Le soleil déclinait sur Dubaï, peignant le ciel d’un rose ardent qui se reflétait sur les façades miroitantes des gratte-ciel. Depuis son bureau au sommet de la tour Al-Majid, une structure futuriste dominant le quartier de Sheikh Zayed Road, le prince Karim, 28 ans, contemplait la ville. Les lumières des yachts scintillaient dans la marina, et le bourdonnement des hélicoptères ponctuait l’air. Charismatique, avec des traits ciselés et une barbe soigneusement taillée, Karim était l’héritier présomptif de l’émir, Cheikh Mohammed, mais aussi un homme romantique, une facette qu’il dissimulait sous une façade de pragmatisme politique.
Sur son bureau en verre, une tablette affichait une photo envoyée par le palais marocain : Leïla, 18 ans, voilée d’un hijab blanc, ses yeux noisette empreints d’une intensité qui l’avait immédiatement captivé. Le roi du Maroc, Moulay Hassan, proposait un mariage pour sceller une alliance et effacer une dette liée à un marché d’armes clandestin. Karim, informé des enjeux par son père, voyait dans cette union bien plus qu’une transaction diplomatique. Il y voyait une chance d’amour, un rêve qu’il n’avait jamais osé poursuivre avec ses trois épouses, Aïcha, Noor et Salma, mariages arrangés par convenance.
« Elle est magnifique », murmura-t-il, effleurant l’écran. Il ouvrit un carnet en cuir et commença à griffonner une lettre, une habitude qu’il réservait aux moments d’émotion. Chère Leïla, je ne vous connais pas encore, mais votre regard raconte une histoire que j’espère découvrir…
Un coup à la porte l’interrompit. « Entrez », lança-t-il, refermant le carnet.
Hassan, son conseiller principal, un homme d’une cinquantaine d’années aux lunettes cerclées d’or, entra avec une pile de documents. « Votre Altesse, les termes de l’accord avec le Maroc sont prêts. Le mariage est prévu dans un mois, si vous donnez votre accord. »
Karim sourit, son enthousiasme palpable. « Un mois ? Parfait. Qu’en savez-vous de Leïla ? »
Hassan ajusta ses lunettes, hésitant. « Elle est jeune, pieuse, étudiante en littérature à Rabat. Mais… nos sources indiquent qu’elle est indépendante, peut-être rebelle. Elle a protesté contre le mariage lors du conseil familial. »
Karim haussa un sourcil, intrigué plutôt qu’inquiété. « Rebelle ? Tant mieux. Une femme avec du caractère, c’est rare. Elle apprendra à m’aimer, Hassan. Je m’en assurerai. »
Hassan toussota, mal à l’aise. « Avec tout le respect, Votre Altesse, ses objections pourraient compliquer les choses. Et vos épouses… elles ne sont pas ravies. »
Karim balaya l’objection d’un geste. « Aïcha, Noor et Salma s’adapteront. Quant à Leïla, je la convaincrai. Envoyez l’accord au Maroc. Dites-leur que j’accepte. »
Hassan hocha la tête, mais son regard trahissait une réticence. « Comme vous voulez. Mais je vous conseille de rencontrer votre père ce soir. Il a des… attentes précises pour cette alliance. »
Karim fronça les sourcils. « Des attentes ? C’est un mariage, pas un contrat pétrolier. »
Hassan esquissa un sourire crispé. « Avec l’émir, tout est un contrat. Je prépare les documents. »
Après son départ, Karim se replongea dans la photo de Leïla. « Rebelle ou pas, tu seras ma reine », murmura-t-il, un sourire rêveur aux lèvres. Il rangea la tablette et quitta le bureau pour rejoindre Omar, son meilleur ami, à un dîner dans un restaurant huppé de la marina.
Le restaurant, L’Étoile du Désert, était une oasis de luxe : lustres en cristal, tables en marbre, et une vue panoramique sur le golfe Persique. Omar, 30 ans, entrepreneur tech au style décontracté – chemise ouverte et sneakers de designer – attendait Karim à une table près d’une baie vitrée. Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance, liés par une amitié franche, bien que parfois tendue par leurs visions divergentes.
« Tu es en retard, prince charmant », lança Omar, levant un verre de jus de grenade. « Trop occupé à rêver de ta future épouse ? »
Karim rit, s’asseyant en face de lui. « Tu es déjà au courant ? Les nouvelles voyagent vite. »
« Dubaï est un village, mec », répondit Omar, amusé. « Alors, c’est vrai ? Tu vas épouser une princesse marocaine pour effacer une dette ? »
Karim hocha la tête, son regard pétillant. « Leïla. Elle est… différente. J’ai vu sa photo, Omar. Elle a quelque chose, une âme. Je pense qu’on pourrait vraiment s’aimer. »
Omar haussa un sourcil, sceptique. « S’aimer ? Karim, t’as trois épouses qui se crêpent le chignon à longueur de journée. Et cette Leïla, d’après ce que j’ai entendu, elle n’a aucune envie de t’épouser. »
Karim fronça les sourcils, piqué. « Elle changera d’avis. Je ne suis pas un monstre. Je lui donnerai du temps, de l’espace. Elle verra que je suis sincère. »
Omar soupira, posant son verre. « Écoute, je t’adore, mais tu vis dans un conte de fées. Ce mariage, c’est pas une comédie romantique. Ton père y voit un moyen de mettre la main sur les ports marocains. Tu crois qu’il s’intéresse à ton bonheur ? »
Karim se raidit, son sourire s’effaçant. « Qu’est-ce que tu racontes ? »
Omar se pencha, baissant la voix. « J’ai mes sources, okay ? L’émir veut renforcer son influence en Afrique du Nord. Le Maroc est stratégique – commerce, militaire, tout. Cette dette, c’est juste une excuse pour forcer le roi Moulay à s’aligner. Toi et Leïla, vous êtes des pions dans son jeu. »
Karim serra les mâchoires, irrité. « Tu vas trop loin, Omar. Mon père veut stabiliser les relations, pas coloniser le Maroc. Et ce mariage, je le veux. Leïla est… spéciale. »
Omar leva les mains, exaspéré. « Spéciale ? Tu l’as vue sur une photo ! Réveille-toi, Karim. Elle est jeune, probablement terrifiée, et elle va débarquer dans un palais où tes trois épouses vont lui faire vivre un enfer. Aïcha est déjà en train de comploter, tu le sais, non ? »
Karim détourna le regard, fixant la marina. Il avait entendu des rumeurs sur la jalousie d’Aïcha, l’aînée de ses épouses, mais refusait d’y prêter attention. « Elles se calmeront. Je m’occuperai d’elles. »
« Tu rêves », rétorqua Omar. « Aïcha ne supporte pas l’idée d’une rivale. Noor est une vipère, et Salma… elle suit le mouvement, mais elle est imprévisible. Tu penses vraiment qu’elles vont accueillir Leïla avec des fleurs ? »
Karim tapa du poing sur la table, attirant quelques regards curieux. « Ça suffit, Omar ! Je ne vais pas annuler ce mariage à cause de ragots. Leïla est ma chance de construire quelque chose de vrai. Tu ne comprends pas ça ? »
Omar soupira, adoucissant son ton. « Je comprends que tu veux y croire. Mais ouvre les yeux. Ce mariage est une bombe à retardement. Et si Leïla te rejette ? Si elle fuit ? Tu feras quoi ? »
Karim resta silencieux, la question le frappant plus qu’il ne voulait l’admettre. « Elle ne fuira pas », dit-il enfin, plus pour se convaincre lui-même. « Je la gagnerai. »
Omar secoua la tête, résigné. « J’espère que t’as raison. Mais si ça tourne mal, ne dis pas que je ne t’ai pas prévenu. »
Le dîner se poursuivit dans une ambiance tendue, Karim évitant les sujets sensibles. De retour au palais, un complexe somptueux de dômes dorés et de fontaines illuminées, il se rendit directement dans ses appartements privés. Une servante lui tendit un message de son père : Rejoins-moi à 22h. Salle du conseil.
Karim soupira, sentant le poids des attentes paternelles. La salle du conseil, une pièce austère aux murs ornés de calligraphies, était réservée aux discussions stratégiques. Cheikh Mohammed, 60 ans, trônait à une table en ébène, entouré de deux conseillers. Son regard perçant, encadré par une barbe grisonnante, intimidait même son fils.
« Père », salua Karim, s’inclinant légèrement. « Vous vouliez me voir ? »
L’émir hocha la tête, désignant une chaise. « Assieds-toi. Nous devons parler du mariage. »
Karim s’installa, tentant de masquer son appréhension. « Tout est en ordre. J’ai donné mon accord à Hassan. »
L’émir esquissa un sourire froid. « Bien. Mais comprends ceci, Karim : ce mariage n’est pas une simple formalité. Le Maroc est faible, endetté. Cette union nous donne un levier. Une fois Leïla ici, le roi Moulay sera à notre merci. »
Karim fronça les sourcils, les mots d’Omar résonnant dans sa tête. « À votre merci ? C’est un mariage, père, pas une prise d’otage. »
L’émir le fixa, implacable. « Ne sois pas naïf. Leïla est une princesse, un symbole. En l’épousant, tu lies le Maroc à Dubaï. Leurs ports, leurs ressources… tout sera à portée. »
Karim sentit une boule se former dans sa gorge. « Et Leïla ? Elle mérite du respect, pas d’être un pion. »
L’émir haussa un sourcil, amusé. « Du respect ? Épouse-la, donne-lui un palais, des bijoux. C’est plus que suffisant. Mais ne perds pas de vue l’objectif. »
Karim serra les poings sous la table. « Je veux que ce mariage soit réel. Je veux… l’aimer. »
L’émir éclata d’un rire sec. « L’aimer ? Tu as trois épouses, et maintenant tu joues les romantiques ? Concentre-toi, Karim. L’amour est un luxe. Le pouvoir, lui, est essentiel. »
Karim baissa les yeux, déchiré. Après avoir quitté la salle, il retourna à ses appartements et rouvrit son carnet. Il ajouta une ligne à sa lettre inachevée : Leïla, je te promets une chose : quoi qu’il arrive, je te traiterai comme une reine, pas comme un trophée.
Mais dans un coin de son esprit, les avertissements d’Omar et de son père s’entremêlaient, semant un doute qu’il refusait encore d’affronter.