Le voiturier ouvre ma portière en me souriant gentiment.
- Madame.
Je sors de la petite décapotable, puis le portier se dirige du côté conducteur pour laisser sortir Jolene.
- Madame.
Jolene lui rend son sourire et sort de la voiture à son tour. Je ne peux m’empêcher d’admirer l’énorme bâtiment luxueux qui se trouve devant moi.
- C’est vraiment ici qu’on va rester ?
- Yep! Je t’avais dis que j’avais de bon contact!
Jolene enlace son bras autour du mien et m’amène vers les gigantesques portes tournantes de l’hôtel.
- Et nos bagages?
- T’en fais pas, répond-elle en faisant un signe de la main au voiturier, ils vont s’occuper de tout ! Nous, on a qu’à profiter du moment !
J’entre dans l’hôtel et reste complètement bouche-bée. Des plafonds d’une hauteur vertigineuse aux planchers en marbre fin, en passant par les lustres gargantuesques qui cascadent jusqu’à nous dans des vagues de milliers de cristaux, tout respire le luxe et la richesse.
Jolene s’est également arrêtée à mes côtés et admire l’irrésistible somptuosité des lieux. Un bagagiste passe juste à côté de nous, nous sortant par la même occasion de notre contemplation.
- Allez, viens! On va s’enregistrer.
Je suis à petits pas Jolene, ne pouvant m’empêcher d’explorer du regard la profusion de richesse qui s’offre à moi. Un immense escalier comme on en retrouve dans les films de princesses se dresse à notre droite, surplombé par un balcon qui semble mener à une salle.
- C’est le restaurant de l’hôtel, me dit Jolene en suivant mon regard.
- C’est ici qu’on soupe ce soir ?
- C’est ce qui est prévu.
- Mais… je n’ai rien apporté d’assez chic pour un endroit comme ça !
- Et alors?
Je me tourne vers elle paniquée. Je la regarde un instant de bas en haut. Une petite jupe courte, un débardeur à fine bretelle en dentelle. Non, elle ne pourra jamais entrer là comme ça !
Comme si elle lisait dans mes pensées, un sourire malicieux lui étire doucement le visage.
- T’en fais pas Hannah, j’ai prévu bien mieux comme tenue que ça.
Je déglutis de peine et misère. La connaissant, son sourire ne présage rien de bon. J’ai soudainement envie de regretter ce voyage. Non! Je dois me ressaisir ! C’est exactement pour ça que je suis venue ici, pour m’échapper de celle que je suis devenue et qui se préoccupe tant de ce que les autres pensent !
Le réceptionniste à l’accueil nous fait un sourire chaleureux avant même que nous arrivions au comptoir.
- Bonsoir mesdames. Que puis-je faire pour vous ?
- Oui bonsoir, répond Jolene de sa voix charmeuse. J’ai réservé une chambre pour deux nuits au nom de Jolene Reynolds.
- Bien sûr, un instant madame, je vérifie le tout.
Je me tourne vers elle, surprise.
- Reynolds?
Elle me fait un petit clin d’œil en s’approchant de moi.
- C’est le nom de famille de mon ami qui nous a obtenu la chambre, me glisse-t-elle tout bas. Je devais l’utiliser pour avoir accès à… tout ça.
- Oh... D’accord.
Le réceptionniste scrute un instant son écran, puis nous sourit, incertain.
- Je vous prie de m’excuser mesdames, je dois aller voir mon supérieur un instant.
- Il y a un problème avec la réservation, demande Jolene soudainement inquiète.
- Ne vous en faites pas madame, je vous reviens.
Le réceptionniste se lève et se dirige d’un pas rapide vers une des petites portes qui se situe à quelques enjambés derrière la réception. Je me tourne vers Jolene, anxieuse.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- J’en sais strictement rien ! Mais s’ils ont perdu notre réservation, je te jure que je fais une scène digne d’un film hollywoodien.
La petite porte où a disparu le réceptionniste quelques instants plus tôt s’ouvre juste au moment où Jolene finit sa phrase. Un grand homme dans la cinquantaine sort de la pièce et contourne la réception pour nous accueillir.
- Mesdames. Veuillez m’excuser pour cette attente. Malheureusement, la chambre que vous avez réservée n’est pas encore disponible, il y a eu un… problème dans l’aile où elle est située.
Le maître d’hôtel fait une petite pose pour que nous puissions digérer l’information, puis reprends d’un ton tout aussi calme.
- Sachez que nous sommes tout à fait désolés de la situation, d’autant plus qu’aucune autre chambre n’est disponible pour ce soir.
- Vous vous foutez de moi !
- Malheureusement non madame Reynolds. Mais ne vous inquiétez pas, notre équipe est à l’instant même à l’étage en train de vous préparer une des suites de l’aile ouest. Compliment de la maison pour ce désagrément.
- Une suite? Vraiment?
Les yeux de Jolene s’illuminent soudainement à la mention d’une suite. J’avoue que j’ai également de la difficulté à retenir l’excitation de cette nouvelle.
- Oui madame Reynolds. De l’aile ouest. Elle sera prête d'ici un quart d’heure. Vos bagages y seront emmenés. Nous vous convions à attendre au bar à l’étage. Un de nos commis vous y conduira lorsqu’elle sera prête.
- Bien. Merci.
- S’il vous plaît, veuillez me suivre, je vais vous conduire personnellement au bar.
- D’accord.
Avec un signe de main, le maître d’hôtel nous convie à le suivre. Nous nous exécutons sans délai, toujours sur le choc. Jolene marche d’un pas léger, presque sautillant, reflétant bien l’excitation qui se propage en elle à l’idée d’être traitée de la sorte. Je sens également mon pas plus léger. Je n’aurais jamais pensé rester dans un hôtel si luxueux. Encore moins y avoir une suite pour une nuit !
Une fois l’escalier de princesse monté, le maître d’hôtel nous ouvre la première porte du balcon.
- Mesdames.
Nous entrons sans nous faire prier. Comme tout ce qui touche de près ou de loin cet hôtel, le bar est absolument luxueux et de bon goût. La musique jazz qui joue en arrière-plan donne une ambiance beaucoup plus décontractée que dans le reste de l’hôtel. Je m'y sens immédiatement à l’aise.
Le maître d’hôtel nous conduit au bar et tire nos tabourets. Après un bref signe au barman, il se tourne vers nous et incline la tête.
- Je vous laisse profiter de votre apéritif. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous n’avez qu’à me demander personnellement.
- Merci, répond Jolene tout sourire.
Je lui murmure un petit merci avant de me tourner vers le bar. Le barman nous sourit chaleureusement. Tout le monde est beaucoup trop souriant ici, ils doivent avoir mal aux mâchoires à la fin de leur quart de travaille.
- Mesdames. Je vous offre la spécialité de la maison ?
- Pourquoi pas, roucoule Jolene en regardant le barman de la tête au pied.
À sa défense, il est en effet très charmeur. Sa peau foncée contraste magnifiquement avec le blanc et le rouge de son uniforme. Sans compter sur son sourire d’un blanc éclatant qui s’élargit sous le battement de cils de Jolene.
Le barman se tourne et attrape une bouteille dans le haut de l’étagère. Je regarde Jolene se pencher pour admirer ses fesses en retenant un fou rire. Ce qui devient impossible à faire lorsqu’elle lâche un «Wow» muet. Le barman se retourne, toujours souriant.
- Tout va bien mesdames ?
- Oui, oui, susurre Jolene. Nous ne faisions qu’admirer les commodités.
Je regarde Jolene en posant une main sur la bouche. Elle ne vient pas vraiment de dire ça ? J’ai soudainement envie de m’enfoncer dans mon siège et d’y disparaître. On va se faire mettre à la rue avant même d’avoir pu profiter de la luxueuse suite si elle continue comme ça !
À mon grand étonnement, au lieu d’appeler la sécurité, le barman lève un sourcil, un sourire en coin.
- Et ça vous plaît ces… commodités ?
- Énormément oui.
- J’en suis heureux. La satisfaction de nos clients est absolument primordiale.
- C’est ce que j’ai entendu dire, oui.
Je regarde cet échange les yeux ronds, à la fois fascinée et pétrifiée par tous les sous-entendus douteux que deux parfaits inconnus peuvent s’échanger comme on parle de météo avec son voisin en sortant les poubelles un jeudi matin.
D’une main experte, le barman manie les bouteilles, vidant une once de-ci, une once de ça dans le shaker. Puis, il le referme et le brasse, exposant ces biceps avec plaisir à une Jolene plus qu’heureuse du spectacle. Une autre cliente satisfaite !
- Alors, qu’est-ce que deux magnifiques femmes comme vous venez faire dans cet hôtel prétentieux ?
- Mon amie ici présente, répond joyeusement Jolene en m’agrippant le bras, doit retrouver ses racines et laisser sortir la bête qui sommeille en elle depuis trop longtemps.
- New York est la ville idéale pour cela mesdames. On y trouve toutes sortes d’occasion de laisser aller… sa bête intérieure.
Le barman dépose notre cocktail sur une serviette en papier devant nous en souriant. Je regarde attentivement mon verre. Le liquide est sombre, presque noir. Ce qui est particulièrement impressionnant pour un cocktail. J’approche le verre de mes lèvres et les trempes légèrement. Le goût est surprenant. À la fois corsé et doux, sucré et épicé. Un mélange tout à fait improbable, autant que sa couleur peut l’être. Jolene semble également surprise par cet assortiment de saveur. Je prends une nouvelle gorgée avant de déposer mon verre.
- Il est excellent. Quel est le nom de ce cocktail ?
- Black Pearl, mais j’aime bien l’appeler la bête noire, répond le barman et faisant un clin d’œil à Jolene.
Je regrette immédiatement d’avoir posé cette question. Jolene prend une autre gorgée de son verre avant de le déposer à son tour.
- Bien foncé et corsé… comme je les aime.
Sérieusement ? Encore des sous-entendus ? Le barman lui lance un sourire avide qui exprime très clairement son intérêt pour mon amie. Je vais finir la soirée seule, c’est certain. Je sors mon porte-monnaie pour payer les cocktails. Comme s’il avait une vue bionique, le barman se tourne vers moi en secouant la tête.
- Pas besoin mesdames. Cadeaux de la maison.
Il fait un clin d’œil à Jolene. Je range mon portefeuille en murmurant un petit merci. Jolene s’avance vers le bar, près de lui.
- Mais, on doit au moins vous donner un pourboire pour ce délicieux cocktail et cet agréable compagnie.
- Si vous insistez. Mais l’argent n’est pas nécessaire, elle coule à flot ici.
- Alors qu’est-ce que vous accepteriez comme pourboire ?
Une étincelle illumine soudainement ses yeux. Mon ventre se crispe immédiatement et des frissons me parcourent le corps. Son regard me ramène immédiatement sur la plage, quelques jours plus tôt, alors que j’étais la proie de ce désir foudroyant. Tout semble s’arrêter autour de moi, je n’entends plus rien, je ne sens que ses doigts sur ma peau trempée par la pluie.
Je sursaute lorsqu’une petite main froide m’attrape l’épaule.
- Ca te va Hannah?
Je regarde Jolene, perdue. Ses grands yeux me scrutent un instant, presque suppliant.
- Hein quoi?
- Ne le prend pas comme ça, dit Jolene en fronçant les sourcils, on est tous des adultes consentants ici !
Je cligne des yeux, complètement perdue à présent. J’ai vraiment manqué un bout crucial de leur conversation.
- Désolé, j’ai juste pas suivi la conversation.
- Ah!
Son visage s’illumine de nouveau.
- Sean m’invitait à boire un verre après la fermeture du bar. Je voulais savoir si ça te dérangeait que je t’abandonne quelques heures.
- Oh!
Je me tourne vers le barman, Sean, qui me fait un grand sourire plein de sous-entendus, confirmés par le regard enthousiaste de Jolene.
- Non, pas de problème. Il ferme quand le bar?
- Dans précisément quatre heures et vingt-deux minutes, répond Sean en scrutant sa montre.
- T’en fais pas Hannah, on a tout le temps d’aller manger et de passer du super temps en famille. Et si tu continues à boire comme ça, je vais même avoir le temps d’aller te border !
Je regarde mon verre vide avec stupéfaction. Je ne m’étais même pas rendue compte que je l’avais bu au complet. Je vais devoir faire attention avec ces absences. Et surtout, je vais devoir arrêter de penser à cet inconnu !
Sean me débarrasse de mon verre au même moment qu’un commis entre dans le bar et se dirige vers nous.
- Mesdames, votre suite est prête.
- Parfait, je finis mon verre et on arrive.
- Ce n’est pas nécessaire madame Reynolds, vous pouvez amener votre verre avec vous.
- Vraiment?
Le commis hoche la tête, amusé. Jolene attrape son verre et son sac à main. Je l’imite, verre en moins, et me lève du petit tabouret. Je sens soudainement mon cocktail faire effet. Jolene me regarde en riant.
- Ça va Hannah? Tu as plus l’habitude de boire ?
- Ça va, je suis juste un peu sonnée. Il y avait quoi dans ce cocktail ?
- Mieux vaut ne pas savoir, rigole Sean. À tout de suite mesdames.
- À tout de suite Sean, susurre Jolene.
- Au revoir.
Le commis nous conduit à l’extérieur du bar et descend les escaliers, Jolene sur ses pas. Je m’arrête en haut un instant, essayant de me retenir le plus possible. Ah et puis merde ! J'agrippe la rampe d’une main et me met à descendre façon princesse, sans la robe de bal évidemment.
Jolene qui se tourne vers moi une fois en bas éclate de rire en me voyant, mais je m’en fous et je continue ma descente. Une fois arrivée en bas, je fais la révérence à Jolene qui me la rend en rigolant.
- Bonsoir vraie Hannah.
Je ne peux m’empêcher de rire à mon tour, tandis que le commis nous attend patiemment.
- Ne faites pas attention à elle, lui lance Jolene en le rejoignant. Elle a toujours rêvé de descendre un escalier de princesse.
- Ravi de savoir que nos installations vous plaisent mesdames.
- Oh oui, vos commodités sont plus qu’attrayantes !
Je cache ma bouche avec mes mains. Je viens vraiment de dire ça ? Mais qu’est-ce qu’il y avait dans ce cocktail bordel ! Jolene éclate de rire sous le regard incertain du commis. Elle me prend dans ses bras et me donne un gros b****r sur la joue.
- Je m'ennuyais de mon amie.
- Oui, moi aussi.
Je lui souris chaleureusement.
- Mesdames?
- Ah oui, notre suite !
Jolene s’écarte de moi en un éclair, manquant renverser sa potion noire. Sa perle noire ? Bref, sa bête noire qui me fait faire tant de bêtises. Tiens, je viens de comprendre le sous-entendu. Il est excellent. Je devrais peut-être m’essayer parfois de faire des sous-entendus comme ça, ça a l'air marrant.
- Hannah? Tu viens?
Je me tourne vers Jolene qui est rendue à quelques pas de moi avec le commis qui semble de plus en plus impatient.
- Oui, j’arrive!
Nous nous dirigeons vers un ascenseur qui nous attend, les portes déjà ouvertes. Le commis nous fait signe d’entrer avant de nous emboîter le pas. Il pèse ensuite sur un des boutons situé bien haut et les portes se referment sur nous.
Le calme règne dans l’ascenseur, excepté pour la petite musique bien distincte. Comme quoi, même les riches ont le droit à cette cochonnerie.
Au bout d’un moment, les portes s’ouvrent et le commis nous invite à sortir. Le hall qui mène aux suites est hallucinant, comme le reste du bâtiment. Les luminaires à eux seuls doivent valoir plus que ma maison. Maison que nous avons tout de même payé une coquette somme soit dit en passant.
Le commis nous conduit jusqu’au bout d’un des corridors, puis s’arrête à deux grandes portes. Il glisse une carte magnétique dans la serrure et les portes s’ouvrent sur un spectacle ahurissant.
- Oh bordel! Hannah, tu as vu la suite?
- Oui, oui, je vois…
Les immenses fenêtres de la suite offrent une vue imprenable sur la ville. La pièce est immense, les meubles semblent tous neufs, sans aucune égratignure. Le commis entre à son tour.
- Alors mesdames, à votre droite, vous avez la chambre d’invité. Cette petite chambre ne comprend qu’un grand lit et une petite salle d’eau. Vous y trouvez également la salle de bain principale avec bain à remous et douche à jets de pluie. À votre gauche, vous avez la chambre principale, ainsi que sa salle de bain rattachée qui inclut un bain sur pied et une douche à jets de corps.
- C’est magnifique !
- En effet. Vous avez également à votre gauche l’accès à la terrasse privée et au spa. Un service aux chambres est offert 24 heures sur 24 et tout le personnel de l’hôtel est à votre entière disposition. Est-ce que je peux faire quelque chose d’autre pour vous ?
- Non, répond Jolene en continuant de scruter la suite.
- Très bien. Je vous souhaite un excellent séjour à notre hôtel mesdames.
Sans un mot de plus, le commis tourne les talons et sort de la chambre, nous laissant seules et ébahies. En poussant un soupir, Jolene dépose son verre et se lance sur le canapé en cuir blanc immaculé.
- Ahhhhhh!
Je la rejoins immédiatement en poussant à mon tour un long soupir.
- Bienvenue dans le luxe Hannah !