J'ai toujours détesté la guerre au plus haut point. Cette violence, la mort, les corps qui s'enchevêtrent de toute part… c'est d'un ridicule à en pleurer !
Je vous vois déjà venir. Lain a une âme sensible finalement. Lain est si doux, compréhensif. Vous avez raison. Je suis le meilleur après tout. C'est en tout cas ce que je laisse penser à tout à chacun.
En réalité, la guerre n'est surtout pour moi qu'un vrai m******e sans intérêt aucun que je ne peux que mépriser. Pourquoi deux armées lutteraient-elles l'une contre l'autre, s'anéantiraient, le tout sans même savoir qui pourrait l'emporter à la fin ?
Faudra-t-il que des centaines, voire des milliers de valeureux soldats s'entretuent la passion au cœur, pour qu'à la fin l'issue ne dépende de rien d'autre que le simple hasard ? Une maladie trainant par-là, une colique plus coriace, un assaut plus chanceux que les autres, un autre qui aurait trop fait la fête la veille… c'est d'un niais à en mourir !
Car pour ma part, la lutte n'a d'importance que si j'en connais déjà le résultat. Et encore, je suis clément. En réalité, la lutte ne doit même pas avoir lieu. Seul importe que je dois gagner à la fin, et ce sans la moindre difficulté.
Est-ce le cas avec Jensen ? Arriverai-je à le faire s'agenouiller devant moi, à faire supplier mes charmes et à me remercier lorsque je m'occuperai de son cas ?
Assurément.
Je suis sans doute un cancre pour tout ce qui concerne de près ou de loin les études, mais je ne peux que m'émerveiller devant mon génie lorsqu'il s'agit de surpasser les plus grands stratèges. Qu'importe que je ne puisse plus user mes phéromones de mâle sur ce petit être insolent, l'effet n'en sera que plus v*****t.
Car mon programme est infaillible, et ma proie fléchira d'ici peu.
Je vous sens curieux… approchez mes petits agneaux, et écoutez les paroles d'un prédateur en mission…
Etape n°1 : me faire remarquer par le sujet…
Rien de plus… heu… « facile » ? Heu…
-Hey toi, t'écoutes quand on te parle ?
Je sors brutalement de mes songes pour fixer mon attention sur l'homme qui me jauge.
-Pardon ?
-Oui c'est à toi que je parle Heden ! Allo la terre, on a besoin d'un autre ballon !
Je me redresse lentement, le vois reculer devant moi. C'est ça petit être, crains-moi, tu n'imagines pas combien il est dangereux de perturber mes plans démoniaques.
Je suis prêt à faire comprendre l'importance de cette erreur à mon camarade de classe, mais me souviens une énième fois des demandes de ma sœur.
Pff, ce n'est même plus agaçant. Je dirais que je suis résigné désormais. (Et je vous prie de croire qu'il s'agit là d'un très mauvais état d'esprit me concernant, ça peut vous affaiblir le plus courageux des salopards…)
J'hausse donc les épaules, et me contente de sagement obéir pour apporter sa baballe à cet ingrat.
Celui-ci ne me remercie bien sûr pas, avant de retourner sur le terrain de basket tandis que je me rassois sur le banc des loosers.
Et le pire, c'est que je suis le seul assis là.
Frustré malgré tout, je regarde ma montre, mais celle-ci ne me donne pas satisfaction : il reste encore plus de cinq minutes avant la fin de ce cours de sport, une véritable éternité pour tout sportif contraint à l'immobilisme.
Voyez-vous, Heden ne peut jouer au basket pour cause de « problème aux genoux ». Celle-ci est donc « exentée » d'entrainement, quoiqu'elle est obtenue par défaut le statut d'« assistante » du professeur.
Snif, me croirez-vous si lorsque je me suis résigné à me contenter de cette tâche ingrate, on m'ait rétorqué que d'ordinaire, « je » ne le faisais jamais, et que donc « je » devrais plutôt me contenter de retourner me cacher dans mon coin.
Oui oui terrible à dire, mais le malotru qui m'a rembarré possède toujours toutes ses dents, son slip est toujours en place et je ne l'ai pas même démembré de ci de là. Aucun doute, si je continue à ce rythme je vais me ramollir comme pas deux.
Je vais me rassoir après un coup d'œil au match pathétique qui se livre près de moi.
Comment peut-on se contenter d'une attaque de niveau Ce2 arrivé en fin de terminale ? Un peu de nerf merde, qu'est-ce que c'est que ces passes ? Et là ? Bougez b***e de Stroumphs à trois pattes ! Mon slip bouge mieux que vos truffes de comateux de la cervelle !
Pff, je manque de péter un câble en voyant une débile s'étaler de tout son long et décide que la situation est définitivement sans espoir.
Je soupire et me replonge dans ma bouderie comatique tandis que je repense à mon retour chez moi le premier soir.
« Alors cette journée ? » m'avait demandé ma sœur avec angoisse.
Préférant ne pas m'étendre sur l'horreur de cette journée, j'avais balancé mon sac dans un coin de la chambre avant de m'effondrer sur le lit.
A chier. Je ne veux plus jamais y retourner ! N'insiste pas. Je te déteste.
Ces pensées m'avaient brulé la gorge, elles m'avaient littéralement mis au supplice moi qui aurait tué quiconque aurait osé ruiner un moment de ma vie de la sorte. Mais ici, il ne s'agit pas d'une inconnue. Pire, il ne s'agit pas d'une personne dont je me moque (donc quasi tout le monde) et dont je n'ai que faire. Voyez-vous, il s'agit de ma propre sœur.
Résigné à l'aider malgré sa connerie profonde, j'avais fermé les paupières et m'étais contenté d'une moue boudeuse. Que faire d'autre ?
Ma sœur avait doucement soupiré avant de s'assoir près de moi sur cette couverture rose bonbon. Berk.
« C'était si horrible que ça ? » Avait-elle timidement insisté.
Mais merde, bien sûr que oui ! Avais-je songé de toutes mes forces. À quoi t'attendais-tu en m'envoyant tête la première dans cet enfer ? Moi dans la peau d'une truffe, je me demande même comment je suis parvenu à survivre à cette journée !
Résigné plus fort encore, j'avais ouvert les yeux pour fixer ma sœur à l'air incertain.
« Je vais m'y faire, avais-je soufflé avec conviction, cesse de t'inquiéter. »
Heden ne sembla pourtant pas convaincue (quelle surprise ?) et je m'étais grillé tout seul en me faisant trahir par mon tic habituel, de ceux contre lesquels on ne peut lutter malgré un entrainement intensif de tous les instants.
En gros ma sœur avait insisté, je m'étais répété, mais ce faisant j'avais violemment cillé, signe clairement révélateur d'un mensonge à l'horizon.
Je sais, je sais, inutile de le dire tout haut je m'en charge. Ce tic fait carrément pitié. C'est digne d'un demeuré sans cervelle, d'un aliéné de seconde zone, d'un raté de premier ordre comme on en rencontre si souvent, et bien pire encore…
Si de ma personnalité, je déteste bien un trait (ou deux mais le reste je ne vous le dirais pas, pas même sous la torture, ou mon avocat) c'est bien de me trahir sans cesse sans raison. Il suffit qu'on me questionne, que je mente éhontément (ce que je fais souvent) pour que je bourde.
Mais heureusement, peu le savent, et je me fais un devoir de ne jamais regarder en face le professeur au furoncle avancé lorsque j'agis.
Vous l'aurez compris, je ne peux guère me défiler face à ma sœur. Celle-ci me connait comme si elle m'avait fait.
Berk, je retire. Elle me connait comme ma mère qui elle m'a vraiment fait. (Quoiqu'on puisse aussi se demander parfois…)
Je crois que je me suis un peu écarté du sujet principal. Merde. Pardon. Enfin bref vous voyez le genre.
Tout ça pour dire que ma sœur avait capté le gros mensonge à l'horizon, et d'une elle avait blêmi, de l'autre elle m'avait jeté ce regard que je déteste, celui de la compassion mortifiée.
Alors ce regard-là, je le hais, c'est horrible.
« Lain, avait-elle lâché tremblante (quelle faible femme), si tu savais comme je m'en veux. »
J'avais soupiré et m'était approché d'elle.
« Je sais. »
« Oh Lain, avait-elle encore gémi, ne dis pas ça, tu dois me détester. Je sais combien te faire passer pour moi doit être pénible. Tu es si prétentieux, imbu de ta personne, comment pourrais-tu gérer tout ça ? »
« Heu, n'oublie pas que je suis là, tes compliments et ta confiance me fendent le cœur de joie. »
« Ce n'est pas ce que je voulais dire, je… »
« Je sais, avais-je lâché, ennuyé, (presque) gêné. Tu n'as pas à te justifier, je me doute que ce que tu vis n'est pas évident. »
Heden m'avait regardé, et je me souviens son regard plein de gratitude, le seul si ma mémoire est bonne qui puisse me troubler au-delà du supportable. Le seul même qui puisse me faire la tenir dans mes bras (hé comme un male hein, j'ai ma dignité tout de même) tout en chuchotant.
« Tout ira bien Heden, je tiendrais le coup n'aie crainte. Comme tu le dis, je suis prétentieux et imbu de ma personne. Que pourrait-il m'arriver ? »
Petite lutte de la chose irritante entre mes bras d'homme accompli.
« Lain, tu ne m'as jamais demandé la raison de…
Je la vois hésiter mal à l'aise, avant de montrer la petite rondeur au coin de son ventre, qui la déforme autant qu'elle l'embellit à mes yeux.
…De ça avait-elle lâché gauchement. »
« Tu m'as dit le principal. Il peut arriver de picoler lors d'une soirée, et je ne te le reproche en rien. Le seul responsable, c'est ce connard de Jensen à profiter de toi alors que tu sors avec quelqu'un d'autre. Sache qu'il me le paiera tôt ou tard… »
Le visage d'Heden avait perdu les quelques couleurs encore disponibles.
« Non Lain, surtout pas. Si tu fais ça, tu réduis notre plan à néant. Tu sais que je m'en moque et…
« Je sais, je sais. Tu veux obtenir ton diplôme, et ne peux te permettre de gâcher cette année, ta réputation, et toute chance d'intégrer une école respectée.
J'avais continué à réciter par habitude, si dompté que j'étais devant ses rappels incessants.
« Tu veux que je reste calme, avais-je continué d'un air boudeur, que je sois exactement comme toi. Tu veux que je recopie à la parole près ce que dicte mes profs aux pouvoirs hypnotiques du sommeil en quelques secondes, que je me fonde dans la masse des débiles à la langue plus pendue que leur cervelle, que je ne touche surtout pas à l'un de tes précieux excercices-imcompréhensibles-que-je-n'aurais-de-toute-manière-pas-su-faire, que je…
« C'est bien, avait souri Heden, tu es un bon disciple. Mais surtout, ajoute à cette liste que je ne veux pas que tu maltraites Jensen. Tu dois savoir que tout ceci est aussi et surtout de ma faute. Je l'ai cherchée. Je venais de me disputer avec Ethan, et je pense après coup avoir voulu me venger en me laissant séduire par Jensen.
Elle m'avait coulé un rapide coup d'œil puis devant mon évidente incompréhension, avait ajouté.
« C'est son cousin. »
Oh. Ah. Hiii…
Non, je plaisante, le « Hii » n'était pas de mon ressort, je ne suis pas ainsi. Et jamais d'ailleurs. Ne vous faites pas d'illusion, c'est moi le Seme (dominant du couple pour les ignares) de l'histoire.
En tout cas, voilà qui ne me poussait pas à me montrer plus clément.
« p****n le fils de… »
« Lain ! »
« Non, je vais lui faire sa fête. »
Ma sœur avait profité de sa position de force -elle dans mes bras- pour me maintenir alors que je tentais de m'extraire. C'est qu'elle est coriace la naine !
« Tu ne comprends pas, c'est l'une des autres raisons pour lesquelles je ne peux rien dire. Imagine qu'Ethan apprenne l'histoire. (Elle avait frémi) imagine qu'il découvre que j'ai été mise enceinte par son cousin, son propre sang ! »
Effectivement, problème vicieux. Je n'avais pas manqué de lui rappeler qu'il le saurait un jour ou l'autre, à moins qu'elle ne décide de rompre les ponts avec lui.
Pff, je ne mentionne pas la suite.
Révélation intérieure de sa part, Grande crise de larmes, avec kit d'urgence de paquet de mouchoirs et moi qui me maudis de ne pas avoir fermé ma ***** de gueule lorsque j'en avais l'occasion !
Elle avait insisté, avait dit qu'elle aviserait plus tard qu'elle préférait voir tout ça après, que non elle ne voulait avorter, qu'elle n'en avait plus le droit de toute façon et qu'elle n'aurait jamais pu s'y résoudre dans tous les cas.
Et une partisane contre l'avortement. Une. Et il faut qu'il s'agisse de ma sœur. Punaise, quelle vie de merde ! Je veux retourner dans mon lycée huppé. Je veux retrouver ma b***e de potes, ne pas devoir leur mentir sur un pseudo tournage en Hongrie qui n'existe pas. Bon, pas que manquer les cours me gêne, vu que je n'écoutais pas jusqu'à maintenant, que ces prises de notes obligatoires vont forcément démultiplier mon intellect naturel de génie etc.
Mais merde, c'est ma vie, et je préfère de loin jouer les mannequins de podium et personnage secondaire de téléfilm bon marché qui ne voient jamais le jour, plutôt que de perdre mon temps à courber l'échine pour d'autres.
Pff, je déteste vraiment ce Jensen.
Heden avait pourtant obtenu ma promesse (quelle manipulatrice cette chouineuse) de ne pas maltraiter ce sale con, et je n'avais même pas cillé. Après tout, mes plans démoniques n'ont aucunement pour but de lui faire du mal.
Dans son cas, j'ai plutôt l'intention de lui procurer d'intenses plaisirs inconnues jusqu'alors. Après, pour la douleur qui s'ensuivra, les pénétrations, moi qui le fouette sauvagement et l'humilie le jour d'après, là je suis désolé mais il ne s'agit pas de maltraitance.
On maltraite les animaux, pas les hommes. Eux, on les dompte. Et puis, soyons honnête, avec quelqu'un comme moi, le plaisir lui viendra, il lui faudra simplement un temps (plus ou moins long) d'adaptation !
…
Je regarde une autre passe de ballon se faire, vérifie rapidement et voie que deux minutes me séparent de ma libération. Je m'empêche de grommeler, et me souviens de cette dernière phrase que m'a soufflé ma sœur peu avant de s'endormir près de moi (une habitude acquise de par notre lien de jumeau. En raison de mon caractère disons bien trempé, et cette minute et demie qui m'avait fait devancer Heden, je m'étais naturellement retrouvé dans le rôle du grand frère, ce qui m'incombait en conséquence tous les tracas de protectionnisme et autres conneries du même genre)
« Je n'en reviens toujours pas de me retrouver dans cette situation, avait-elle marmonné tout bas en s'enfouissant dans mon aisselle. Toi j'aurais compris, tu es le roi pour faire ce genre de coup tous les soirs, mais moi ? »
Je n'avais rien répondu, préférant la laissant s'endormir tranquillement. Après tout le kit de mouchoir était presque vide, et j'avais la flemme de devoir courir en chercher un autre en bas si je venais à lâcher la bêtise qui tue.
Les filles sont très sensibles voyez-vous, et malheur à tout homme qui se tente d'approcher de près ou de loin ce sujet qui fâche. Quoique je ne vois vraiment pas comment j'aurais pu vexer Heden.
Certes elle s'habille comme un sac, fait preuve depuis toute petite d'une timidité ainsi que d'un effacement à lui foutre des claques, mais je suis désolé, question physique, elle est plutôt bonne. Je secoue la tête, atterré par ma propre erreur. Bien sûr qu'elle n'est pas bonne, il s'agit surtout de la femme fatale. Enfin, elle en a le potentiel. Parce que soyons concis, c'est ma sœur. Je suis parfait, elle l'est donc forcément aussi. Enfin, il me semble.
Hmm.
Un coup de sifflet me ramène au présent. Ouf, plus qu'une poignée de seconde.
J'observe distraitement l'équipe où se trouve ma « meilleure amie » qui se dirige vers le panier et lorgne d'un air tout aussi distrait l'équipe adverse, dont font partie les membres les plus In de la classe qui se jettent littéralement dessus. Mes « amies » vont se faire écrabouillées, que dis-je, dévorées tout cru.
Bof, c'est la vie.
Je lâche un bâillement et me détourne d'une action qui sera bien évidement foireuse, pour me reconcentrer sur cette question que ma sœur s'était posée. Pourquoi cela lui était-il arrivé à elle, et pas à moi ? Et plus encore, pourquoi cela l'étonnait-elle ?
Hier je n'ai pas su trouvé la réponse à cette question qui me semble évidente. Seul m'est apparu le détail plus ou moins évident que la maternité masculine est jusqu'à présent à écarter, et je doute qu'elle faisait allusion à ça.
Après, j'ai songé au fait qu'elle se trouve hideuse et qu'elle ne comprenne pas comment un homme tel que Jensen puisse s'intéresser à elle. Mais comme je l'ai précisé il y a peu, je ne vois vraiment pas comment une personne telle que Heden pourrait rebuter.
Heureux de ce côté bisexuel qui m'accorde autant de proies féminine que masculine, et me donne le privilège de fantasmer (et d'avoir, parce que sinon ce serait moins drôle) tout être humain existant sur cette planète, homme comme femme, SDF (j'évite) comme prince et/princesse, je m'étais d'ailleurs tourné vers ma jeune sœur et l'avais analysée.
Alors, voyons. Non, parce que désolé, mais je dois rectifier, j'ai tout maté, tout désiré, mais ma famille, là c'est proscrit. M'intéresser à un double de moi-même ce serait… contre nature, carrément pas bandant et terriblement pas intéressant. Et puis… bah c'est ma sœur et toc, je ne vais pas me justifier cent-quarante ans.
L'être assoupi s'était révélé tel que moi à quelque exceptions près ; quoique blonde foncé, sa chevelure lui arrivait aux épaules, l'ayant contraint à se couper les longs cheveux qu'elle avait jusqu'à mi-dos jusqu'alors. De même les yeux vert émeraude qu'elle possédait (et possède encore jusqu'à preuve du contraire) m'oblige à porter ces affreuses lentilles qui saccagent mes yeux d'ordinaire gris ambré.
Et là inutile de parler de son menton délicat imberbe en toute circonstance, et de cette poitrine modérée (un quatre-vingt-dix B, si mes souvenirs ne sont pas faussés par une brusque poussée hormonale) qui m'ont contraint à me rembourrer de coton deux soutien-gorge indigne de ma personne.
J'y ai réfléchi, j'ai tenté de faire le point, mais non, si ce n'est ces quelques différences, cette fille est « réellement » ma copie conforme, dotée en outre d'un tour de hanche identique, de jambes tout autant magnifiques, et –à mon grand désespoir- d'une hauteur tragiquement semblable. Un mètre soixante-cinq.
Autant dire, convenable pour une fille, carrément handicapant pour un homme tel que moi, ce qui m'a enjoint à pratiquer quelques jouxtes inutiles afin de prouver que non la taille ne compte pas pour mettre à quiconque la pâtée, et oui je peux tous les maitriser malgré cette taille de nain (cela vous aidera-t-il si je vous confie faire quand même un (grand) centimètre virgule un de plus qu'Heden ?).
Sinon je peux aussi citer son teint blanc en tout point pareil au mien, ces joue rosées comme du satin, ces traits délicats d'une poupée à l'anglaise, tout y était, c'est moi. N'était ce manque de confiance, elle ferait une sœur parfaite à exhiber en soirée.
…
Quoique non, l'expérience nous a malheureusement montré que même mal fringuée, elle parvient déjà à me mettre dans la merde. Pas besoin d'un surplus, non merci.
Donc le résultat est sans appel, ma sœur a tout pour devenir une bombe, et je pense ma sœur suffisamment intelligente pour s'en rendre compte.
Intelligente.
Ce mot résonne étrangement en moi tandis que se déroule toujours la scène d'une équipe de basket massacrée par une autre, et je comprends enfin le pourquoi du comment.
Et ça me dégoute. Effectivement, Heden ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Et plus encore elle avait des raisons de ne pas comprendre cet affreux retournement qu'elle n'avait en rien cherché.
Pas parce qu'elle aurait été repoussante loin de là, ni parce qu'elle aurait une fille banale. Heden ne méritait pas tout ça car il n'existait ici-bas pas plus sérieux que cette encyclopédie sur patte. De toute sa vie cette fille n'avait jamais fauté, jamais merdouillé et s'était pliée à résoudre mes propres soucis sans jamais se plaindre.
La haine me vient et j'exploserais bien la tête de Jensen s'il faisait partie de ma classe. Par chance pour lui, ce n'est pas le cas, de même que pour Ethan- ce qui m'évite par la même occasion de m'horrifier de ses regards dégoulinants d'un amour à gerber.
Enfin bref, plus j'en apprends sur ce que peux ressentir ma sœur, plus je me dégoute de cette situation. Je peux compatir à sa situation en m'imaginant Heden comme un double parfait de ma personne, qui cherche les ennuis et les cultivent comme de belles pommes de terre bien juteuses.
Mais si l'on imagine -même une seconde- que ce n'est pas le cas, qu'il s'agit là de l'unique erreur qu'ait eue le malheur de commettre Heden dans sa vie, là la donne change du tout au tout.
Là, je me dis que c*****e ou non, sacrifice ou pas de ma part, cette guerre aura lieu. Bien sûr le résultat sera le même, Jensen paiera, mais ce sera dans la souffrance, promesse ou non.
Le sifflet de fin des cours retentit, et je constate sans surprise que l'équipe de mon « amie » s'est fait anéantir. Pour eux la guerre était perdue depuis le début, paix à leur âme.
Mais me concernant. A cette idée, mes poings se serrent et je ressens l'extase de l'extermination à venir.
Désolée sœurette, mais ta souffrance ne peut être unique. Pour ce qu'il a fait, ce ne seront plus des cris que je lui arracherai.
Oh non, ce porc hurlera. Hurlera à en pleurer, et ce ne sera pas que de plaisir.