Chapitre XVDu temps qu’il était étudiant, il avait visité une île faite de beauté, d’horreur et de stupeur. Aux premiers jours des hommes, cette île s’était prise à croire au bonheur. La douceur de l’air, la bonté des parfums que dispensaient les fleurs sauvages, la lumière qui multipliait sur la mer les sourires avaient modelé le caractère des habitants. Au lieu de construire des navires de guerre, ils fabriquaient dans leurs chantiers des bateaux de plaisir, où longer la côte riante sous un dais ombreux ; sur les murs leurs peintres, insoucieux de la mort et du malheur, traçaient des danses, des essors d’hirondelles amoureuses ; jamais leurs dieux ne se fâchaient. Dans l’univers tel qu’il allait alors et ne cesserait plus d’aller, ce petit monde où l’on croyait à la facilité d’être heur

