Chapter 6

3039 Words
Rav’Hen Le soir même à Hedera. C e soir-là, pendant que Sylvestre méditait les paroles de Morgane, Joe passa la soirée chez Ludivine pour fêter l’anniversaire d’Erïa. Tout le monde regrettait Sylvestre, surtout Erïa et Ellunia, cependant, l’ambiance était joyeuse et remplie d’éclats de rire. L’heure était à l’insouciance. Ludivine pénétra dans la pièce avec un énorme gâteau à la crème sur lequel brûlaient 15 bougies. Au moment où elle franchit le seuil de la porte, Ellunia éteignit la lumière et ils entonnèrent tous un vibrant « joyeux anniversaire » qui émut Erïa. Les larmes aux yeux, elle ne put que baisser la tête et observer avec grand intérêt les motifs de la nappe devant elle. Alors que Ludivine découpait le gâteau en parts égales, une alarme se mit à hurler. Un instant plus tard, les premiers cris de panique se firent entendre dans le bâtiment. À l’extérieur, rampant sur le mur comme une bête sombre, une fumée noire s’éleva subitement éteignant une à une les étoiles dans le ciel. L’immeuble était en flammes. — Tout le monde dehors ! Cria Ludivine. Dépêchez-vous. Elle s’apprêtait à sortir à leur suite quand elle fit subitement volte-face. — Qu’y a-t-il, mademoiselle Iris ? Demanda Erïa inquiète. — Le dossier que j’ai dans mon coffre, dit-elle précipitamment, il est trop important pour le laisser brûler. Sortez, je vous rejoins. Les trois amis acquiescèrent et se ruèrent hors de l’appartement. Une épaisse fumée âcre les attendait dans le couloir et un rideau de flammes condamnait l’unique sortie. Au fil des secondes, la chaleur de l’incendie se mua en véritable fournaise et l’air se raréfiait de façon alarmante. Tandis que les trois amis toussant et fuyant la chaleur infernale de l’incendie retournèrent dans l’appartement de Ludivine, la vitre du salon vola en éclat. De l’autre côté de la fenêtre se tenait Élédor perché sur une échelle. — Vite, dit-il en faisant un geste de la main, par ici. Quand Erïa, Ellunia et Joe arrivèrent en bas, Ludivine entama à son tour la descente. Alors qu’elle n’était encore qu’à la moitié du chemin, un immense corbeau aussi noir que la nuit piqua sur elle dans un cri rauque et lui arracha le dossier qu’elle avait sauvé des flammes. Elle poussa un cri de détresse au moment où elle perdit l’équilibre, mais la main ferme d’Élédor la préserva d’une chute mortelle. Le corbeau plongea droit sur Erïa et passa si près d’elle qu’elle fut giflée par l’une de ses ailes. Dans un pur réflexe, elle tendit le bras pour attraper le dossier qu’il tenait dans son bec, mais sa main se referma dans le vide. Il était bien trop rapide. Cependant elle réagit promptement, et avant que l’oiseau voleur ne disparaisse dans une ruelle latérale, elle s’élança à sa poursuite. Joe soupira devant la tournure des événements. Il prit délicatement Ellunia dans ses mains, car il savait qu’elle ne pourrait les suivre à la seule force de ses petites ailes, puis rejoignit Erïa dans sa course effrénée. Ils pourchassèrent le corbeau dans un dédale de venelles sombres pendant de longues minutes, sans se rendre compte que ce dernier gardait une distance constante entre eux, comme à dessein. Il prit de la hauteur, poussa un cri lugubre, puis disparut par la fenêtre cassée d’un vieil hôtel en ruine. Erïa et Joe s’arrêtèrent devant l’immeuble et reprirent leur souffle, tandis qu’Ellunia l’observa en silence non sans une certaine appréhension. — J’aime pas ça, dit Joe en fixant la sombre ouverture par laquelle le corbeau était entré. On ferait peut-être mieux d’aller chercher mademoiselle Iris et Élédor. J’ai un mauvais pressen… . — Non ! Le coupa Erïa d’une voix ferme. Si on retourne là-bas, ce maudit volatile en profitera pour s’enfuir à nouveau. Il doit avoir son nid quelque part à l’intérieur, allons-y et tâchons de récupérer le dossier. Les portes de l’hôtel n’étaient pas verrouillées, et lorsqu’Erïa les poussa, elles grincèrent de sinistre manière. Ils se retrouvèrent alors dans un grand hall autrefois majestueux, mais aujourd’hui, le temps et l’abandon avaient inlassablement fait leurs œuvres de sapes. La peinture s’écaillait, la poussière recouvrait toutes surfaces comme un triste linceul, et les toiles d’araignées pendaient des plafonds telles des draperies funèbres. Une légère odeur de moisi flottait dans l’air et les sons se répercutaient en écho sur les murs nus et délabrés. — C’est vraiment lugubre comme endroit, dit Ellunia en réprimant un frisson. — C’est vrai, répondit Joe en regardant nerveusement autour de lui. Je suis sûr qu’il y a des fantômes ici. — C’est juste un vieil immeuble en ruine, les apostropha Erïa. Arrêtez de faire vos fillettes et suivez-moi, on doit retrouver le dossier de mademoiselle Iris. Elle se dirigea d’un pas conquérant vers un immense escalier en marbre montant doucement à l’étage. La sueur, perlant maintenant de son front, n’était plus due à la course-poursuite dans les rues d’Hedera. Au premier étage, le sol était recouvert d’une vieille moquette rongée par les mites et encombrée de gravats tombés, de-ci de-là, du plafond et des murs décrépis. Ils se tenaient dans un immense couloir bordé de portes numérotées. Quelques-unes étaient fermées, d’autres, ouvertes ou entrebâillées, certaines manquaient carrément. — Inutile de s’attarder ici, dit Erïa en chuchotant. Le corbeau est entré dans une des chambres du second étage, c’est là-bas que nous le trouverons. Comme pour confirmer cela, un croassement rauque résonna dans une pièce au-dessus d’eux. Ils traversèrent le long couloir avec circonspection à la recherche d’un accès vers l’étage supérieur. Malgré les fanfaronnades d’Erïa, ils étaient tous très tendus, oppressés par l’ambiance inquiétante des lieux. Alors qu’ils étaient sur le point d’atteindre un second escalier, Joe passa devant une chambre dont la porte manquée et se figea, les cheveux dressaient sur la tête. — Là…, là, dit-il d’une voix blanche en tendant une main tremblante en direction de la chambre. Il y a une…, une chose. Erïa s’arrêta net, pâle comme un linge, les yeux exorbités, et tourna la tête au ralenti persuadée qu’il venait de voir un fantôme. Dans la chambre, se tenant sur un lit éventré, se trouvait une drôle de créature. Elle ressemblait à une ombre de forme humanoïde mesurant approximativement 1,70 m et possédant de longs membres filiformes, mais le plus impressionnant était sans conteste ses yeux : Énormes, globuleux, et d’un rouge sang profond. Quand elle remarqua enfin les trois amis, elle poussa un cri, une sorte de râle ressemblant au dernier soupir d’un mourant, puis plongea dans l’ombre autour du lit où elle disparut comme avalée. — Vous avez vu ? Demanda Joe effrayé. C’est sûrement l’un des fantômes hantant l’hôtel. Ellunia sourit en le regardant : — Ce n’était pas un fantôme, dit-elle doucement, c’était un Délabreur. Ils infestent souvent les lieux abandonnés comme ici, car ils se nourrissent de la décrépitude des choses. C’est d’ailleurs en grande partie à cause d’eux que tout finit par tomber en ruine un jour ou l’autre. — Bon sang ! S’écria Erïa. Tu m’as fichu une peur bleue, je croyais que tu avais vu un véritable fantôme. La prochaine fois fait attention avant de t’affoler, reprit-elle légèrement irritée. — Mais, s’exclama-t-il, comment veux-tu que je sache que cette… chose est inoffensive. Elle soupira : — Oui, je sais. Excuse-moi. Je suis un peu tendue par cet endroit. N’en parlons plus, dit-elle en souriant. — Ne t’excuse pas, répondit-il avec sincérité, moi aussi, j’ai peur des fantômes. Erïa le regarda en plissant des yeux, puis bomba le torse avec suffisance : — J’ai pas peur d’eux, répliqua-t-elle sur un air de défi, c’est juste que je ne les aime pas, c’est tout. À ce moment précis, le corbeau poussa un nouveau croassement sinistre la faisant sursauter. — Foutu volatile, s’écria-telle en tendant le poing vers le plafond, puis elle emprunta l’escalier avec la ferme intention de lui clouer le bec. Lorsqu’ils arrivèrent finalement au second étage, ils se trouvèrent à nouveau dans un couloir bordé de portes numérotées. Cependant il y en avait beaucoup moins, et malgré le délabrement avancé des lieux, ils sentirent à quel point l’endroit avait autrefois était luxueux. — La porte du fond, dit Erïa en se dirigeant dans sa direction, c’est dans cette pièce que ce fichu corbeau est entré. La porte n’était pas fermée et s’ouvrit sans difficulté. Ils pénétrèrent alors dans une immense chambre jadis somptueuse. Tout avait subi le dur ravage du temps ainsi que l’appétit des fameux Délabreurs. Le lit, rouillé, gisait comme un animal agonisant au centre de la pièce. Près de lui une armoire, ou ce qui en restait, était affaissée sur un côté et tenait miraculeusement encore debout grâce au mur sur lequel elle était appuyée. Aucun meuble dans la chambre n’avait survécu ; même la table de nuit pourtant massive et réalisée dans un bois épais n’était plus qu’un tas de planches vermoulues. Au fond de la chambre, se trouvant à un petit mètre de la table de nuit ruinée, une porte pendant sur un gond marquait l’entrée de la salle de bain ; venant de cette dernière, le cri rauque du corbeau résonna une fois encore. Les trois amis se précipitèrent dans cette direction jusqu’à ce qu’ils se figent, les cheveux sur la tête, quand la porte de la chambre se referma dans un claquement sourd. Ils tournèrent la tête à l’unisson, horrifiés à l’idée de voir un spectre se tenant sur son seuil, néanmoins, ce ne fut pas un fantôme qui se tenait devant la porte fermée, mais un étrange et sombre personnage. Cet homme, car il semblait en être un, les fixait de ses yeux ébène avec un petit sourire cruel. De taille moyenne, il arborait des vêtements unis faits de plumes d’un noir profond, et sur son épaule droite, se tenait un corbeau aux yeux laiteux les observant sans ciller. — Vous voilà enfin, dit-il d’une voix froide dénuée de toutes émotions. À peine eut-il terminé sa phrase que le corbeau se trouvant dans la salle de bain passa au-dessus des têtes abasourdies des trois amis et se posa sur l’épaule gauche de cet inconnu autant mystérieux qu’inquiétant. — Qui êtes-vous ? Demanda Erïa sur la défensive. L’homme la regarda un moment en silence, puis lui répondit : — Je m’appelle Rav’Hen. Je suis le seigneur des corbeaux, dit-il d’un ton neutre. Ne m’en tiens pas rigueur jeune Erïa, car je n’ai aucun grief personnel contre toi, mais je vais néanmoins prendre ta vie et t’envoyer dans un monde plus clément pour ton âme innocente. Joe fit un pas en arrière. — C’est…, c’est le tueur envoyé par Vixar, dit-il d’une voix blanche. Erïa plongea en un éclair ses mains sous sa veste pour se saisir de ses dagues, mais un instant plus tard ses bras retombèrent le long de son corps. Elle venait de se souvenir avec horreur que Ludivine les lui avait confisquées. — Réjouissez-vous jeune Erïa, je ferai en sorte que ce soit indolore. — Je suis désolé monsieur l’corbac, mais ne croyez pas que je vais me laisser faire, dit-elle en serrant ses poings. Ellunia, reprit-elle d’un ton ferme et rapide, est-ce que tu pe… . Elle n’eut pas le temps de préciser sa pensée qu’Ellunia entonna un chant. Autour de Rav’Hen, l’air se mit à onduler et une pluie d’épines surgissant du néant s’abattit sur lui. Entièrement pris dans cette tempête acérée, sa silhouette disparue derrière cette tourmente impitoyable. Ses deux corbeaux surgirent de ce maelström à tire d’ailes et trouvèrent refuge sur la vieille armoire délabrée. Lorsque l’ouragan d’épines s’estompa, les trois amis s’attendaient à trouver le corps inerte de l’assassin, pourtant, quelle ne fut pas leur surprise de voir un dôme fait de plumes noires le protégeant. Quand la dernière épine disparut dans un ultime éclat magique, les plumes de l’étrange dôme se déplacèrent d’elles-mêmes et reprirent leurs places sur le corps indemne de leur ennemi, en redevenant le vêtement qu’il portait juste avant la vaine attaque d’Ellunia. — Inutile, dit ce dernier sans colère, vous n’avez aucune chance de m’échapper. Lorsqu’il termina sa phrase, ses deux amis à plumes retournèrent tranquillement sur ses épaules. — Ne soyez pas si sûr de vous, s’écria Erïa avec colère détestant se sentir impuissante. Vous êtes seul et sans armes, et ce ne sont pas vos maudits volatiles qui vont vous aider. Rav’Hen sourit devant la colère non dissimulée d’Erïa, montrant clairement qu’elle était désespérée. — Je suis peut-être seul, dit-il avec calme, mais je suis loin d’être désarmé. Il fit un geste désinvolte de la main et plusieurs plumes se plantèrent en vibrant aux pieds d’Erïa, qui instinctivement, fit un bond en arrière. — Allons, reprit-il doucement en s’avançant vers elle, laissez-vous faire, ce ne sera pas douloureux. Joe, dans un élan héroïque qui le surprit lui-même, se plaça devant Erïa, les poings brandis, prêt à la défendre au péril de sa vie. — Ton acte est noble, dit Rav’Hen, mais vain. Par chance pour toi, j’ai pour principe de ne jamais tuer d’autres personnes en dehors de celle visée par mon contrat, ceci dit, si tu continues à te dresser contre moi, je te briserais les bras et les jambes avec un grand plaisir. Joe pâlit, mais ne recula pas. Alors que l’assassin semblait avoir baissé sa garde, Ellunia entonna un nouveau chant magique. Rav’Hen réagit promptement, et tout en claquant des doigts, cria : « Ken°Jisu°Rys°Dael°Sylh°Chu°Dael° ». Ellunia, pétrifiée de terreur, était devenue muette. — Ne t’inquiète pas, ce maléfice se dissipera tout seul dans quelques heures, maintenant que tu es devenue totalement inutile, je te conseille vivement de te terrer dans un coin et de ne plus en bouger. Rav’Hen se tourna de nouveau vers Erïa et Joe terrifiés, quand la porte de la chambre s’ouvrit à la volée devant Élédor et deux de ses hommes. L’assassin vit volte-face et, alors que ses deux corbeaux filèrent par la fenêtre en poussant des croassements haineux, fit un bond suivi d’une roulade pour se retrouver dans l’angle de la chambre près de la vieille armoire décrépite. De ce coin-là, il faisait face à tous ses adversaires, Erïa et Joe compris. Élédor et ses deux hommes étaient tous les trois vêtus de longue redingote noire leur descendant jusqu’aux chevilles, cachant ainsi habilement une fine cote de maille et le fourreau de leur épée. Ils portaient également un chapeau noir à large bord surmonté d’une longue plume bleue. — Ça va ? Leur demanda Élédor en s’approchant d’eux tandis que ses deux hommes s’avançaient l’épée à la main en direction de l’assassin. Erïa acquiesça de la tête pour le rassurer. Tout à coup Rav’Hen passa à l’action. D’un geste rapide du bras, il lança plusieurs plumes sur le premier chevalier Celiannan qui évita l’assaut en plongeant derrière ce qui restait du lit. D’un bond et sans accorder le moindre regard à son adversaire, il se jeta sur le second chevalier et prononça d’une voix forte : Nals°Dael°Yaen°Chu°Dael°- Lya°Yaen°Ian°Lyali°Yaen°Dael°. À l’aide de ses seuls index et dans un mouvement fluide et gracieux, il porta trois coups consécutifs d’une précision et d’une rapidité inouïe dans le sternum de son adversaire. L’homme d’Élédor cligna plusieurs fois des yeux, stupéfait, se demandant comment de simples doigts avaient pu le blesser malgré sa cotte de mailles, puis s’effondra sur le sol dans un bruit sourd. Sans perdre la moindre seconde, l’assassin fonça sur le premier chevalier venant juste de se relever. Ce dernier, parfaitement entraîné, cala ses talons dans le sol et se tint prêt pour contrer l’imminent assaut. La première passe d’armes fut fulgurante. Rav’Hen tenta, toujours à l’aide de ses index, de percer les défenses du chevalier, mais son vis-à-vis para habilement les trois assauts avec sa lame. L’homme d’Élédor, pourtant un vétéran, ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en se rendant compte que les mains de Rav’Hen étaient aussi dures que l’acier et que les plumes recouvrant ses vêtements s’étaient d’elles-mêmes imbriquées les unes aux autres comme une véritable armure d’écailles. Un instant plus tard, il se rendit également compte qu’elles avaient la solidité de l’acier quand son épée ricocha sur la poitrine de l’assassin sans lui faire le moindre mal. Néanmoins cela ne le découragea pas et redoubla d’efforts pour prendre l’avantage face à ce dangereux adversaire. Après un échange de coups brutaux, il réussit à dévier les deux mains de l’assassin, chacune d’un côté, après une double attaque gauche-droite ultra rapide. Sachant qu’il venait de prendre un avantage décisif, il leva son épée au-dessus de lui pour porter le coup de grâce. Ce coup ne vint jamais. Il sentit ses forces l’abandonner rapidement et sa vue se troubler. Il chancela, puis s’écroula, une minuscule plume verte plantée dans son cou, une plume empoisonnée. Élédor serra les dents : deux de ses hommes, deux de ses meilleurs amis gisaient face contre terre sur le sol froid de la chambre. Il poussa alors un cri de guerre terrible et chargea Rav’Hen avec un regard déterminé. Il savait que le tueur était un combattant redoutable, il ne pouvait pas être moins que cela après avoir vaincu aussi facilement deux de ses meilleurs hommes. Il se força alors à se calmer, perdre son sang-froid face à un tel adversaire était synonyme d’une mort certaine. Il s’arrêta donc à un bon mètre de lui, prit une profonde inspiration et commença à pas compté la danse macabre du combat. Rav’Hen était lui aussi conscient de la force d’Élédor. Il sentait que la moindre erreur de jugement pourrait lui être fatale. Il se concentra intensément et focalisa toutes ses pensées sur ce combat. Lentement, dans un silence crispant, les deux hommes se tournèrent autour sans se quitter des yeux. Sans signe avant-coureur, ils se jetèrent l’un sur l’autre. Dans un sinistre ballet mortel, les deux combattants portaient et paraient des coups à une vitesse éblouissante. Les deux hommes étaient des maîtres dans leur domaine, leurs techniques étaient parfaites, leurs déterminations sans faille. Cela faisait bien cinq minutes qu’ils échangeaient des coups, pourtant le rythme ne baissait pas. La chorégraphie de leur danse sanglante menée tambour battant ne semblait jamais devoir se terminer. Élédor portait attaque sur attaque, feinte sur feinte, parade sur parade, sans jamais réussir à prendre l’avantage ne serait-ce qu’une seconde. Rav’Hen sentait lui aussi que ce combat risquait de s’éterniser. Il réfléchissait à toute vitesse, car il était bien conscient que le temps lui était compté. Plus il resterait ici, plus les chances que les deux derniers chevaliers, ceux surveillant la maison de Sylvestre, pouvaient arriver et changer en sa défaveur l’issue de l’affrontement. Il eut alors une idée. Il fit un léger bond vers l’arrière, et dans un enchaînement synchrone, projeta plusieurs plumes en direction d’Erïa. Elles passèrent largement au-dessus d’elle, son but n’était pas de la tuer, pas encore, mais de déconcentrer Élédor. Ce faisant, il laissa une ouverture dans sa défense qui n’échappa pas à son talentueux adversaire. Élédor leva son épée, mais au moment où il l’abattit sur Rav’Hen, il fut contraint de faire un pas sur la gauche pour l’empêcher de prendre une nouvelle fois Erïa pour cible. Cela lui fut fatal. Rav’Hen bloqua la lame de son épée en joignant ses mains au moment où elle allait l’atteindre, et d’un geste vif, l’arracha de ses mains pour ensuite la jeter à travers la pièce. D’un mouvement continuant le précèdent, il s’apprêta à lui porter le coup de grâce en visant son sternum de ses terrifiants index… quand un coup de feu retentit. Rav’Hen écarquilla les yeux et s’effondra. La balle du revolver que tenait Élédor l’avait embrassé, laissant sur son front, d’un rouge sanglant, la trace du b****r de la mort. — Pfiuu ! Siffla-t-il, les armes Gaïanneennes sont redoutables d’efficacité. Il s’approcha de Rav’Hen, mais fit un bond en arrière, son corps était en train de changer. Il se ratatina, subissant une sorte de mutation. Le nez et la bouche s’allongèrent et se solidifièrent, se transformant progressivement en un bec noir. Sa peau quant à elle s’assombrissait, se constellant de plumes. Le corps de Rav’Hen devenait progressivement celui d’un corbeau. Joe qui s’était dirigé vers la fenêtre pris d’une soudaine intuition laissa échapper un cri de surprise en montrant du doigt quelque chose à l’extérieur : — Un… un des corbeaux, il se change en Rav’Hen, dit-il effrayait. Un instant plus tard dans la rue, Rav’Hen le fixa d’un regard noir puis s’enfuit dans la nuit. Sur le sol de la chambre, un corbeau aux yeux blancs gisait dans une mare de sang.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD