Chapitre 6

2358 Words
3 mois plus tard Après une nuit agitée, à rêver d'un certain loup qui jouait au docteur avec moi. Je me réveillai en début d'après-midi, la bouche pâteuse et les cheveux collés au maquillage que j'avais omis d'enlever.Je me rappelais la sensation des mains habiles de Vladimir, de ses lèvres chaudes et de son corps moite.À tâtons, je me saisis de mon téléphone, peinant à ouvrir les yeux. Quand se fut chose faite, je remarquais que j'avais quatre messages, tous de Noah. Une douche froide qui me permit de me remettre les idées en place chassant Vladimir et mes nombreux orgasmes dévastateurs hors de ma tête.Les messages eux, disaient à peu près la même chose, le vampire se plaignait que je ne réponde pas quand il ne louait pas ma beauté. Je supposais qu'à cette heure-ci, il devait dormir. Alors, je lui répondis, certaine qu'il ne verrait mon explication que le soir. - Désolé, je suis endormie, je suis flattée de tant d'attention. Pourtant, moins d'une seconde plus tard, un autre message me parvint. - Je suis légèrement blessé. Suis-je si ennuyeux ?  Quand on ne voulait surtout pas s'attacher, fréquenter un vampire était l'idéal. Visite nocturne uniquement. Moins de bla-bla et plus d'action.  Bon je n'avais pas encore tenté le côté amant à cause de ma conscience qui me rappelait sans cesse que ce n'était pas de lui que je me languissais. Si bien que mon avantage partait en fumée. - Je commence à croire le contraire. Problème d'insomnie ? ironisai-je. - Je ne dors que très peu. - Moi, je ne dors pas assez. Je dois te laisser. Un programme chargé. Il ne répondit pas. Fébrile, je sélectionnai le numéro de Veronica et tombais directement sur la messagerie. De mauvaise grace, Je me traînai dans le salon, où une merveilleuse odeur de café me chatouilla les narines. Jusqu'à ce que l'info remonte à mon cerveau engourdi. Je n'avais pas de crises de somnambulisme et je vivais seule, j'imaginais assez mal qui aurait pu entrer chez moi par effraction afin de me préparer ma boisson préférée. En tout cas, si c'était un voleur, il avait eu une charmante attention, car s'ajoutait à la bonne odeur de café celle du bacon grillé et des œufs brouillés. Mon don ne se réveillait pas. Et je compris. Depuis quelque temps, ce fichu pouvoir ne percevait plus l'alpha comme un étranger. Allez savoir pourquoi. Je soufflai. À pas prudents, néanmoins, je me dirigeai vers la cuisine. Vladimir y était occupé à cuisiner. Quand il se retourna, le sourire qu'il m'offrir était si éblouissant que je ne sus pas comment me comporter. J'étais à peu près sûre que ma bouche s'ouvrait et se refermait comme celle d'un poisson hors de l'eau. Penser qu'il avait encore une fois pénétré chez moi comme dans un moulin aurait dû me déranger, mais le voir là me remplit d'une joie modérée. Je n'oubliais pas qu'il était la cause de mon manque de sommeil, mais surtout, j'avais une envie folle de lui arracher chaque parcelle de tissu qui osait me boucher la vue. Il fallait à tout prix que j'évite de faire du n'importe quoi, alors je m'assis à la table sans un mot, pianotant sur mon téléphone et attendant qu'il me serve. Deux assiettes fumantes atterrirent sur la table accompagnées d'une tasse de café. Je m'en saisis, me délectant de ce goût auquel j'étais accro. Lui non plus ne parla pas, il se contenta de manger en silence.  Quand je fus repue, je relevai enfin la tête. Vladimir m'observait. - Vous savez que nous allons avoir un problème, lui signifiai-je. - Je sais bien que je ne pourrai pas débarquer chaque jour pour vous nourrir, mais j'étais dans le coin et je sais que vous êtes épuisé. - À vrai dire, ce n'est pas cette partie qui me dérangerait.  Un homme qui me préparait le petit déjeuner tous les matins, ce n'était pas le pire des scénarios. Il m'offrit encore l'un de ses sourires pour lesquels mon coeur avait des ratés, je balayai le tout avec ma mine des mauvais jours et ne lui laissai pas le temps de se reprendre, je continuai pendant que j'en avais encore la force. C'était comme enlever un pansement. Il fallait tirer d'un coup sec. - Vous et moi sommes incompatibles, il va falloir vous faire une raison. C'est alors qu'il se rapprocha, me caressant la joue avec une douceur extrême, puis il m'embrassa. - Il serait peut-être mieux d'admettre qu'il y a quelque chose entre nous. Nous devrions tester cette incompatibilité. Je ne voulais rien tester du tout. Je savais comment tout ça se finirait. Il y aurait imprégnation et puis un beau jour, il trouverait son âme sœur. Alors tchao bye bye, Jones. Je me retrouverais brisée et démunie encore une fois. - Non, dis-je d'une voix faible, avant que ma raison ne m'abandonne. - Pourquoi non ?  - On ne peut pas, je ne peux pas revivre cette situation. - Imaginer le pire ne nous mènerait nulle part. Mon peignoir reposait désormais sur le sol, me laissant juste ma petite culotte. Il me parsema le cou de baisers, puis très vite atteignit mon sein, qu'il aspira goulûment, menaçant de me faire perdre pied. Je gémis. - Ty takaya krasivaya ! (Tu es si belle en russe.) Je n'avais rien compris à ses derniers mots, mais qui s'en souciait ? C'était si beau ! Il s'empara à nouveau de mes lèvres, me coupant toute réplique. C'était une erreur. Pourtant, mes doigts, mus par leur propre volonté, se glissèrent dans ses cheveux. Ils étaient aussi doux que ce que je m'étais imaginé. - Ya ne sdelayu tebe bol'no, moya rodstvennaya dusha. (Je ne te ferai aucun mal, mon âme sœur.) Mon téléphone choisit ce moment pour sonner. Je remerciai le ciel pour ce timing merdique qui me préservait d'une catastrophe. Je repoussai Vladimir et me ruai sur l'appareil pensant que c'était Veronica qui me rappellait. Ce n'était pas elle. À l'autre bout, un vieux grincheux qui ne savait ni dire bonjour ni parler normalement. Mais il était en cet instant mon sauveur, alors je ne relevai pas. - Jones, me prenez-vous pour un p****n de concierge ? Si vous n'êtes pas là dans dix minutes, votre nouvel ordinateur repartira d'où il vient. Il raccrocha sans me laisser en placer une. Vladimir me regardait, contrarié. Il avait dû entendre monsieur Cavely et savait que tout ce qui venait de se dérouler appartenait maintenant au passé. - Je dois y aller, me contentai-je de dire en bougeant frénétiquement mon portable.  - Je déteste de plus en plus ce vieil homme. Méfiez-vous ! il a une aura de prédateur. Je ne sais toujours pas ce qu'il est. Il ne s'est jamais montré agressif, mais c'est une question de temps avant que les choses ne changent. - Je crois que ça ira, dis-je laconiquement.  Contrairement à Vladimir, je savais exactement à qui j'avais à faire. Même si j'avais de temps à autre des moments de doute quant à la personnalité du vieil homme.La première fois que j'avais vu Cavely, c'était à l'enterrement de ma mère. Comme à son habitude, il s'était montré désagréable, avançant des arguments sans fioritures.Par la suite, alors que j'écumais les rues à la recherche de vampires, il m'avait pris sous son aile et aider à ouvrir une agence de détectives. Grâce à lui, je n'avais pas besoin de patrouiller, les problèmes venaient directement à moi. J'exerçais dans un bureau à l'étage de sa boucherie et décidément, il était une vraie teigne. Ça ne m'étonnait absolument pas qu'il soit devenu l'ami de ma mère. Qui se ressemblait s'assemblait, après tout. Une fois je lui avais fait remarquer qu'il était bien indiscret pour un membre de son espèce. Ce à quoi il m'avait nargué en disant :- Et que savez-vous de mon espèce ?  - Assez pour affirmer que vous êtes le plus bavard de tous, avais-je répliquer. Il s'était tu, m'avait regardé de façon suspicieuse, semblant se demander si j'étais folle avant de se recomposer une mine plus réjouie. Il avait dû penser que je bluffais. Sauf que non, je savais que son aura m'était familière et un peu de temps passé à le côtoyer avait suffi pour que je me rappelle. Cavely était un griffon. Une espèce assez secrète qui existait bien avant la lune blanche. Malgré leur force brute, ils étaient du genre pacifiste. Alors oui, Cavely ressemblait à un Pitt bull à qui ont avait vole son os, mais ce n'était qu'une façade pour éloigner les curieux. Pourtant, le vieil homme était légèrement different des hommes de son clan. Ceux-là vivaient dans des régions reculées et j'étais certaine de ne jamais avoir vu l'un d'entre eux commencer une conversation. Alors même si mon pouvoir semblait le reconnaitre en ami, je restais sur mes gardes. Depuis que je le côtoyais, le vieux grincheux n'avait cessé de m'observer comme si j'étais une énigme. Quelquefois, il me foutait les jetons, à vrai dire. Je m'étais déjà demandé de quoi pouvait bien se nourrir une aussi grande bête. Je souhaitais de tout mon être que son mets favori ne soit pas des jeunes femmes entêtées. Je me promis de faire une recherche sur le sujet et je ne l'affublerais du nom d'un des sept nains que quand je serais sûre de ne pas être dans sa ligne de mire.Pour l'instant, je me contentais de me montrer reconnaissante. Grâce à lui, j'avais sauvé ma santé mentale. Je n'en revenais toujours pas. Queen Jones, investigations. Ouvrir ma propre affaire était un rêve devenu réalité. Bosser pour le Lunamentis restait vital, mais ça, c'était le petit bonus. Quelques pas de ma fameuse danse de la victoire et deux magasins de meubles et fournitures plus tard, j'étais prête à me mettre au travail. Quand le boucher, m'avait glissé les clefs dans la main, la surprise m'avait laissée bouche bée. Il s'était montré étrangement accommodant dès que j'avais accepté son prix sans rechigner. Malheureusement, sa bonne humeur ne durerait pas si je ne me pointais pas au bureau sur-le-champ et ça, même si c'était mon jour de repos.Après avoir récupéré mon ordinateur flambant neuf, échanger quelques insultes avec le boucher, une façon bien à nous de se saluer et alors que je finissais mes courses, je passai devant une petite maison à la façade blanche que le soleil de l'été faisait paraître presque immaculé. Ce qui attira mon regard fut l'énorme croix placée au-dessus de la porte d'entrée. - Nom d'un chien ! ne pus-je m'empêcher de crier. Je laissai échapper un de mes sacs tant j'avais du mal à me remettre de cette vision presque vintage. Avant la lune blanche, le phénomène qui avait décimé une partie de la population et transformé plus des quatre-vingts pour cent restant en êtres surnaturels, La Nouvelle-Orléans était catholique. Puis le pape avait décrété que nous vivions l'enfer sur Terre et qu'il fallait tout faire pour exterminer les abominations envoyées par le Malin. Ce qui semblait hautement irréfléchi au vu du nombre desdits monstres. Le malheureux en avait perdu sa tête lors d'une conférence de presse et alors que des millions de gens la regardaient dévaler les escaliers via leur téléviseur. Leur foi disparut avec ce foutu crâne qui s'envolait, transformé en cendre noire. Oui, le pape était un buveur de sang qui essayait de le cacher en exterminant ses congénères.Il ne fallut pas longtemps avant que le reste du monde ne crie à la manipulation et à la trahison. Ce qui mit fin de la croisade catholique contre le surnaturel. Et surtout à la religion telle que nous la connaissions. Retour aux bons vieux mythes.Alors, qui était assez suicidaire pour ouvrir un tel lieu ? Malgré moi, mes pas me menèrent à l'intérieur. Je ne croyais en rien d'autre qu'en moi, mais la chose était assez inédite pour attiser ma curiosité. À l'entrée, une petite pile de prospectus était posée sur une table. Je m'emparai de l'un d'entre eux et lus : « L'Église du renouveau.Ne choisissez pas entre votre nature et votre foi. Dieu vous aime. » - Mais bien sûr ! m'exclamai-je aussitôt. Comme si cette simple phrase avait eu le pouvoir de l'invoquer, un petit homme grassouillet sortit de nulle part. Je ne détectais aucune aura chez lui. Son sourire sortait tout droit d'une pub Colgate.Il me tendit la main, je me contentai de le toiser sans la prendre.Son regard exprima la déception et une image se superposa rapidement dans mon esprit : celle d'un chien à qui j'avais envie d'offrir un biscuit. J'eus immédiatement pitié de lui. Les clans du coin n'allaient faire qu'une bouchée de lui.L'homme ne prononça pas un mot et se contenta de m'indiquer la voie.Je continuai donc mon inspection. Des rangées de bancs faisaient face à une chaire derrière laquelle se trouvait un petit autel en bois poli. Il ne contenait ni statues ni vitraux.  - Je suis déçue, soufflai-je. L'homme sourit encore, ne savait-il faire que cela ? - Nous ne sommes pas dans une attraction, ma jeune dame. - Il aurait mieux valu pour vous. Si vous avez de la chance, personne d'autre n'entrera ici. - Vous y êtes entrée, se moqua-t-il. - Eh bien, disons que j'étais curieuse et que je m'attendais à je ne sais pas : plus de bling-bling, un retour en arrière, un petit brin de nostalgie.  - Madame ? - Jones, Queen Jones. - Bien, madame Jones, nul besoin de toutes ces choses pour sauver votre âme. Je m'étouffai presque à l'annonce de ces mots. - Mon âme ? Vous devriez garder votre charabia pour les humains. J'espère que vous resterez assez longtemps en vie pour fuir. Vous n'auriez pas pu choisir un pire endroit pour vous installer. Écoutez mon conseil, foutez le camp rapido.  Je me précipitai dehors, pressée de mettre autant de distances que possibles entre cet abruti et moi. Je n'avais aucune considération pour les inconscients. Mettant le plus de distance entre moi et cette hérésie, je composais pour la énième fois le nouveau de Veronica, le résultat fut le même qu'a mon réveille, zéro réponse.Je commençais sincèrement à m'inquiéter.
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