Maitresse

3762 Words
Le noir m'enveloppe de ses vertus. L'oubli. L'isolement. La mort. Mon corps se braque, convulse, et l'air se dissipe de mes poumons à mesure que je m'inflige les pires tortures. Je veux mourir, mais n'y parviens pas. Zut alors, il semblerait qu'il reste une parcelle de mon être qui daigne encore vouloir survivre. J'ai beau me dire « meurs », « étouffe », une partie vient toujours se rebeller alors que je suis à la frontière de sombrer. Je me recroqueville donc en position fœtale et tente de me réchauffer, glacée comme je le suis. Mais le froid est une bonne chose. Peut-être tomberais-je malade (vraiment malade cette fois, d'une façon moins monstrueuse… bon en espérant échapper au rhume. Peu efficace, quoique la morve qui vous coule au bout du nez sait se faire monstrueuse à sa manière) et ainsi je pourrais finir cette histoire ridicule d'une façon plus digne. En tout cas, je ne vois pas d'autre alternative. Je suis un danger et j'ai beau toujours sentir ce bracelet autour de mon poignet, je dois bien me résoudre à accepter la réalité : il ne m'est plus d'aucune utilité. Les autres le savaient-ils ? Se doutaient-ils que je devrais un jour ou l'autre faire face à ce pouvoir incontrôlable ? Je risque de les blesser et cette simple idée me remplit d'effroi. Et Camille. Les larmes tentent de revenir mais je suis à sec. Pauvre Camille. Qu'ai-je donc fait ? Je suis un monstre, bien pire que tout ce que je pensais. Une lumière apparait et je me recroqueville encore. Je me frotte les yeux, et songe que mes lunettes sont restées dans la cuisine. Je savais que ce moment arriverait, et je leur en suis déjà reconnaissante de m'avoir accordée si longtemps. Sans doute ont-ils compris qu'il valait mieux me laisser seule, ou alors ont-ils eu peur. La lampe s'approche et je sais que je ne veux qu'une personne. Une seule. Celle qui m'a rendue ainsi, celle qui m'a promis de veiller sur moi, quel que soit ce que je suis (bon d'accord cette dernière partie n'est pas spécifiée dans le contrat, mais c'est implicite !) -Aby ? Tu es là ? Je tente de me redresser, soulagée. C'est bien lui, celui que j'aime malgré sa propre monstruosité. Mes membres tremblent et je peine à totalement me relever. Et pourtant, cette horrible étincelle de pouvoir ne veut pas s'en aller. Je veux qu'elle s'en aille. Mais ce n'est pas possible. J'ai essayé. La douleur fut si atroce que je m'arrêtais avant de m'écrouler. Des bras m'enlacent et quoique je veuille toujours disparaitre, je ne peux que nicher ma tête glacée contre sa poitrine. -Aby… Il se tait, et je me colle un peu plus contre Noah. « Merci de ne pas parler », songé-je. Je ne veux pas le blesser et en même temps, j'ai tellement besoin de lui. Désir égoïste, une fois de plus, mais j'ai besoin de sa présence. Comment est-il parvenu à se défaire de mon ordre ? J'y songe dans le silence de cette salle de torture du sous-sol et en déduis que mes « directives » ne sont pas éternels. Quelques heures tout au plus. Le silence s'épaissit, mais je déglutis. Je veux poser la question qui me taraude, mais j'ai si peur de le blesser que je réfléchis un bon moment avant d'ouvrir la bouche. -Camille ? (Voyez la conversation ! Ça parait simple mais essayez donc de résumer à un mot les milliers de remords qui vous tiraillent… on en reparlera après !) -Il va bien Aby. Il dort toujours, mais il a repris conscience une ou deux fois. Il ne faut pas t'en faire… Un silence. -Que s'est-il passé ? Je me mords la lèvre mais il patiente le temps que je construise la phrase la plus sûre. -Nous nous sommes disputés. Je l'ai forcé à dire des choses que je n'aurais pas dû savoir et je ne l'ai pas cru lorsqu'il m'a prévenue pour le bracelet. -Je vois… Étrangement la voix de Noah se fait plus froide et je me crispe contre lui. Pitié, petit sociopathe de mes rêves. Ne me rejette pas. Ce serait trop douloureux. -Et qu'a dit Camille exactement ? Je me ratatine contre lui et décide de ne pas répondre. Inutile de commettre plus de bévues. Noah insiste. -Aby, il me faut savoir. Il y a beaucoup que tu devrais ignorer. Je dois être au courant. Menteur, médité-je. Mais soit. J'ai toujours cette tristesse qui me tenaille le cœur et quoiqu'amoindrie devant ce que j'ai ensuite fait, elle reste présente. -Il n'a pas dit, murmuré-je. Il a fait. -Et qu'a-t-il fait ? -Noah, s'il te plait… -Qu'a-t-il fait, Aby ? Dis-le-moi sinon… -Sinon quoi ? Ma voix devient sarcastique comme avant mais j'en prends conscience et sombre de nouveau dans un silence plus sûr. -Très bien, ne me dis rien. Mais je le saurai. Gustave me le dira, et si c'est ce que je pense… -Il a déjà été puni, bien plus que son dû. Et ce n'est pas sa faute. Il n'aurait rien fait si je n'avais pas voulu savoir…. Le silence s'épaissit à nouveau, et Noah me resserre contre sa poigne. -Mon bracelet…, soufflé-je. « Pourquoi ? » Songé-je. -Le bracelet ne dure jamais longtemps, lâche Noah d'une voix triste. Un mois tout au plus. L'habitude, une durée limite de fonctionnement, un choc… le principal reste que, tôt ou tard, chacun de nous est contraint d'assumer son pouvoir. Si ça peut t'aider je te dirais que nul n'a jamais voulu s'approprier ses pouvoirs… Gustave peut-être, mais au bout de deux heures, il avait sauté sur ce bracelet. Je ne réponds pas mais me pince la lèvre. Je veux comprendre davantage, mais n'ose lui demander. L'idée de le contraindre me dégoûte et, quoique sachant que je ne pourrais garder le silence à vie (je reste une femme après tout, essayez de vous taire tiens), je me refuse à ne rien contrôler. En dépit d'autre alternative, je lui tire sur la manche. La main de Noah s'en saisit et un baiser sur celle-ci me fait frémir. -Le plus dur fut certainement pour Gustave. C'était le dernier à arriver, et trop de pouvoirs, trop vite, il fut incontrôlable. Au début, chacun possède ce besoin de se servir de sa faculté, ce désir de voir, de faire. Il s'est servi tour à tour du moindre de nos pouvoirs et il s'est cloitré durant de longues semaines dans sa chambre. Il refusait que nous l'approchions, et seul Léon pouvait l'atteindre. La capacité de l'ancien est la moins problématique, conclut-il à mon attention. Je l'entends prendre une nouvelle inspiration avant de poursuivre. -Puis vient sans doute Camille qui a beaucoup souffert de cette brusque omniprésence mentale. Caprice a énormément souffert aussi et n'a d'ailleurs jamais totalement dépassé ce cap de la culpabilité. Mais ses compétences sont sans doute les plus difficiles donc… mieux vaut, se reprit-il, qu'il te dise lui-même ce qui en retourne… -Je crois savoir, soufflé-je tout bas. Je frissonne. Caprice possède le toucher de la mort. C'est pour cette raison qu'il n'enlève jamais ses gants. Pour ne blesser personne. Un soupir de la part de Noah. -Ainsi tu l'as vu. Il ne m'avait pas dit que tu avais assisté à « ça », je pensais que l'homme était mort de … peu importe. (Il me resserre et ses mains effleurent mes hanches.) Tu as vu juste, mais ce n'est pas tout. J'espère bien que tu n'auras jamais à voir le reste. Certes le phénomène n'est pas dénué de beauté, mais seul la mort lui sert de public dans ces moments… Je me tais, histoire de le laisser continuer, mais il semble rétif. J'y songe. Serait-ce affreux si soudain, je pouvais savoir où chacun se trouve… Noah m'a un jour confié qu'il se sent attiré par l'individu cherché. Une autre fois, il m'avait révélé qu'il pouvait trouver plusieurs personnes à la fois. La question est donc de la sorte : comment me sentirais-je, si brusquement, je savais où se trouvait tout le monde et personne ? Si, brusquement, il me fallait tous les atteindre ? Qu'adviendrait-il de moi ? Folie ? Frénésie ? Chute ? La question reste entière. -Mais comment … -Comment contrôler ses pouvoirs ? Comment s'y faire et ne blesser personne ? Je hoche la tête. -Je ne sais pas. Wow quelle aide ! Je me mords la langue histoire de ne pas lâcher un sarcasme et me penche pour pouvoir le regarder. Celui-ci semble plus sombre dans cette faible luminosité et je lui trouve un coté sauvage. J'aime bien cet effet. L'être me regarde un moment avant d'esquisser un petit sourire d'excuse. Pour l'effet bestial, on repassera. -Je serais incapable de te dire comment vient le phénomène de contrôle. Tout ce que je pourrais avancer, c'est que tu ne peux lutter les premiers temps, puis vient un moment où le calme se fait, où le déclic s'installe et, à cet instant, tu deviens maître de ta capacité. Cette perspective me soulage un peu. Je n'ai donc plus qu'à me taire jusqu'à ce que… Noah me devance. -Mais pour s'acclimater, il faut agir normalement. Tu dois me reparler Aby, et tu dois faire des erreurs. Sinon je ne vois pas d'autres moyens pour que ça s'arrange. Zut. Et un plan démoniaque de plus qui tombe à l'eau. J'en ai vraiment ras-le-cul de ces plans foireux qui finissent en miettes avant même que je les fignole. Bon après, il faudrait se pencher sur la qualité de mes plans. Aïe, problème épineux sur lequel il vaut mieux ne pas s'appesantir dans l'intérêt de mon orgueil. Je déglutis. -Mais j'ai peur (ah que je me déteste à penser ainsi. Je ne supporte pas l'idée de la faible femme) j'ai peur, répété-je comme pour aggraver mes dires, de vous faire du mal. Regarde pour Camille, j'ai presque failli le tuer. -Mais tu ne l'as pas fait. Tu n'auras qu'à faire attention à ce que tu dis durant quelque temps et ça devrait aller. (Il me serre plus fort.) Ne crois pas que nous ne prenons pas la menace au sérieux, mais chacun a fait attention à ce que tu disais, et tu n'as jamais dit quoi que ce soit de dangereux pour nous. -Mais je risque de faire de vous mes esclaves. Noah me retourne dans ses bras et je distingue la flamme qui luit dans ses orbites. -Ça ne me dérange pas. Je le suis déjà. Et les autres se plieront à cette contrainte autant de temps qu'il le faudra pour que tu t'adaptes. Aby… (Ouh ces yeux qui brillent tellement, j'en mourrais de désir) tu fais partie de ce manoir. Nous ferions tous n'importe quoi pour l'un des nôtres. Tu es à nous. Nous sommes à toi. Je cherche le mensonge. Le sourire amusé peut-être. Mais nulle part je ne le trouve. Ils sont sérieux. Ils m'aiment. Mes larmes coulent encore mais je ne cherche plus à les tarir, pauvre chose que je suis. Mes mains viennent s'emparer de sa nuque et je l'enlace de mes jambes autour de sa taille. Comme ce matin. -Moi aussi je vous aime, sangloté-je. Moi aussi. Il me soulève, je me laisse faire. Il m'emmène vers les autres, je confirme ma prise autour de lui. Ils resteront près de moi. Toujours. L'une des phases de Léon (si ce n'était pas un rêve bien entendu) me revient et je tente de l'écarter de mon esprit. « J'ai des projets pour toi, m'avait-il dit de cette voix dénuée de pitié. Tu les stimuleras, et par ton sacrifice tu leur donneras le courage nécessaire. C'est bien que mes garçons t'apprécient » Mais une chose est certaine : si vraiment, il faut leur redonner courage, les aider d'une quelconque manière que ce soit, je le ferais. Oh oui, je le ferais… je préfèrerais y laisser la vie, que dis-je, je préfèrerais louper mes partiels de rattrapage plutôt que de les voir souffrir. Voyez le sacrifice ! -oOo- (j'ai songé à couper… Niark niark louez ma bonté ! Bon j'avoue, le chapitre aurait été trop court sinon...) Noah ne me laisse pas voir les autres. Ou alors me le permet, tout dépend du point de vue que j'adopte. Mais je n'y prends pas garde. Tout ce qui compte est la chaleur de ses membres contre les miens et cette tendresse qu'il met dans sa façon de me reconduire dans sa chambre. Notre chambre. Là aussi, une simple différence de perspective. J'aime bien la seconde. Je me demande pourquoi ? Peut-être parce qu'elle m'inspire des promesses. Guimauves, j'en conviens, mais il m'arrive parfois d'apprécier ces pensées. Pff moi qui me disais féministe, je crois qu'il va me falloir revoir les bases. Première règle, savoir se priver des hommes. Passons. Seconde règle. Mettre les hommes à mes pieds. Ici ça va, je crois que je peux leur faire faire ce qu'il me convient. À ceci près que les contraindre me parait désormais intolérable. C'est mauvais signe, j'en ai bien peur. Snif, j'arrête ici la liste, il ne faudrait pas déprimer sur ce problème. J'ai déjà bien assez de misères pour m'occuper l'esprit. Noah me dépose sur le lit et vient se poser à coté de moi. -Tu devrais dormir Aby. Je le regarde et me redresse. -Je n'ai pas sommeil. C'est faux et même entièrement faux, mais il existe des envies qui savent tenir éveillées plus que de raison. Je m'approche de lui et il comprend. Un soupir lassé de sa part. -Penses-tu vraiment que ce soit le bon moment ? C'est toujours le bon moment. Stop Abigaël. Il dit vrai, je suis dangereuse. Je grommèle mais décide de ne pas pousser plus loin. Suivons la voie de la sagesse. Mais juste pour ce soir. Il ne faudrait pas qu'il s'y habitue ! Je m'étends sur l'oreiller et son visage se positionne tout près du mien. Je sens son souffle chaud me bercer, et le bien-être vient à ma rencontre. Ah bien-être, tu n'en fais décidément qu'à ta tête. Pourquoi faut-il que tu te ramènes après tant de tristesse ? Comment puis-je te savourer, sentiment parfait, toi qui viens me troubler en ces moments inutiles ? J'attends une bonne dizaine de minutes les yeux fermés, mais le sommeil se refuse à moi. Seule compte cette félicité qui m'assaille et je suis heureuse que Noah dorme sinon le plaisir de ces bras chauds risquerait de prendre des tournants bien plus dangereux. Mais au fait, mon apollon dort-il vraiment ? J'ouvre une paupière, puis l'autre. Noah me regarde dans cette lumière de lever du jour, et je reste béate devant le spectacle qui s'offre à mes yeux hagards. Qu'il est beau ! Sublime, parfait, à moi. Malgré moi. Ma main se lève sans que je n'aie fait appel à elle et je la pose sur sa joue mal rasée (ainsi il n'aura pas su trouver un autre rasoir… j'adore l'effet, ça lui donne ce coté rude qui me fait craquer… je dois aimer la violence semble-t-il, vu comme je suis folle de ses cotés bad boy !) Les doigts de Noah viennent recouvrir ma petite main pour la mener vers son visage et tout en me scrutant, l'homme m'effleure de ses lèvres parfaites. Mon souffle s'accélère, ses yeux ne me quittent pas, et sa bouche remonte le long du bras prisonnier pour se rapprocher de la mienne. Mais le contact ne se fait pas. Ohh sadique ! Que cherche-t-il, à me frustrer ainsi ? Ses lèvres me titillent mais ne viennent pas. Impatiente, je finis par couvrir la distance qui nous sépare et le bien-être devient bien évidement furie de désir. Mes mains prennent davantage d'initiatives, et nos souffles ne font qu'un tandis que ma langue échappe à tout contrôle. Sa langue bien sûr, puis son menton. Il m'en faut plus. Toujours plus. L'instrument revient sagement entre mes lèvres mais celles-ci ne se tiennent plus, et je ne parle pas des doigts qui semblent vouloir cartographier le moindre des ses muscles (et il y a de quoi s'occuper, je vous l'assure… ah, je suis chanceuse, chanceuse, et pas vous ! Bon je retourne à ma tâche…) Je me retrouve à cheval sur lui qui s'est adossé au lit, et mes mains en désirent toujours plus. Je veux. Je veux tout. Je le veux lui, son corps et je le désire en moi. Cette pensée m'effraye, et je m'arrête brutalement. Noah le voit et s'approche de moi. -Qu'y a-t-il ? Je baisse malgré moi la tête. -J'ai peur de te forcer. Noah sourit, et secoue la tête. -Et moi j'ai peur de te blesser. Nous sommes quittes. Comme pour confirmer ses dires, ses mains se font présentes sur mes hanches et mon vêtement vole dans les airs (Ohh, on dirait presque je l'ai aidé… Pas bien Aby. Pas bien du tout. Vilaine fille !) -Mais… Je me retrouve sous lui et ses baisers descendent vers mes seins, ceux-ci aussi se retrouvent exhibés pleinement (là je n'y suis vraiment pour rien…oui oui je vous jure les hommes savent défaire un soutien gorge… heu, mon mensonge fait un peu gros… bon j'avoue je l'ai un peu aidé, là aussi…mais sinon nous y serions encore demain, c'était pour la bonne cause !) -Mais… (J'halète.) Je risque de te contraindre… Noah s'arrête et me regarde d'une façon si prédatrice que j'en reste coite un instant. -Tu n'as pas besoin de m'ordonner. Je suis déjà ton disciple. Dis maitresse, et je ferai… Wow ! Eh, vous avez entendu, vous avez entendu !? Et c'est le mien… D'accord ça fait tafiole, mais bon, l'on ne peut pas tout avoir… Les baisers de Noah reprennent là où il s'était arrêté, et mon pantalon glisse au loin. Mes cuisses s'ouvrent et autant de merveilles les recouvrent… -Maitresse, souffle Noah. Que désires-tu que je fasse ? -Je … Ses baisers se profilent vers mon bas ventre et il me retire le dernier sous-vêtement présent. Heureusement que j'ai pensé à l'épilation… espérons juste que ça ne piquera pas trop… -Dis-le, m'incite Noah. Sa voix est suave, hypnotique et je gémis du supplice qu'il m'inflige. Ne peut-il pas faire et se taire ? -Je… Sa bouche sur ma peau annihile mes moindres pensées de rébellion et je sombre dans le gouffre du désir. Fais-moi l'amour, Noah ! L'être sourit et ses cheveux argentés semblent embraser mon champ de vision. C'est tout ce que je vois. La suite se perd dans un brouillard où les lèvres de Noah viennent chatouiller mon bassin. Il m'a semblée comprendre qu'il s'agissait de sa première fois… Vraiment ? J'ai peine à y croire tandis que je m'agrippe au drap à ma portée. Mon dieu… mon bas ventre n'en peut plus et je l'appelle rapidement à cesser. J'en veux davantage. Il ne fait que m'exaspérer. Finalement il faudra que je me charge du tout. Je le contrains à se dévêtir, et mes mains trouvent naturellement le chemin du désir. Mais je n'ai pas grand-chose à faire, il semblerait que je l'aie suffisamment excité jusqu'alors. Je lui ordonne de m'embrasser, encore et encore, et il me plaque au lit avec une violence dont mon corps se délecte. Il m'embrasse tout entière, et je sens ses dents venir s'en prendre à l'un de mes mamelons. Je rejette la tête en arrière et bénis cette rudesse dont il parlait. Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Mais il joue avec moi. Il me faudra encore une autre injonction, une seule pour qu'il se décide enfin à plonger en moi. Je le suspecte d'ailleurs d'avoir forcé mon ordre. Aime-t-il se faire contraindre ? Tant mieux. La douleur tant redoutée et espérée s'en vient, et je mords dans sa chair le temps que le plaisir de le sentir, succède à celui de cette déchirure de jeune vierge. Ah…. Tout le temps de ma souffrance sans nom, il est resté en moi, et il me suffit d'un regard, pour qu'il comprenne. Petit coup de bassin de sa part, et grande déferlante de sensation pour chacun. Les fameuses étincelles me submergent, et je suspecte que l'effet en rend bien meilleur l'acte. Pauvres mortels qui vous contentez de vous frotter entre vous. Moi j'ai tout. Le plaisir de partager, et les bienfaits du délice maladif. La maladie est un trésor aujourd'hui. Je plisse les paupières de délice, mais sa main vient me forcer à le regarder. -Ne ferme pas les yeux, Aby. Je veux te voir. Son bassin bouge encore et des vagues de chaleur se retirent avant de revenir dans mon être. Des éclairs m'électrocutent, et je rejette la tête en arrière. Je ne suis pourtant pas malade, mais les étincelles m'inondent de toute part. -J'aime te voir ainsi Aby. Ses lèvres reviennent et je le retiens par la nuque pour le contraindre à prolonger ce baiser tandis qu'il se mouve en moi. Il me regarde à nouveau, tandis que mes yeux se voilent de jouissance. Ses prunelles font de même et je pense, je n'en suis pas certaine au vu du brouillard qui m'assaille, que nos souffles de plaisir se mêlent l'un à l'autre dans une parfaite harmonie. -Je t'aime Aby. Félicité. Extase. Enchantement. Je vis, et je l'aime moi aussi. Les étincelles nous entourent de toute leur puissance. Je ne vois qu'elles, ces petites lumières qui éclatent devant mes yeux et magnifient encore un peu davantage mon homme. Le temps passe, les souffles s'entremêlent sans fin et je voudrais mourir dans l'instant. Je serais alors la fille la plus heureuse en ce monde. Et puis un tressaillement, une violence qui me déchire, qui annihile une dernière fois mes pensées et c'est fini. Son corps s'effondre contre le mien, et je me délecte de sa chair nue sur ma peau de glace. Moi aussi je l'aime. Moi aussi. Et j'ai obtenu ce que je désirais. Et bien plus encore. Mes mains s'égarent dans ses cheveux et je sens son halètement se calmer un peu. Tout comme le mien. Je souris et contemple ce jour déjà haut maintenant. Mes yeux retournent sur la vue des hanches de mon amant. Repose-toi mon amour. Tu en auras besoin. Car j'en veux encore. Et ce qu'Abigaël veut, vous vous doutez bien que dorénavant elle l'obtient !
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