Debout dans son bureau, Bruno souriait comme un adolescent épris pour la première fois. Il avait encore le goût de ses lèvres sur les siennes, et l’écho de son gémissement résonnait dans sa tête.
— Keylan… soupira-t-il en s’asseyant, les yeux dans le vide.
Mais très vite, il réalisa qu’il devait se reprendre. Il se força à se reconcentrer, bien que chaque fibre de son être réclamait à nouveau le contact brûlant de sa peau.
***
De son côté, Keylan, encore secouée, rejoignit Elsa dans le champ. Son cœur battait la chamade, son souffle était court, et ses joues, encore rouges, trahissaient l’émotion qu’elle tentait de cacher.
— Alors, ma belle ? Qu’est-ce qu’il t’a dit de si important, le patron ? demanda Elsa avec un sourire taquin.
— (Soupirant longuement) Ah… ne me parle même pas de cet homme ! Cet idiot… ce manipulateur… ce… ce volcan ambulant !
— Ohooo ! s’exclama Elsa en ricanant. Il t’a touchée ou quoi ?
— Touchée ? Il a fait bien plus ! Il m’a embrassée comme si j’étais à lui… Il m’a parlé comme si son cœur m’appartenait…
— Et ton cœur, à toi, il dit quoi ?
— Il bat trop vite pour que je l’écoute. Mais ce que je sais, c’est que je dois le fuir. Cet homme… il est dangereux pour ma raison.
— Ou peut-être qu’il est juste ce qu’il te faut, ma chérie…
Keylan détourna le regard, troublée. Elsa avait peut-être raison. Mais comment aimer un homme qui incarnait tout ce qu’elle redoutait : le pouvoir, l’interdit… et le désir incontrôlable ?
— Hein ?! Mais qu’est-ce qui t’arrive ma belle ?
— (Baissant la voix) Tu vas pas y croire... Monsieur Bruno m’a embrassée.
Elsa ouvrit grand les yeux, un sourire malicieux se dessinant aussitôt sur ses lèvres.
— Quoiii ?! Non... sérieusement ? Allez, raconte ! Il embrasse bien au moins ? (clin d’œil) Dis-moi que sa beauté est à la hauteur du goût de ses baisers !
— Mais... qu’est-ce que tu racontes, enfin ? C’est notre patron !
— Je le sais bien ! Je t’ai pas demandé son contrat de travail, moi. Je veux juste savoir si c’était... électrisant.
— T’es impossible, Elsa.
— Allez Keylan, arrête de tourner autour du pot et crache le morceau, bon sang !
— Bon… bon… d’accord… (elle rougit et sourit) Oui. Il embrasse... divinement bien.
Elsa éclata de rire.
— Aïe aïe aïe ! Y’a quelqu’une ici qui va pas fermer l’œil de la nuit !
Un peu plus loin, Papito les interrompit d’un ton sec :
— Euh, les pipelettes ! Les grains de café ne vont pas se cueillir tout seuls, à ce que je sache !
— Ooooh Papito, pas la peine de nous crier dessus comme un vieux coq frustré, répondit Elsa en riant.
— Ouais c’est ça, b***e de commères va !
— T’es toujours là à casser l’ambiance, râleur professionnel ! Pas vrai les amis ?
Tous les autres cueilleurs crièrent en chœur :
— OUUUII !!! Keylan a raison, Papito casse toujours tout !
Papito grogna.
— b***e de paresseux ! Vous croyez qu’on est ici pour bavarder ou pour travailler ? Fainéants !
— Eeeh Papito, on te respecte hein ! Mais faut que ce soit dans les deux sens, dit Benoît en haussant les épaules.
— Et toi, la rêveuse, ajouta Papito en pointant elsa, arrête de faire ta princesse Disney ! Concentre-toi sur tes grains de café au lieu de rêver à ton prince imaginaire. Imbécile !
— Hé, du calme ! s’interposa Benoît. Qu’est-ce qu’elle t’a fait au juste, elsa ?
— T’en fais pas, répondit-elle avec un sourire en coin. Laisse-le grogner. Le jour viendra où “cette petite”, comme il aime m’appeler, lui clouera le bec pour de bon.
Papito leva les yeux au ciel :
— Mouais… En attendant ce fameux jour, retournez au travail. Je vous rappelle que c’est 50 kilos par sac. Pas un de moins.
— Tous en chœur : Oui Papitooo !
— Très bien ! lança Papito d’un ton sec. Seul celui qui atteindra les 50 kilos aura droit à son salaire journalier. J’espère que je me suis bien fait comprendre, b***e d’incapables !
— Oh Papito, t’es vraiment pas cool, sérieux ! grommela Paolo.
— Ouais, dégage vieux grincheux ! lança Elsa en ricanant.
— (Serrant les dents) Toi, petite Keylan, un jour je te ferai payer tout ton mépris à mon égard…
— (Le défiant du regard) Ah bon ? J’attends ce jour avec impatience, Papito.
Rouge de colère, Papito tourna les talons et s’éloigna, maugréant dans sa barbe. Les cueilleurs éclatèrent de rire avant de retourner à leur tâche.
— Alors, ma petite Elsa, lança Benoît avec un clin d’œil, aujourd’hui tu nous offres un peu de ta voix d’ange ou quoi ?
— (Souriant) Vous voulez que je vous chante quelque chose ? Vraiment ?
— Bien sûr ! répondit Benoît. Pas vrai les amis ?
— Ouuuiii ! hurlèrent les autres cueilleurs à l’unisson.
Elsa prit une profonde inspiration, ferma les yeux une seconde, puis déclara :
— Je vais vous chanter un bout de ma nouvelle chanson. Elle s’intitule “Le b****r”.
— (Paolo, taquin) Ohhh, mais dis donc, qui est-ce qui fait chavirer le cœur de notre rayon de soleil ?
— Personne Paolo ! Juste l’inspiration du moment, alors chut et laissez-moi chanter !.
— Vas-y, on t’écoute !*lança Benoît avec enthousiasme.
Elsa entama alors sa mélodie, douce et envoûtante :
"Qu’il me b***e des baisers de sa bouche...
Car ton amour vaut mieux que le vin...
Ton nom est un parfum qui se répand,
C’est pourquoi je t’aime ainsi..."
"Permets-moi de goûter à tes lèvres,
Je veux connaître leur goût.
Je rêve du jour où nous nous verrons,
Mon bien-aimé, mon tout…"
"Tes baisers me feront-ils planer ?
Comme dans mes rêves les plus fous ?
Je t’aime, je t’attends…
Et je rêve… je rêve du goût de tes lèvres…
De ton b****r…"
Elle termina sa chanson dans un souffle intense. Un silence s’installa... avant que des applaudissements éclatent de partout.
Keylan, émue, prit Elsa dans ses bras et déposa un b****r sur sa joue.
— T’as une voix en or, ma belle.
— Merci, ma Keylan.
Paolo, charmé, dit :
— T’es vraiment incroyable, Elsa.
Elle sourit, un peu gênée.
De son côté, Benoît la fixait, un sourire niais accroché aux lèvres. Benito, qui n’avait rien raté, lui souffla en coin :
— Ferme la bouche mon frère, tu vas avaler une mouche.
— Pfff… n’importe quoi, Benito !
— Ouais, c’est ça... continue de nier, lover boy. (rire moqueur)