Chapitre IV

409 Words
IVAprès le cadre posé, on en arrive à ce fameux jour à marquer d’une pierre blanche dans son livre de vie. Ce jour-là, il était monté au grenier pour humer des souvenirs de son enfance et des relents de ses parents qu’au fond, il avait peu connus. Il régnait un désordre tout à fait propice aux grandes découvertes. Il trouva de grandes malles contenant des magazines très anciens défraîchis, qu’il comptait parcourir un jour, il les mit donc de côté. Sa mère, peintre à la renommée nationale, avait entassé tout son matériel et il trouva dans un porte-documents des croquis, des esquisses, ainsi que quelques toiles achevées sur des supports divers. Il passa rapidement sur les vêtements et divers bibelots qui n’avaient de valeur que sentimentale. Au cours de cette exploration parfaitement décevante, une valise en carton, verte et poussiéreuse, attira son regard, elle semblait l’attendre sous une solive. Il mit un certain temps à forcer la serrure, car elle avait été cadenassée, et trouver la clé n’aurait pas été chose aisée. Il finit par l’ouvrir. Il y avait à l’intérieur un tas de documents officiels, des factures, des rappels, des notes d’électricité et, au fond, un cahier de brouillon de deux cents pages à couverture bleu nuit cartonnée. Il l’ouvrit avec une émotion de premier communiant, la première page comportait un titre, le nom de l’auteur et une date : le 20 juin 1970 ; il s’agissait apparemment d’un roman : La Madone des Bas-fonds d’un dénommé Brandon Quint. Une grande partie en était illisible, de nombreux signes avaient bavé, des pages étaient définitivement collées entre elles, le cahier semblait avoir connu bien des vicissitudes, sans doute même une inondation. Après un premier examen rapide, il semblait rester une trentaine de pages accessibles, ce qui représentait suffisamment de matière pour exciter son intérêt. Il lut en diagonale ce qui demeurait lisible : il suivit par à-coups les pas d’une jeune héroïne qui officiait à la Cour des Miracles et dont l’auteur contait les aventures. L’écriture était serrée, limite pattes de mouche et il eut bien du mal à déchiffrer le contenu. Il tourna une centaine de pages et le roman se terminait sur une phrase suspendue, sans fin réelle. Jacques Plank conclut qu’il s’agissait d’un roman inachevé. Et se fit jour alors dans sa tête, quelque chose d’incompréhensible, de plus fort que lui : il considéra qu’il n’avait pas trouvé cet écrit par hasard, qu’il lui était destiné, qu’il “devait” en prendre possession. Dès lors, il eut pour projet, dans une échéance sans doute lointaine, de découvrir qui était l’auteur, ce Brandon Quint, et pourquoi son œuvre se trouvait dans le carton « Jacques ».
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