En grimpant dans ma bagnole, je repensais au corps horriblement sexy de l'Alpha et même si j'avais été vaccinée contre l'attraction lupine il y a de ça treize ans, quand l'un d'entre eux m'avait larguée au bord de la route comme une poubelle puante, je devais admettre que c'était un très beau spécimen. Loin de moi, l'idée de me jeter dans ses bras mais regarder n'avait jamais engrossé personne.
- Habituellement, je fais peur quand je fais ça, avait-il dit le plus naturellement du monde, les bijoux de famille à l'air.
A qui allait-il faire croire ça ? Peut-être que les mâles verraient leurs vies défilées ou que des humaines tomberaient en pâmoison mais aucune surnaturelle digne de ce nom ne détournerait les yeux. Surtout pas moi.
L'espace d'un instant je me demandais ce que pouvait bien me vouloir cet homme. La réalité me rattrapa bien vite quand je sentis mon pouvoir se remette en marche. Le chariot et la mort, une combinaison assez claire pour que je comprenne que je devais m'éloigner rapidement. Il s'agissait probablement de goules. Je ne comptais pas m'attarder pour en être sûre. Ce brusque retour à la réalité, mit mes hormones en pause et mon cerveau reprit le dessus en travaillant à deux mille à l'heure. Je craignais de connaître l'identité du maître de ma mère. Mais une réunion de famille à cette heure indue de la nuit n'était pas dans mes projets. J'aurais peut-être tout de même dû tenter de la suivre, mais j'étais crevée et faire face à des vampires surexcités et dopés par la disparition temporaire du soleil dans mon état, était suicidaire. Je préférais les affronter en plein jour, somnolents ou, au mieux, au plus bas de leur réserve d'énergie. Alors, je décidai de rentrer à la maison.
Le seul bijou que je portais une bague magique qu'un ami sorcier m'avait offerte étincela a mon index. Il ne s'agissait pas d'un quelconque symbole d'appartenant ou de promesse. Cornelian Silverling était juste prévenant et il adorait mes filles. Il avait donc créé cette merveille, ornée d'un saphir qui chauffait et devenait noir si mes enfants étaient en danger. Enfin en théorie car bien heureusement, elle n’avait jamais changé. La voir me rappela que j’avais complément oublier ma meilleure amie qui les gardait et attendait un signe de moi, depuis mon arrivée a la nouvelle Orléans. Grimaçant, je pris le téléphone et composai le numéro de Veronica. Je comptai jusqu'à trois et la laissai fulminer. Les bonsoirs, c'était surfait, après tout.
- C'est à cette heure-ci que tu appelles . Nom de Dieu, tu sais qu'il y en a qui se font du souci par ici ? Mais non, tu n'en as rien à foutre, n'est-ce pas.
Veronica Pallas alias Vé, mon amie de toujours, depuis l'époque de couche culotte et jusqu'à aujourd'hui, ne m'avait jamais fait défaut. Fatiguée, j'eus le malheur de l'interrompre en soufflant.
- Vas-y, dis simplement que je t'emmerde, nous irons plus vite ! siffla-t-elle.
Les sorcières étaient pires que des furies, si ce n'est que ces dernières n'étaient qu'un mythe. Si on tendait un bras à Veronica alors qu'elle était en colère, elle le rongeait jusqu'à l'os. Alors, je la stoppai avec un :
- Je vais bien, Vé. Je suis désolé, ajoutais-je l'ai air embarrassé.
- Heureuse de savoir que tu ne nous seras pas livrée dans une boîte ! s'égosilla-t-elle.Ce n'était pas tant la colère qui animait Veronica qui me fit m'adoucir, mais bien l'inquiétude qui perçait dans sa voix. Elle avait beau râler, c'était pour mieux appréhender cette peur qui la taraudait à chacune de mes missions. Et puis la Nouvelle-Orléans c'était l'équivalent de l'enfer pour elle comme pour moi.
- Alors, pourquoi tu n'appelles que maintenant, Jones ? Je me suis fait un sang d'encre !
- Les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu.
- m***e, c'est toujours aussi horrible que ça . Ce n'est pas le coven qui t'emmerde ? Non, non, elles n'oseraient pas.
Sans me laisser le temps d'en placer une, elle continua ses scénarios-catastrophes.
- Les vampires ? Non, je pense que tu en ferais ton affaire. m***e, elle s'est relevée. Je savais que cette vieille bique ne pouvait pas mourir aussi facilement. Mince, j'ai parlé à voix haute, hein. Désolée, ma chérie, mais tu sais déjà que ce n'était pas le grand amour entre nous.
Effectivement, je le savais, je n'en pris pas ombrage. Pour ma mère, les sorcières étaient toutes des putains qui se triballaient nues dans les forêts. Je ne pouvais en vouloir à Vé.
- Est-ce que tu vas bien ? Tu as dû t'en occuper . Je suis une amie déplorable ! Je n'ai pas pensé à ton ressenti, énonça-t-elle sans prendre le temps de respirer.
- Cesse de paniquer, je vais bien, répétai-je.
Je ne pouvais rien dire d'autre sur mon état actuel sans qu'elle sache que je lui mentais. Physiquement, c'était vrai, il n'y avait eu aucun dégât. Je ne pouvais pas en dire autant de mon mental. De plus, je n'avais pas eu assez de temps pour une introspection de ce côté-là. Je décidais de changer habilement de sujet.
- Vicky et Cathy t'ont mené la vie dure.
- N'importe quoi ! Tes filles sont des amours. Elles dorment comme des marmottes, mentit Vé.
- C'est ça, et moi, je suis la marmotte qui met le chocolat dans le papier alu, rigolai-je.
J'entendis mes filles glousser. Oui, avoir une super ouïe était foutrement utile pour espionner les conversations. Cela me rassura sur leur santé. Je leur parlais rapidement de ma journée, omettant la partie morgue et cimetière, même si je savais que c'était inutile. Elles étaient nées louves et même si elles n'avaient que 13 ans, elles avaient plus de maturité que moi quelquefois. Au lieu de plomber l'ambiance, je parlai de boutiques et des rues animées. Elles savaient que je biaisais, mais ne firent aucune remarque. Des éclats de rire plus tard, une bise et je raccrochai le sourire aux lèvres. Mais l'angoisse familière d'être séparée de ma famille réapparut très vite. Mes doigts se crispèrent sur le volant quand je me rappelais les circonstances qui m'avaient conduit à quitter la Nouvelle-Orléans autrefois. Larguée par mon petit ami qui m'avait mise en cloque, j'avais enduré toutes les méchancetés que ma mère pouvait débiter pour qu'ensuite elle me jette à la rue sans un sou en poche.Cette ville était pleine de souvenirs désagréables. Je devais vite régler la situation pour quitter ce lieu maudit au plus vite. Rassérénée par cette décision, je ne mis pas longtemps à arriver au domicile de ma mère.
La maison était comme dans mes souvenirs. Immense et sombre. Ma mère avait une passion pour les choses anciennes. Alors après la lune blanche, catastrophe où la nuit avait duré toute une vie d'homme et qui avait changé une grande partie des habitants de la planète en être surnaturel, elle avait su tirer avantage de la situation quand la peur et la panique avaient obligé les gens à quitter la ville. Le phénomène était mondial, il n’y avait donc aucun endroit où se cacher mais plus personne ne réagissait logiquement, personne mise a part ma mère. Madame Queen avait réussi à racheter cette demeure gothique pour une bouchée de pain. Une très belle affaire. Les murs avaient une architecture ornée de statues. Pas très loin du cliché vampire d'ailleurs, les gargouilles en moins. Je n'y avais jamais réfléchi mais à cette période, elle espérait peut-être encore que mon père revienne.
J'allais introduire la clef dans la serrure de la vieille bâtisse quand je me rendis compte que la porte était déjà entrouverte. J'eus comme un mauvais pressentiment. Je m'attendais presque à voir ma génitrice assise tranquillement dans son salon, entourée de vampires. Je sortis donc mon pistolet et allais pénétrer dans la maison sans prendre le temps de réfléchir. Enfin pas tout à fait : mes dons ne m'avaient rien révélé, ce qui me poussait à croire que les intrus s'étaient déjà volatilisés. Avant que je ne puisse entrer, un grand loup blanc me dépassa tous crocs dehors. Je jurai avant de le suivre. La maison était sens dessus dessous, tout avait manifestement été fouillé et détruit. De rage, je balançai mon pied dans le buffet en marmonnant des injures. Cinq petites secondes plus tard, le loup rappliquait, m'offrant à nouveau une vue magnifique sur son corps.
- Nom d'un chien, Alferov, vous êtes pire qu'une mouche à m***e, ma parole ! Je croyais vous avoir chassé de ma vie, en tout cas pour la nuit.
S'il était offensé de ma comparaison, il n'en montra rien, continuant de fixer chaque recoin.
- Vous avez un problème de nuisible, finit-il par marmonner.
Je levai les yeux au ciel.
- Non, sans blague, vous croyez . Bizarre, je ne me rappelle pas avoir appelé les exterminateurs. Que faites-vous là ? fulminai-je.
Il m'ignora purement et simplement. Téléphone à la main, il se déplaça dans la cuisine afin de continuer sa communication en privé. Puis, après deux autres minutes, il revint, me lançant un regard bienveillant. Ce s******d me prenait-il en pitié ?
- Il y avait trois vampires dans cette maison, mon équipe ne devrait pas tarder à rappliquer.
- Excusez-moi ? Votre équipe ? Et que vient-elle faire ?
- Miss Queen, après toutes ces émotions, je conçois que vous soyez perturbée. Soyons réalistes, vous aurez besoin d'un coup de main sur cette affaire. M'avez-vous bien entendu ? Il y avait trois vampires dans votre maison.
Pour qui me prenait-il ? Une vieille grand-mère ? Et puis quoi encore ? Bientôt, il me dirait quoi . Une camomille et au lit ? C'était le pompon !
- Remballez cet air condescendant, j'ai très bien compris. Et vous vous trompez, ils étaient quatre : trois sous-fifres et un maître vampire.
Je tus volontairement et je ne sais pour quelle raison la présence d'une sorcière, je sentais son sort me piquer la peau comme une centaine d'aiguilles. Une magie destinée à détecter les pouvoirs. Le coven tentait de découvrir ma nature. Il fallait avouer que ces femmes avaient un sacré culot mais elle perdait leur temps, même moi j'ignorais ce que j'étais vraiment. Et j'avais passé tous les tests du Lunamentis. Je n'étais pas complètement humaine, mes gènes étaient proches de ceux des sorcières mais je n'en étais pas vraiment une non plus. J'étais incapable de fabriquer des potions et un grand nombre de leur sort restait inaccessible pour moi. Je saluais néanmoins l'effort. J'aurai souri si l'homme de Cro-Magnon qui se trouvait devant moi ne me rendait pas complètement folle.
- Maintenant que tout est dit, je ne veux pas de votre aide, assonais-je. À qui croyez-vous avoir affaire ? À une demoiselle en détresse ? Je veux que vous fichiez le camp de chez moi et j'aimerais assez ne pas vous recroiser avant un bon moment.
Alferov me regarda comme si j'étais folle à lier. Je faisais souvent cet effet aux gens que je croisais. Il restait là, à me fixer, immobile. J'étais sûre d'avoir hurlé et du coup, aucune chance qu'il ne m'ait pas entendue. Surtout avec ses sens de loup. Pourtant et malheureusement, il ne bougea pas d'un pouce. Nous nous lançâmes dans un bras de fer visuel. Je pensai un moment qu'il avait les plus magnifiques yeux qu'il m'ait été donné de voir avant qu'il ne brise cet instant magique en ouvrant la bouche.
- En attendant, parlons de ma visite au cimetière. J'ai besoin de votre aide et souhaiterais vous engager, reprit-il lentement comme s'il s'adressait à une enfant demeurée.
- Je ne travaille pas pour les surnat. Ôtez-moi un doute, vous êtes bien un loup, non . Alors foutez-moi la paix.
Ce n'était pas complètement vrai. Je venais principalement en aide à des humains sans ressource face aux êtres surnaturels. En gros, les laissés-pour-compte. Mais je travaillais pour, et même avec des surnaturels. J'étais gardienne du Lunamentis. Bien évidemment, cela aurait été simple si ceux de La Nouvelle-Orléans avaient prêté allégeance, mais ce n'était pas le cas. J'eus envie de lui jeter au visage qu'en signant notre traité, il pourrait demander une enquête officielle. Mais la véritable raison de mon refus était que je détestais tous les loups, à l'exception de mes filles.
L'alpha recommençait. Il me regardait avec intensité comme s'il pouvait lire à travers moi. J'eus l'impression qu'il me comprenait, mais qu'il ne lâcherait pas l'affaire. Je poussai un gros soupir et regardai mon poignet à la recherche d'une montre imaginaire. Le type ne bougea pas d'un poil. Agacée, je sentais un mal de crâne poindre. Je m'attendais à ce qu'il argumente, mais il me surprit en changeant soudainement de sujet.
- Êtes-vous sérieuse ? Vous dites qu'un maître vampire a traîné dans les parages depuis assez longtemps pour que son odeur soit si bien imprégnée dans les meubles que je ne peux le flairer ?
J'y croyais pas. Venait-il seulement de percuter ? J'eus la subite envie de lui crier : eh, bienvenue au club ! La capacité de concentration limitée a cette heure-ci, c'était donc distillé en masse dans le coin ? Ouais, ça aurait sûrement détendu l'atmosphère. Mais c'est la colère qui prit le dessus. J'étais aussi surprise que lui quant à la présence de ce maître vampire. Je ne comptais simplement pas l'admettre devant témoin et certainement pas devant lui.
- M'est-il déjà arrivé de venir renifler vos slips ou votre terrier en vous accusant de fraterniser avec l'ennemi ?
- Je vous aime bien, miss Queen, mais je ne porte pas de slip, et ce que vous appelez terrier est bien plus grand que cette maison.
- Très intéressant. Allez donc continuer cette conversation avec quelqu'un qui en a quelque chose à foutre. Bonne nuit, monsieur Alferov, lui signifiai-je en indiquant la porte.
Comme pour me déstabiliser, c'était apparemment son truc, il sourit.
- Bonne nuit, miss Queen, murmura-t-il en sortant.
Je n'étais pas assez sotte pour croire qu'il était rentré chez lui. Je me contentais de souffler en le sachant hors de murs de la propriété. Maintenant que ce casse-pieds était sorti, je pourrais régler mes problèmes par ordre d'importance. Retrouver le maître de ma mère.Connaître l'identité de ce fils de p**e ne me rendait pas les choses plus faciles, loin de là. Je ne croyais pas aux coïncidences. Ces vampires avaient commencé une vendetta contre ma famille. Je ne comptais pas laisser passer une chose pareille.Je jetai un sort de confinement sur la pièce et me laissai lourdement tomber sur le canapé à moitié éventré. Les loups étaient proches et je n'avais aucune envie qu'ils entendent ma conversation. Je composai le numéro du siège du Lunamentis et attendis. Le téléphone n'eut pas le temps de sonner que Cordélia, une sorcière du cercle, me répondit, sachant parfaitement qui elle avait au bout du fil sans que j'aie besoin de dire quoi que ce soit.
- Jones, je ne te demanderai pas comment tu vas, je connais déjà la réponse. Tu devrais dormir un peu.
Je souris, Cordélia avait un don de prémonition.
- Le maître vampire de La Nouvelle-Orléans ? Ne t'inquiète pas, tu recevras tout ce que nous avons à son propos. Réunion de famille en prévision ?
Ce qui était génial, c'était qu'avec elle, on gagnait un temps fou. Effectivement, j'avais besoin de ces informations. Ce qui ne l'était beaucoup moins, c'etait ce besoin de parler pour ne rien dire. Assommant!
- Si tu poses la question, c'est que c'est toi qui as besoin de sommeil. Qu'y a-t-il ?
- Ce n'était que pour faire la conversation. Politesse, tout ça, tout ça. Et donc, rappelle-toi : on ne tue pas le messager. Je ne sais même pas pourquoi je te dis ça, je sais très bien comment cette discussion se terminera.
- Tu ferais mieux de cracher le morceau au lieu de me faire mariner.
- Ton séjour devient longue durée. Il faut que tu emménages et que tu rallies les surnaturels du vieux carré à notre cause. Si la situation est mauvaise, tu seras au mieux un excellent espion.
J'aurais pu faire deux choses, là, tout de suite : hurler toute ma rage et ma frustration sur Cordélia ou lui promettre une mort lente et douloureuse.
- Il n'est pas question que je reste dans cette ville merdique. Je repartirais des que mon problème sera réglé et cette décision est non discutable.
Le silence me répondit. Je savais qu'elle s'apprêtait à me rembarrer avec une réponse toute faite du style : « les ordres viennent de plus haut ». Mais soyons honnête, je n'en avais rien à foutre de ceux qui se trouvaient plus haut. Personne ne me ferais rester ici pour un temps indéterminé et surtout prévu pour être, je cite : longue durée.
Je raccrochai rapidement avant qu'elle n'ajoute quoi que ce soit. Je me traînai vers la baie vitrée, tirai légèrement sur les rideaux et observai les loups. Comme prévu, Vladimir n'avait pas bougé. Il scrutait la maison de son œil de lynx. Il dut me remarquer, car il sourit avant de se retourner vers un autre loup.
- p****n de surnaturels !
Je détestais vraiment être ici.