chapitre 10

1328 Words
Benoît, gêné par les insinuations de Benito, préféra ne pas relever. Il détourna le regard, le cœur un peu serré. Il avait mieux à faire : remplir son sac de 50 kilos de grains de café s’il voulait mériter son salaire du jour. Il était déjà 16h, et tous les cueilleurs, exténués mais contents, se dirigèrent vers Papito pour faire peser leur récolte et recevoir leur paie. — Papito, tu peux peser mon sac vite fait ? demanda Elsa, essoufflée. Je dois aller voir ma grand-mère, elle est malade. — Et tu crois que t’es la seule ici avec des obligations ? grogna Papito. Y a des gens plus vieux que toi dans cette file, mais bon, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus aucun respect, hein ! — Aïe Papito, je t’explique juste mon cas, tu pourrais au moins essayer de comprendre un peu… — Arrête ton cinéma ! Tu crois que je suis à ton service ou quoi ? Attends ton tour comme tout le monde ! Dépitée, Elsa grogna tout bas mais se rangea dans la file. Après une longue attente, son tour arriva enfin. — Ouff… enfin ! souffla-t-elle. Mais Papito se leva brusquement de sa chaise : — Je suis fatigué ! On verra ça demain. — Quoi ?! C’est seulement quand c’est mon tour que tu décides de te reposer ? Sérieusement ? — Encore un mot et tu peux déguerpir d’ici, c’est clair ? — T’inquiète, je vais pas te donner ce plaisir. Je connais le poids de mon sac, donc je viendrai prendre mon argent demain. Elle fit mine de s’éloigner. — Hum, pas besoin ! dit Papito en lui lançant sèchement un billet. Tiens, dégage. — Donc faut hausser le ton pour être payé maintenant ? Mon salaire, c’est pas un cadeau, Papito, c’est le fruit de ma sueur. Tu n’es qu’un… Elle s’arrêta, préférant ne pas aller trop loin. — Dis un mot de plus, Keylan ou pas, je te vire sur-le-champ ! — Depuis que monsieur Paul n’est plus là, tu te prends pour un roi… Mais un jour, quelqu’un te remettra à ta place. Et ce jour-là, je serai au premier rang. — C’est ça, va déjà ! Quand ce fut le tour de Keylan, Papito voulut lui faire le même coup. Mais un simple regard froid et tranchant de sa part suffit à le désarmer. Il lui tendit son argent sans mot dire. Elle le prit et s’éloigna dignement. À 17h30, alors que le soleil commençait à baisser, Keylan serra Elsa dans ses bras. — On se dit à demain, ma belle. — Oui oui, chérie. Je file chez mamie, elle m’attend. — D’accord, courage. À plus, bisous ! Elles se séparèrent. Elsa passa rapidement au marché pour acheter quelques vivres, régler une petite dette et récupérer les médicaments de sa grand-mère. Elle vivait seule avec elle depuis la mort de ses parents, noyés tragiquement dans un naufrage. Depuis, c’est cette vieille femme qui veille sur elle. Une chamane redoutée dans tout le quartier… Une femme que même les plus courageux préfèrent éviter. — Elsa, ma fille ! Pourquoi as-tu autant traîné ? s’écria la vieille femme en l’apercevant enfin. — Ah, grand-mère... dit Elsa en posant ses courses sur la table. C’est encore ce vieux grincheux de Papito ! Il ne peut pas s’empêcher de me chercher. — Lui encore ?! Je vais lui faire une petite visite, il verra ! dit la vieille en serrant les dents. — Non, grand-mère, s’il te plaît. Si tu fais encore l’un de tes tours... tout le quartier va encore nous traiter de sorcières ! — Hum… comme tu veux, ma chérie. Elle la fixa intensément. Et dis-moi, avec ton "bien-aimé", comment ça se passe ? Elsa rougit légèrement. — Plutôt bien… On se voit souvent. Et il est en train de tenir sa promesse, petit à petit. — Parfait. Prépare-toi, très bientôt… vous vous verrez dans la réalité. dit-elle avec un petit sourire mystérieux. — Mais grand-mère, comment est-ce possible que je sois autant connectée à lui ? Je le rêve chaque nuit, et pourtant… je ne l’ai jamais vu en vrai. — C’est une longue histoire, ma fille. Je te la raconterai un jour. Mais pour l’heure… j’ai une faim de loup. — D’accord, j’y vais tout de suite. La vieille femme la regarda s’éloigner vers la cuisine, murmurant des paroles étranges dans une langue que seule elle semblait comprendre. Vers 19 heures, Elsa servit enfin le dîner. Elles mangèrent dans la bonne humeur, entre éclats de rire et clins d’œil complices. Une fois le repas terminé, elles se souhaitèrent bonne nuit, et Elsa monta dans sa chambre pour se reposer. --- Pendant ce temps, chez les Vidal, Arturo venait tout juste de rentrer. Tandis qu’il montait à l’étage, il croisa sa mère dans le couloir. — Bonsoir, maman. — Tu rentres bien tard, fiston…dit-elle, un peu inquiète. — J’ai eu une journée chargée au boulot. Je suis complètement crevé. — Tu vas manger avec nous ? — Pas ce soir. Là, j’ai juste besoin de plonger dans mon lit et dormir comme un bébé. — D’accord, mon chéri. Repose-toi bien. Elle lui déposa un tendre b****r sur la joue avant de descendre retrouver les autres à table. Arturo s'apprêtait à entrer dans sa chambre… quand il aperçut *Bruno* monter les escaliers à son tour. — Aïe, Bruno… c’est toi ? Comment ? demanda Arturo en arquant un sourcil. — Rien de spécial…répondit Bruno avec une moue boudeuse. Tu sais que je t’attends toujours pour m’aider au champ. — Ouf ! Ça m'était complètement sorti de la tête... Mais dès que je me libère, je te fais signe, petit frère. Promis. — Ouais, c’est toujours la même chanson avec toi... lança Bruno avec un sourire moqueur. — Le boulot me bouffe tout mon temps, mais je vais créer une occasion. Juste pour toi, parole de Vidal. — On verra bien. Bon, bonne nuit alors. — Bonne nuit à toi aussi. Arturo entra dans sa chambre, referma la porte derrière lui et poussa un long soupir. Il se débarrassa de ses vêtements, laissa tomber sa chemise sur le lit et se dirigea directement vers la douche. L’eau chaude glissa sur sa peau, détendant ses muscles tendus. Quelques minutes plus tard, il s’étala sur son lit, la tête pleine… mais les yeux vite lourds. Dans son sommeil... Une silhouette l’attendait, baignée de lumière douce, les cheveux au vent, le regard brûlant. — Je t’attendais, mon amour… dit-elle avec un sourire envoûtant. — Tu m’as manqué. Il s’approcha doucement, et sans attendre, elle s'accrocha à son cou, posant ses lèvres sur les siennes avec passion. Le b****r fut brûlant, tendre et sauvage à la fois. Il la serra plus fort, la plaqua contre lui, prolongeant ce moment suspendu hors du temps. Puis, ils s’installèrent sous un grand arbre, elle assise sur ses genoux, ses bras autour de son cou. — Alors, parle-moi de toi... murmura-t-il. — Ici, on ne parle pas…répondit-elle, espiègle. *On s’aime. On vit l’instant. Pas de passé. Pas de futur. Juste nous. — Le jour où on se verra en vrai… tu crois que tu me reconnaîtras ? — Je ne suis pas sûre... mais mon cœur, lui, saura. dit-elle en le fixant avec intensité. — Je t’aime, tu sais ? avoua-t-il à voix basse. — Moi aussi… répondit-elle, les yeux brillants. Mon amour. — Tu sais que ce mot prend un goût différent quand c’est toi qui le dis… Elle se lova contre lui, et il l’enlaça tendrement. Le silence se fit paisible, presque sacré. Puis elle se mit à fredonner une douce mélodie, presque irréelle. Une chanson sans paroles, mais pleine de chaleur, de promesse et de désir. — J’aime ta voix…murmura-t-il. Elle me calme. Elle me touche. Continue… Elle sourit et continua de chanter… jusqu’à ce qu’il s’éveille, seul dans son lit, le cœur battant et les lèvres encore brûlantes d’un rêve trop réel.
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