Épisode10

2487 Words
L’odeur de poudre flottait encore dans les couloirs, mêlée au sang et à la sueur. Les hommes de Dante s’activaient pour nettoyer les lieux, traînant les corps des assaillants hors du manoir. Isabella, toujours tremblante, observait la scène, ses mains couvertes de résidus de poudre. Elle venait de tirer. Chaque coup de feu résonnait encore dans sa tête, mais ce qui la troublait le plus, c’était le regard de Dante. Il n’avait pas été seulement surpris ; il avait été bouleversé. Et à présent, alors qu’il dirigeait ses hommes avec son autorité glaciale, elle sentait que son regard revenait souvent vers elle, comme pour s’assurer qu’elle tenait bon. Dante avançait lentement dans le hall, un pansement de fortune pressé contre son flanc. Sa chemise blanche était déchirée, tachée de sang. Marco s’approcha de lui, l’air sombre. > Dante hocha la tête, son visage impassible.> > > Marco inclina la tête et partit sans discuter. Isabella sentit un frisson lui parcourir l’échine. Dante n’avait pas besoin de crier ni de frapper du poing pour imposer sa loi : son calme tranchant suffisait à faire plier quiconque. Elle s’approcha doucement de lui. > Il la fixa, son visage se radoucissant légèrement en la voyant. — Non, tu ne vas pas bien, répliqua-t-elle avec une détermination inattendue. Assieds-toi, maintenant. Ses sourcils se haussèrent, surpris de son ton, mais il finit par céder, s’asseyant sur un fauteuil en cuir. Isabella s’agenouilla devant lui, ses mains tremblantes cherchant une trousse de secours que Marco avait laissée sur une table. Elle entreprit de défaire son pansement improvisé. Dante la regardait, silencieux, ses yeux sombres scrutant son visage concentré. — Tu trembles encore, murmura-t-il. — J’ai tiré sur un homme, Dante. Tu t’attendais à quoi ? — Je m’attendais à ce que tu t’effondres. Elle releva les yeux vers lui, son regard brillant de larmes qu’elle refusait de laisser couler. — Je ne suis pas faible. Dante esquissa un sourire amer. — Tu n’as jamais été faible. C’est moi qui voulais croire ça. Elle s’arrêta un instant, le fixant, son cœur battant plus fort. Ses mains reprirent leur tâche, nettoyant sa plaie avec douceur malgré ses tremblements. Dante ne la quittait pas des yeux, fasciné par sa force fragile. — Pourquoi tu ne m’as rien dit ? demanda-t-elle soudain. — Sur quoi ? — Sur la guerre que tu mènes. Sur le danger constant qui t’entoure. Il inspira profondément, son visage se durcissant à nouveau. — Parce que ce n’est pas ton monde, Isabella. Et je voulais que tu restes… propre. Elle serra le pansement qu’elle tenait. — Trop tard. Leurs regards s’accrochèrent, lourds de tout ce qu’ils ne disaient pas. Dante posa sa main sur sa joue, son pouce caressant doucement sa peau. — Trop tard, répéta-t-il dans un souffle, comme une promesse. Leurs lèvres ne s’effleurèrent pas, mais le simple contact de ses doigts contre son visage suffit à faire trembler Isabella. Elle finit de b****r sa blessure, s’appliquant à resserrer le tissu autour de son flanc. Dante grimaça légèrement. — Ça ira pour ce soir. — Tu devrais te reposer. — Pas encore. Il se leva, dominant la pièce de toute sa stature. Isabella sentit à nouveau ce contraste saisissant : cet homme, qui venait de tuer sans ciller, avait un regard doux pour elle seule. Marco revint à ce moment-là, ses mains encore couvertes de sang. — Chef, on a terminé. Aucun survivant. Dante hocha lentement la tête. — Bien. On enterre les corps loin de la ville. Disperse les équipes. Et double la garde cette nuit. Marco acquiesça et partit exécuter les ordres. Isabella le regarda s’éloigner, puis se tourna vers Dante. — Tu as l’air si calme… — Parce que je n’ai pas le choix. Sa voix grave résonna comme une vérité douloureuse. Il s’approcha d’elle, lentement, et posa une main sur sa nuque. — Isabella… Tu réalises que ce que tu as fait aujourd’hui te lie à moi plus que jamais ? Elle inspira profondément. — Je n’ai pas peur de toi. Un sourire sans joie étira ses lèvres. — Alors tu es encore plus folle que moi. Elle eut un léger sourire, malgré la tension qui flottait entre eux. Dante la guida doucement vers le bureau adjacent. Il referma la porte derrière eux, plongeant la pièce dans une pénombre chaleureuse, seulement éclairée par la lampe de son bureau. Isabella s’assit dans un fauteuil, ses mains jointes sur ses genoux. Dante se plaça devant elle, ses bras croisés, l’observant comme un prédateur qui jauge sa proie. — Tu as grandi dans un monde où tout est noir et blanc, dit-il lentement. Ici, tout est gris. Chaque choix que je fais laisse une trace. Et toi… tu as tiré. — Pour te protéger, répliqua-t-elle vivement. Il s’accroupit devant elle, ses yeux sombres plantés dans les siens. — Tu as fait plus que ça. Tu as franchi une ligne. Elle serra les poings. — Et si c’était le prix à payer pour survivre ? Dante sourit légèrement. — Alors tu es prête pour ce monde. Il prit sa main, la porta à ses lèvres. Son geste était doux, presque tendre, mais son regard trahissait une émotion violente qu’il contenait à peine. — Je ne voulais pas de ça pour toi, souffla-t-il. Mais je crois que je ne peux plus t’en protéger. Elle glissa sa main libre contre sa joue. — Alors ne me protège pas. Marche avec moi. Dante ferma les yeux une seconde, comme si ces mots avaient brisé ses dernières résistances. Il se redressa et l’attira contre lui, ses bras solides l’enveloppant. Isabella enfouit son visage contre sa poitrine, sentant la chaleur de son corps malgré l’odeur du sang séché. Un coup frappé à la porte interrompit ce moment. Dante relâcha Isabella et ouvrit. Marco entra à nouveau, visiblement préoccupé. — Chef, on a trouvé un des assaillants… encore vivant. Les yeux de Dante s’illuminèrent d’un éclat dangereux. — Emmenez-le dans la cave. Personne ne touche à lui avant que j’arrive. Marco hocha la tête et disparut. Dante se tourna vers Isabella. — Reste ici. — Qu’est-ce que tu vas faire ? Il esquissa un sourire froid. — Ce qu’il faut pour qu’ils n’osent plus jamais poser un pied ici. Isabella sentit son cœur se serrer. Elle comprit que ce qui allait suivre ne serait pas beau à voir. Dante lui adressa un dernier regard avant de quitter la pièce, son ombre imposante disparaissant dans le couloir. Seule, Isabella sentit le poids de tout ce qui venait de se passer l’écraser. Mais quelque chose en elle avait changé. Elle ne voyait plus Dante seulement comme le dangereux chef de la mafia. Elle voyait l’homme, le stratège, le protecteur, celui qui avait choisi de saigner pour elle. Et elle savait qu’elle venait de mettre les deux pieds dans un univers dont elle ne pourrait plus jamais sortir. L’air humide de la cave sentait le métal, le sang et la peur. Les couloirs de pierre résonnaient du bruit des pas lourds des hommes de Dante, escortant le prisonnier encore groggy. L’assaillant avait les mains liées derrière le dos et une cagoule sur la tête. Sa respiration était saccadée, trahissant l’angoisse qui le consumait. Dante descendait lentement les marches, ses bottes frappant le sol avec une régularité glaçante. Chaque pas faisait monter la tension, et même ses hommes gardaient le silence, conscients que le moindre mot de travers pouvait déclencher sa colère. La salle d’interrogatoire était austère : une simple table métallique, une chaise vissée au sol et une lumière crue suspendue au plafond, balançant légèrement. Deux gardes plaquèrent l’homme sur la chaise avant de lui arracher la cagoule. Son visage apparut : jeune, marqué par la terreur et la sueur. Dante s’assit en face de lui, posant calmement son arme sur la table. — Nom. L’homme serra les dents, refusant de parler. Dante esquissa un sourire froid, se pencha légèrement et sortit lentement un couteau de sa ceinture. — Je ne vais pas répéter ma question. Le prisonnier déglutit. Ses yeux s’agitaient, passant du couteau au regard noir de Dante. — R-Raul… Raul Jimenez… — Bien. Maintenant, dis-moi qui t’a envoyé. Le silence retomba. Raul hésita, son visage se crispant sous la pression. Dante ne bougea pas, mais ses doigts jouaient avec la lame, la faisant tourner lentement. — Tu sais ce que j’admire chez toi ? murmura-t-il. Ta bravoure. Mais elle va vite disparaître. Il fit signe à Marco, qui attrapa la tête de Raul et la força contre la table. Dante leva la lame, puis la planta dans le bois, juste à côté de son oreille. — Je répète. Qui t’a envoyé ? Raul sursauta, ses yeux s’écarquillant. — C-C’était… les Rossi… Dante se figea. — Les Rossi ? Raul hocha frénétiquement la tête. — Ils… ils veulent votre territoire. Ils disent que vous devenez trop puissant… qu’il faut vous arrêter. Dante éclata d’un rire froid. — Les Rossi… Ces rats ont osé. Il fit signe à Marco de reculer. — Continue. — Ils… ils voulaient que ce soit rapide. Une attaque directe, pendant que vous étiez vulnérable. Ils ont payé cher pour ça. Dante inclina la tête. — Combien ? Raul hésita. Dante fit glisser la lame sur la table, traçant une ligne lente. — Réponds. — Cinquante mille… en avance… Dante sourit. — Intéressant. Il rangea son couteau et posa ses mains à plat sur la table. — Dis-moi, Raul, crois-tu que tes employeurs viendront te chercher ? Raul blêmit. — Je… je sais pas. — Bien sûr que non. Tu es déjà mort pour eux. Raul secoua la tête, paniqué. — Je vous ai tout dit ! Je… je jure que j’ai rien d’autre à dire ! Dante s’approcha, son visage à quelques centimètres du sien. — Je te crois. Mais tu as quand même pointé une arme sur moi. Raul se figea, comprenant son sort. Dante se redressa, fit un signe à Marco. — Débarrassez-moi de lui. Discrètement. Les cris de Raul résonnèrent dans les couloirs de pierre alors qu’on l’emmenait, mais Dante resta impassible. Il ramassa son arme, essuya la lame de son couteau et se tourna vers Marco. — Double la surveillance autour d’Isabella. Les Rossi viennent de déclarer la guerre. Marco acquiesça sans un mot. Pendant ce temps, Isabella attendait dans la chambre que Dante lui avait ordonné de ne pas quitter. Elle tournait en rond, son esprit assailli par les images de la fusillade. Chaque bruit de pas dans le couloir lui faisait sursauter. Elle finit par s’asseoir au bord du lit, son regard fixé sur ses mains encore marquées de poudre. Elle se souvenait du moment où elle avait pressé la détente, du recul de l’arme, du corps qui s’était effondré. Elle aurait dû être horrifiée, mais ce qu’elle ressentait, c’était un mélange étrange de peur, d’adrénaline… et de fierté. Elle avait protégé Dante. La porte s’ouvrit brusquement, la faisant sursauter. Dante entra, son visage toujours aussi froid, mais ses yeux trahissaient une tension contenue. — Tu vas bien ? demanda-t-il. Elle hocha la tête, même si ce n’était pas tout à fait vrai. — Et toi ? — Mieux que celui qu’on vient d’interroger. Isabella fronça les sourcils. — Tu as… tué cet homme ? Il la fixa, silencieux. — Dans ce monde, il n’y a pas toujours de place pour la pitié. Elle détourna le regard, mal à l’aise. Dante s’approcha d’elle, s’accroupit pour être à sa hauteur. — Écoute-moi, Isabella. Ce soir, ils ont voulu te tuer. Pas seulement moi. Toi aussi. Tu comprends ? Elle releva lentement les yeux vers lui. — Pourquoi ? — Parce qu’ils savent que tu comptes pour moi. Ces mots lui firent l’effet d’un choc. Dante ne parlait jamais de ses sentiments, mais sa voix grave était sans détour. — Alors je suis un poids pour toi, murmura-t-elle. Il fronça les sourcils et prit son visage entre ses mains. — Ne dis jamais ça. Tu es ma force. Et c’est pour ça que tu es en danger. Elle sentit ses yeux s’embuer, mais elle inspira profondément pour retenir ses larmes. Dante effleura sa joue de son pouce. — Je vais les faire payer, souffla-t-il. Chaque goutte de sang qu’ils ont versée ce soir… je leur rendrai au centuple. Isabella frissonna, partagée entre admiration et peur. Elle savait que Dante n’était pas seulement un homme. Il était un prédateur. Et ce soir, ses ennemis avaient réveillé le monstre qui sommeillait en lui. — Que vas-tu faire ? demanda-t-elle. — Les Rossi ont signé leur arrêt de mort. Il se releva et enfila sa veste, dissimulant sa blessure bandée. Isabella se leva à son tour, saisissant son bras. — Tu pars ? — Pas encore. Mais demain, je frapperai. Elle le fixa, tremblante. — Et si tu ne revenais pas ? Un sourire sombre étira ses lèvres. — Alors je t’aurai aimée comme je n’ai jamais aimé personne. Ces mots la laissèrent sans voix. Dante s’approcha, déposa un b****r sur son front et se détourna. — Repose-toi. Je te le promets, personne ne touchera à un seul de tes cheveux. Il quitta la chambre, laissant Isabella seule, mais elle sentait encore son parfum, mélange de bois et de poudre, flotter dans l’air. Elle s’allongea sur le lit, incapable de trouver le sommeil, sachant que leur vie venait de basculer. Quelques heures plus tard, Dante se tenait dans son bureau, une carte de la ville étalée devant lui. Marco, Lorenzo et plusieurs de ses lieutenants étaient réunis autour de la table. — Les Rossi ont été discrets jusqu’ici, dit Marco. Ils ne bougeront pas avant de voir notre réaction. — Alors donnons-leur une réaction qu’ils n’oublieront pas, répondit Dante, sa voix glaciale. Il désigna plusieurs points rouges sur la carte. — Ces entrepôts leur appartiennent. On les prend ce week-end. Sans négociation. Sans prisonniers. Lorenzo, le bras en écharpe, hocha la tête. — Ça va être sanglant. Dante sourit légèrement. — C’est exactement ce que je veux. Il leva les yeux vers ses hommes. — Protégez Isabella comme si votre vie en dépendait. Parce que c’est le cas. Tous acquiescèrent. Dante savait que sa décision allait déclencher une guerre ouverte, mais il n’avait plus le choix. On avait osé s’en prendre à elle. Et ça, il ne le pardonnerait jamais. Dans le silence de la nuit, Isabella observait la ville par la fenêtre de sa chambre. Elle sentait que quelque chose de terrible se préparait. Pourtant, au fond d’elle, elle ne regrettait rien. Elle avait choisi Dante. Et ce choix l’entraînait sur une route sans retour.
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