Mon âme pour un café !Voilà ce que je me répétais en boucle depuis une bonne dizaine de minutes tel un toxico en manque. Je ne riais plus comme une démente, ce n'était pas pour autant une amélioration. Mes membres n'étaient pas loin de se mettre à trembler. Comment étais-je censée me préparer à cette dure journée sans mon précieux nectar ? Ça m'était tout bonnement inenvisageable. Sur les dents, j'avais déjà fouillé les placards une centaine de fois, espérant qu'une dosette ait été malencontreusement oubliée. Mais rien, à part une énorme couche de poussière. Il était évident que ma mère ne vivait plus dans cette maison depuis un moment. Ce qui soulevait d'autres questions.
Sans oublier qu'un certain loup aux yeux magnifiquement bleus avait occupé mes songes. Je l'avoue, j'avais rêvé de lui dans des circonstances très hot, pour ne pas dire pornographiques, où il ne portait en tout et pour tout qu'une seule chaussette de Noël et pas sur les pieds.j'avais épuisé toute mon énergie et n'étais pas en état de formuler clairement mes idées.
Je me maudis d'espérer que Vladimir arriverait sur son cheval blanc, avec à la main un expresso de chez Starbucks et bien sûr, ce pervers de cerveau occulta le cheval et ne pensa bientôt plus qu'à deux choses : expresso et chaussette de Noël.
Je me tapai la tête sur la porte de la cuisine, me lamentant. Pauvre pécheresse !Résignée, je me décidai pour une douche, au moins serais-je un peu moins tendue. Je fis couler l'eau le temps quelle soit chaude, puis me glissai dessous. Je fermai rapidement le robinet et entrepris de me frotter. Quand finalement vint le moment de me rincer, j'attrapai le pommeau mais rien. Plus une goutte d'eau. Je balançai le savon et hurlai toute ma rage. Couverte de bulles, je dévalai l'escalier, manquant m'ouvrir le crâne, pris les trois bouteilles d'eau, les seules choses que contenait le réfrigérateur, et remontai plus irritée que jamais. Debout dans la douche, je sautillais en me versant l'eau pratiquement gelée dessus. Ce n'est qu'une fois fini que je me rendis compte que j'aurais pu la faire chauffer sur la gazinière au lieu de prendre le risque de choper un coup de froid. Une fois vêtue, je me promis que le premier qui me ferait chier aujourd'hui risquait de s'en mordre les doigts.Je ne pouvais pas supplier une puissance supérieure de rendre les événements avenir moins merdiques, je n'y croyais pas, et même un miracle ne me sauverait pas.
Pour preuve, à peine installée au volant de ma voiture, je reçus deux messages. Le premier venait de Cordélia. Il s'agissait des renseignements que j'avais demandés sur le maître vampire de La Nouvelle-Orléans. Une pure déception.
Ancienne identité : Scott Queen.Âge : 47 ans.Taille : 185 cm.Dernière expérience connue : capitaine de l'armée de terre.Nouvelle identité : Sevastian.Données : maître vampire, facultés inconnues.
Fallait-il me rappeler que cet énergumène faisait partir de ma famille ?
Le fait que le bureau n'en sache pas plus que moi sur ses agissements n'était pas vraiment une bonne nouvelle. Je devrais faire très attention : me retrouver sans filet et obligée d'avancer dans le noir à tâtons n'était pas ma spécialité. Je préférais frapper vite et fort et repartir avant la nuit. Et pour cela, il me fallait une adresse, un point de départ. Je n'avais rien.
Le second message, quant à lui, faillit m'achever. Il était de Vladimir et disait :
- Avez-vous réussi à trouver le sommeil ?Ne vous inquiétez de rien, mes hommes et moi-même ferons des rondes régulières autour de votre maison.
Je grognais d'exasperation. Les loups et leur p****n d'instinct protecteur auraient raison de moi.Un nouveau bip retentit.
- Soyez plus couverte qu'hier, il s'en est fallu d'un cheveu pour que je ne vous borde cette nuit.
- Comment ? Fulminais-je à moi-même. Comment était-il entré?
- Petit c*n ! ne pus-je m'empêcher de hurler, balançant mon téléphone sur le siège passager.
Après une série de repérages infructueux, j'étais bredouille et lessivée.La nuit tomba rapidement et avec elle la promesse de croiser la route de quelques vampires. Je me demandais où me mèneraient ces créatures si je venais à les poursuivre. J’espérais que ce serait tout droit dans le repaire de Sevastian. Ma déception ne fut que plus grande quand après deux heures à écumer les rues du vieux carré, je n’avais pas vu l’ombre d’un buveur de sang. Ennuyée, je me préparai mentalement à patrouiller dans le cimetière. Pour ça, je décidai de m’octroyer un verre de whisky.
Assise à la table la plus éloignée de la porte, je sirotais le liquide, qui me brûlait la gorge. J’en avais besoin pour trouver un peu de courage. Mon projet n’était pas sans risques, je dirais même plus, je risquais de danser avec la mort. Surtout que j’avais beaucoup plus de chance de tomber sur une escouade de goules. Malheureusement, je n’avais pas le choix.
Mon pouvoir se réveilla alors que je finissais mon verre.
•L’impératrice: en l’occurrence, moi.
•Puis la roue de la fortune.
Je souris. L’homme qui approchait n’avait pas d’intentions belliqueuses. Enfin si, il en avait juste après ma vertu. Me laisserais-je tenter ? Mes relations intimes étaient aussi vides qu’un foutu désert. Je ne voulais pas m’attacher et encore moins m’engager. Du coup, j’évitais la gent masculine autant qu’il me l’était possible. Mais mon manque d’activité commençait à se faire ressentir. Il suffisait pour s’en assurer de se rappeler mon rêve de la veille. Le type en chaussette de Noël était un foutu loup. Il fallait vraiment que je remédie à cette situation.
Je posai mon verre vide sur la table quand un autre arriva comme par magie. Il était accompagné d’une main et quand je remontai vers le visage de celui à qui elle appartenait, mon enthousiasme retomba comme un soufflé. Pas que le type soit laid, bien au contraire. Il portait un costume bleu et une chemise blanche, la coupe laissait penser qu’il s’agissait d’un modèle de grande marque. Ses longs cheveux d’un noir aux reflets bleutés tombaient tout en bas de son dos. Et son magnifique visage aux traits fins aurait fait rougir la plupart des femmes. Ses yeux d’un ambre presque rouge auraient emballé les autres. Si elles n’avaient pas fui pas en comprenant qu’elles avaient en face d’elles un prédateur. C’est cette partie qui me doucha.
Le vampire s’assit en face de moi et ses longues jambes frôlèrent les miennes, complètement dénudées. J’avais fait un effort pour me fondre dans la masse : ma minirobe rouge très sexy et mon maquillage exagéré dénotaient de mon habitude
— Que faites-vous ? ne pus-je m’empêcher de demander.
— Je profite de la vie.
— Vous êtes mort.
— Et revenu à la vie dès que je vous ai aperçue. Mon pauvre cœur a eu un raté, dit-il avec un sourire qui dévoilait un peu trop ses crocs.
— Perturbant, surtout que votre cœur ne bat plus depuis bien longtemps, sangsue ! raillai-je.
— Pourquoi tant de rancœur, chérie ? Vous ai-je traitée de chasseuse ?
Je manquai m’étouffer. Comment savait-il ?
— Ne soyez pas si surprise. Votre holster est apparu quand je vous ai frôlé les cuisses.
— Ça ne vous inquiète pas plus que ça ? demandai-je, surprise.
— Je n’ai rien à me reprocher, et je viens juste d’arriver en ville. Mais permettez-moi de vous dire que si c’est un vampire de ce territoire que vous chassiez, vous ne trouverez rien. Sevastian a ordonné aux siens de ne pas quitter la ruche.
J’avais pensé que ce vampire était ordinaire, mais après ce qu’il venait de dire, je me mis à douter. Alors que je sirotais mon troisième whisky de la soirée, je le regardai à la dérobée. Je ne ressentais aucune puissance émaner de lui, mais s’il était au courant des ordres de Sevastian, soit il était un invité des vampires, soit un ennemi bien renseigné. Dans les deux cas, il devait être très fort. Peut-être même était-il lui aussi un maître.
— Qui êtes-vous ?
— Je suis Noah.
Son nom ne voulait rien dire. Ces satanés vampires ne s’embêtaient pas avec des noms, ils choisissaient un prénom et basta. Seul un titre les différenciait les uns des autres. S’ils n’avaient pas de titre, ils n’étaient personne. En tout cas, pas de ceux qu’on nommait, on aurait très bien pu les appeler tic et tac que ça n’aurait fait aucune différence. Toutefois, je restais convaincue que cet homme-là n’était pas n’importe qui.
— Arrêtez de jouer, et dites-moi qui vous êtes, nom d’un chien !
J’étais passablement irritée et il semblait y être hermétique.
— Honneur aux femmes. Quelque chose me dit que j’ai tiré le gros lot.
— Queen Jones, gardienne du Lunamentis, annonçai-je avec aplomb.
Même si les surnaturels du coin n’avaient que faire du conseil et que pour eux, je n’étais que quantité négligeable.
Noah se rapprocha et chuchota :
— La deuxième gardienne me fait l’honneur de sa présence, je suis flatté.
Qui était ce type ? Un espion ? Personne n’était censé être au courant du nombre de gardiens et surtout pas de leurs grades. Nous étions cinq, les êtres les plus redoutables du gouvernement surnaturel. Les seuls plus puissants que nous étaient les membres du conseil. Eux, je ne les avais rencontrés qu’une fois en treize ans et l’aura étouffante de leur pouvoir avait failli avoir raison de ma santé mentale. Sauf que depuis mon retour dans ma ville natale, j’en venais à me demander ce qu’ils bouffaient dans le coin. L’aura de Vladimir me surpassait et semblait même très proche de ceux du conseil et ce type en face de moi ne semblait pas le moins du monde inquiète par l’annonce de mon titre. Ce qui laissait présager qu'il était ou inconscient ou invulnérable. Quoi qu’il en soit, il prenait bien soin de cacher sa puissance.
Je me levai, prête à foutre le camp. Ce Noah n’avait peut-être pas de mauvaises intentions, mais il avait vraisemblablement envie de jouer avec moi. Je ne jouais que quand j’avais toutes les cartes en main, et ce n’était clairement pas le cas.
Il m’attrapa la main et sourit de plus belle.
— Je suis Noah, prince de Louisiane.
Nom d’un chien, étais-je maudite ? Je venais de me faire alpaguer par un haut maître. Un homme encore plus puissant et dangereux que Sevastian. J’étais dans une sacrée m***e ! Le fait qu’il ne me veuille aucun mal m’étonnait encore plus. Est-ce que ma magie était détraquée ? C’était peu probable. Elle ne m’avait jamais fait défaut. Le vampire attendait ma réaction. Devais-je m’éloigner en courant ou prétendre que son titre ne faisait pas s’allumer une alarme dans ma tête ? Il mit fin à mon dilemme en reprenant la parole :
— Vous ne vous êtes pas enfuie en courant. Je suis de plus en plus séduit, mademoiselle Jones.
« Vous ne m’en avez pas laissé le temps » aurait été la réponse la plus honnête, mais qui s’en souciait ?
— Ça ne doit pas être facile si chaque jour de votre longue existence, toutes les femmes vous fuient, raillai-je.
— Disons que seules les plus intéressantes le font. Les autres se pavanent ou tombent en pâmoison. Surtout celles qui ne connaissent rien aux vampires, à vrai dire.
— J’en déduis que je suis inintéressante.
— La différence, c’est que vous vous y connaissez en titres vampires. Et que vous êtes encore là. Si vous ne m’aviez pas encore pris dans vos filets, j’y sauterais sans réfléchir.
— Si c’est un coup que vous cherchez, il y a des putains à deux pas d’ici. Je peux même vous y conduire.
Il se rembrunit.
— Je n’aime pas les filles faciles et je n’ai pas besoin de payer pour conclure. Ce que je veux, c’est repartir avec vous à mon bras. Ne faites pas la fine bouche, j’ai senti votre désir dès mon arrivée.
Foutues hormones !
— Noah, prince de Louisiane. Ce n’est pas parce que j’aime Mickey Mouse que j’inviterai ses congénères à faire la fiesta chez moi. Au contraire, je n’hésiterais pas à les exterminer, lui et toute sa clique s’il ne faisait que pointer le bout de son nez dans mon foyer.
— Vous ne niez pas votre intérêt. Mais sachez que je n’avais aucune intention de m’introduire chez vous sans invitation. Je pensais avant tout à un dîner. Qu’en pensez-vous ?
Mon don ne m’avertissait d’aucun danger et je devais bien avouer que j’étais intriguée malgré moi. Et puis disons-le franchement, si c’était un coup du soir qu’il recherchait, contrairement à ce que je lui avais déclaré, j’étais tout à fait prête à le lui accorder, même si je comptais bien le faire mariner un peu. J’aurais tout fait pour oublier ce fichu loup. Et puis peut-être allais-je apprendre quelque chose sur Sevastian.
— Bien, allons-y, je meurs de faim.
Ses yeux s’allumèrent d’une lueur dangereuse et prédatrice, il était incroyablement beau. J’en frémis et quand il me prit le bras, je sentis tout mon corps s’embraser.
Noah me conduisit dans un charmant petit restaurant : Irene’s. Il n’était pas trop bondé et dès que je passai le pas de la porte, je me sentis très détendue. Bien entendu, j’avais détecté le sort qui bourdonnait contre les vitres et ne fus donc pas surprise de découvrir une sorcière à l’accueil. Un groupe de jazz animait la soirée, rendant la salle presque romantique.
Mon impression sur le lieu se transforma rapidement. La femme me scrutait, se demandant certainement ce que j’étais. Ne lui avait-on pas appris à ne pas dévisager les gens ainsi ? Je pensais que les sorcières du coin étaient plus discrètes.
Noah ne semblait pas se rendre compte du manège de l’hôtesse. Ou peut-être n’en avait-il simplement rien à faire.Une autre femme, certainement du même clan, nous indiqua une table au fond de l’établissement. Son regard à elle aussi devint pendant un instant très intense quand il se posa sur ma personne. Puis, elle se reprit rapidement avant de disparaître par une petite porte. Mais alors que je mangeais, je sentis des yeux me trouer le dos. Nul besoin de vérifier pour savoir que la sorcière m’observait encore.
— Si elle n’arrête pas de me fixer, je jure que je lui plante ma fourchette entre les deux yeux, grommelai-je.
— N’y prêtez pas attention. La magie des sorcières des environs a sensiblement diminué, ces dernières années. Ce qui les rend passablement méfiantes et donc dangereuses. Et elle ne reconnaît pas votre clan. D’ailleurs, même moi, je me pose la question. J’avais pensé que vous étiez l’une des leurs, mais vu son regard, ce n’est pas le cas.
Alors, le départ de Veronica avait vraiment eu des répercussions sur le clan. Voilà un détail qui allait la faire jubiler. Ces vipères l’avaient toujours traitée comme une bonne à rien alors qu’elle était leur future dirigeante. Tout cela parce qu’elle n’était pas à cent pour cent sorcière. Un petit écart de sa mère qui l’avait toujours poursuivie. Elle en avait eu plus que marre de cette vie de reproches et avait fui, par un heureux hasard, le jour même où ma mère avait décidé de me jeter à la rue. Depuis, nous ne nous étions jamais quittées.
Je posai ma fourchette et bus une gorgée du vin qu’il m’avait servi. Même si j’étais plus adepte de la bière et du whisky, je dois avouer qu’il avait bien choisi. Le liquide fruité se buvait comme de l’eau et glissait dans ma gorge alors que je remarquais un détail.
— Vous êtes bien renseigné pour quelqu’un qui vient d’arriver en ville.
— C’est mon royaume, je me dois de tout savoir, répondit-il, soudain las.
Je le remerciai silencieusement de ne pas avoir continué à m’interroger sur mon clan.
— Et vous mangez !? Comme c’est étrange, pour un vampire !
Son sourire revint.
— Je suis un abstinent. Rien d’étrange à ça.
— Un abstinent ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous n’avez pas perdu votre foi en Dieu ? me marrai-je.
Je me tus alors qu’autre chose me venait en tête.
— Ne me dites pas que vous êtes puceau ? rigolai-je.
Malgré tout horrifiée par cette découverte, songeant que ce n’était pas avec lui que je pourrais oublier le loup. À ça, il éclata d’un rire profond, des larmes perlèrent même aux coins de ses yeux. Une réaction si humaine.
— Le Lunamentis n’a-t-il pas dans ses petits papiers des renseignements sur tous les surnaturels ?
— Certainement, mais je n’ai jamais rencontré de vampire se disant abstinent. Donc, aucune raison de demander des détails en ce sens.
— Je ne suis pas puceau, je vous rassure. Je suis juste un vampire qui ne se nourrit pas aux veines des humains.
À ce moment-là, c’est moi qui ris bruyamment. Il était drôle, ce type ! Il avait failli m’avoir.Le reste de la soirée se passa sans heurts. La sorcière au regard accusateur avait été remplacée. Et je dois bien avouer que Noah se révélait de très bonne compagnie. Il me fit rire toute la nuit. J’en oubliai même de le questionner sur Sevastian. Quand le repas se termina, je n’avais aucune envie de le laisser partir. Il me reconduisit jusqu’à ma voiture. Et en guise d’au revoir, il posa ses lèvres douces et étonnamment chaudes sur les miennes. Je le laissai faire, savourant ce moment. J’aurais aimé le prolonger et vu son sourire arrogant, il le savait.
— Envoie-moi un message pour m’assurer que tu es bien rentrée.
Le vouvoiement avait disparu au rythme de notre conversation.Il me laissa son numéro avant de s’éclipser tel un fantôme.Avant ça, j’avais complètement zappé ce qu’il était. Un p****n de vampire. Mais un carrement sublime.Cette vérité aurait dû entamer ma bonne humeur, il n’en était rien. Je ne cessai de sourire jusqu’à mon retour chez moi. Je me jetai sur mon téléphone et écrivis un rapide message à Noah.
— Rentrée. Et toi ? En train de prier ton dieu ?
Sa réponse ne se fit pas attendre. À croire qu’il n’attendait que ça.
— Rentré moi aussi. Je regrette de t’avoir laissé partir si vite.
Je n’eus pas le temps de répondre. Quelqu’un sonnait à ma porte. Il était près de trois heures du matin et je n’attendais personne. Je me levai du canapé sur lequel je m’étais écroulée en arrivant, récupérai mon pistolet avant de me diriger vers l’entrée. En regardant dans le judas, je vis un Vladimir complètement trempé. Je ne m’étais même pas rendu compte qu’il pleuvait.
— Tu traites les loups comme des moins que rien, mais tu fréquentes des vampires, gronda-t-il. En plus, c’est un p****n d’abstinent.
Je restai un moment figée comme une biche prise entre deux phares. Les yeux de l’alpha lançaient des éclairs et son ton était tranchant.
— Il n’est rien d’autre qu’un hypocrite. Comment crois-tu qu’il survive ? Il ponctionne toutes les poches de sang déjà insuffisantes pour sauver la vie des humains.
Il eut un moment où seule cette partie se révéla intéressante pour moi. Noah avait donc été sincère ? Je n’en revenais pas. Et en plus, je m’étais carrément foutu de sa gueule durant ce repas.
Puis je me rappelai qu’il était trois heures du matin. Mes doigts se crispèrent sur mon arme.
— Que voulez-vous, Alferov ? Et évitez de me parler de ma soirée, ma patience a des limites.
— Je m’assure que vous ne vous mettiez pas dans la panade.
— Bon, j’en ai plus qu’assez. Je vais être claire et j’espère ne pas avoir à me répéter. Je ne suis pas une louve et certainement pas votre propriété. Je ne veux même pas savoir comment vous avez su ce que je faisais de ma nuit. C’est glauque !
Même un p****n de pervers aurait évité de venir s’étaler sur son voyeurisme.
— Vous avez deux secondes pour foutre le camp de chez moi avant que je ne tire.
J’aurais dû savoir que l’alpha n’était pas un homme que l’on menace, mais j’étais trop furieuse.Sa réaction ne se fit pas attendre et au lieu de partir comme je le lui avais demandé, il s’engouffra dans la maison avant de me coincer contre le mur, l’une de ses jambes flanquée entre les deux miennes. Ses lèvres frôlèrent les miennes et mon corps, ce traître, réagit. Son souffle chaud sur mon visage, puis dans mon cou m’empêchait de réfléchir normalement.
— Je peux te prouver que je pourrais t’apporter plus que n’importe quel homme. Ne combats pas ton désir, laisse-toi aller.
Sa main glissa sous le décolleté de ma robe et engloba mon sein gauche. Alors que ma raison se désintégrait, une vague de désir s’insinuait entre mes cuisses. Sa langue s’enroula autour de la mienne et j’en perdis l’équilibre. S’il ne m’avait pas tenue pas fermement, je me serais écroulée lamentablement. Je tenais toujours mon arme, mais il n’en avait apparemment que faire. Sa main quitta mon sein et se glissa sous ma robe, et alors qu’il atteignait ma petite culotte, j’ouvris les yeux que je n’avais pas eu conscience d’avoir fermés et vis ses yeux de loup. Mon désir retomba aussi vite qu’il était apparu. Je fichai mon arme sur son entrejambe et le regardai avec haine. Le souffle encore court, je chuchotai à son oreille :
— e*****z vos mains de mes cuisses et foutez le camp de chez moi.
Il me regarda, déçu, et une autre émotion trop furtive pour que j’en sois sûre s’inscrivit sur ses traits : il avait l’air blessé. Je fis mine de ne rien voir et répétai :
— Foutez le camp ! p****n.
Il recula sans cesser de me regarder avant de disparaître dans la nuit.