Manon revint à la Résidence Albert une semaine plus tard.
L'agence, bien que réservée dans ses termes, insista sur le fait qu'il s'agissait toujours d'une période d'essai, mais son ton révélait une certaine certitude, lui recommandant de bien faire son travail, car la famille était vraiment bien et offrait une bonne rémunération.
Manon, moins enthousiaste que la dernière fois, répondit avec indifférence et mentionna qu'elle avait des cours l'après-midi, ce qui la ferait arriver avec une heure de retard.
Elle passa l’après-midi dans une bibliothèque, feuilletant un livre d’espagnol. Pendant ce temps, elle reçut deux petites notes, probablement de nouveaux camarades qui voyaient la bibliothèque comme un lieu de rencontres.
Elle jeta les notes à la poubelle, sortit le livre « Comment penser comme un homme pour séduire les hommes » de son sac et le remit sur l'étagère.
Un manuel inutile.
En suivant l'avenue tout droit vers l'ouest, la vue depuis le bus L5 s'élargissait progressivement.
La ville se décolorait sur les bâtiments densément peuplés.
Le soleil couchant réchauffait ses joues, et à son arrivée à la Résidence Albert, Manon avait une légère sueur.
Le cours commença à 18h16.
Lors de cette deuxième rencontre, Louise était un peu plus ouverte. Pendant la pause, Manon alluma l'ordinateur de Louise, téléchargea la version anglaise de *Peppa Pig*, et la lança.
Louise demanda, perplexe : « Un dessin animé ? »
« Écoute un peu, cela aide à développer la sensibilité à la langue. Tu as dit que tu te sentais nerveuse en entendant des camarades parler anglais, n'est-ce pas ? Alors, écoutons davantage. Plus tu écouteras, plus tu te rendras compte que l'anglais quotidien est assez simple. »
Louise, détendue par le sourire de la belle enseignante, répondit : « D'accord. » Puis, elle baissa les yeux, « Miss Manon. »
Manon, en tournant un quartier de pamplemousse avec une fourchette, savoure la douceur : « Hmm ? »
« Pourrais-tu m'ajouter sur w******p ? » Louise l’avait ajoutée il y a quelques jours et avait envoyé trois demandes d’amitié sans réponse, se voyant contrainte de demander à sa famille de contacter l'agence.
Manon sourit : « D'accord. Désolée, j'utilise peu w******p. »
Louise, surprise, demanda : « Vraiment ? T'utilises très peu w******p ? »
Il n'était pas surprenant que la réponse ait tardé quelques jours.
Après tout, il est rare de rencontrer quelqu'un qui n'utilise pas w******p de nos jours.
*****
Dans la salle de bain de la chambre principale, Manon ferma les yeux en appuyant sur le bouton de la chasse d'eau.
Le tourbillon emportait sa vie, la faisant descendre à toute vitesse.
Elle ouvrit w******p, où une centaine de points rouges clignotaient, se multipliant sans cesse. Comme prévu, Céline avait envoyé des dizaines de messages.
À chaque appel manqué, sa mère la réprimandait un peu plus.
Heureusement, Manon avait pris l'habitude de se boucher les oreilles.
Avec un visage impassible, elle fit glisser l'écran vers la gauche et supprima les conversations de sa mère. En consultant les demandes d'amis, elle trouva immédiatement celle de Louise.
Son avatar représentait un ours en peluche brun, et son nom w******p était « Lulu ». En consultant son fil d'actualités, elle trouva des publications remplies de petites pensées et de moments du quotidien. Colorées et vivantes, elles révélaient une personnalité joyeuse, mais il n’y avait aucune mention de l’école ni de photos d’elle-même.
Son fil était principalement tourné vers l’extérieur.
En continuant de faire défiler, Manon trouva une photo d’un homme prise en mai. Cette image était bien plus vivante que celle trouvée sur les moteurs de recherche.
L’homme était élégant, avec un costume tenu à la main, les manches de la chemise retroussées jusqu’aux avant-bras, mettant en valeur ses muscles bien dessinés. Il avait un regard chaleureux, comme s’il observait un enfant, empreint de tendresse.
Il était beau, avec un léger sourire aux lèvres. Un sourire qui, loin de sembler frivole, témoignait d’une éducation raffinée.
La légende de la photo était : « (Photo volée) Eh bien ! Regarde qui sourit comme ça ! »
S'il s'agissait de regarder une sœur, c'était plein de tendresse.
S'il s'agissait d'une petite amie, c'était plein de douceur.
Il avait l'air plutôt bien.
En une fraction de seconde, Manon enregistra beaucoup d’informations.
En continuant de faire défiler, elle arriva au bout du fil d’actualités. Les publications étaient visibles seulement sur une période de six mois.
La salle de bain ayant une excellente isolation sonore, Manon, habituée aux dortoirs et aux logements modestes, perdit la notion du temps. En sortant, elle fut accueillie par une tranquillité inhabituelle pour cette maison.
Louise n'était pas dans le bureau ; l'épisode de *Peppa Pig* sur l'ordinateur avait été mis en pause, avec la barre de progression au milieu du deuxième épisode. Si chaque épisode durait cinq minutes, la pause avait dû être effectuée il y a deux ou trois minutes.
À ce moment précis, il était 20h31.