Obéissance

7142 Words
Petit rappel pour les surnoms : Caprice : l'ange, l'elfe... Gustave : Gus, le lutin... Camille : l'ogre, le colosse, Mika... Noah : Nonichoux, l'apollon... Aby: Georgette... Hmmph ! Souffrance. La machine vient plus près contre moi et j'en serre les dents. Souffrance encore. Et moi qui ne peux crier, personne ne viendra m'aider. Mon esprit s'égare, j'en ai des haut-le-cœur, et je sens ma fin venir. Adieu monde cruel, je n'aurais jamais dû tenter cette épilation des jambes. L'instrument destructeur s'éloigne enfin de mes jambes délicates, et je pousse un soupir de satisfaction. Et cette fois, je n'aurais poussé aucun cri. Comment aurais-je pu, alors que Noah dort juste à coté ? Je regarde mes deux jambes toutes belles et songe qu'ainsi, il n'y aura plus de risque qu'il se refuse à moi. J'ai même fait les aisselles ! À son réveil, c'est sûr, je deviendrai une femme, une vraie de vraie ! Je jette un coup d'œil à mon Noah endormi et me félicite d'avoir apporté ma machine à épiler jusqu'ici. J'aime tant le regarder dormir. Il est si beau. Aurais-je oublié de vous le dire, mais il est à moi. À moi, à moi, à moi et rien qu'à moi. Hmm j'arrête là, je me donne l'impression des oiseaux du port dans Nemo le poisson (oui je sais, vieille référence que personne ne connait, pas grave, j'ai l'habitude…) J'enlève les quelques poils qui auraient pu se coller à ma machine de la mort et soupire de bien-être en regardant une nouvelle fois Mon apollon. Le visage parfait, des cheveux courts argentés, un corps de rêve dénudé à mes yeux fous, il respire calmement. Si attendrissant. Stop Abigaël. Il faut te concentrer sur plus urgent. Je grimace et jette un rapide coup d'œil sous ma culotte. La vision me chamboule, particulièrement à l'idée que ça devra partir. Je regarde une nouvelle fois ma machine à épiler, mais la détermination n'est plus là. Non ! Pas ça ! Je vais mourir si je m'y tente. Je fronce les sourcils, carre la mâchoire, et d'une traite, je sors de la chambre pour aller dans la salle de bain. Là je trouve l'outil parfait. Le rasoir de Noah. Oui je sais, si je me fais le maillot de cette façon, ça va piquer, gratter, mais mieux vaut cette solution que l'arme ultime ! Toutefois, je pince les lèvres. Et après, Noah se servira t-il de ce rasoir ? L'idée horrible que je devrais embrasser mes propres poils me rebute et je décide en un éclair. J'utiliserai le rasoir, puis je le jetterais à la poubelle. Noah n'a pas à se plaindre, l'effet petite « barbe-pas-faite » lui va à ravir ! Vite fait, je m'applique, et une fois constaté le maillot à peu près droit, j'exécute ma menace envers le rasoir défraichi. Heureux sois-tu, petit rasoir, bien peu ont l'honneur d'avoir effleuré mes chastes zones sensibles… Aussi hâtivement que je le peux, je retourne ensuite sur le lit, (ou plutôt devrais-je dire je boite ; une épilation, même des jambes, c'est violent). Je m'assois et m'approche de petit Noah ! À peine deux minutes plus tard, la créature vient se lover contre moi et mon traumatisme de l'épilation passée s'estompe au vu de sa douceur. Ses bras m'étreignent un peu plus mais là, je grimace… quel inconscient ! Il veut que je lui saute dessus ou quoi ? Comme pour me tenter un peu plus, le visage de Noah se rapproche du mien, chaud, agréable et, faible femme que je suis, je décide d'en profiter. Tu n'avais qu'à pas t'approcher si près, songé-je en l'embrassant doucement. Les étincelles reviennent et j'en apprécie la saveur. Mes mains viennent l'étudier, inspectent habilement la marchandise, mais l'homme ne se réveille toujours pas. Zut ! Finalement je me calme, et puisqu'il n'est pas si tard, pourquoi ne pas faire un somme de plus, lovée comme je le suis. … Oh ce rêve est beau. Ce rêve est réaliste surtout. Je me trouve dans une rue et la foule m'entoure. Mais je n'ai pas peur, ils s'éloignent tous de moi, comme repoussés par une barrière invisible. C'est si agréable, de se retrouver parmi les autres, la civilisation. Mon bien-être aurait voulu s'accroitre, quand soudain, je lève une main vers ma poitrine. Déchirée. Je me sens déchirée là, et la douleur est si forte que j'en titube ! Mon corps se glace davantage, et je tombe à genoux, totalement impuissante devant la souffrance qui me foudroie. Je lève des yeux embués vers la foule, mais personne ne me regarde, tous plus occupés les uns que les autres. Je voudrais parler, hurler, ordonner, moi qui n'ai plus le bracelet autour du poignet, mais je ne peux, car seuls des gémissements inaudibles me viennent. Et puis soudain, la foule s'ouvre et je vois Noah venir vers moi. Mais il est trop tard. Noah me tient, me hurle des inepties, mais rien n'y fait. Je sens que je m'effrite et, comme pour me donner raison, un flash de lumière m'aveugle. Avant de mourir, je comprends que cette lumière des fins des temps émane de moi… Le rêve (que dis-je ? le cauchemar !) saute un ou deux passages inintéressants, et je me retrouve au-dessus de la scène, à me voir morte, moi et la foule entière. Noah aussi. Mon horreur grandit, mais je m'écarte un peu plus pour voir les quartiers voisins. Des morts là aussi. Tous morts. Serait-ce moi qui ai fait ça ? Les aurais-je tous tués ? Une voix me parvient et, heureuse, je m'y accroche. Si quelqu'un a survécu au c*****e dont je suis coupable, il me faut le voir, lui dire combien je suis navrée, il faut… -Aby, chut, tout va bien. Je m'éveille dans un sursaut et constate que j'ai rêvé. Oui juste un rêve. Noah me serre plus fort contre lui et, tremblante, je ne lutte pas contre son réconfort. -Du calme Aby, ce n'était qu'un rêve… -Je les ai tous tués, murmuré-je dans un sanglot. Tous. Toi, la foule. Ça paraissait si réel… Noah ne me répond pas tout de suite, occupé comme à son habitude à me caresser les cheveux. D'accord, c'est sympa d'agir de la sorte, mais ça ne m'aide en rien. À moins que… ah si, ça sert ! Je retire ce que j'ai dit, ou pensé très fort. Les hommes servent à quelque chose lors de nos crises d'hystérie incompréhensibles autant que coutumières… -Es-tu morte dans ce rêve ? Je m'éloigne de lui pour plonger mon regard bleu magnifique dans le sien. Lui continue à toucher mes cheveux. Bon, arrête de toucher… Il pose une question suspecte et fait mine de rien. -Oui. -Y a-t-il eu un flash de lumière ? Là, c'en est trop. J'attrape la main qui me cajole à la manière des chiens et le fixe intensément. Dois-je préciser que je n'ai pas jeté la main au loin ? Non, là, tout de suite, elle se trouve toujours entre mes doigts délicats. Elle est si chaude, et… bah, j'aime le toucher, vous ne m'en voudrez pas ! -Oui. Noah, tu sais ce que ça signifie ? Noah soupire et retire sa main d'entre les miennes. (non !) -Oui. Tu as fait Le rêve. Enfin. Je vais pour ouvrir la bouche, mais il me devance. -Nous faisons tous ce rêve. Léon pense qu'il s'agit d'une mise en garde. Les plus sceptiques d'entre nous parlent plutôt d'une forme de prédiction. Inutile d'en dire plus, je sais déjà qui croit aux prédictions… Gustave ! Je songe à cette révélation et me souviens que Caprice m'en avait parlé. -La mort n'est pas une option, soufflé-je dans un murmure. C'est ce que Caprice voulait dire. Noah ne semble pas vexé que je fasse allusion à Caprice, et je lutte entre l'angoisse de ce que je viens d'apprendre et le bonheur que mon Noah ne soit pas gay. Il est hétéro, et il est à moi. Ok c'est bon, j'ai compris, je n'insiste pas. Je me calme. Mieux vaut se concentrer sur ma détresse, bande de rabat-joie… -Donc si je meurs, je tue tout le monde. Noah me ramène contre lui et sa main revient dans ma crinière bouclée. -Je ne te laisserai pas mourir Aby. C'est juste un avertissement. Tout le monde fait ce rêve. Ça n'arrivera pas. -Mais si l'un d'entre nous mourrait… -Ça n'arrivera pas… Je le sens moins assuré et frémis. Qui pourrait mourir ? Caprice ? Non, il me l'aurait dit si ce genre d'événements était planifié pour bientôt… Gustave ? Non plus. Caprice serait insupportable. Camille alors ? Hmm non, i***t. Mon esprit trifouille, et je me souviens de Léon. Ce vieil homme manipulateur qui veut me sacrifier. Je m'échappe une fois de plus des bras de Noah, mais me tais. Son petit air triste me décourage, et si réellement le méchant Léon risque de mourir, je refuse de m'en soucier aujourd'hui. Trop méchant justement. J'esquisse un sourire contrit et me permet de me rapprocher davantage de lui que les convenances ne le permettent entre deux personnes. Noah saisit et, quoique surpris de la manœuvre, il reste homme manipulable. Je l'embrasse, il m'embrasse, nous nous embrassons et l'effet en est si doux, si parfait, qu'il est normal que mes mains s'enflamment. Son torse vient à ma rencontre, sa bouche se presse plus fortement contre la mienne, et je m'égare dans un nouveau songe éveillé. Le bonheur existe-t-il ? Je ne saurais dire… mais je n'en suis pas loin, c'est une évidence. Il ne manquerait plus que… -Grooahen ! Oups ! C'est son ventre ou le mien ? Un nouveau gémissement gastrique s'élève et j'en conclus qu'il s'agit de moi. Hmm très raffiné, je m'épate tous les jours. Noah s'éloigne de moi, avant de poser son front chaud contre le mien. -Je pense qu'il me faut te nourrir avant que tu ne perdes tout contrôle de toi-même. Je me tente à me rapprocher encore. -Mais je me contrôle. Je sais obéir, si on est gentil avec moi. Noah s'écarte de ma personne une nouvelle fois et commence à se rhabiller. -Oui mais moi, je ne suis pas sûr de pouvoir me maîtriser si ton estomac vient me déconcentrer. Je fais la moue, il marque un point. Mais qui dit que je veux qu'il garde le contrôle ? Sa brutalité ? Pff, c'est surtout sa virginité. Si je n'en étais pas sûre jusqu'alors, maintenant c'est clair. Noah Ghifour n'a aucune expérience avec les filles. Pire que moi, c'est pour dire ! Soit, dans ce domaine aussi, je l'éduquerai, moi, la bienheureuse chanceuse de l'histoire ! -oOo- Lorsque je descends accompagnée de Noah, nous sommes sans surprise les derniers. C'est fou lorsqu'on y songe, je suis toujours la dernière, quoique je fasse ! C'est à n'y rien comprendre… quel est donc l'intérêt de se trouver si tôt dans une cuisine ? Il n'est que onze heures du matin ! Et ils n'ont rien à d'autre à faire. -C'est le quartier général, m'explique tranquillement petit Gustave. Et bah, vive le quartier général ! Quitte à choisir, j'aurais pris la douche, au moins la proximité renforce les liens héhé… -C'était le cas avant que tu n'arrives, soupire Gustave. La salle de bain, précise t-il à l'attention de son Capriçounet. -Ah oui ! Caprice semble vite saisir la teneur de la discussion, du moins ses yeux pétillants l'indiquent. À cette époque, s'extase-t-il, on se voyait tous nus. Camille était impressionnant, mais Noah n'était pas mal non plus. Je sens Noah rougir à mes cotés et soupire. Et ça y est, ils vont me le perturber ! Caprice prend un air songeur avant de faire la grimace lorsqu'il se prend un coup de la part de Gustave. (Le premier, si je ne m'abuse !) Eh, c'est qu'il y a un retournement de pouvoir en cours… en force Gustave, on y croit ! Tristesse, un seul regard de Caprice suffit à liquéfier le lutin. -Pardon. -Ça va, c'est bon pour cette fois. Caprice sait se faire clément. Si tu m'avais laissé finir j'aurais conclu par le fait qu'ils ne valent rien à tes cotés. Ce n'est pas uniquement sur l'aura que je choisis ma marchandise. J'esquisse un grand sourire, qui se fade sous l'effet de la surprise lorsque Noah me prend la main. Je le dévisage, mais pas lui. Toute son attention est concentrée sur Camille. Oh ! Je lui lâche aussi sec la paume, mais c'est sans compter sur le coté tête de mule de ce dernier. Il m'escorte jusqu'à ma chaise et je jette un nouveaux regard à Camille. Pauvre Camille tout triste… Que lui arrive-t-il ? Se sent-il seul ? Abandonné ? sans doute lit-il dans l'esprit de Noah ce qui s'est passé la veille… Pauvre petit ogre, penses-tu vraiment que je vais te délaisser ? L'intéressé hoche la tête et je déglutis. Jamais. Tu es mon ami, et tu devrais plutôt plaindre Noah. Je n'aurais aucun scrupule à abuser de lui. Il en verra de toutes les couleurs, foi d'Abigaël ! Camille esquisse un sourire. -J'attends de voir ça avec impatience. Oh petit Camille, je t'aime tellement. Un câlin ? L'intéressé ouvre les bras et je saute par dessus Noah pour le réconforter. L'étreinte est bienfaisante, comme à chaque fois. Mais brève. Une seconde plus tard, je me fais enserrer la taille et les bras de Camille s'éloignent de moi. -Noah, grogné-je, qu'est-ce que tu fous ? Tu ne vois pas que nous étions occupés ? Tu n'as pas le droit de rompre le câlin du matin ! Mon interlocuteur se fait effrayant. -Justement si. Maintenant j'en ai tous les droits. Il me foudroie de son regard magnifique. -Il n'est pas politiquement correct de faire ce genre de témoignages affectifs devant son petit ami. Il se tourne vers Camille. T'as compris ? Tu ne la touches plus sinon je t'étripe ! Il se retourne ensuite vers moi, mais je ne suis plus en état de me rebeller. C'est bête, il a totalement tort, c'est clair que je ne laisserais pas tomber mon amitié pour cet homme, mais… « Petit ami » ? Dis donc, il va bien vite dans son officialisation de la chose. Je plonge dans mes corn-flakes, histoire de ne pas lui révéler mon magnifique teint rouge pivoine. « Inexpérimenté » n'était pas le mot concernant cet homme à l'encontre des femmes. « Inculte » serait sans doute plus proche de la réalité. Et encore. Ce dieu descendu des cieux n'y connait absolument rien à rien. Que dois-je donc penser de lui ? Merveille conservée, ou bête sauvage à civiliser aux manières de ce monde ? Mes corn-flakes me le diront peut-être… -Gustave, ramène le fric ! Je relève brusquement la tête pour voir Gustave grommeler en cherchant un billet de vingt euros. -Qu'est-ce que… Caprice m'adresse un grand sourire angélique. -J'avais parié que vous vous dévoileriez votre flamme hier soir. Son regard s'attarde sur le corps de Noah pressé contre le mien. Tss, trop de tension sexuelle, il ne pouvait pas en être autrement… -Mais… (L'irritation me vient) nous n'avons rien fait hier soir. Aïe. Je jette un coup d'œil accusateur à Noah et son coude, à dresser plus tard. Quoi ? Il n'y a pas de mal à admettre vouloir attendre… Attendre. Je soupire tristement à ce mot. J'ai tenu, je suis une grande fille. -C'est bien Aby, me glisse Gustave. Résiste encore quelques années. Je ne veux pas que Noah vienne me narguer. Caprice, rends-moi mon fric, ils ne se sont toujours pas accouplés. Il lui a « juste » déclaré sa flamme. Les deux loustiques vont pour se chamailler, quand Gustave s'éclaircit. Camille grimace. -Ok, poursuit le lutin. Je laisse tomber pour cette fois, mais je parie le double qu'ils le feront ce soir. Caprice fait la moue. -C'est de la triche, tu l'as lu chez Camille. Ils se dissipent encore un peu. -Très bien, s'énerve finalement mon ange. Moi, je parie qu'ils le feront demain. Si tu te trompes, lâche-t-il dans un sourire du démon, tu me referas le truc d'hier. Gustave fait la moue avant que l'air vicieux ne revienne. (Une vraie scène de prédateurs, Noah et moi ne pouvons que rester plantés là à approuver ce juste marché concernant la perte de notre virginité… après tout, ça les regarde n'est-ce pas ? oups, ah oui, je crois bien que non !) -Pareil pour toi, lâche-t-il. Et je n'aurais aucune pitié. Tu devras TOUT lécher. Même air vicieux chez petit Caprice. -Marché conclu, tu vas pleurer. Dites-moi, que d'amour ! Ça en devient terrifiant. Caprice sadique. Une vision de Caprice le démon me revient et je cille brutalement. Stop Abigaël, pas de ça ! Ils ne le font plus ! Ils me l'ont promis, c'est de l'histoire ancienne. Ce faisant, mes pensées s'égarent sur la main de Noah posée sur ma cuisse. Hmm, le geste est clair, et je décide qu'il m'agace, j'aurai des choses à lui dire et plus encore en voyant l'air possessif qu'il adresse à mon Camillounet. Celui-ci me regarde et je lui lance un nouveau petit sourire. « Si tu veux, tu peux le taper. Je ne pourrai jamais le dompter toute seule. L'idée semble plaire à mon ami, qui me fait un clin d'œil complice comme je les aime : -J'en prends note. Ah… Noah me gonfle ! pourquoi fait-il son air offusqué ? On ne se disait pas des trucs « X » ! Mon « gardien » fronce les sourcils, avant de s'éclaircir face à la démonstration qu'offrent Caprice et Gustave dans leur coin. Et vas-y que mon apollon prend un morceau d'orange, et vas-y qu'il tente de me le donner avec sa frimousse qui dit « ça te tente poupée ? » Mais Abigaël en a ras-le-cul. Je lui lance un regard meurtrier et son bout d'orange s'arrête en chemin. Il semble hésiter, et croit qu'en insistant peut-être… -Noah, tu fais ça, tu meurs ! La pièce se fige, et je me sens étrange. Mon bracelet me brûle fugitivement et Noah sursaute sur sa chaise. L'effet ne dure qu'un instant, mais je saisis que le bracelet n'a de toute évidence pas rempli son rôle. Merde… je dirais même plus… punaise ! (l'expression de la mort, n'est-il pas ?) Je me lève d'un bond et prends une vive inspiration afin de dissiper la sensation. Noah se lève aussi et je le sens m'effleurer l'épaule. Je ferme les yeux, inspire encore, mais la sensation persiste. La fureur. L'envie. La pulsion. Je le saisis par le poignet et l'entraine hors de la pièce sans un regard en arrière. -Abigaël, m'appelle un Camille inquiet. Puis Gustave. -Laisse-les, Noah est un grand garçon, il devrait pouvoir tenir face à la bête… -Pff, c'est ça. (Là il s'agit de Caprice, quoique je tente de ne pas écouter les échos dans ma fuite) dis surtout que tu veux rentabiliser ton pari. Pervers. Les voix se perdent enfin dans le fouillis de ma furie. De mon désir. Je ne sais plus. Une seule chose est certaine : je suis perdue, et j'ai besoin de faire… Je n'atteins pas la chambre. Trop loin. Je n'en peux plus. Je me jette sur Noah et me presse contre lui pour l'embrasser. Mon dieu, que m'arrive-t-il ? Je n'en peux plus, j'en veux encore. Mes lèvres le touchent, mordillent et ma langue ne rêve plus que d'explorer plus loin mon nouveau territoire. Les étincelles de félicité éclatent de toute part mais je n'y prête pas attention. Aussi brutalement, je le repousse, lui, cet animal qui me répond et lui fous une gifle dont moi seule ai le secret. Que se passe-t-il ? Je ne saurais dire. Mais tantôt la convoitise tourbillonne en moi, tantôt la rage annihile la maigre patience que je cultive à mes heures perdues. -Aby, qu'est-ce que… -Je t'interdis de faire de moi ta chose. Ma voix claque et Noah se tait, le visage assombri. -Je t'interdis, continué-je de prendre tes désirs pour des réalités. Il y a des règles. Je ne veux pas d'une relation de vieux couple foireux. Je refuse de faire à l'identique de ces gens qui se bécotent à longueur de journée, qui se regardent avec leur air à gerber d'amour. Je reprends mon souffle et tente de me calmer. -Je ne suis pas ainsi et je ne le deviendrai pas pour toi. Rien n'a changé de d'ordinaire. Sois pareil, et réserve-moi tes traitements pour lorsque nous sommes seuls. Noah ne desserre pas la mâchoire. Il préfère sans doute me projeter à mon tour contre le mur. Hmm, sans doute, puisqu'il le fait. Ce prince des enfers se saisit de mes poignets et, tout en m'embrassant avec sauvagerie, je le sens emprisonner mes mains au-dessus de ma tête. Je ne songe pas à lutter si vous voulez tout savoir (quelle piètre féministe je fais. Lutte, lutte Abigaël. Las, la pulsion farouche revient et je me surprends à répondre à son baiser) Son emprise sur mes mains ne faiblit pas, mais l'une de ses paumes me relâche, laissant l'autre se débrouiller seule pour me maintenir. Quel effort, je ne résiste toujours pas. Aventurière, la main inoccupée vient donc se glisser sous mon t-shirt à l'effigie des ouistitis d'Afrique. (Que voulez-vous, un souvenir de ma chère maman. Essayez, vous verrez, il suffit d'à peine un mois ou deux pour en venir à l'apprécier !) Sa bouche se décolle de mes douces lèvres au souffle erratique et ses baisers viennent se perdre dans mon cou tendu en offrande. -Et là ? souffle-t-il de sa voix saccadée. Ai-je le droit ? J'acquiesce dans un tremblement de désir. Sa bouche revient, plus douce et il vient poser ses mains sous mes fesses pour me soulever. Toujours adossée au mur, mes mains soudainement libres retombent sur sa nuque et ma frénésie ne fait que s'accroitre. Puis Noah décide de mettre fin au supplice et je m'éloigne enfin du mur, tandis qu'il me porte en des lieux plus appropriés. Je me pelotonne contre lui, moi, cette tigresse incontrôlable et l'une de ses mains m'effleure la nuque alors même que l'autre réaffirme mes jambes autour de son torse sans pareil. -Aby, murmure-t-il à mon oreille. Une porte s'ouvre. Je sais que nous entrons dans la chambre. -Oui ? -Tu es à moi. N'approche plus Camille comme ça. L'indignation remonte en flèche et je le frappe. -Je fais ce que je veux, avec qui je veux. Insensible à cette rebuffade (une parmi tant d'autres), Noah m'embrasse encore tandis que le lit me rencontre de sa douceur jouissive et mes esprits de rébellion s'effondrent cette fois encore. -Aby, tu fais ce que tu veux. Mais tu m'appartiens. Ne l'oublie pas lorsque tu es près des autres. Ses babines s'éloignent de mon visage et, tandis que ses doigts repartent à la chasse de mon corps, mon ventre frissonne sous la caresse de ses baisers. -C'est moi qui reste près de toi le soir. Je n'aime pas que d'autres te convoitent. Abruti, songé-je entre deux affolements cardiaques (à ce propos je doute que le phénomène soit dangereux, auquel cas, je serais déjà morte depuis belle lurette.) s'il ne sait pas faire la différence entre l'amitié et l'amour… c'est vraiment un cas. Sociopathe d'un jour, sociopathe toujours. Ledit sociopathe s'écarte une fois de plus (à croire qu'il s'agit d'un nouveau jeu) et je manque de défaillir. Qu'attend-il pour enfin passer à l'attaque ? Cherche-t-il à me faire perdre toute démesure ? L'apollon se ravance et j'en lâcherais presque un soupir de bien-être anticipatoire. Ce sera maintenant. D'ici peu, Abigaël la guerrière deviendra une vraie donzelle. Et tout y passera, car je veux tout de cet homme. Suis-je amoureuse ? Ne s'agit-il que de désir ? En cette minute, je m'en moque royalement, seul compte l'instant. Mais Noah ne me touche plus, et sa bouche tant convoitée par mes membres crispés par l'attente reste hors de portée. Seule sa main revient et c'est pour saisir le bras qui porte le bracelet. Son étude (car c'en est une) se fait rapide et Noah lâche un soupir en se relevant. -Dommage. Hein ? Quoi dommage ? Mais… mais… non ! Mes pensées s'embrouillent, je le regarde s'allonger à mes cotés tandis que j'halète toujours. Ma surprise se confirme, pour se laisser mêler à ma frustration vicieuse (à défaut de se mêler à autre chose…son corps par exemple !) -Noah, mais qu'est-ce que tu fous bon sang ? Mais saute-moi dessus, merde ! Ai-je envie de lui hurler. Sa main m'effleure certes, mais la bestialité prédatrice n'est plus là. Le geste est tendre, tout comme son regard à lui taper dessus. -Aby, du calme. Pas maintenant. -Quoi pas maintenant ? Mais si ! Tu me donnes envie, puis tu me laisses en plan ? -Je ne laisse rien du tout. Mais pas là, tu n'es pas en état. Il m'attire contre lui et l'étreinte parvient presque à me calmer. Presque. -Je ne suis pas en état mon cul ! Si tu flippes à l'idée de ne pas être à la hauteur, assume au moins. Femmelette. L'étreinte ne change en rien malgré mon indélicatesse. (C'est vrai qu'il n'y a pas mieux pour exciter un homme que de l'injurier. Pff, bravo Abigaël !) -Pense ce que tu veux, mais pas tout de suite. Je refuse de le faire ainsi. Tu comprendras. Je soupire et m'agrippe à son vêtement. Je me sens fatiguée mais ne saurais dire s'il faut m'en plaindre au contrecoup de nos « folies » minables. Il n'a même pas conclu. Je ne comprends pas ce qu'il insinue mais combien même je serais aux portes de la mort, il aurait dû foncer. Et si plus tard je refuse ? (D'accord hypothèse un peu tirée par les cheveux, mais chut, ne lui en disons rien, il ne faudrait pas lui laisser mon unique moyen de pression) Je soupire encore. Je voulais une bête, mais je ne récolte qu'un incapable. Je me mordille la lèvre et enfouis ma tête contre ce torse brulant. Je savais déjà qu'il était nul. Trop beau, trop changeant. Tantôt inaccessible, tantôt guimauve à souhait. Mais c'est mon homme et je dois de toute évidence aimer les défis. Mon coco, tu succomberas bien vite aux pièges machiavéliques que je te réserve. Foi d'Abigaël, car toi aussi… tu m'appartiens ! -oOo- À mon réveil, je me sens bien. Si bien. J'ouvre les yeux, et me frotte un peu plus contre la poitrine de mon apollon déjà réveillé. A-t-il seulement dormi, lui qui me tient dans ses bras, assis contre le remontoir du lit ? Noah me touche les cheveux, une technique de séduction vieille comme le monde mais qu'il réussit remarquablement bien ! Pas de doute, je l'ai bien dressé, d'ici peu de temps, je le tiendrai en mon pouvoir. Je m'amuse de mes réflexions et constate que je suis quelque peu euphorique. Excitée. Et j'ai faim. Sans manière, je me redresse pour m'écarter de lui et commence à me rhabiller tandis qu'il me scrute. -Bien dormi ? Je lui fais un sourire mais ne réponds pas. i***t. Comment pourrait-il en être autrement lorsque tu t'occupes de moi ? Un coup d'œil supplémentaire à la scène m'indique qu'il fait nuit au-dehors. Je ne dois l'impression de clarté qu'aux lumières tamisées qui jouxtent mon lit, et le réveil me renvoie qu'il est tard. Très tard. Wow ! Je ne pensais pas être si fatiguée…. Hmm, j'ai faim. Je le dis et me dirige vers la porte. -Tu veux que je te ramène quelque chose ? -Ce n'est pas la peine, fait Noah en se levant à son tour. J'y vais. Reste ici, je ne serai pas long. Je secoue une main, amusée cette fois par cette nouvelle démonstration de jalousie masculine. -C'est bon, ne bouge pas, je veillerai à ne pas me faire happer par un homme plus fort que moi. Promis, je dégomme le moindre mâle qui me fait du charme. Noah s'approche encore un peu, la frimousse crispée. -Aby, je ne pense pas… -C'est bon Noah, reste ici je te dis. Je lui adresse un nouveau sourire, satisfaite qu'il m'écoute malgré son air étrange. Et pour lui prouver qu'Abigaël n'est pas insensible à cette bonne conduite, je me permets de l'embrasser. Mais ses lèvres restent molles, et j'en déduis qu'il ne répond pas à mon embrassade. Je me recule un instant, perplexe. Qu'ai-je donc fait ? -Noah, qu'y a-t-il ? L'homme déglutit contre moi et semble lutter. Mais il me répond toutefois. -Tu ne dois pas sortir. Aby, c'est dangereux. Cette réponse idiote me soulage. Je ne connaissais pas encore ses talents d'acteur. Dangereux ? Il s'agit seulement d'aller me chercher un steak. C'est plutôt pour le steak qu'il devrait s'en faire… mais je n'y peux rien. Carnivore d'un jour, carnivore toujours. Au pire, je lui ferais une prière à ce pauvre steak. J'opterais même pour une invocation bouddhiste, histoire que le steak se réincarne une fois revenu à la terre sous une forme parfumée (je ne décrirai pas plus le phénomène, je ne voudrais pas sombrer dans le vulgaire… je reste une fille de bonne famille après tout !) -C'est ça, c'est ça. Alors donne-moi envie de revenir. Embrasse-moi. Aussitôt, sa bouche s'empare de la mienne et j'en sursaute de surprise. Mais c'est qu'il est obéissant ce petit. Soit. Je ne suis pas femme à m'offusquer de sa soumission. Ça en devient juste moins grisant d'obtenir mon dû. Mes mains reviennent l'explorer et son corps chaud m'attire plus que de raison. Il m'embrasse toujours, mais ses mains restent loin de moi, et je comprends qu'il n'est pas motivé. Snif. Pas grave, je reviendrai à la charge une fois restaurée. Je laisse donc tomber les caresses pour me blottir dans son étreinte. Ses mains m'entourent pour me serrer avec force. -Aby, souffle-t-il d'une voix faible. Reste ici, tu n'es pas en état. -Chut. Je reviens. Tu es vraiment chiant à t'en faire autant. Je le repousse doucement. -Assis-toi et ne parle plus…. Heureuse de le voir obéir, je sors et gratte machinalement mon bras. Je me suis faite à la forme de mon bracelet, j'en suis même venue à l'apprécier. Ces symboles étranges possèdent une certaine forme d'art qui parvient à me toucher désormais. Je rentre dans la cuisine tout en méditant sur cette difficulté que m'oppose ce bijou (je ne parviens toujours pas à comprendre en quoi de simples artefacts seraient capables d'emprisonner mes pouvoirs) lorsque j'ai la surprise de voir qu'il y a encore du monde. Camille. Je lui accorde un sourire avant d'aller me servir. Ah, bonjour petit steak. Dans une pulsion saugrenue, je caresse le morceau et poufferais presque de rire. Quelle stupidité ! Mais j'ai presque de la peine pour ce pauvre morceau inerte. N'aie crainte, tata Abigaël te mangera vite. Ça ne te consolera sans doute pas, mais je prendrai beaucoup de plaisir à déguster ta chair. Je secoue la tête tout en m'installant. Une vraie cannibale ! Je jette un coup d'œil à Camille. Celui-ci me scrute du regard agaçant que Noah vient de me décerner, à ceci près que l'ogre préfère détourner la tête. Je hausse un sourcil. -Camille, qu'est-ce qu'il y a ? Je lui présente mon morceau tout juste entamé. Tu veux un bout ? Camille secoue la tête avant de se lever prestement. -Non merci, j'ai déjà mangé. Je n'avais pas sommeil mais ça devrait aller maintenant. Bonne nuit. Je fronce un peu plus les sourcils en le voyant s'éloigner. Pourquoi ai-je l'impression qu'il fuit ? Et qu'il vient de me raconter davantage que ce que je désirais ? -Camille, attends. Il se retourne. -Tu es en train de me fuir ? Je sais, la question est bête. Si tel est le cas, vous vous doutez bien qu'il ne me le dira pas. Mais ce soir, je me sens vraiment sereine, et toujours cette excitation qui ne veut pas s'éteindre. Camille me contemple quelques secondes, et encore cette hésitation teintée de lutte. -Oui, je te fuis. J'en reste sur le cul. Bah merde alors. C'est une première. Quoiqu'irritée, j'en souris pourtant. -Tu fuis le grand méchant loup ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Tu as peur de moi ? -Oui. Hmm, j'en tomberais bien à la renverse. Mais… serait-ce son jour de vérité ? Ridicule. Je me mordille la lèvre. À moins que… -C'est à cause de Noah ? Tu as peur qu'il soit jaloux ? -Je me moque de ce que pense Noah. -Tu m'en veux alors ? -Non. L'irritation fait un bond dans ma poitrine et mes réserves de patience s'estompent comme neige au soleil. -Mais alors c'est quoi le problème ? Merde ! Dis-moi au lieu de me faire tourner en rond. L'homme me regarde et je le sens céder. -Tu es malade, Aby. Et je ne veux pas que ça dégénère. J'ai peur de ce qui pourrait se passer avec ton pouvoir. Laisse-moi partir, s'il te plait. Malade ? Dégénérer ? Je dois fermer la bouche pour m'éviter cet air abruti, et je réfléchis. Mais je vais bien pourtant. Je me suis rarement sentie aussi bien. Grisée. Forte. Je lui dis mais Camille secoue la tête, buté. -Laisse-moi partir. Va te coucher. -Mais qu'est-ce que tu me fous ? Je ne t'empêche d'aller nulle part. Toute cette histoire est ridicule, je le soupçonne de me mentir. Ou alors… « Ne t'approche plus de Camille, m'avait dit Noah… je n'aime pas que d'autres te convoitent » Une seule solution, il me faut être sûre. Camille semble lire mes pensées et je le vois pâlir. -Abigaël, non… -Allez, ne fais pas ton i***t. Je pointe l'espace devant moi. Viens ici, que nous éclaircissions l'affaire. Camille soupire, et viens là où je l'ai dit. Gentil garçon, c'est bien. -Abigaël, stop, il ne faut pas. Ton pouvoir est en train de t'échapper… -Tais-toi. Mon pouvoir ne m'échappe en rien. Je lui montre le bracelet. Tu vois, j'ai l'arme anti-pouvoir. Alors cesse de faire ton cinéma. L'ogre ne répond pas mais je discerne une peur incohérente. Peut-être veut-il effectivement me dire quelque chose, et craint de le faire… croit-il vraiment que je m'intéresse moins à lui à cause de ma relation avec Noah ? Je lui prends le visage entre mes paumes glacées pour le regarder bien en face. -Camille, qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux me dire quelque chose ? Camille ouvre la bouche. -Oui, l'interrompis-je en soupirant, autre que ton histoire ridicule de pouvoir. Je le regarde. Noah croit que tu serais un danger pour moi. Il a tort n'est-ce pas ? Tu es mon ami ? Il hoche la tête. -Alors que veux-tu me dire ? Y a-t-il quelque chose que tu désirerais faire, mais que tu ne peux pas ? Allez, oui ou non ? -Oui. Je soupire de contentement. Et voila, grâce à mon esprit de synthèse imparable, nous avançons. -Très bien, alors fais-le. Ne te retiens pas. Camille secoue la tête, et je vois ses mâchoires se crisper. J'en fronce les sourcils. -Camille, il faut me faire confiance, quoique tu ais à dire ou que tu fasses, je ne le prendrai pas mal. Allez, fais. Le visage de Camille se crispe avant que ses mains n'agrippent ma nuque et qu'il ne m'embrasse. La manœuvre me laisse pantoise, et je ne réalise pas d'abord ce qui se passe. Camille est en train de m'embrasser. Il le fait très bien. Les étincelles sont là, certes moins fortes qu'avec Noah, mais bien présentes. Mais… un ami ne doit pas embrasser son amie. À moins d'être malade ? Il n'est pas malade. Je tente de le repousser lorsque la conclusion s'impose à moi (certes, je semble naïve mais j'ai seulement décrit le processus logique qui vient de m'assaillir ! Finalement le temps de comprendre que Noah avait raison sur les sentiments de Camille à mon égard n'a pas pris plus de quelques secondes. Cinq tout au plus) Je me débats donc, mais sa bouche refuse de me laisser, quoique je le sens lui-même lutter. -Camille, haleté-je alors qu'il reprend un souffle haché. Arrête. Arrête. L'ogre m'obéit encore pour s'affaler sur la table. -Je suis désolé, Abigaël. Je ne voulais pas. L'ogre passe une main sur son visage, visiblement horrifié par son geste. -Je ne voulais pas, je jure que je ne voulais pas. Mais Abigaël n'est pas en état de lui pardonner. Abigaël est perdue dans un néant cotonneux où la réalité semble décidée à lui échapper. Je m'assieds sagement sur ma chaise, perdue. -Ça fait longtemps ? soufflé-je d'une voix blanche. -Abigaël… Ma colère explose brusquement. -Combien de temps ? -Quasiment depuis le début. Abigaël, ce n'est pas ce que tu crois. Tu m'attires mais sans plus. Tu es une amie et je connais tes pensées concernant Noah. Jamais je ne… -Alors pourquoi m'embrasser ? Je cherche mais je ne parviens plus à trouver l'explication. Je me croyais euphorique à mon réveil. Mais ce ne devait pas être exact. En cet instant, je me sens triste, furieuse, et pourtant, je me trouve toujours autant excitée. Je sens bouillir quelque chose en moi, un rien qui ne demande qu'à jaillir par vague furieuse hors de mon être. -Pourquoi, craché-je, agis-tu de la sorte ? Camille se redresse mais je sens que sa patience vient de s'effondrer elle aussi. -C'est toi qui m'as contraint ! grince t-il froidement. Je t'ai dit que je ne voulais pas que ça dérape. Tu n'as à t'en prendre qu'à toi-même. -Arrête, hurlé-je. Je te faisais confiance. Ne viens pas m'emmerder avec une prétendue impuissance. Je suis furieuse. Lui aussi. -Mais puisque je te dis que c'est toi ! Tu me crois assez i***t pour te révéler quoique ce soit vu comment tu es avec Noah ? Ton bracelet ne fonctionne plus ! Tu l'as épuisé ! Je ne prête pas attention à ses propos. Seul reste le mensonge que j'entends. Les tromperies, cette sensation de trahison. Il était mon ami et pour ce qu'il vient de faire je ne sais pas encore ce que je veux lui infliger. Le frapper ? Le défigurer ? Je m'avance et lui fous une droite. L'homme ne répond pas et inspire une grande goulée pour se calmer. Furibonde devant sa passivité (je veux qu'il me tape, je veux revenir à cette relation sans malentendu) je lui assène un nouveau coup, mais il ne réagit pas. -Vas-y, hurlé-je, je sais que tu veux me frapper ! Ça te démange ! Sale con ! Tête de buse ! Menteur ! Camille recule un peu, crispé. -Non, je ne veux pas te faire de mal. Ne fais pas d'erreur Abigaël, tu dois me croire. -Mais merde, je m'en fous ! Frappe-moi ! Je sais que ça te titille ! Et le coup vient enfin. Brutal. Sans retenue. Et je découvre que justement Camille devait modérer son geste d'ordinaire. Certainement, puisque je valse au sol. Aussitôt, des bras viennent me redresser et je cherche de qui il peut bien s'agir. Camille toujours. -Abigaël, ça va ? Je suis désolé. -Je te déteste. -Je sais Aby. Je sais. Mais il faut que tu te taises. Ma vue se fixe enfin, et je constate que mes lunettes ont volées au loin. Je m'en moque. Seule reste cette brûlure sur ma joue. -Abigaël, je vais appeler Noah. Reste ici. -Non. Va dormir. -Mais… Je me redresse, et cette fameuse colère m'inonde une fois encore. -Va dormir, grogné-je, tu as suffisamment fait de mal ce soir. Dors donc puisque tu le voulais tant. Mais c'est là sans doute que je comprends enfin qu'il ne me mentait pas. Camille titube sur ses jambes, avant qu'il s'effondre au sol, sa tête cognant durement contre le sol. … Je me relève instantanément, mais reste tétanisée. Serait-ce donc vrai ? Je réfléchis rapidement et analyse la scène passée. Mes demandes, lui qui obéit. Noah qui n'est pas venu voir ce qui se passait parce que je lui ai dit. Depuis quand Noah m'écoute t'il ? Ma gorge s'obstrue et je me précipite près de l'homme inconscient. -Camille, soufflé-je en le secouant, réveille-toi. Aucune réaction. Je le soulève et ce faisant, j'aperçois du sang sur l'arrière du crâne. -Camille, dis-je plus fort. Camille, réveille-toi ! Bon sang Camille, je t'ordonne de te réveiller ! L'être bat des paupières mais ne se réveille pas. Il ne peut pas. Au secours, je suis en train de tuer Camille. Quelqu'un. -Noah ! hurlé-je. Gustave, Caprice ! À l'aide ! Venez ! Je braille et tente de réveiller Camille mais ne peux. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais plus. Je n'ai jamais su faire les premiers secours et je panique. -À l'aide ! Des bruits de pas me parviennent et je me mets à pleurer. -Dépêchez-vous. Camille va mal… Gustave se précipite sur le corps inconscient que je tiens et je sens Caprice m'éloigner. -Que s'est-il passé ? -Je nous… nous nous disputions et je lui ai dit de dormir. Les deux êtres échangent des regards en coin, et je comprends qu'eux aussi étaient au courant. -Aby, tu devrais t'éloigner…. -Mais non je veux aider ! Caprice lâche-moi ! Il me lâche. -Gustave fais quelque chose. -Je suis en train de le faire Aby. Calme-toi. -Non je ne me calmerai pas. Fais quelque chose. Vite. Gustave se met à trembler et je saisis qu'il tente de m'obéir, malgré lui. Ses doigts cherchent à examiner Camille mais elles vont vite. Trop vite. -Aby, arrête, murmure Caprice d'une voix douce que je ne lui connais pas. Tu lui fais mal. Arrête. Je m'éloigne et mon dos tape contre le mur. Je ne maitrise plus rien. Je ne contrôle plus rien. -Mais… je ne voulais pas. Gustave qui tremble toujours. -Arrête de trembler, tu n'es pas obligé de m'obéir. Je suis désolée. Je n'attends pas de voir s'il m'obéit car la panique me submerge et je préfère fuir avant de faire davantage de mal. Je me sens mal soudain, et sale. Si sale. Il me faut fuir, là où je ne blesserai personne. Personne. Un lieu m'inspire et je ne réfléchis pas longtemps avant d'y foncer. Sauve-toi, me murmure une voix acide dans ma tête. Sauve-toi, créature. Tu es un monstre. Un monstre dangereux qui se doit de disparaitre dans l'ombre, avant que l'irréparable ne se produise. Je décide de lui obéir.
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