ALYANNA
— Dépêche-toi Alysanne ! râlé-je pendant que mademoiselle s’applique depuis trente minutes à faire un foutu chignon ! Je lui ai proposé de le lui faire, mais elle n’a pas voulu, voulant le faire toute seule alors qu’elle est perfectionniste ! Elle trouve des défauts à chaque fois et elle recommence ! Je ne sais pas si elle veut que son chignon se tire de quelle manière.
— J’y suis presque Aly, tu me déconcentres ! Dit-elle alors qu’elle s’applique à tracer une nouvelle raie dans le milieu de sa tête.
Je me demande si j’étais comme ça lorsque j’avais son âge ! Je lui avais promis hier que je l'amènerais à la librairie pour dénicher des nouvelles b****s dessinées ou mangas, peu importe comment elles les nomment si elle se tenait bien face à Nina, et elle l’a fait. Nina ne m’a pas facilité les choses avec cette histoire de photo sans son consentement sur les réseaux sociaux. Alysanne n’a pas totalement tort, c’était déplacé de sa part, mais en dehors de ça, elle est irréprochable et je ne peux pas me permettre de la virer alors que j’ai besoin d’elle pour faire mes prestations.
– D’accord ma grande. Tu as cinq minutes pour me faire ce chignon sinon je ne t’emmène plus à la librairie. Dis-je en croisant les bras.
Elle me regarde à travers le miroir et je lui fais savoir que je suis sérieuse. Je suis fatiguée et je n’ai qu’une envie, retourner me coucher.
— Qu’est-ce que tu as ? Tu n’as pas l’air bien. Je dirai même que tu as pleuré la veille. Me dit-elle en attachant FINALEMENT ses cheveux.
Je soupire et me rapproche d’elle et touche son fauteuil roulant, prête à la faire sortir de cette chambre avant que je ne change d’avis.
— Je vais très bien. Puis, depuis quand arrives-tu à savoir lorsque je vais bien ou pas ? demandé-je, curieuse.
Elle sourit et tapote ma main.
— Je sais toujours lorsque tu ne vas pas bien, grande sœur. Lance-t-elle comme si c’était une évidence. J’affiche un large sourire avant de m’abaisser pour appuyer ma tête contre la sienne.
— Elle a grandi, mon bébé. Elle me rend mon sourire avant de pousser ma tête et je pars dans un fou rire.
— Je t’ai déjà dit d’arrêter d’être aussi affectueuse envers moi. Je n’ai plus six ans. Et ne fait surtout pas du « Alyanna » devant mes copines.
Je hausse les sourcils et la dévisage, curieuse. Du « Alyanna » ?
— Câlins, câlins, des déclarations d’amour devant les gens. Tu me fais trop honte, sérieusement !
Mon rire s’accentue et je nous dirige vers le salon, prête à sortir. Alysanne est dans sa période de « pas de câlins, pas d’affections » et ça m’amuse parce que lorsque je ne le fais pas, elle pense que quelque chose ne va pas. D’accord, je suis peut-être un peu trop protectrice et affectueuse avec elle, mais primo, c’est dans ma nature. Secundo, nous n’avons plus personne, plus aucune famille. C’est normal surtout après ce qui s’est passé avec mes parents que je la chérisse comme si j’allais la perdre. Je sais toutefois être stricte quand il est nécessaire parce qu’on ne dit pas oui à tout ce qu’un enfant nous demande.
— Même lorsque tu auras quinze, voire seize ou même quarante ans, tu seras toujours mon bébé. Lui dis-je avant de franchir le seuil de la porte. Pour toute réponse, elle se contente de me lancer un sourire que je lui rends.
— Alors tu ne vas pas me dire ce qui t’a rendu triste ? Me demande à nouveau Alysanne lorsque nous franchissons le seuil de la porte de la librairie.
Elle n’a pas arrêté de me déranger avec ça durant tout le trajet. Cette petite peut se montrer si têtue quand elle le souhaite !
Je n’ai pas envie de reparler de ça. Elle n’est d’ailleurs pas la seule qui veut me pousser à parler de Declan. Andrea, Makeda, Jodha, Hinata et Shirley m’ont chacune appeler à tour de rôle pour prendre de mes nouvelles et je précise : « je suis là si tu as besoin de parler de ce qui s’est passé hier. » M’ont-elles dit. J’apprécie énormément le fait que tout le monde s’inquiète pour moi, mais je ne veux définitivement pas en parler. Je préfère agir comme si rien ne s’était passé. Je ne le reverrai sans doute plus, alors…
— Arrête d’insister, jeune fille, je ne te dirai rien. Lui dis-je en lui tirant la langue et en nous conduisant vers le rayon jeunesse. À quelles heures doivent arriver Soraya et Eva ? lui demandé-je pour changer de sujet.
— Elles devraient déjà être là. Peut-être qu’elles se sont… elle ne termine pas sa phrase que nos regards captent les deux boules de joie, foncer vers nous. Elles se jettent dans mes bras et ignorent Alysanne qui lève les yeux au ciel.
— Alyanna ! La meilleure grande sœur du monde ! s’exclame Soraya.
Je suis très proche de Soraya et Eva, elles sont comme deux petites sœurs pour moi. D’ailleurs, Eva est la sœur d’Andrea, ce qui fait que je la connais depuis qu’elle est petite. Je l’ai porté lorsqu’elle n’était encore qu’un bébé. Mon regard rencontre celui de sa sœur assise de l’autre côté de l’étagère, nous faisant un coucou de la main.
— Il est temps pour moi de laisser le trio ensemble et de rejoindre mon amie qui m’attend de l’autre côté. Dis-je en pointant du doigt Andrea en les laissant explorer la librairie. Je m’attends à repartir avec une pile de b****s dessinées et romans, ce qui veut donc dire que je vais devoir agrandir la bibliothèque d’Alysanne. J’avais prévu de rajouter une pièce exclusivement pour elle et ses livres comme cadeau d’anniversaire. Je dois juste trouver du temps pour commencer à tout préparer. Le temps file à toute vitesse. Un jour ils ont cinq ans et le jour d’après, treize ans. J’ai pris de l’âge également, mais je me souviens de mon adolescence comme si c’était hier alors que je vais avoir vingt-six ans dans un mois. Le plus drôle est que parfois, les gens pensent que j’ai seize ans à cause de mon physique. Je me demande toujours ce que je ferai pour mes trente ans, mais j’ai trois ans pour me décider.
Andrea me sourit lorsque je me rapproche et je peux déjà prédire quel sera notre sujet de conversation.
— Que me vaut ce sourire, Andrea Valdez ? demandé-je innocemment en prenant place à ses côtés et en lui prenant des mains le livre qu’elle lisait. « L’amour inachevé », ça m’a l’air d’être un roman triste. Dis-je en lisant le résumé.
– Ça l’est. Me dit-elle en me prenant le livre des mains et en posant sa main sur sa joue, en attente de quelque chose.
Je lui lance un sourire complice avant de hausser les épaules. Andrea a un fort caractère. Elle est ce genre de femmes qui ne se démonte devant rien ni personne et qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense. Ce fort tempérament lui a valu de fortes critiques auprès de la gent masculine et féminine. Ça finissait toujours mal avec ses ex-petits amis. La vérité est que derrière cette carapace, Andrea est la plus gentille de toutes les Warriors.
— Je t’ai déjà dit que j’allais bien. Je me fiche que Declan soit revenue et il peut même aller au diable, je m’en fous ! dis-je d’un ton confiant, mais je vois dans son regard qu’elle ne me croit pas une seule seconde. Comment mentir à quelqu’un qui nous connaît si bien et qui a vu cette relation se former et grandir ? Bien sûr qu’elle n’en croit pas un mot.
— Bien essayée, Alyanna. Dis-moi plutôt ce que tu comptes faire s’il veut te revoir.
Je cache mon visage entre mes mains et soupire. Je me suis posé cette question tellement de fois depuis hier et je ne sais pas quoi répondre.
— Pourquoi voudrait-il me revoir ? Il a déjà une petite-amie, il m’a oublié.
Je me rends compte que prononcer ces paroles me font plus de mal qu’elles ne devraient. Si seulement c’était possible de sortir les gens de notre cœur comme on le voudrait. Encore et encore, ces images me hantent. Je le revois embrasser et chuchoter des mots doux à cette femme. Lui dire probablement qu’il l’aime et qu’il ne voudrait personne d’autre. Je sais qu’y penser me fait du mal, mais je ne peux pas m’en empêcher. Je suis furieuse, jalouse, déçue, alors que je ne devrais pas ! Je n’ai pas tourné la page et cette vérité me terrifie.
— Et s’il t’aimait toujours ?
— Je croyais que tu le détestais ? demandé-je, surprise du fait qu’elle veut me faire avouer que j’ai toujours des sentiments pour lui.
– C’est vrai. Je le déteste pour ce qu’il t’a fait et pour les larmes que tu as versées pour lui durant des années. Commence-t-elle. Mais je sais que tu n’as jamais arrêté de l’aimer ni de penser à lui et peut-être que, je ne sais pas, il avait une bonne raison d’être parti comme il l’a fait. Me dit-elle en prenant une gorgée de son café.
Une bonne raison pour être partie ? Peut-être. Mais le fait est qu’il a coupé les ponts avec moi après son départ, ce qui était cruel, très cruel à infliger à une personne qu’il disait aimer. J’y ai déjà pensé et j’avais beau retourner la situation dans tous les sens, je ne comprenais rien à son silence. Il n’y a rien de pire que le silence lorsque tu aimes une personne. J’aurai préféré qu’il me quitte qu’il me dise qu’il ne m’aimait plus et que j’étais libre de passer à autre chose, mais il ne l’a jamais fait. Il n’a jamais rien dit et moi, je suis restée prisonnière de cet amour.
— Il a eu treize ans et donc des millions d’occasions de m’appeler, de me chercher pour s’expliquer et il ne l’a jamais fait. Dans quel but le ferait-il maintenant ? Ce n’est pas ce qu’on fait à une personne que l’on aime. Continuons à le détester, c’est beaucoup mieux. Dis-je même si au fond, je ne le déteste pas. C’est plus facile pour moi comme ça. Elle lève les mains en l'air, signe qu'elle ne remettra plus ce sujet sur la table.
C'est pour ça que je t'aime, Andrea.
— En parlant de détester, il y a un homme que j’ai trouvé réellement méprisable hier. Rien que de penser à sa tête de prétentieux, j’ai envie de lui coller mon poing dans la figure ! s’exclame-t-elle en serrant les poings, comme si elle avait le type en face de lui.
— Ah oui ? De qui parles-tu ? demandé-je, curieuse.
Son visage se froisse et je ne peux m’empêcher de rire face à la mine affreuse qu’elle arbore. Andrea exagère toujours, mais il faut savoir que si elle ne t’aime pas, tu es sacrément mal barrée. Elle peut être une sacrée peste quand elle le souhaite.
— L’homme avec qui était Declan. Celui qui a organisé la soirée. Me dit-elle, comme si prononcer son nom lui brulerait la langue.
Mon sourire s’élargit face à sa mine de dégoût. Je l’avais presque oubliée alors qu’il connaît ma véritable identité. De toute façon, s’il avait voulu parler, j'aurais déjà vu ma tête à la une sur tous les réseaux. Oh mon Dieu ! Rien que d’y penser, j’ai mon cœur qui palpite. Ce serait terrible si les gens découvraient que c’était moi derrière ce masque depuis tout ce temps.
— Oh, tu parles de Vincenzo Russo ? Pourquoi réagis-tu comme ça ? Il est plutôt beau gosse. Lui fis-je constater.
Elle fait semblant de cracher quelque chose sur le sol et prend un air sérieux.
— Ne dis plus jamais une chose pareille, Alyanna. Ce type est détestable et je pèse mes mots ! Tu aurais dû le voir, imbue de lui-même, arrogant pour couronner le tout en train d'exiger que personne ne vous interrompe et qu’on vous laisse seule. Je n’avais qu’une envie, lui foutre une belle claque dans la figure, ça ne lui aurait pas fait de mal ! dit-elle en serrant les poings.
Shirley m’avait dit que ça s’était envenimé entre Vincenzo et Andrea pendant que je discutais avec Declan, mais je n’aurai jamais cru qu’elle le détesterait aussi rapidement ! Il a vraiment dû l’énerver. Je ne l’ai pas beaucoup vu, mais c’est vrai qu’il avait toujours des femmes collées à lui et qu’il les embrassait toutes. Ce genre d’hommes, c’est ma phobie. Mais si Declan lui a dit qui j’étais derrière le masque, ce qu’ils doivent être de très bons amis. Je ne sais pas pour le Declan d’aujourd’hui, mais celui que j’ai connu ne s’entourait que de personnes de qualités.
— Tu n’exagères pas un peu ? Il était plutôt cordial. On a bien été accueillis et rémunérés généreusement alors que j’avais arrêté de danser. Rappelé-je.
Je ne commettrai plus jamais cette erreur. Ça aurait pu nous couter cher, ce moment de faiblesse de ma part. Vincenzo n’en a pas fait mention et nous a félicités, nous disant qu’il était impressionné et qu’il se pourrait qu’il nous rappelle de nouveau. Je ne suis pas très enthousiaste de retourner à nouveau chez lui. Je ne veux pas revoir Declan.
— Peu importe, je ne l’ai pas aimé et j’espère que nous ne danserons plus pour lui.
— On est bien d’accord sur ce point. Répondis-je.
Une part de moi veut revoir Declan pour lui poser les questions que je me suis toujours demandées et l’autre part, la plus raisonnable me dit qu’il ne vaudrait mieux pas et que nous devrions chacun continuer nos vies de notre côté comme nous l’avons toujours fait jusqu’à présent.
J’aimerais que la part raisonnable essaye de le faire comprendre à mon cœur qui depuis qu’il l’a revu et depuis que mes yeux ont plongé dans les siens, ne veut qu’une chose : le revoir.