeille en moi et qui lui arrachera cette fameuse feuille. Soit… bah non, il veut juste que je lui pique sa feuille, car je doute qu'il y ait beaucoup plus qu'un Chewing-gum déjà mâchouillé, une cartouche d'encre vide et cette putain de feuille dans sa poche. (Je sais, je l'ai souvent palpé, il est affligeant de constater combien il se fout de gérer l'espace intérieur de ses vêtements. -Samuel… -Euh… oui ? Pff, si tu crois que ton air suffira à te sauver. -Donne-moi cette feuille. -Hein ? -Donne ! -Mais… Je sens venir l'excuse bidon, décide qu'il s'agit d'une perte de temps. Quand super July demande la feuille, on le lui la donne. D'un coup de coude je le pseudo assomme et me jette sur lui, telle la fière guerrière que je suis. Petit coup de cul à gauche, une main pour le repousser à même le sol de l'autre, et me voici sur ma place de prédilection : à califourchon sur mon destrier… Huh ! -July arrête tes conneries… -Chut. Je le tâte d'un air expert et extirpe adroitement la feuille mystérieuse (inutile de préciser que le Chewing-gum était fidèle au poste, de même qu'une pièce de 2 euros et 2-3 brindilles venues de je-ne-veux-pas-savoir-où.) -July, rend-moi ça ! Je sens le ton sérieux, voir irrité de l'énergumène, mais ça ne m'arrête en rien. C'est même le contraire. Alors voyons ce que ça donne. Je déplie une fois. Je déplie deux fois. Monsieur tente de se débattre. Je l'écrase un peu plus, tandis que mes mains déplient une nouvelle fois ce nouveau trésor. Les mots apparaissent, je me mets à lire tout fort pour affirmer ma supériorité sur ce sauvage. -« Comment réussir à coup sûr le… » Je continue à lire le titre en silence. Qu'est-ce que… ? Sous l'effet du choc, je dois sans doute avoir relâché la pression de mes cuisses sur Samuel, car celui-ci me bouscule brusquement et je me retrouve étalée sur le sable froid, à peine consciente de ce qui se passe, moi et ma feuille toujours dans les mains. Presque aussitôt un corps chaud et lourd se jette sur cette feuille, mais il faudra encore une bonne minute de lutte acharnée avant qu'il ne parvienne à m'arracher ce morceau de vieux papier tout écorné. Lorsque je tourne les yeux vers Samuel, il se trouve toujours sur moi, le souffle court et les joues en feu à quelques millimètres à peine de mon visage, les cheveux effleurant sans le savoir les miens. Il sait que j'ai tout lu et je sens son horreur se peindre sur ses traits à mesure qu'un sourire se dessine sur le mien. -Tu... comment peux-tu avoir imprimé le guide de « comment réussir à coup sûr le parfait rendez-vous en 5 leçons » Sa mine contrite m'achève et j'explose de rire, avant de le pousser d'un coup de coude amusé. -Alors là, Samuel, tu m'as tuée…. Dire que je trouvais que tu faisais n'importe quoi… Il se redresse, tente de retrouver un semblant de dignité. -Ne critique pas, ce site est très populaire. Je sens mon air narquois gagner du terrain tandis que je pose la question qui suit. -Ah oui ? Et tu as pensé qu'il serait fort utile pour aujourd'hui… Il se renfrogne. -Tu ne peux pas me reprocher de me renseigner au préalable. Je suis sûr que tous les mecs le font. (Ça ne s'invente pas. Il me foudroie du regard en repliant sa feuille plus si mystérieuse désormais.) Surtout lorsqu'il s'agit de relations entre amis. Je continue de sourire, plus pour cacher mon trouble que par moquerie. Je doute qu'un mec ose même pointer le bout de son nez sur un site pareil, mais pourquoi pas. En revanche, « surtout lorsqu'il s'agit de relations entre amis »… C'est moi, ou cette journée prend un coté plutôt sérieux ? Sans prévenir, Samuel se cache la tête dans ses mains, lesquelles vont se nicher entre ses genoux. -Putain July tu fais chier. Tu ne peux pas comprendre qu'un mec n'a pas envie de tout te dire ? -Arrête, c'est toi qui l'as cherché. Toi et ta feuille, je crois qu'on ne pouvait pas faire moins subtile. Gémissement étouffé chez mon petit ami d'un jour, moi qui lui tapote le dos avec douceur. -Allez, je ferais comme si je n'avais rien vu. -Va te faire foutre. -Moi aussi je t'aime mon chou. Pas de réponse à ma provocation. Je songe à ce que je viens de dire. Bah quoi ? C'est pas la première fois pourtant…. Je préfère cesser d'y penser, car je refuse de me faire des idées. Par le passé, je me suis trop fait de films pour rien, j'ai appris de mes erreurs. Je préfère réfléchir à ce qu'indiquait la feuille miracle. 1. Prendre les initiatives, entretenir un contact physique. Là, pas de problème, il est au top lui et sa main collante. Petit 2 : Lui proposer des sorties incongrues, afin que le sujet se trouve totalement perdue. Bon, là je passe sur le « sujet » auquel je me trouve réduite, et songe que là aussi c'est mission réussie. Mon cœur se serre tout de même à l'idée que cette journée se trouve ramenée à un simple parcours itinérant, où tout agissement était dicté. Il voulait jouer le jeu avec une fille, et incompétent comme il est dans le domaine, quoi de mieux que le mode d'emploi fourni avec ? C'est dur à encaisser. Je secoue la tête pour dissiper ces sombres pensées, me souviens que Samuel à de même réussi le petit 3, qui consistait à me faire rire, me distraire. Oui, j'ai ri. Et ça fait mal. Effectivement, il m'a distrait et j'ai beaucoup apprécié cette journée. Et c'est truqué. C'est douloureux. Reste donc deux points, qui me laissent relativement sur le cul. Petit 4 : lui dire ses points forts, la complimenter. Petit 5 : Si le sujet semble ouvert à l'idée, l'embrasser dès que l'occasion se présente. … Voilà pourquoi mon petit chou était gêné. Je le regarde, lui cette petite créature toujours cachée, la tête nichée entre ses genoux, et je souris tristement. -Tu sais, soufflé-je, tu n'as pas besoin de te pousser jusque-là pour être fixé. Tu en as déjà fait beaucoup plus qu'il n'est tolérable. Pour tout gay qui se respecte, songé-je. -… tu as vraiment lu la fin de la feuille ? -Yep. Nouveau gémissement, et je ne peux nier que cette situation me blesse autant qu'elle m'amuse. Inutile d'être aussi horrifié à l'idée de m'en rouler une. Je lui tapote une nouvelle fois le dos, à défaut de lui en foutre une. -Allez, c'est bon. Tu as gagné, tu es le parfait petit ami dont rêve toute fille. Cette journée est un succès, donc plus besoin de continuer. Je déglutis, avant de conclure sur un ton aussi enjoué que possible. -Je mets officiellement fin à notre rendez-vous, ok ? Je vois Samuel hocher la tête, avant de relever la tête avec méfiance. Croit-il que je me moque de lui ? Je lui souris gentiment histoire de le rassurer. Il a dû en baver aujourd'hui, et je ne peux que respecter sa bravoure. Quand j'y songe, j'en frémis. Non mais sérieux, imaginez-vous décider de sortir avec une fille juste pour vous prouver que vous aimez bien les garçons ? Tiens, imaginez orchestrer un rendez-vous avec votre meilleur ami. Outre le fait que je n'en ai pas de réel au féminin, j'ai presque envie de tout recracher là tout de suite. Ah… quel courage… quel homme ! (petite pointe d'ironie incontrôlée, désolée, je n'ai pas pu la retenir celle-là…) -July ? Sa voix est un murmure, je le regarde. -Tu sais pourquoi je m'entends aussi bien avec toi ? Non ? Il n'est quand même pas en train de faire le petit 3 ? Si ? Je le regarde se redresser complètement, secoue malgré moi la tête en signe de dénégation. Je sais, je devrais lui lancer une vanne, stopper cette mascarade avant que ça ne dérape, mais une petite voix me dit que j'ai encore le temps. N'aie crainte, me dit cette enjôleuse, tu es forte, c'est ton ami, il suffira juste de tout stopper avant que le petit 4 n'arrive. Je le sais parfaitement, c'est ce qu'on appelle jouer avec le feu. Mais je veux savoir ce qu'il pense de moi en bien. Je sais, c'est bête. Chut, laissez-le parler. -C'est le fait que tu ne ressembles pas à une fille. Ouille, prends-toi ça dans la face July. Ah, mon cœur, ça fait mal. Yaaa, je vais le démonter. -Hé, s'exclame-t-il après avoir esquivé mon crochet du gauche, laisse-moi finir avant de frapper ! -T'as intérêt que ce soit un beau compliment, grommelé-je. -C'est pas un compliment, c'est la vérité. Yaaaaaaaaa ! Je vais le détruire ! Gnééé, contrôle-toi July, tu peux le faire, ne l'assomme pas. -Tu ne ressembles vraiment pas à une fille. Il se met à énumérer sur ses doigts. -Une fille c'est gracieux. Quoi ? Je suis la grâce à l'état brut ! Ah oui, sauf les fois où il me voit au réveil. Je vais le tuer. -Une fille, poursuit-il, c'est délicat. Hein ? bien sûr que je suis délicate, la preuve, je n'arrive même pas à ouvrir mon pot de cornichons extra fort. -Une fille, ça ne rote pas à longueur de soirée. Je vais le tuer. -Une fille, ça ne… Je me lève d'un bon, hors de moi. -C'est bon, hurlé-je, j'ai compris, je suis horrible. Je suis la pire, je ne suis pas une fille. Alors Bye, je rentre. J'ai à peine le temps de me retourner, furax, qu'une main agrippe la mienne pour me refaire tomber le cul par terre. Dieu bénisse le sable, car sinon mon cul en serait mort. La main toujours agrippée à la mienne, j'ai juste le temps de grincer des dents d'un air peu avenant, que l'autre main du mâle qui me face me pousse brutalement, m'allongeant sur ce sable horrible. Haaa mes cheveux ! Je vais y passer des heures à tout enlever. Les jurons et autres bontés du genre meurent cependant dans ma bouche sous le poids de ce regard lancinant. Ce sérieux, ces yeux verts, ce… je ne sais même pas ce dont il s'agit, mais c'est horriblement excitant. Je veux fuir ! -Laisse-moi finir femelle, lâche l'autre, d'une voix basse que je ne connaissais pas. Tu te tais, je parle. Pas de souci, il te reste encore 10 secondes avant que je ne reprenne le contrôle de mon corps et que je t'extermine. 10. -Non mais c'est vrai, poursuit Samuel en me tenant toujours, tu n'as vraiment aucun respect parfois. 9. -C'est aussi l'une des raisons pour laquelle tu n'es pas une fille. 8. 7. -Les filles, ça écoute au moins. 6. -Ou en tout cas ça fait style. 5. Terminator va bientôt passer à l'action. -Parce que les filles sont grave hypocrites aussi. 4. Air gêné chez l'autre, moi toujours incendiée par son regard (et écrasée si ça intéresse quelqu'un) -Je crois que de souvenirs, je n'ai jamais pu en supporter une en fait. Les filles sont tellement… chiantes. 3. -Mais ça… 2. -C'était avant de te connaitre. 1. -La raison pour laquelle je traine avec toi… 0. -C'est que je me sens bien près de toi. Si vraiment les confins de la création ne se sont pas trompés, et que tu es bien une fille, alors Toi seule serait capable de me faire l'aimer. Et sans que je puisse l'exterminer, l'injurier, me sauver, m'enterrer ou autres débilités du genre, il m'embrasse, comme jamais on ne m'a embrassée. Ses lèvres contre les miennes. Son souffle dans le mien. Il est doux. Mon dieu qu'il est doux, et c'est affreux. Son nez, sa bouche, son corps. Il est beau. Oh, bon dieu, il est sublime, et il m'embrasse. Mes yeux se ferment, je lui réponds. Sa langue, sa peau, ses cheveux. C'est pire que je ne le pensais, ce mec est tout simplement parfait. Et merde. … La voie avait tort, il est désormais trop tard pour faire machine arrière. Je suis allée beaucoup, mais alors beaucoup plus loin que mes résistances de pauvre humaine ne m'y autorisaient. C'est décidé, je veux mourir. Mourir, ou bien m'en faire pousser une, histoire de pouvoir espérer l'impossible demain.
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