Ce soir-là, j'eus toutes les peines du monde à m'endormir. Dès que je fermais les yeux, je m'imaginais les pires scénarios concernant Veronica. Je détestais ne pas avoir de nouvelle. Mon esprit oscillait entre l'inquiétude que je ressentais pour mon amie, ma mère que je n'avais toujours pas retrouvée et mon attachement beaucoup trop rapide pour Vladimir qui était pourtant un loup. Ses yeux m'apparaissaient, tentant de me noyer sous la culpabilité. Ils semblaient crier : dégonflée !
Pourtant, je ne pouvais pas laisser mes hormones me guider. Mon histoire avec Dimitry avait failli me tuer. L'imprégnation chez les loups fonctionnait malheureusement dans les deux sens. Deux cœurs devenant inséparables. Briser un tel lien pouvait être fatal. Je ne pouvais pas me mettre en danger sciemment, mes filles avaient besoin de leur mère.
Mon téléphone sonna plusieurs fois, me signalant l'arrivée de messages. Je savais que c'était Noah, mais je me sentais vannée. Aussi sublime soit-il, il n'était rien d'autre qu'une distraction pour tenir Vladimir loin de mon cœur, une distraction trop peu efficace.
Après cette énième nuit agitée, je me réveillais plus lasse que la veille, je me sentais courbaturée et un peu fiévreuse. Je m'étais lever lentement mais quand j'avais posé mon pied au sol, la nausée m'envahit et mon don se mit en route. Cette fois, c'était different. Les cartes se matérialisaient accompagnées d'une immense terreur.
La lune, puis le chariot puis la mort, mon corps se tordit de convulsions, je voulais crier sans y parvenir, la sueur dégoulinait de mon front. Puis une image m'apparut, celle d'un jeune homme, blond avec les yeux bleus qui se transformait, progressivement, d'une lenteur exagérée si bien qu'il souffrait le martyre. Je compris qu'il s'agissait d'une mutation forcée. La vision s'effaça aussi vite qu'elle était apparue me laissant à bout de souffle et meurtrie.Je me trainais dans la douche, je tournais le robinet et je restais assise là, encore vêtue sous le jet d'eau jusqu'à ce que mes tremblements disparaissent.
Quand se fut chose faite, je m'habillais rapidement sans même penser à boire un café, c'est dire comme j'étais perturbée. Rapidement, je m'engouffrai dans la voiture decider à me rendre sur le territoire de la meute.
La meute vivait dans une ancienne réserve au nord de La Nouvelle-Orléans. Je tentais de me rassurer en me disant que le loup était encore en vie et tentait d'éloigner ma vision. J'avais déjà suffisamment d'éléments d'inquiétude pour les années à venir. Je tentais de joindre Veronica encore une fois mais toujours rien. Je finis par appeler ma fille Catherine qui elle non plus ne répondit pas. Au bord des nerfs, je faillis percuter un arbre mais réussi à freiner quelques secondes avant l'impact.Quand je sortis de la voiture pour reprendre mes esprits, je fus totalement subjuguée par une habitation devant laquelle trônait un petit panneau indiquant « à vendre ». Je me serais empressée de téléphoner pour me l'offrir, mais le numéro ne m'était pas inconnu et je déchantai rapidement. La maison et son magnifique terrain, qui aurait fait le bonheur de mes enfants, appartenaient à Vladimir. Je ne voulais pas lui être redevable. Je commençais à réaliser que mon séjour ici allait être particulièrement difficile si je devais, pour obtenir quelque chose, me traîner à ses pieds.
Enfin, pour sommer cet enchaînement de poisse, le petit chanceux de la matinée m'était apparu. Non pas comme une apparition divine, mais plutôt comme un stupide canidé doté de paroles vraisemblablement limitées. J'avais à peine mis un pied-à-terre qu'il aboyait déjà.
- Papiers !
Je me sentis à juste raison agressée. Ce n'était pas l'accueil que je m'étais imaginée en arrivant chez l'Alpha. De plus, le type s'était rapproché, se collant littéralement à moi, je pouvais sentir son haleine mentholée qui couvrait à peine les relents de sang, signifiant qu'il venait juste de se repaître. Le manque de politesse dont il faisait preuve m'hébéta quelques secondes, assez pour qu'il se rapproche encore, ce qui me paraissait hautement impossible avant qu'il ne le fasse. Peloter une femme sous couvert de faire son boulot lui semblait parfaitement normal. Il répéta son ordre tout en déplaçant son corps contre le mien. BEURK !
Je sentais son membre se dresser entre nous, indiquant une direction que je ne voulais pas suivre. Son regard lubrique se posait sur chaque partie de mon anatomie et je me sentis très vite nue et sale.
- Papiers ! murmura-t-il, se trouvant peut-être sensuel.
Il n'en était rien. Ma main se crispa sur mon pistolet et alors que le type se frottait un peu plus à moi, je sortis mon arme comme par réflexe et lui intimait lentement :
- Vire tes pattes de mon corps, fais quatre pas en arrière où je te fais sauter la tête. Ce sont des balles en argent et à bout portant, il est peu probable que je te loupe.
Au lieu d'obtempérer, comme l'aurait fait n'importe quelle personne sensée, l'homme-loup entama sa transformation.
- Mauvaise idée, souris-je en tirant.
Des bouts de chair dégoulinante recouvraient une partie de mes cheveux et mon nouveau top était fichu. Ce qui restait de notre impoli s'écrasa par terre dans un bruit sourd.Je n'eus pas le temps de compter jusqu'à cinq qu'un groupe de loups m'entourait, découvrant leurs babines pleines de bave.
- À qui le tour ? hurlai-je.
J'étais toute petite au centre de cette foule et je devais montrer que je n'avais pas peur et que je me sentais tout à fait prête à abattre chacun d'entre eux. Le cercle se brisa, laissant passer Vladimir et Dimitry complètement hors d'eux.
- Vous venez sur mon territoire abattre l'un des miens ? gronda Vladimir.
- Alferov, à qui croyez-vous avoir affaire ? Je suis Queen Jones et je ne permets à personne de me manquer de respect. Vos hommes ne connaissent pas la règle du prêté pour un rendu, ils se contentent de prendre sans autorisation préalable. Me faire malmener puis peloter par un homme que je ne connais ni d'Adam ni d'Ève ne fait pas partie de ma to-do liste !
Son regard se fit suspicieux quand il demanda :
- Vous voulez dire que Steeve vous a touchée ?
- Ai-je l'air de plaisanter ? Nom d'un chien, ne pouvez-vous pas détecter le mensonge quand on vous parle ?
Sa colère retomba rapidement et il parut désolé l'espace d'un instant. Puis le groupe se sépara jusqu'à ce qu'il ne reste que lui, Dimitry et moi.
Dimitry me regarda avec un mélange de haine et de suspicion.
- Tu n’as pas l'intention de suivre tes petits copains, cinglais-je.
- Comme si j'allais laisser mon alpha avec une dingue telle que toi.
Je le toisais et décidais de faire comme s'il n'était pas là, en continuant à m'adresser uniquement à Vladimir.
- Bordel, c'est comme ça que vous traiterez mes femmes .
- Dimitry, laisse-nous, dis l'alpha.
L'intéressé allait répliquer, mais un seul regard de son boss l'en dissuada. Je me retournais vers lui, en lui tirant la langue comme un enfant. Le voir se faire rabrouer par Vladimir était presque jouissif.Une fois, qu'il s'éclipsa, l'alpha reprit :
- C'est ma faute, Steeve a dû vous prendre pour une humaine. J'ai omis de leur faire part de votre venue, trop préoccupé par un autre problème.
Ça n'excusait rien, selon moi, car j'étais une défenseuse de la race humaine, mais je ne pouvais rien pour les inconscients qui s'approchaient trop du territoire des loups. Je gardai donc pour moi ce sentiment de dégoût, comprenant que je pouvais utiliser cet incident à mon avantage.
- À quel point êtes-vous désolé, lui demandai-je de but en blanc.
- Au point de vous donner tout ce que vous voudrez, demandez et vous serez servi.
- Retenez ça dans un coin de votre tête. Nous devons discuter, dans un endroit où il n'y aurait aucune oreille indiscrète.
- Venez, nous irons dans mon bureau, prononça-t-il solennellement.
Le bureau de Vladimir était gigantesque. Il y avait du parquet au sol, ciselé par endroits, formant une énorme fresque de la lune et du soleil. Les murs aussi avaient été travailler. De magnifiques rosaces y étaient gravées. Des voilages blancs et noirs pendaient aux fenêtres.Vladimir pris place dans le fauteuil face à son bureau et m'invita à en faire de même. L'air se chargea immédiatement de tension. Oui l'Alpha semblait avoir de graves problèmes.
- Que se passe-t-il me questionna-til soucieux.
- Je ne sais pas vraiment, mais rien de très joyeux je suppose.
Son regard restait braquer sur moi en l'attente de plus d'explication. Je ne savais pas comment lui expliquer mon ressenti. Me prendrait-il seulement au sérieux ?J'avais roulé jusqu'ici en pleine panique sans réfléchir à ce que je pouvais bien lui dire. L'urgence de la situation m'était apparu sur le moment évident. Je n'en étais plus très sûre maintenant.
- Au nom de tous ce qui est précieux Queen parler, ne me laissez pas dans cet état, fit-il d'une voix plein de détresse.Il se leva, et commença à faire les cent pas. Il portait un jean et une chemise à carreaux. Vladimir était si parfait que je faillis me perdre dans sa contemplation. Je me levais à mon tour et posais mon bras sur son épaule. Ce n'était pas une mince affaire, vu qu'il était bien plus grand que moi. J'avais l'air d'une enfant face à lui. Alors que j'ouvrais la bouche pour lâcher ma bombe, les tremblements reprirent et je me sentis m'effondrer. Les images et les sensations défilaient à une vitesse impressionnante. Il y avait une assemblée qui psalmodiait des mots que je n'entendais pas. Des sorcières, compris-je. L'image changea. Les sorcières avaient laissé place aux loups qui mutaient difficilement, puis à des hommes sortis de leurs tombes. Un mélange que je n'arrivais pas à associer. Puis quand je rouvris les yeux, j'étais à nouveau en sueur dans les bras de Vladimir. Son regard plus inquiet que jamais.
- Est-ce que ça va ?
- Des loups, articulais-je difficilement. Ils souffrent.
Vladimir me regarda comme s'il m'était pousser une deuxième tête. Il m'aida à me redresser et m'accompagna jusqu'au fauteuil où je me trouvais quelqu'un instant plus tot.
- Pour vous expliquer, il va falloir que je vous parle de mon pouvoir. Jusque-là très peu de gens sont dans la confidence.
- Vous pouvez avoir toute confiance, fit-il dun ton sec.
-Je ne dis pas ça pour vous offenser Vladimir, mais c'est quelque chose qu'il m'est assez difficile à confier. Je pris une longue inspiration et me lançais:
- J'ai un don de prémonition qui se manifeste à travers des cartes. Très efficace pour m'alerter des dangers. Avant ce matin, ce n'était que ça. Mais à mon réveil, j'ai eu une de ces prémonitions et je dois dire que c'était très intense. Pour la première fois de ma vie, mon don a été plus qu'un alignement de cartes, il y avait des images, du son, des odeurs. J'ai vu un jeune loup, blond avec des yeux bleus peut-être la vingtaine, il était terrifié. Je crois que je peux affirmer qu'il subissait une transformation forcée.
Vladimir m'écoutait comme statufié, seul son regard exprimait sa rage. Puis en un instant il bondit de sa chaise et se retrouva devant moi.
- C'est Marcus, mon frère. Où est-il ? me pressa-t-il.
- Je ne sais pas, mais il faut vite le retrouver, les cartes associées à ce moment ne sont pas bonnes.
- Vous avez dit ce matin, est-ce une autre prémonition que vous avez eue à l'instant?
- Oui, à peu près la même, mais il y avait d'autres loups, tous dans le même état.
Je ne lui parlais pas de l'assemblée des sorcières parce que tout simplement je n’en avais reconnu aucune et qu'il était encore trop tôt pour affirmer qu'il s'agissait des femmes du coven de la Nouvelle-Orléans. Mais ce détail n'aurait aucune importance pour l'alpha. Il décréterait que les sorcières étaient leurs ennemis et je me retrouverais avec une guerre sur les bras.
- Est-ce que vous pouvez m'assurer qu'ils sont encore en vie?
- Au moment où j'ai eu la vision oui, je ne saurais le garantir à présent.
- Au moins , ça me redonne espoir. Je ne ressens plus aucun des disparus, le lien de meute a été rompu, je les pensais morts depuis un moment déjà. Jones, quelle espèce pourrait couper un lien de meute ainsi? Je ne pensais pas que c'était possible.
- Oh oui ça l'est. Un autre alpha le pourrait, je pense mais dans ce cas vous sauriez qu'ils avaient quitté la meute et vous ne douteriez pas de leur désertion. Un vampire puissant pourrait aussi par manipulation mentale et puis il y a les sorcières je suppose.
- A quelle espece appartenez-vous?
Mon souffle se bloqua ds ma gorge , est-ce qu'il pensait que javais quelque chose a voir avec ca? Ces suspicions, cette accusation silencieuse, me blessaient. Je me sentais flouée.
-Je suis une sorciere, repondis-je sèchement.
- Nous savons tous les deux que c'est une demie-vérité.
Si j'avais su ce que j'etais je ne lui aurait rien révélé.Mais pour le coup, je n'avais pas besoin de mentir.
- Je ne sais pas.
- Je ny croit pas.
Le Lunamentis aurait une gardienne dans ces rangs sans savoir ce qu'elle est ?
- Je n'ai jamais dit que le lunamentis ne le savais pas, j'ai dis que moi je l'ignorais.
- Et vous accepter ça? rageât-il.
- Ça, comme vous dites, est une chose précieuse que l'on appelle loyauté. Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez.
En réalité je ne savais pas si le Lunamentis connaissait ma nature. Pour m'en assurer, il aurait fallu que je défis le conseil. Je les avais vu une fois dans ma vie, ça m'avait suffi. Leur pouvoir immense avait saturé la pièce. C'était comme se tenir dans un bocal rempli de gaz et que vous suffoquiez lentement. Leur présence avait failli me coûter la vie.
Je me levais decider à quitter cet endroit. Qu'est-ce qui m'avait pris de venir ici?
- Où allez-vous?
- Je m'en vais. Il semblerait que je sois devenu un suspect potentiel. J'étais venue vous offrir mon aide pour cette affaire mais je découvrirais sans la meute ce dont il en retourne.
- Vous accepter la mission, lâcha-t-il surpris.
Je ne répondis pas. L'avenir de la meute venait de chuter dans ma liste des priorités car au moment où je m'apprêtais à passer la porte du bureau de Vladimir, ma bague changea de couleur. Ma famille était en danger.