Chapitre six

2264 Words
ALYANNA Cet après-midi, j’ai répétition avec les Warriors parce qu’on doit prester le weekend lors d’une soirée privée organisée par un type, un certain David ou Billy, je ne sais plus. Pendant les saisons autres que l’été, les demandes se font en général pour les weekends, ce qui nous laisse le temps de souffler. Je me souviens d’ailleurs cet été que nous avions deux, parfois trois spectacles en une semaine, ce qui demandait énormément d’heures de répétition, puis jongler avec mes deux autres jobs, s’occuper d’Alysanne, c’en était trop. Pour le spectacle de ce weekend, nous allons refaire une chorégraphie déjà faite sur « Beautiful Liar » de Beyoncé et Shakira ainsi que « Side to side » d’Ariana Grande et Nicky Minaj. Nous connaissons les pas donc, nous ne nous attardons pas réellement dessus. — En fait, hier Alysanne m’a appelée pour me demander si je pouvais passer voir les nouveaux mangas qu’elle s’est procurés. Me dit Hinata pendant que je récupère mes vêtements dans la machine. Nous répétons chez Andrea, étant donné que sa maison possède un sous-sol pour le faire. La famille d’Andrea est riche, son père est un avocat et sa mère est directrice d’une des plus grandes banques de la ville. Ses parents étaient de bons amis des miens de leur vivant et après leur mort, ils nous ont beaucoup aidés Alysanne et moi. Je leur en serai toujours reconnaissante. Andrea ne danse pas pour l’argent. Pour tout vous dire, nous avons chacune nos propres raisons de le faire, mais le plus important est notre amitié et cette passion pour la danse qui nous unit. — Elle en a de plus de plus d’ailleurs. Tu pourrais passer dimanche, je serai là. Hinata est à moitié japonaise, américaine. On s’est rencontré dans une librairie il y a trois ans alors que comme toujours, Alyssanne voulait se procurer de nouvelles b****s dessinées. Elles ont rapidement accroché et j’ai gardé contact avec elle. Nous sommes devenues de très bonnes amies par la suite. Hinata n’a pas de famille à Philadelphie, ses parents vivent à Tokyo et son frère à New York. Après la répétition, nous sommes restés discuter de tout et de rien étant donné que ce sont réellement les seuls moments où nous avons l’occasion d’être ensemble. C’est compliqué en semaine parce que nos horaires ne correspondent pas toujours et qu’il faut faire avec. Makeda voulait que je l’accompagne à un match de basket ce soir, mais je suis tellement fatiguée donc j’ai décliné l’invitation. Elle est une grande supportrice des 76ers, elle ne rate aucun de leurs matchs, mais elle apprécie également les joueurs. Elle dit qu’ils font partie de ces meilleures proies. J’arrive à la maison et balaye le salon du regard parce que je ne sens pas la présence d’Alysanne. En général, elle m’accueille dès que je franchis la porte et me demande ce que je lui ai rapporté. Nina est partie il y a vingt minutes parce qu’elle avait une urgence et je lui avais dit que je n’étais pas loin, c’était sans compter sur le trafic qui m’a pris plus de temps que prévu. — Alysanne ? Où est-ce que tu es ? Je suis de retour ! dis-je en déposant le sac de McDonald sur la table à manger et en me dirigeant vers sa chambre. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Et si elle avait besoin d’aide depuis tout ce temps ? Mon cœur s’emballe dans ma poitrine et lorsque j’ouvre la porte et que je ne la vois pas, mes peurs s’intensifient. — Aly ? Où est-ce que tu es ? demandé-je, l’inquiétude émanant de ma voix pendant que ma respiration devient de plus en plus irrégulière. Je me hâte dans la salle de bain et constate qu’elle n’est pas là. Je m’immobilise et toutes sortes de pensées me traversent l’esprit. Je prends mon téléphone et compose rapidement le numéro de la police lorsque j’entends sa voix derrière moi. — BOUM ! lance-t-elle. Je me retourne et me précipite vers elle, j’analyse son visage pour m’assurer qu’elle va bien et fronce les sourcils. — Ça ne va pas bien de me faire peur de la sorte ! Oh, mon Dieu, Alysanne ! Tu ne sais pas ce que j’ai ressenti lorsque je ne t’ai pas vu et que tu ne me répondais pas. Lui reproché-je. Elle lève les yeux au ciel et se retourne, prête à partir. — Tu reviens et tout de suite, Alysanne. Dis-je d’un ton ferme. Elle opère un demi-tour et revient se positionner en face de moi. Je croise les doigts contre ma poitrine et la dévisage. Elle sait très bien que je n’apprécie pas ce genre de blagues et que je le lui avais interdit. En moins de cinq minutes, je suis capable de m’imaginer le pire et j’apprécierais qu’elle ne joue pas avec mes émotions comme elle le fait. Alysanne adore les blagues, mais il y en a de trop. — Pardon… je ne voulais pas t’inquiéter. Je voulais juste te faire une petite blague. Dit-elle d’une petite voix. — J’accepte tes excuses, mais ne le refais plus. Tu sais que ma tension grimpe rapidement alors évite des blagues de ce genre. Dis-je en m’agenouillant pour être à son niveau. Je relève son menton et fronce les sourcils lorsque j’aperçois ses yeux rougis. Est-ce que tu as pleuré? demandé-je, d’une voix douce, mais inquiète. Elle secoue la tête de gauche à droite. — Je vais bien. — Non, tu ne vas pas bien. Tu as les yeux rouges et je sais pertinemment que c’est parce que tu as pleuré. Que se passe-t-il, Aly ? demandé-je d’une voix calme, en posant ma main sur la sienne. — … tu as mal n’est-ce pas ? Tu es inquiète et tu aimerais savoir ce qui me rend triste pour pouvoir m’aider et chasser ce sentiment. Tu veux absolument savoir, n’est-ce pas ? Me demande-t-elle, soutenant mon regard. Je fronce les sourcils d’incompréhension, mais quelques secondes à nous dévisager suffisent pour que je comprenne où elle veut en venir. Parfois j’oublie à quel point j’ai une petite sœur intelligente. — Ça fait une semaine que tu es triste et que tu pleures quelquefois la nuit et lorsque je te demande ce qui ne va pas, tu me dis que tu vas toujours bien. Maintenant tu vois ce que je ressens. Me dit-elle en reculant, prête à aller dans sa chambre. Ma petite sœur vient de me donner une leçon. Sans m’en rendre compte, je lui transmettais toutes mes inquiétudes. Parfois les adultes ne se rendent pas compte de l’impact que nos propres émotions peuvent jouer sur celles de nos enfants ou de nos frères. Je ne voulais pas l’inquiéter avec mes histoires, mais je l’ai quand même fait. Peu importe à quel point j’essaie de dissimuler ma peine, Alysanne verra toujours à travers les mailles du filet. Je la rattrape et tourne son fauteuil vers moi avant de m’agenouiller et de la prendre dans mes bras. — Pardonne-moi de t’avoir infligé ça. Lui dis-je d’une voix douce et en caressant lentement ses cheveux. Elle répond à mon étreinte. — Je suis ta sœur, Alyanna. Je sais que tu penses que je suis trop jeune pour comprendre certaines choses, mais je veux juste que tu saches que tu peux me parler lorsque quelque chose te tracasse. Me dit-elle en caressant à son tour mes cheveux. Je souris avant de mettre fin à notre étreinte et de lui pincer la joue. — C’est qu’elle est devenue grande, ma petite crevette. Me moqué-je. Je nous conduis dans la salle à manger et son sourire s’élargit lorsqu’elle aperçoit les deux cartons de McDonald sur la table. Je lui lance un regard complice et nous nous mettons à table. C’est dans la bonne humeur que nous discutons de ma journée, de la sienne également. Elle me raconte qu’il y a un nouveau garçon "super beau" dans sa classe qui lui plaît, mais qu’elle n’ose pas l’approcher parce qu’elle est en fauteuil roulant. Je déteste l’entendre dire des choses comme ça. Son handicap ne devrait pas lui freiner à se faire des relations amicales ou d’approcher les autres. Alysanne déteste qu’on lui demande pourquoi elle marche en fauteuil roulant ni pourquoi elle vit avec sa sœur et non ses parents. Je peux la comprendre. Quelquefois, il vaut mieux ne poser aucune question et accepter les choses comme elles se présentent. L’entendre me dire à quel point elle manque de confiance en elle me pousse davantage à travailler pour gagner assez d’argent. —— Declan est de retour. Dis-je après un moment de silence. J’estime qu’elle a le droit de savoir ce qui occupe autant mes pensées depuis une semaine. Elle grandit et il y a certaines choses qui lui sembleront plus faciles à comprendre que d’autres. Celle-ci en fait partie. Elle est assez surprise, rien d’étonnant. — Declan ? Le seul et l’unique ? — Le seul et l’unique. Confirmé-je. Elle affiche un large sourire et se met à claquer ses mains, surexcitée. Elle se rapproche de moi et prend mes mains dans les siennes. — Je n’ai jamais cessé de croire qu’il reviendrait pour toi ! dit-elle, le regard luisant. Alysanne ne se souvient pas de Declan parce qu’elle n’était qu’un bébé lorsqu’il est parti. Tout ce qu’elle sait de lui, elle le tient de moi et des photos que je garde de nous. Bien sûr qu’elle voulait savoir qui était le garçon avec nous sur les photos, le garçon avec qui j’ai autant de photos plus jeunes. Alors, je lui racontais toutes mes anecdotes de jeunesse avec Declan et de la manière dont nous sommes tombés amoureux sans nous en rendre compte. Je crois que nous nous étions toujours aimés. Elle sait également la manière dont ça s’est fini entre nous et à quel point je suis restée l’attendre durant des années jusqu’au jour où j’ai finalement compris qu’il ne m’avait jamais aimée et qu’il ne reviendrait pas. — Il n’est pas revenu pour moi, ce n’est pas ce que tu crois. Il ne m’aime pas et d’ailleurs, il ne m’a jamais aimé. Dis-je en haussant les épaules, tentant d’ignorer ce pincement que je ressens dans la poitrine en prononçant à voix haute ces paroles. Elle secoue la tête de droite à gauche et prend mon visage entre ses mains. — Qu’est-ce que tu racontes, Alyanna. Declan t’aimait et il t’aime toujours! s’offusque-t-elle. Je lève les yeux au ciel. — L’amour éternel, ça n’existe pas forcément dans la vraie vie. De toute façon, je ne l’aime plus et je ne veux rien avoir à faire avec lui. Monsieur est en couple. Elle fronce les sourcils et je lui raconte que je l’ai aperçu dans un "restaurant" très proche d’une femme et qu’il a dit à Jodha que c’était la petite-amie « parfaite ». Elle ne dit rien pendant toute ma narration, mais ses expressions faciales m’ont donné le sourire à plusieurs reprises. Alysanne est trop drôle, je ne sais pas si elle s’en rend compte. — Alors Declan et toi ne vous aimez plus ? demande-t-elle, une moue triste sur le visage. – … non. On ne s’aime plus. Elle me pince la joue. — Tu ne sais pas mentir, ma chère sœur. Tu l’aimes toujours et c’est pourquoi tu es triste. Je soupire. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Je ne sais pas quoi faire de tous ces sentiments que je ressens pour lui. Ils ne veulent juste pas sortir de mon cœur, que faire dans ce cas ? J’ai envie de me donner des baffes. — Lui ne m’aime plus, c’est ça le plus important. Dis-je d’une petite voix. Elle me regarde comme si je venais de débiter la plus grosse bêtise du siècle. — Attends-moi, je vais te montrer quelque chose. Dit-elle en se dirigeant vers sa chambre. Je passe une main dans mes cheveux. En fin de compte, parler avec Alysanne n’était pas une si mauvaise idée puisque je me sens soulagée. J’avais besoin d’extérioriser mes sentiments. Elle revient quelques minutes plus tard avec quelque chose qu’elle tente de me cacher dans sa main. Arrivée près de moi, elle me tend cette chose et je constate que c’est une photo de Declan et moi. Nous étions au parc. Je lui pointais du doigt un arc-en-ciel qui venait de se former dans le ciel, mais lui, me regardait, moi. Le photographe qui a pris cette photo ne nous a rien demandé en retour et a dit que c’était ce genre de moments qu’il aimait capturer. Lorsque les humains « contemplent quelque chose qu’ils aiment » avait-il dit en lançant un regard complice à Declan. — Regarde comment le type sur cette photo regarde la fille. Ne vois-tu pas que c’est un regard rempli d’amour ? Un regard qui dit que peu importe ce qu’il se passe, je l’aimerai encore et toujours ? Regarde bien, Alyanna. Me dit-elle en mettant la photo entre mes mains. Je ne dis rien et regarde la photo. Les yeux de Declan brillent et reflètent une extrême tendresse. Ce sont les regards typiques que Damon lance à Elena dans Vampire Diaries. Un regard qui dit qu’il l’aimera toujours. Mais ça a changé, il ne m’aime plus. — C’était il y a longtemps. Nous étions jeunes et les sentiments ont disparu. Changeons de sujet, veux-tu ? Je lui rends la photo, ne voulant plus le voir. Elle ne dit rien, mais affiche un air ennuyé avant de hausser les épaules.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD