D’où vient le feu dans le silexVoici comment le feu est entré dans la pierre. Le diable vint trouver Dieu et lui dit :
– Seigneur, quoi d’étonnant à ce que les hommes vous obéissent et vous adressent des prières, si vous les comblez de biens de toute espèce ? Permettez-moi de gouverner le monde pendant une huitaine de jours et vous verrez s’ils ne vous oublient pas !
– Bien, dit le Seigneur, gouverne donc !
Et le diable se mit à la besogne. Tout ce qu’il put imaginer de pire, il le fit aux hommes. Mais il eut beau faire aux hommes tout ce qu’il put imaginer de pire, ces derniers continuèrent à prier le Créateur avec ferveur. « Attendez, pensa le diable, si je vous prends le feu, vous serez bien obligés de vous incliner devant moi ! » Il fit un tas de tout ce qui était susceptible de brûler, l’embrasa et se mit à tourner autour pour garder le feu et pour éloigner même celui qui aurait voulu y allumer sa pipe. Les hommes se lamentèrent, se tordirent les mains de désespoir et prièrent Dieu de faire cesser cette calamité. Alors le Bon Dieu appela saint Pierre et lui dit :
– Mon cher Pierre, ne pourrais-tu pas voler un peu de feu au diable ?
– Pourquoi pas, répondit Pierre, va pour voler, mais comment faire ?
– Ô mon cher Pierre, à quoi m’a servi de te créer chauve, à quoi m’a servi de te faire saint, si tu ne peux pas tromper le diable ? Va chez le maréchal-ferrant, forge-toi une barre de fer et fais-la rougir au feu du diable, ensuite tout ce que tu auras touché avec contiendra du feu. Va, mon ami, et ne tarde pas, car les hommes pleurent.
– S’il faut aller, dit Pierre, j’y vais, et il s’en alla.
Après avoir forgé une barre de fer, il arriva près du diable, lui dit bonjour et l’on causa. Pierre remuait de temps en temps le feu avec sa barre, comme s’il voulait aider le diable. Ensuite, comme s’oubliant dans la causerie, il enfonçait dans le bûcher le bout de sa barre, pour la faire rougir. Quand il vit que le fer avait déjà blanchi, il dit :
– Eh bien, au revoir, compère, il est temps que je parte.
– Au revoir, dit le diable, bon voyage. Mais tiens donc, avec quoi as-tu sali le bout de ton bâton ?
Pierre se voyant dans le pétrin ne sut que répondre et prit la fuite. Le diable, devinant la vérité, se lança à sa poursuite. Il était déjà sur le point de l’attraper, quand Dieu, voyant saint Pierre du haut du ciel et craignant que le fer ne refroidît, lui cria :
– Frappe vite la pierre !
Il fit ce qui lui était ordonné et depuis lors le feu y est resté. Voilà pourquoi, quand on frappe la pierre avec du fer, le feu en jaillit.