chapitre 11

1111 Words
Une main surgit hors du drap et éteignit l’alarme posée sur l’armoire. Arturo grogna doucement, s’étira comme un félin, faisant craquer ses articulations, puis se leva avec nonchalance. Il se dirigea vers la salle de bain pour y prendre une douche tiède, histoire de bien réveiller son corps encore engourdi. L’eau glissait le long de sa peau dorée, accentuant les courbes discrètes de sa musculature. Après s’être brossé les dents avec soin, il rasa sa barbe de quelques jours, révélant à nouveau les lignes nettes de sa mâchoire. Il ressortit de la douche, une serviette nouée autour des hanches, et ouvrit sa grande garde-robe. Il fouilla quelques instants avant de sélectionner une tenue à la fois élégante et décontractée : un pantalon en tissu noir parfaitement taillé, une chemise noire légèrement ouverte sur le torse, un mocassin noir aux reflets métalliques et quelques accessoires discrets pour rehausser le tout. Il s’approcha du grand miroir posé contre l’armoire à vestes. Un sourire satisfait étira ses lèvres en voyant son reflet : chic, sobre, mais résolument charismatique. D’un pas assuré, il descendit les escaliers et entra dans la salle à manger où toute sa famille était déjà réunie, visiblement en train de l’attendre. — Je vois qu’on doit toujours t’attendre, hein, lança Bruno, moqueur. — Si ça te dérange, tu pouvais commencer sans moi, répliqua Arturo, sans perdre son sourire. — J’allais le faire, crois-moi, mais c’est maman qui m’a arrêté, répondit Bruno en haussant les épaules. — Je veux qu’on prenne au moins un repas ensemble en famille, intervint leur mère avec douceur. Vous êtes tous trop occupés, et ces moments deviennent précieux. Laissez-moi en profiter, juste ce matin. — D’accord maman… désolé, répondit Arturo en s’asseyant, baissant légèrement les yeux comme un petit garçon pris en faute. — Désolé maman, renchérit Bruno en baissant un peu les yeux. — Tu as totalement raison, mon amour. On s’excuse tous les deux. On peut dîner maintenant ?, ajouta-t-il avec un sourire plus doux. — Bien sûr mon cœur, répondit-elle en souriant chaleureusement. J’ai demandé à Sylvie de préparer vos plats préférés à chacun. — Génial ! Maman, t’es vraiment la meilleure !, lança Bruno avec enthousiasme, les yeux pétillants. — Je suis ravie que ça te fasse plaisir, mon champion. Et toi, Arturo ? Tu ne dis rien ?, demanda-t-elle en se tournant vers lui. Arturo esquissa un sourire poli, mais répondit d’un ton plus réservé : — C’est gentil maman, mais tu sais que les nouilles ne sont plus vraiment mon plat préféré depuis un bon moment. Ce n’est pas grave, je vais dîner dehors. Excuse-moi. Il se leva, embrassa sa mère sur la joue et sortit de la pièce sans un mot de plus. — Comment ai-je pu oublier ce détail ? soupira-t-elle, visiblement peinée. Il doit se sentir mis à l’écart… — Ne t’en fais pas, mon amour, la consola Paul. Je suis sûr qu’il ne t’en veut pas. — Si c’était vraiment le cas, il ne serait pas parti si brusquement…, répondit-elle, les yeux brillants de larmes retenues. — Je vais lui parler, maman. Ne t’inquiète pas, d’accord ?, promit Bruno, la voix rassurante. — Je voulais juste bien faire… Depuis qu’il est revenu de voyage, je le trouve différent. Plus distant, plus… fermé. Ce n’est pas habituel. — Maman, tu exagères un peu. Arturo a toujours été réservé. C’est son tempérament. — Non, mon fils. Cette fois c’est autre chose… Je le connais trop bien. Il a ce regard… troublé, rêveur. Si je ne le savais pas aussi froid, je dirais qu’il est… amoureux. — Arturo ? Amoureux ? éclata de rire Bruno. Ce mec-là ? Maman, c’est un coureur de première. Il ne s’attache jamais. Il n’est pas du genre à se poser. — Il y a un début à tout, mon fils, répondit-elle calmement, un sourire mystérieux au coin des lèvres. Le silence s’installa un moment, interrompu par la sonnerie du téléphone de Bruno. Il décrocha aussitôt. — Allô ? — Oui Bruno, c’est Arturo. Je viens de consulter mon programme. Je serai à la plantation ce week-end. Tu pourras me montrer le bilan à traiter. — D’accord, c’est super alors ! Je t’attendrai. Et après ça, on pourrait se faire une vraie soirée entre frères. Un moment rien qu’à nous, comme avant. — Ce ne serait pas de refus, répondit Arturo avec un léger sourire. Clic. Fin de l’appel. *Dans la voiture* — Monsieur, quelle est notre destination ? demanda le chauffeur. — Faisons un petit détour par la plantation. Juste… pour repérer les lieux. — Très bien, monsieur Vidal. Arturo se cala dans le siège arrière, posa doucement sa tête contre la vitre et se perdit dans le défilement lent des paysages tropicaux. Son regard semblait flou, perdu quelque part entre rêve et réalité. Quelque chose en lui vibrait… sans qu’il sache encore quoi. Chez Elsa – Dans la petite cabane — Grand-mère, je file au travail ! Lança Elsa en attachant son foulard. — Attends, Elsa. Prends ça. — Encore une de tes amulettes, grand-mère ? dit-elle en arquant un sourcil. — Juste une petite allumette, rien de bien grave, répondit la vieille femme avec ce regard mystérieux qu’elle avait toujours. — Pourquoi veux-tu que je la porte ? — Parce que je le sens. Fais-le pour moi, tu veux ? — Tu es toujours aussi énigmatique, mamie… souffla Elsa. — Ne pose pas de questions. Mets-la. Elle saura quand agir. Elsa, intriguée, accepta et glissa l’amulette autour de son cou, sans plus discuter. Elle prit le chemin de la plantation, le pas léger, les pensées flottant entre les vers d'une nouvelle chanson et le sourire d’un rêve. Elle devait d’abord passer chercher Keylan. Mais au détour du chemin, un vroum rapide la tira de ses pensées. Une voiture surgit et splash... l’éclaboussa de la tête aux pieds. — Eh ! Vous êtes complètement inconscient ou quoi ? Regardez ma robe ! grogna-t-elle en faisant la moue, visiblement plus vexée que blessée. La voiture pila aussitôt. La portière arrière s’ouvrit doucement… et un homme en descendit. — Je suis vraiment désolé, mademoi—... Il ne termina jamais sa phrase. Le temps sembla se suspendre. Leurs regards se croisèrent. Choc. Silence. Une onde étrange, puissante, les traversa tous les deux. Arturo resta figé, les yeux ancrés dans ceux d’Elsa, comme s’il venait de reconnaître un fragment de lui-même perdu depuis toujours. Elsa, elle, sentit son cœur s’emballer. Sa bouche s’ouvrit pour parler… mais rien ne sortit. Un frisson parcourut sa nuque. L’amulette se réchauffa légèrement contre sa peau. Le monde pouvait bien s’écrouler autour d’eux… ils ne voyaient plus rien. Que l’un l’autre.
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