chapitre 07

1071 Words
Il venait d’arriver dans l’entreprise. Installé sur le fauteuil qui avait appartenu à son père, il se fit appeler par sa secrétaire. « Lise, apporte-moi une tasse de café noir, bien serré, sans sucre, ainsi que tous les dossiers que je dois traiter aujourd’hui, ceux qui sont au programme, bien sûr. » « Très bien, monsieur Vidal. » Le clic annonça la fin de l’appel. Il se laissa retomber dans son fauteuil, perdu dans ses pensées. Son rêve d’hier soir le hantait encore. Elle est d’une beauté fascinante… murmura-t-il pour lui-même, en caressant sa barbe de deux jours. Quand est-ce qu’on se reverra enfin, mon amour ? Perdu dans cette rêverie, il sursauta lorsque son téléphone vibra violemment sur le bureau. « Allô ? » « Hé, tu ne reconnais plus la voix de ton vieux pote, c’est ça ? » ricana Pablo. « Vas-y, crache le morceau, Pablo, qu’est-ce que tu veux ? » « Je t’invite en boîte ce week-end, vieux. Il est temps de te décoincer un peu. » « Pablo, on est mardi, arrête la bière, ça te fait du mal. » La voix de Pablo vira au sarcastique : « Quoi ? Tu veux te transformer en saint à cause de ta femme de nuit imaginaire ? » Un éclair de colère monta en lui. « Va te faire engueuler, idiot ! » lança-t-il avant de raccrocher brutalement. Il se demanda ce qui lui avait pris de confier ça à Pablo. Juste à ce moment, la porte s’ouvrit, laissant entrer sa secrétaire, élégante et impeccable. Elle s’avança avec une tasse de café noir fumante et un dossier bien organisé. Il prit une longue gorgée, savoura l’arôme amer avant de plonger dans le travail. Plantation Vidal. Nous sommes dans la plantation de café de la famille Vidal, un océan vert où des dizaines de cueilleurs sont accroupis, sélectionnant avec soin les grains de café bien mûrs, prêts à devenir ce fameux breuvage mexicain délicieux. Au loin, une jeune cueilleuse, Elsa, arbore un large sourire tandis qu’elle chantonne une mélodie légère en récoltant les grains. « Elsa, qu’est-ce qui te met de si bonne humeur aujourd’hui ? » demanda Keylan en souriant. « Oh, Keylan, si tu savais le rêve que j’ai fait hier... » répondit-elle, les yeux brillants. « Ah, encore ton fameux mari de nuit, hein ? » lança Keylan en riant. Elsa le regarda, un brin sérieuse. « Non, Keylan, ce n’est pas un mari de nuit. Il est réel, je te jure. Il me l’a prouvé hier, mon ami. » « Oh là là, ma pauvre chérie, réveille-toi, ce gars ne vaut rien, crois-moi. » « Non, Keylan, je le sens au plus profond de moi. Le b****r, les caresses que nous avons échangés… ce n’était pas qu’un simple rêve. » Keylan secoua la tête en riant et tapota le front d’Elsa : « Tu m’as perdue là, ma belle ! » Mais Elsa, sûre d’elle, répliqua : « Tu ne m’as pas perdue. Il est bien réel, crois-moi. Il fallait voir comment nous nous sommes embrassés. » « Oh Elsa, ma pauvre, les maris de nuit sont toujours comme ça, il faut beaucoup prier… » dit Keylan, moitié moqueuse, moitié compatissante. « Arrête avec ça, ce n’est pas un mari, c’est mon conjoint. Celui que mon cœur aime. » Keylan sourit en coin : « Quand tu te mets une idée en tête, c’est foutu, tu deviens trop têtue, pardon. » Elsa haussa les épaules, fière : « Oui, c’est vrai. Mais sois heureuse pour moi au lieu de me juger. » « Comment l’être, ma chérie, alors que tu t’es prise d’affection… » « Non, je suis amoureuse. C’est différent. » Elle le dit avec fierté. « Oui, oui, amoureuse d’un fantôme peut-être… » fit Keylan en riant. Elsa sourit, confiante : « Il est réel, Keylan, j’en suis sûre. » « Ok, ok, c’est bon, on t’a perdue définitivement ! » s’exclama Keylan en riant. Soudain, Bruno apparut de nulle part, les bras croisés : « Je crois que vous avez été engagées pour travailler, pas pour jacasser comme deux pipelettes. » « Excusez-nous, monsieur ! » dirent-elles à l’unisson, un brin gênées. Bruno, sans perdre son calme, répondit sèchement : « Reprenez votre travail immédiatement. Et toi, Mademoiselle Keylan, dans mon bureau. Tout de suite. » Il la scruta intensément du regard avant de s’éloigner, imposant. Alors qu’il prenait la route, il se retourna une dernière fois vers elle, lançant un regard à la fois lourd de sous-entendus et mystérieux, avant de disparaître complètement de leur champ de vision. Elsa lança un regard complice à Keylan : « Hmm… Quels étaient ces regards que monsieur Bruno vient de te lancer, ma belle ? » Keylan, gênée, répondit vite : « Quoi ? Mais Elsa, c’est mon patron, voyons… » « Je n’ai jamais dit le contraire », répliqua Elsa, un sourire en coin. « On vient vraiment de deux mondes différents, c’est ça le problème. » Elsa haussa les épaules : « Arrête avec tous ces clichés à la noix, ma belle. Ces stéréotypes sont dépassés, personne n’y prête plus attention. » « Oh ma pauvre, tu es encore une enfant qui croit aux contes de fées. Réveille-toi, Keylan. » « Tu penses vraiment que les riches laisseraient leurs enfants épouser des filles comme nous ? » « Non, ma belle, réveille-toi, mon chou. » Keylan reprit, plus douce : « Hum, Elsa, on n’a qu’une vie, il faut la vivre à fond, tout en restant dans les grâces du Seigneur, bien sûr. » Elsa hocha la tête, un peu plus sérieuse : « Oui, je suis d’accord. Mais chacun doit rester à sa place. » « Je ne pense pas que monsieur Bruno ait toujours ces idées préconçues. » « Lui, non. Moi, oui. Et je me protège, pour préserver mon petit cœur. » « Hmm, t’es vraiment bizarre, toi. » « Si tu le dis… Moi, je garde les pieds sur terre. Je ne passe pas mon temps à rêvasser comme toi. » Elsa sourit malicieusement : « Hmm, si tu le dis… Dis plutôt que tu vas retrouver ton amoureux ! » dit-elle en tournant sur elle-même, dansant presque. « Idiote, va. » « Ouais, c’est ça, Madame Vidal ! » dit Elsa en souriant, taquine. Keylan lui lança un regard noir : « Idiote ! »
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