Chapitre 15 : Dommages Collatéraux

890 Words
(Point de Vue : Viktor) Huit heures et dix minutes. L'ancienne usine textile d'Anjou était un bloc de briques rouges sans fenêtres, flanqué d'une cheminée industrielle crachant une fumée grise dans le ciel matinal. J'étais plaqué contre le mur humide de la ruelle, mon fusil à pompe calé contre mon épaule. Autour de moi, trente hommes du Viking, cagoulés, lourdement armés et silencieux comme des ombres, attendaient mon signal. Ces types n'étaient pas des agents de sécurité de Leduc Immobilier ; c'étaient des tueurs professionnels, des chiens enragés lâchés de leur laisse. Je regardai la lourde porte blindée à double battant qui condamnait l'accès aux sous-sols. — Charge creuse, chuchotai-je dans mon micro-casque. Deux colosses s'avancèrent, fixant des pains de C4 sur les gonds rouillés. L'anomalie électrique détectée par le morveux était massive. Suffisante pour alimenter un stade. Si le Diable gardait Maïra Leduc dans une cage de lumière ici, il allait le payer de son sang dans les dix prochaines secondes. — Trois. Deux. Un. La détonation fut sourde, absorbée par l'épais blindage, mais l'onde de choc fit trembler le bitume sous nos bottes. Les deux lourds battants d'acier s'effondrèrent vers l'intérieur dans un fracas métallique assourdissant, soulevant un nuage de poussière toxique. Rocco : Go ! Go ! Go ! aboya le lieutenant du Viking. Trois grenades aveuglantes flashbangs volèrent dans l'ouverture. Les triples détonations déchirèrent l'air, suivies de flashs d'un blanc insoutenable. Je m'engouffrai dans le tunnel de béton, enjambant les portes arrachées. Mon faisceau tactique perça la fumée. Nous descendîmes une rampe abrupte, nos bottes martelant le sol à l'unisson. L'air devenait soudainement chaud, lourd, saturé d'humidité et d'une odeur chimique écœurante. Le bourdonnement électrique était omniprésent. Une vibration continue qui faisait trembler mes molaires. Le gamin de la tour ne s'était pas trompé sur la consommation d'énergie. Nous débouchâmes dans une immense salle souterraine. — Au sol ! Bougez plus ! hurlèrent les hommes du Viking en se déployant en éventail. Mais je me figeai, le doigt crispé sur la détente. Mon instinct de prédateur hurla à l'erreur. Il n'y avait pas de cage de verre blindé. Il n'y avait pas de murs d'un blanc immaculé ni de psychopathe jouant à la dînette avec une captive. L'immense cave bétonnée était baignée d'une lumière violette aveuglante, émise par des milliers de lampes à sodium haute pression alignées au plafond. Sous ces lampes s'étendaient des rangées interminables de tables hydroponiques, recouvertes d'une mer de plants de m*******a génétiquement modifiée, irriguée par un système de pompes industrielles qui rugissaient comme des moteurs d'avion. Une p****n de plantation clandestine. La plus grosse que j'aie jamais vue. Voilà pourquoi les compteurs d'Hydro-Québec s'affolaient. — Ce n'est pas lui... crachai-je. Soudain, des rafales d'armes automatiques déchirèrent la moiteur de la pièce. Les "jardiniers" de l'entrepôt n'étaient pas des botanistes pacifiques. C'étaient des soldats d'un cartel rival. Des étincelles jaillirent des piliers de béton autour de moi. Un des hommes du Viking s'effondra à ma droite, la gorge arrachée par une balle de gros calibre. Rocco : Contact ! hurla le lieutenant en ripostant. L'enfer se déchaîna. Les trente hommes du Viking ouvrirent le feu simultanément. Les balles déchiquetèrent les systèmes d'irrigation, projetant des geysers d'eau et d'engrais chimique dans les airs. Les lampes à sodium explosèrent les unes après les autres sous les impacts, plongeant l'entrepôt dans un chaos stroboscopique violet et noir. Je plongeai derrière une lourde cuve d'eau filtrée, le souffle court. Les détonations résonnaient dans mon crâne avec une violence inouïe. Je n'étais pas payé pour nettoyer les plantations des gangs rivaux de la ville. J'étais payé pour trouver Maïra Leduc. Je levai mon fusil à pompe et abattis un tireur ennemi qui tentait de me contourner, l'impact projetant son corps à travers une table de culture. Le c*****e était total. Les hommes du Viking, enragés par la perte d'un des leurs, avançaient comme une machine de guerre implacable, exécutant froidement les survivants de la serre. Je restai accroupi dans l'eau boueuse qui inondait le sol, ignorant la fusillade qui se calmait progressivement autour de moi. J'avais frappé la mauvaise porte. Le Diable était toujours là-dehors, caché derrière l'une des deux autres anomalies électriques que Léo avait identifiées : la station d'épuration de Laval ou l'entrepôt frigorifique de la Rive-Sud. Pendant que je perdais du temps à déclencher une guerre de cartels à Anjou, le compte à rebours de Maïra s'écoulait. Je sortis mon téléphone de ma poche intérieure, l'écran maculé d'eau et de saleté. J'ouvris la messagerie cryptée. La Reine des rues devait être en train de transpirer dans sa forteresse, espérant le miracle. Je tapai trois mots, les plus amers que j'aie jamais eu à envoyer : « Cible vide. Anjou cramé. » Je verrouillai l'écran et rangeai l'appareil. Le silence retomba lourdement sur l'entrepôt, seulement troublé par les gémissements des blessés et le ruissellement de l'eau des tuyaux percés. Rocco : Vance ! m'appela le lieutenant du Viking, le visage éclaboussé de sang, enjambant un cadavre. C'est quoi ce bordel ? Elle est où, la fille ? — Pas ici, grognai-je en me relevant, l'eau dégoulinant de mon blouson de cuir. Rameute tes hommes. On a deux autres adresses à nettoyer avant ce soir. Et priez pour qu'on tire le bon p****n de numéro cette fois.
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