Annabelle raccroche. Baruch éteint son dispositif électronique, mais garde son oreillette. Il est curieux de voir la jeune femme qui discutait avec Frenkie tout à l’heure. Quelques minutes plus tard, Annabelle arrive et gare sa voiture à quelques mètres du bâtiment du commissariat.
Baruch l’observe à travers son rétroviseur. Elle monte rapidement les marches qui mènent à l’entrée du bâtiment. Elle finit par rejoindre Frenkie dans son bureau. Quant à Baruch, il rallume son dispositif et se tient prêt à écouter tout ce qui se dira dans le bureau du chef de la police.
Annabelle : « alors… où est ce type ? »
Frenkie : « il est déjà parti »
Annabelle : « que voulait-il au juste ? »
Frenkie : « je n’en ai aucune idée, et je vous avoue que je n’en ai strictement rien à battre. Tout ce que j’espère c’est que ces enfants sont en sécurité »
Annabelle : « pour cela, ne vous en faites pas. Ils sont en sécurité »
Frenkie : « et l’ordinateur ? »
Annabelle : « le logiciel plutôt, on avance petit à petit. J’espère qu’un jour, nous déchiffrerons le secret qui se cache derrière ce logiciel »
Frenkie : « veillez tout d’abord à ce que rien n’arrive aux enfants, mais aussi à ce que le logiciel ne tombe pas entre de mauvaises mains »
Annabelle : « je ferai au mieux »
Frenkie : « parlons maintenant du casse qui a eu lieu chez le procureur tout à l’heure. Je viens de recevoir les identités des deux fugitifs abattus »
Annabelle : « je vous écoute »
Frenkie (ouvre son ordinateur portable) : « Alexandre Kingsley et Eleanor Esparza. Tous deux évadés de prison. Celle-là même dans laquelle la plume blanche purgeait sa peine »
Annabelle : « étaient-ils dans la même cellule ? »
Frenkie : « exactement. Eleanor était sa codétenue »
Annabelle : « hm… »
Frenkie : « le motard, était-ce un homme ou une femme ? »
Annabelle : « je n’en sais rien »
Frenkie : « ce doit être quelqu’un qui connait peut-être la plume blanche »
Annabelle : « dans tous les cas, je l’arrêterai encore si c’est elle qui est l’auteur du m******e qui a eu lieu dans la maison du procureur aujourd’hui »
La journée touche pratiquement à sa fin lorsqu’Annabelle sort du commissariat. Baruch
est toujours en train de l’observer depuis sa voiture. Annabelle entre dans son véhicule et le démarre. Au moment où elle quitte la zone, Baruch la prend en filature. Alors qu’elle est en chemin, Annabelle prend son téléphone pour appeler Orphée. Machinalement, elle jette un coup
d’œil à son rétroviseur de gauche. Aucune alerte, alors elle compose le numéro d’Orphée et l’appelle.
Orphée : « oui »
Annabelle : « comment ils vont ? »
Orphée : « ils sont en train de se reposer. On a vraiment eu beaucoup de chance aujourd’hui »
Annabelle : « probablement. Mais ce ne sera pas le cas tout le temps, alors il faudra faire attention »
Orphée : « ah ça ! J’ai retenu la leçon »
Annabelle : « mon chef m’a dit que quelqu’un est à la recherche de Bartholomew et de son logiciel »
Orphée : « qui ? »
Annabelle : « ça, je l’ignore »
Orphée : « il faut te renseigner sur son identité. C’est peut-être un ancien concurrent de
Bartholomew »
Annabelle : « possible. Dans tous les cas, il va falloir redoubler de prudence afin de ne pas tomber dans des pièges préalablement tendus »
Orphée : « tu comptes faire un tour ici ? »
Annabelle : « je pense que oui »
Orphée : « ok… »
Annabelle (jette à nouveau un coup d’œil à son rétroviseur) : « euh…tout compte fait, je vais passer plutôt demain. Je crois que je suis suivie »
Orphée : « oh mince ! »
Annabelle : « je raccroche... »
Annabelle raccroche brusquement. Elle s’est aperçue qu’elle était suivie. Baruch ignore encore qu’il a été démasqué. Annabelle continue de rouler normalement, puis se dirige vers un pont pas très fréquenté. Baruch continue de la suivre, sans se douter de quoique ce soit. Annabelle effectue une manœuvre soudaine avec son véhicule et se tient face au véhicule de Baruch, surpris par la jeune policière. Elle descend rapidement de la voiture et dégaine son arme. Baruch freine, alors qu’il est tout près d’Annabelle, et fait marche arrière. Annabelle se
met à courir en direction du véhicule. Baruch effectue une manœuvre et retourne sa marche
arrière, sa voiture change de direction et, alors qu’il change de vitesse pour s’enfuir, Annabelle
se jette sur le véhicule et s’accroche de toutes ses forces sur le dessus. Baruch accélère et roule droit devant lui pour traverser du pont. Annabelle lâche le dessus du véhicule et se laisse tomber
sur le bitume. Baruch s’enfuit.
Voyant que le véhicule s’éloigne, Annabelle se lève rapidement
et se dirige vers sa voiture. Elle appelle immédiatement Orphée.
Orphée : « un problème ? »
Annabelle : « on me suivait »
Orphée : « donc un problème… »
Annabelle : « je crois que je ne viendrai pas finalement. Il vaut mieux que je garde mes
distances pendant un moment »
Orphée : « d’accord »
Annabelle : « et les garçons ? J’espère qu’ils ne le prendront pas mal »
Orphée : « je leur expliquerai ce qui se passe à leur réveil »
Deux jours plus tard, Annabelle se réveille en sursaut, son téléphone n’arrête pas de sonner. Elle décroche, il s’agit d’un appel de Frenkie.
Annabelle : « oui chef »
Frenkie : « vous dormez encore ? Avec ce qui nous tombe dessus ? »
Annabelle : « de quoi parlez-vous ? »
Frenkie : « le procureur porte plainte contre le commissariat »
Annabelle : « quoi ? »
Frenkie : « il nous soupçonne d’avoir fait preuve de négligence vis-à-vis de ses biens
immeubles et nous rend également responsables de la mort de ses trois gardes »
Annabelle : « mais… »
Frenkie : « je vous conseille de ne pas venir au poste aujourd’hui. Les affaires internes ont décidé de passer au peigne fin tout le commissariat, du toit au sous-sol, chaque bureau. Et demain, nous devrons être présents pour répondre individuellement aux questions qui nous seront posées »
Annabelle : « mais…c’est du délire ! Nous n’avons rien à voir dans tout cela »
Frenkie : « vous ne connaissez pas la meilleure. Son coffre a été fouillé, des affaires importantes ont été emportées »
Annabelle : « quelles affaires ? »
Frenkie : « une liste de noms…ces personnes étaient présentes lors d’un procès. Il se trouve que le fils du procureur était là, lui aussi. C’est une liste de 7 noms. Crésus, Dacia, Jumbo, Kinski, Oliver, Annabelle et la reine pourpre. »
Annabelle : « quoi ? Moi ? »
Frenkie : « vous avez fait partir des forces spéciales (XYZ) avant d’intégrer le commissariat, n’est-il pas ? »
Annabelle : « c’est exact »
Frenkie : « je sais également que, parmi les membres de ce corps particulier, il y avait quatre agents entrainés par l’armée et trois prisonniers considérés comme dangereux »
Annabelle : « ces prisonniers étaient équipés de puces qui permettaient de les avoir sous
contrôle. Si l’un d’entre eux pensaient à s’échapper, le moniteur de la puce, en l’occurrence l’un des quatre agents, avait pour ordre d’appuyer sur le bouton d’une clé. Ce dispositif libérait un poison capable de tuer en moins de 10 secondes »
Frenkie : « réfléchissez bien Annabelle, les prisonniers, d’où venaient-ils ? »
Annabelle : « de la nouvelle ALCATRAZ »
Frenkie : « quoi ? »
Annabelle : « les services secrets russes ont décidé de créer une prison spéciale pour ce genre
de fugitif il y a une dizaine d’années. Mais après cinq ans, la prison fut fermée pour y construire une usine de désinfection à la place »
Frenkie : « parmi les sept qui ont fait partir de ce programme spécial, combien sont vivants à part vous ? »
Annabelle : « tout ce que je sais, c’est que je suis la dernière à avoir fait partir de ce programme »
Frenkie : « et la reine pourpre ? »
Annabelle : « non, je ne la connais pas »
Frenkie : « il doit bien avoir quelqu’un qui est resté vivant après cela, non ? »
Annabelle : « peut-être deux prisonniers, Kinski et, cette reine pourpre. Je ne l’ai jamais vue, elle, alors… »
Frenkie : « je vais contacter les services secrets russes pour en savoir davantage. Vu que c’était un partenariat avec notre pays, ils me répondront forcément. Alors, Kinski et la reine pourpre… ? »
Annabelle : « je crois…nos encadreurs parlaient souvent de ceux qui nous ont précédé »
Frenkie : « avaient-ils déjà mentionné l’une des personnes citées ? »
Annabelle (se rappelle de quelque chose) : « Dacia… »
Frenkie : « Dacia… »
Annabelle : « vous vous souvenez de Diana Cira ? »
Frenkie : « quoi ? »
Annabelle : « elle aimait la couleur blanche… »
Frenkie : « vous insinuez que… »
Annabelle : « Dacia était son prénom d’origine. C’est la plume blanche »
Frenkie : « elle était dans le corps de la police depuis des années sous un faux nom ? »
Annabelle : « en fait, elle l’avait modifié légalement »
Frenkie : « Dacia la plume blanche »
Annabelle : « quant aux autres, je ne les connais pas. J’ai juste déjà vu une photo de Kinski »
Frenkie : « voilà qui est intéressant. Je pensais à réunir tous ceux qui restent et qui n’ont, bien entendu, commis aucun délit »
Annabelle : « pourquoi ? »
Frenkie : « vu que nous risquons d’être occupés avec des poursuites judiciaires non
fondées à cause de l’un des agents formés par les forces XYZ, Je voudrais bien que les autres
s’en occupent, même si vous serez également poursuivie. Je m’explique, Il est possible que la
plume blanche prépare un sale coup et d’un niveau égal à celui d’un t********e. Je ne veux pas
attendre que cela arrive pour que l’on considère la situation comme extrêmement urgente »
Annabelle : « vous pensez vraiment que… »
Frenkie : « je ne le pense pas, je le sais »
Annabelle : « si vous jugez cela nécessaire… »
Frenkie : « j’en parlerai à mes supérieurs…pour le moment, notre commissariat jouit encore d’une bonne crédibilité »
Annabelle : « très bien, chef »