New York City baby!

1138 Words
- Allez Hannah! Il est déjà 16h05! - Oui, j’ai presque fini ! Je dépose ma valise dans le coffre de la petite décapotable de Jolene avant de le refermer. - J’avais dit 16 heures ! - Tu es jamais à l’heure, je pensais avoir le temps ! J’ouvre la portière côté passager de la voiture et m’assois, imitée par Jolene. - Tu as tout? - Je crois oui. - Alors c’est parti pour New York City ! Elle démarre la voiture et sort de mon entrée en trombe, faisant valser les bagages dans le coffre. Je jette un petit coup d’œil à ma maison, le cœur serré. Même si Tony m’a averti qu’il ne pourrait pas arriver avant mon départ, partir comme ça, sans lui dire au revoir me bouleverse plus que ce que j’aurais cru. J’essaie de me répéter que ce n’est que pour une fin de semaine, mais mon esprit est loin d’être à la fête. Surtout pas après notre chicane ce matin. Mes pensées sont brusquement interrompues par Jolene qui monte le volume de la radio à fond en criant. - C’est notre chanson Hannah ! Le son est assourdissant. Malgré tout, je ne peux retenir un petit sourire lorsque le refrain fracasse les pauvres hauts parleurs de la voiture. I don't need a man to make it happen I get off being free I don't need a man to make me feel good I get off doing my thing I don't need a ring around my finger To make me feel complete So, let me break it down I can get off when you ain't around, oh! La nostalgie m’envahit immédiatement. Je me retrouve des années en arrière, alors qu’on était toutes les deux jeunes et insouciantes et toujours prêtes à faire la fête où qu’elle soit et avec qui que ce soit. Jolene chante à tue-tête et je ne peux m’empêcher de l’imiter. Notre duo est chaotique, les fausses notes s’enchaînent une après l’autre, mais on s’en fout. On vit le moment présent, comme j’aurais dû le faire toutes ces années. - Merde notre sortie ! La petite voiture change de voie sans prévenir, coupant une vieille Caravane rouge. Le chauffeur ne manque pas de nous faire savoir son mécontentement avec de forts coups de klaxon audible malgré ce capharnaüm musical. Jolene lui lance la main en tournant à la sortie. Jolene baisse le son de la radio en entrant sur l’autoroute. Elle change de voie sans clignotant, ce qui nous vaut un autre coup de klaxon. Elle est définitivement dangereuse en voiture, beaucoup plus que dans mon souvenir. - Désolé, j’ai plus l’habitude de conduire en ville. - Tant qu’on arrive à destination en vie. - Oh j’y compte bien ! Notre planning est beaucoup trop génial pour être gâché par un petit accident de voiture mortel ! - Encourageant. Jolene se tourne vers moi et me fait un grand sourire. - Attention en avant! Avec un petit cri de panique, elle freine rapidement pour éviter une voiture qui roulait trop lentement. - Allez! Avance pépère! La voiture finit par changer de voie et nous reprenons notre vitesse de croisière, qui soit dit en passant, se situe bien au-delà de la limite permise. - Ralentis Jo! On va se faire arrêter! - Bah! Si le policier est sexy, ça vaut le coup non ? Je secoue la tête dramatiquement tandis qu’elle rigole. Elle ralentit malgré tout un peu sa vitesse. Légèrement. - Je suis contente que tu aies accepté de venir Hannah, ça faisait beaucoup trop longtemps qu’on avait pas fait quelque chose comme ça. On aurait dit que tu m’ignorais presque ses dernières années. Je me mords la lèvre tandis que la honte me submerge. Jolene a toujours été là pour moi, peu importe la situation merdique dans laquelle je me trouvais. Et même si ma situation personnelle et professionnelle est différente de la sienne, je n’aurais pas dû l’écarter de ma vie et la cacher comme un secret honteux. - Je… je suis désolé Jolene. Ces dernières années, je me suis perdue. Et au lieu d’essayer de retrouver qui j’étais, j’ai essayé de devenir quelqu’un d’autre. Mais c’est terminé, c’est promis. Je veux redevenir qui j’étais. - Wow, c’est profond ça Hannah. J’hésitais à t’en parler, parce que depuis quelque temps… tu sais… tu es plus… - Susceptible? - J’allais dire coincée avec un balai dans le cul, mais allons-y pour susceptible. J’avais l’impression que tu devenais une de ses banlieusardes hautaines qui mènent une petite vie parfaite, mais qui sont mortes à l’intérieur. Et que tu avais honte de moi, de ce que je représentais. Je suis incapable de répondre. Elle a raison. C’est exactement ce que je devenais… ce que je m’étais promis de ne jamais devenir, malgré ma petite vie rangée. Et pourtant… - Ne le prend pas mal Hannah, je ne veux pas que ça gâche notre week-end tout ça. Je secoue la tête, la gorge toujours nouée. J’ai à la fois envie de pleurer en me roulant en boule à terre dans la voiture et de crier de tout mon corps que je ne veux plus être comme ça. - Hannah? - Ça va, tu as raison. C’est ce que je suis devenue. Et c’est ce que je cherche à fuir ce week-end. Elle hoche doucement la tête avant de se tourner vers moi. - Je comprends mieux maintenant. Alors accroche-toi Hannah, je vais tellement te brasser pour faire ressurgir la Hannah d’avant que tu vas avoir besoin d’une chaise roulante pour marcher ! - Ouais, et bien, continue à regarder la route, parce que je vais finir en chaise roulante si tu continues à zigzaguer dans le chemin comme ça ! - Oups! Jolene attrape le volant à deux mains et se concentre sur la route. Malgré tout, un petit sourire se dessine au coin de ses lèvres. Je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour. L’atmosphère se décharge tranquillement pour devenir beaucoup plus supportable. Je suis bien, mon ventre s’est dénoué. Je retrouve ce sentiment d’avant, de complicité, d’amitié que j’avais avec ma meilleure amie. Au loin, les énormes buildings de la ville se dessinent de plus en plus distinctement. Mon corps est parcouru d’un frisson d’excitation qui augmente à mesure que l’énergie de la ville nous attire dans ses murs invisibles. Jolene aussi semble soudainement excitée par ces lumières qui nous inondent, ces édifices plus grands les uns les autres. La voiture ralentie tandis que nous traversons le pont. Je ne peux m’empêcher d’admirer sa structure, sa magnificence. J’ai l’impression d’être une gamine qui visite la grande ville pour la première fois de sa vie. Je ne peux m’empêcher de regarder partout autour de moi. Tous ces édifices, tous ces gens, toutes ces odeurs. - Bienvenue à New-York City baby!
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