Si son père est sorti premier de sa promotion de l’École Militaire de Poitiers, elle, c’est une simplette. Quand je l’emmène au restaurant, je regrette de ne pas la voir participer à mes agapes de viande saignante aux vins millésimés. Elle choisirait le menu-enfant si elle craignait de me faire honte en avouant qu’elle n’apprécie que les glaces et les crudités, les frites, la kabbale et les pizzas au chocolat, ou la purée de pomme de terre. Qui plus est végétarienne, nourrie dans son enfance algérienne de dattes et lait de chèvre, elle ne sait pas faire cuire un œuf puisqu’elle oublie d’allumer le gaz, et imagine dans l’omelette un poussin assassiné dans sa coquille. Elle ne sait pas mettre le couvert à table, puisqu’elle a transformé sa salle à manger en bibliothèque. Quoique déployant de

