Chapitre 5

1844 Words
Je n'aurai jamais dû tenir tête à un alpha, mais j'étais surtout en colère contre moi-même et disons-le clairement,  je refusais d'admettre qu'il me faisait ressentir quelque chose. Je savais que j'étais en tort, qu'il n'avait rien imaginé et surtout que je lui devais des excuses. Conversation que je préférerais remettre au lendemain. Ouais, je faisais preuve de lâcheté, sur ce coup. Ma mère y aurait trouvé à redire : on ne remettait pas au lendemain et bla-bla-bla. Ma mère était morte. Déjà que je l'écoutais à peine, ce n'était pas son passage de vie à trépas qui allait arranger les choses. Pour ma défense, je ne savais pas comment mettre le sujet sur la table. Je venais juste de le jeter dehors. Alors, me pointer avec une tasse de café, toute mielleuse avec des excuses aurait peut-être été la meilleure solution. Imaginer ce tableau me donnait la gerbe. Et pour l'instant, je n'avais pas mieux en stock. Je me contenterais donc de faire l'autruche pour cette nuit. Demain serait un autre jour. J'eus dans l'idée de mettre un peu d'ordre. Idée qui passa telle une étoile filante. La seule chose dont j'étais capable, c'était de m'écrouler telle une baleine sur le premier lit en vue. Oui, le rangement attendrait lui aussi. Mes problèmes seraient toujours présents à mon réveil. Un bain, par contre, ne serait pas de trop. L'une des seules choses que je pouvais m'octroyer. La journée avait été affreusement longue et je supposais que les prochaines ne s'arrangeraient pas. J'avais un loup qui m'avait clairement annoncé la couleur : je l'aurais dans les pattes pour un moment encore. Foutus loups et leur instinct de protection ! Et un vampire drôlement sexy qui me voulait moi. Comment choisir entre la peste et le choléra ? Je nen savais foutrement rien.  Je vérifiais que mon sort de confinement était encore en place et me glissait sous la douche avec l'impression qu'un semi-remorque m'avait roulé dessus. À l'instant où les premières gouttes d'eau tombaient sur mes épaules, je soupirai d'aise. La tête rejetée en arrière, j'analysai ma journée. Je me relâchai. Pendant un moment, j'avais presque oublié leur nature. Dire que j'avais quasiment bavé face au corps et au regard bleu azur d'Alferov ! Comme si le premier c*****d de cette famille que j'avais fréquenté ne m'avait pas servi de leçon. Heureusement que Dimitry était dans le coin pour me rappeler de ne pas me laisser avoir. Jamais je ne reviendrais à mes vieux démons, jamais je ne serais de nouveau celle que l'on piétine allègrement.  Vingt bonnes minutes sous la douche n'avaient pas suffi à dénouer mes muscles et mes sombres pensées. Je restais là à apprécier l'eau du jet qui me massait le dos quand la porte de la salle de bain s'envola dans un immense boucan. Vladimir Alferov se tenait dans l'embrasure ou du moins ce qui en restait, le regard fou. Quand il me vit, plusieurs émotions se peignirent sur son visage : la colère, la confusion et le désir. Très vite, il baissa la tête face à ma nudité. Je soufflai.  - Quelle entrée fracassante, Alferov ! Vous pouvez relever la tête, pas de fausse pudeur avec moi. Dites-vous que c'est un prêté pour un rendu. - Je vous pensais en danger, bredouilla-t-il, les sourcils froncés, tout en relevant la tête. L'entendre repasser au vouvoiement me peina sans que j'en comprendre la raison. - Et qu'est-ce qui vous a laissé penser une telle chose ? lui répondis-je, sortant lentement de la douche. Ses yeux ne manquaient pas une miette du spectacle que je lui offrais. - Il n'y avait plus aucun son, pas même celui de l'eau de votre douche, j'ai pensé qu'en plus des sangsues, vous vous étiez sûrement mis les sorcières à dos. Il se détendit et fit un pas dans ma direction, s'arrêta, puis il grogna férocement avant de hurler : - Foutez le camp d'ici ! Sortez immédiatement ! Je compris qu'il ne s'adressait pas à moi quand le bruit de nombreux pas dévalant l'escalier se fit entendre. Il relâcha la pression et ses yeux prirent une teinte presque fluorescente, signe que son loup était proche. Il réduisit encore la distance entre nous alors que j'attrapais une serviette pour me sécher. - J'ai juste mis en place un sort pour ma tranquillité. Enfin, c'est ce que j'avais pensé. Je flirtais. Je savais que c'était mal, mais que voulez-vous, mon cerveau venait de se faire la malle. - Puis-je vous aider ? me dit-il en faisant un pas de plus.  Il avançait comme s'il avait peur de faire fuir la pauvre biche qu'il avait flairée. Ses mots eurent l'effet d'une douche froide. En quoi ce loup aurait-il pu m'aider ? La seule chose qu'il était capable de faire, c'était se servir de moi. Inacceptable ! - Je ne crois pas, non, répliquai-je sèchement. Un prêté pour un rendu, j'ai dit. Je n'ai eu le droit que de regarder, MOI. - Il n'est pas trop tard pour rectifier cet affront. Je secouai la tête pour me remettre les idées en place. Pas la même erreur, tu entends, Jones, ne fais pas la même erreur, me répétais-je. - Je dois vous parler. Je comptais remettre ça à demain, mais puisque vous êtes là et qu'il me semble impossible de vous déloger... Allez, venez. - Mes mains et ma bouche peuvent travailler de concert avec mes oreilles. Je n'étais pas assez naïve pour ignorer le sous-entendu et pas assez stupide pour le prendre en considération. - Je préférerais que vous gardiez vos mains où elles sont.  Je passai devant lui, ma serviette enroulée autour de mon corps, avant de rejoindre le salon. Je m'assis maladroitement sur ce qui restait du canapé et attendis qu'il me rejoigne. Je me tenais là, en face de lui, je n'étais plus trop sûre de ce que je devais lui révéler. Certainement pas que le Lunamentis m'envoyait l'espionner.  Je pouvais encore m'excuser. Aller droit au but me semblait être la meilleure manière d'aborder le sujet. - Je vais devoir rester ici un peu plus longtemps que prévu au vu des récents événements. - Vous m'en voyez ravi, sourit-il avant de se reprendre et de se refermer complètement. Mais ce n'est pas pour cela que nous sommes là, n'est-ce pas ? - Quoi ? Le strip-tease n'était pas à votre goût ? raillai-je. - Je ne vais pas nier être intéressé, vous êtes une belle femme et vous êtes assez folle pour me tenir tête. Toutefois, je ne marchande pas mes faveurs. Le jour où vous atterrirez dans mon lit, ce sera de votre plein gré. Le jour ? Je m'étranglai presque à ce mot. L'assurance de cet homme sur le fait qu'il me mettrait dans son lit était d'une arrogance, et aussi la seule chose que j'avais retenue. C'est dire comme je me ratatinais. Le fait qu'il ait prétendu que j'agisse comme une p**e arrivait loin, très loin dans mon évaluation de la situation. - Je vais prétendre ne pas avoir compris. Je serrai les dents. Je n'y arriverais pas, pensais-je. Un silence assourdissant s'installa. Je me raclais la gorge, gêner par ce que je m’apprêtais à lui dire. - En ce qui concerne ce qui s'est passé cette nuit. Sachez qu'il n'y a rien entre le vampire et moi. Merde, mais de tous ce que je voulais lui dire, pourquoi lui avait parler de ça spécifiquement. J'étais une vraie gourde. - Enfin, je vous dis ça pour que vous sachiez que je sais ce que je fais. Sa mâchoire se crispa et je crus qu'il ne dirait rien.  - Je m'excuse pour mon comportement d'hier, fit-il difficilement. Comme il n'ajoutait rien et que le silence devenait pesant, je décidais de dévier la discussion. - Pourquoi avoir pensé que j'étais victime des sorcières? Rebondis-je. - Je ne peux vous parler des affaires de la meute mais disons que ces saletés deviennent téméraires. - Le soir de mon arrivée, il y avait un sort mis en place dans la maison destinée à percer l'étendue de mes pouvoirs, avouais-je. - Comment ce fait-il que je ne l'ai pas perçu ? Plus important encore, pourquoi je n'entends parler de ça que maintenant ? - Je n’en sais rien mais ça ne me dit rien qui vaille. Pour ce qui est de mon silence, disons que vous m'agaciez, et que me suivre toute la nuit de vous mettait pas dans la catégorie " je peux lui faire confiance." Il ne réagit pas et me regarda sévèrement. Puis plusieurs choses changèrent dans son attitude. Il serra et desserra les poings à plusieurs reprises, son tic nerveux refit son apparition. Il sourit. Mais son sourire n'avait rien de rassurant. Je déglutis. - S'il leur prenait l'idée saugrenue de s'en prendre à vous, elles tomberaient sur un os. Je vous promets que ses mégères ne vous feront rien. J'aurais pu me sentir flatter mais je ne pouvais pas me permettre de laisser cet homme, ce loup, pénétrer dans ma vie. Je devais tuer dans l'oeuf toute tentative de rapprochement. - Monsieur Alferov. Il prit une inspiration bruyante, signe de son irritation. Je continuai malgré tout : - Je ne fais pas partie de votre meute et votre foutu instinct de protection me semble un tantinet trop présent. Je ne suis pas votre propriété. Non mais, il ne manquerait plus que vous me pissiez dessus ! Vous ai-je demandé de vous inflitrez dans ma vie? J'ai déjà donné côté loup et croyez-moi, même si vous êtes convaincu que je finirai par me glisser dans votre lit, je peux vous assurer que je ne suis pas prête à commettre la même erreur. J'hallucinais complètement, voilà que je devais calmer les ardeurs d'un type que je ne connaissais que depuis quelques heures, tout cela pour ne pas malmener son ego plus tard ! - Quoi qu'il en soit, reprit-il comme s'il n'avait rien entendu. Je ne vous lâcherais pas et vous n'avez pas besoin de me le demander, vous ne me devez rien. Je ne fais que protéger mon territoire.Mais si vous souhaitez vous rendre utile, vous pouvez penser à accepter l'offre d'emploi que je vous offre. Je ne vous forcerai pas la main pour cette mission.J'ai besoin de vous. Il se dit que vous êtes la meilleure. Mais j'ai déjà perdu sept de mes loups sur cette enquête. Si vous l'acceptez, ce sera en toute connaissance de cause. Il avait donc échoué à résoudre le problème. Il était rare qu'un alpha admette son incapacité à obtenir des résultats en cherchant une aide extérieure. Le sujet devait être sérieux et ça en disait long sur sa personnalité. - Qu'est'ce que vous attendez vraiment de moi ? Il sourit. - Rien. - Rien ? répétai-je, hébétée. Alors que je restais comme deux ronds flans, Alferov se dirigea vers la porte avant de sourire à nouveau. - Bonne nuit, mademoiselle Jones. Et je sus que je venais de me jeter dans une m***e noire et ça, en m'élançant à pieds joints !
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