Amanda
Les heures qui suivent sont floues, noyées dans une brume de tristesse et d’angoisse. Je reste assise devant l’âtre de la cheminée de ma chambre, enveloppée dans une robe légère et une couverture de velours, trop douces pour le poids que je porte. Morrigan et Cerridwen ne me lâchent pas un instant.
Alors que la première fait tout pour occuper mon esprit à l’aide de différents jeux, la seconde s’assure que je prenne bien la potion qu’elle mélange à mon thé.
— De quoi renforcer votre corps pour lui donner l’élan nécessaire à la création de l’avenir, dit-elle d’une voix douce en me tendant le breuvage.
Je la fixe un bref instant, puis attrape la tasse que je bois sans discuter tandis que Morrigan lève la main. Un échiquier en pierre noire et ivoire se matérialise entre elle et moi. Les pièces, d’un métal mat, s’animent lentement, comme réveillées d’un long sommeil. Chaque camp semble sculpté à l’effigie de créatures mythiques : dragons ailés, cavaliers spectraux, mages aux capes flottantes… Cerridwen s’installe avec grâce sur les coussins disposés sur les tapis. Je m’écarte afin de lui laisser la place face à Morrigan.
— Prête à te prendre une énième raclée ? la nargue son adversaire.
L’ombre d’un sourire machiavélique effleure ses lèvres.
— Tu rêves, ma belle.
La première pièce s’avance. Une tour, sculptée dans une forme de bastion en ruine, glisse toute seule sur l’échiquier. Cerridwen sourit de plus belle.
— Tu joues toujours avec les ruines en premier, remarque Morrigan en avançant un cavalier dont les ailes de pierre se déplient et se replient en fonction du mouvement.
— Je trouve qu’il y a de la noblesse dans ce qui reste debout après la destruction, répond Cerridwen, une pointe de douceur et de nostalgie dans la voix.
Morrigan croise les jambes tout en observant son adversaire d’un œil calculateur. Je suis leur partie de près, la tasse encore tiède entre les mains. Leurs doigts s’animent à tour de rôle au-dessus de l’échiquier dans des gestes doux et mesurés. Le silence n’est troublé que par le claquement feutré des pièces et le crépitement des flammes dans la cheminée.
Une atmosphère à la fois étrange et apaisante s’installe dans la chambre : douce, pleine d’un vieux savoir et d’une sagesse aiguisée comme une lame.
— Je regrette que vous ayez été forcée d’assister à la mort de votre père adoptif dans ses conditions, finit par dire Morrigan à mon attention.
Mes doigts se crispent sur ma tasse, malgré moi. Ma gorge se serre. Je prends une lente inspiration afin de ne pas laisser mes larmes perler au coin de mes yeux. Morrigan agite les doigts pour bouger sa prochaine pièce avant de reporter son attention sur moi.
— Aussi douloureuse que puisse être cette perte, n’oubliez jamais ceci : ce qu’il a laissé, c’est vous. Il vous a aimé et protégé jusqu’au bout, malgré les circonstances compliquées, comme seul un véritable père peut le faire. Celle que vous allez devenir, ce que vous allez bâtir…C’est en partie grâce à lui. Vous êtes son héritage, sa continuité. Pas sa fin.
Je hoche lentement la tête, touchée et reconnaissante. Elle me lance un sourire furtif, puis se penche en avant, ses doigts effleurant à peine l’une des pièces blanches.
— Vous êtes forte, princesse, intervient Cerridwen jusque-là silencieuse. Vous saurez transformer votre douleur, et ce sera votre plus grande victoire.
Le silence retombe sur la pièce. Pas pesant, pas accablant. Juste une suspension du temps, comme si ma chambre elle-même retenait son souffle pour honorer ce nom : Tom … Papa. Je finis ma tasse de thé, les yeux rivés sur l’échiquier où les pièces continuent de s’animer d’elles-mêmes. Elles avancent en silence, implacables, jusqu’à ce que la dernière défense de Morrigan tombe.
— Echec et mat, souffle Cerridwen.
Morrigan incline la tête, sans amertume ni ironie. D’un geste précis de la main, elle fait disparaître les pièces et l’échiquier dans une brume pâle. Dans le même mouvement, elle invoque un jeu de cartes anciennes, aux bords dorés, dont les figures – sorcières, bêtes fantastiques, masques rieurs ou grimaçants – semblent s’animer doucement, comme des peintures vivantes.
Nous jouons un moment. A chaque tour, la magie semble danser entre nos mains : certaines cartes brillent, d’autres s’effacent avant de réapparaître dans une autre main. C’est étrange. Reposant. Presque joyeux.
Morrigan remporte la partie haut la main. Sans un mot, agite de nouveau les doigts. Les cartes s’évaporent, laissant de nouveau place à l’échiquier sur lequel les pièces sont déjà en place, prêtes pour une nouvelle joute. Cette fois, c’est à moi de l’affronter. Je m’installe face à elle, le cœur plus tranquille, mais l’esprit en alerte. La partie commence.
À mon plus grand étonnement, ma lumière me permet de bouger les pièces sans avoir à les toucher. Morrigan est redoutable. Elle m’écrase en trois coups. Deux fois. La troisième fois, elle me laisse gagner. Pas franchement, pas grossièrement, mais assez pour que je voie clair dans son intention.
Elle me gratifie d’un sourire, tandis que je remets mes pièces en place, frustrée.
— La faiblesse n’est pas une honte, me provoque-t-elle gentiment, l’abandon, si. (Je lui lance un regard de défi.) Prête pour la revanche ?
— Préparez-vous à prendre une raclée, je réponds, déterminée.
Elle éclate d’un rire cristallin, franc. La quatrième partie s’engage. Cette fois, je décide de jouer autrement. Je ne cherche pas à gagner. Je cherche à détourner son attention. Pour ce faire, je place mes pièces avec lenteur, pose des questions anodines, fais mine d’hésiter. Je la laisse s’agacer d’un faux mouvement, tandis que Cerridwen discourt sur les mérites de la patience face à l’audace. Puis, sans que mon adversaire ne s’en rende compte, je m’ouvre un chemin.
Alors que je fais échec et mat, elle m’observe un instant, les bras croisés et les yeux plissés. Mon cœur bondit entre mes côtes dans l’attente de sa réaction.
— Une future reine stratège, murmure-t-elle finalement, un sourire de connivence presque fier aux lèvres.
Un doux frisson me court le long de l’échine à l’entente de ces mots. Nous échangeons une poignée de main amicale, puis nous relevons. Lily, Maisie et Jodie entrent dans la chambre, fébriles. Toutes trois s’inclinent dans une révérence rapide, presque précipitée.
Lily s’avance de quelques pas :
— Les hommes sont de retour, pépie-t-elle presque.
Jodie lui lance un regard réprobateur, qu’elle ignore ostensiblement. Morrigan congédie l’échiquier d’un mouvement de main et sort de la pièce. Cerridwen s’attarde un instant, me caressant la joue avec une tendresse presque maternelle.
— Reposez-vous un peu.
Je hoche la tête. Elle m’embrasse le front, puis se retire à son tou. La porte à peine refermée derrière elle, mes servantes m’entraînent jusqu’à la salle de bain. Maisie et Lily me retirent ma couverture et ma robe pendant que Jodie fait couler un bain chaud, infusé de lavande et d’iris.
— Avez-vous eu des échos concernant l’excursion du prince et d’une partie de son armée au village ? je demande.
— Non, rien pour l’instant, Votre Altesse, me répond Jodie.
J’acquiesce, anxieuse. Maisie s’approche avec un linge qu’elle plonge dans l’eau avant de le faire glisser sur mes épaules, mes bras, mon dos. Ses gestes sont précis, respectueux. Lily se charge de mes jambes et de mes pieds. Aucune d’elle ne parle. Leur silence est un baume.
Quand elles estiment que je suis prête, Maisie m’offre sa main pour m’aider à sortir de la baignoire. L’air plus frais de la pièce me fait frissonner. Lily déplie une grande serviette de lin épais qu’elle dépose sur mes épaules, tandis que Maisie me frictionne doucement pour m’essuyer. La serviette glisse sur ma peau dans des gestes presque rituels. Jodie me peigne délicatement les cheveux, les démêlant mèche après mèche, avant de les enrouler brièvement dans un linge propre.
Bien emmitouflée, je quitte la salle de bain, entourée par mes servantes. Lily me tend une chemise de nuit en lin fin. Je l’attrape, prête à l’enfiler, mais Jodie m’interrompt.
— Votre Altesse… Le prince a demandé à ce que vous restiez ainsi. (Je la regarde surprise, la chemise suspendue dans mes mains.) Il souhaite vous voir sans apprêts, précise-t-elle, les joues légèrement rosies. Il passera vous voir dès la fin de la réunion du Conseil Royal.
Je reste figée un instant, le cœur battant à tout rompre. Lily récupère la chemise de nuit et s’écarte. Jodie prend la relève m’aidant à m’installer sur les draps fraichement tirés. Avec précaution, elle défait le linge autour de mes cheveux, les démêle une dernière fois, et les éparpille autour de moi, comme une parure. Mes mèches, encore humides, se répandent en cascade sur mes épaules et ma poitrine nues.
Je frissonne. Jodie attrape une couverture douce qu’elle rabat soigneusement jusqu’à ma taille.
— Il va venir, murmure-t-elle. Dormez un peu en attendant.
Elle s’incline respectueusement, imitée par Maisie et Lily, qui murmure à l’unisson :
— Bonne nuit, Votre Altesse.
Leurs pas feutrés s’éloignent, la porte se referme en silence. Prenant une inspiration, je ferme les yeux et m’endors presque aussitôt, bercée par l’odeur du feu de cheminée, de la lavande et de l’iris.
** **
Aden
A peine rentré au palais, je suis happé par mes obligations. Le deuil est ajourné pour faire place à la gestion de la crise. Gardes et Amis de la Nature s’occupent d’enfermer les prisonniers tandis que je regagne la salle du Conseil, flanqué de Arawn, Babd, Maelor, Rohan et Torwyn. Mes Conseillers viennent à notre rencontre.
— Les invités royaux ont été escortés jusqu’à leurs appartements dès votre départ plus tôt dans la soirée, Majesté, m’informe le Comte Thorfinn tandis que nous franchissons le seuil de la porte. Ils n’en ont pas bougé depuis et il semblerait qu’ils se sont endormis depuis.
Je hoche la tête :
— Bien, merci.
Nous prenons place autour de la grande table. Du coin de l’œil, je vois Arawn et Babd agiter les mains pour allumer un feu dans l’antre de la cheminée et enflammer les braseros. Malgré les flammes dansantes, la pièce reste glaciale. Nous nous asseyons en silence, les visages tendus, les mains crispées sur le bois brut.
La porte au fond de la salle à gauche, celle menant aux appartements royaux, s’ouvre. Ma mère entre, entièrement voilée de noire, silhouette longiligne, presque spectrale sous la lumière vacillante. La tête haute, le dos droit, le regard limpide. Aucune larme. Aucune faiblesse. Elle porte le deuil comme une reine : sans couronne, sans éclat – mais avec une dignité plus lourde que tous les métaux précieux du royaume.
Elle avance d’un pas calme, parfaitement mesuré, et vient prendre place à ma droite. Elle s’assied sans un mot. Juste un regard. Un seul. Le message est clair : le deuil est suspendu, figé dans les drapés noirs des tentures qui seront suspendues dès demain, mais la politique, elle ne peut attendre.
Les discussions commencent : sobres, méthodiques.
— Le village des Calden a été rasé, j’annonce froidement. Les infectés ont été exécutés, les autres villageois ont été ramenés afin d’être emprisonnés le temps de voir s’ils présentent des signes d’infection ou non.
— Qu’avez-vous prévu pour les noms infectés, Majesté ? me demande Gallagher, les doigts croisés sous le menton.
— Ils seront internés dans de bonnes conditions, le temps que nous ouvrions l’accès au Royaume d’Iwerddon.
— Ce qui s’est produit ce soir devra être appliqué aux bourgades et villages les plus importantes du royaume, ajoute Gallagher. Il est impératif que nous contenions l’expansion des Strigoï jusqu’à ce que nous ayons ouvert l’accès au Royaume d’Iwerddon.
— C’est exact, j’approuve, et pour ce faire, nous pourrons compter sur l’aide du Roi Jamie. Il est favorable à notre cause et …
— A l’exécution des maillons faibles que représentent le Roi Peter et son épouse, m’interrompt Babd.
Arawn lui assène un coup de coude réprobateur dans les côtes.
— Ce n’est pas une surprise, remarque le Duc Rowen. Cela fait plusieurs années maintenant qu’ils vacillent et laissent leurs idéaux de bonne entente entre toutes les espèces prendre le dessus. Or, vaciller est un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Encore moins en ces temps troubles. Mais ils attendront. Pour l’heure, notre priorité, c'est la consolidation.
Ma mère, jusque-là passive, incline la tête en guise d’approbation, avant de renchérir :
— Un deuil va être instauré pendant deux mois. Le peuple aura ses rites, ses larmes et ses chants funèbres pour pleurer mon défunt époux. Mais dès la fin de cette période, nous frapperons fort. (Elle marque une pause.) Après cela, le royaume devra se rassembler autour d’un symbole. D’un couple. D’un avenir. Le mariage, le couronnement et la véritable nuit d’union seront célébrés dans la foulée… Tenebris Luxque Unitas.
— Tenebris Luxque Unitas, répète la tablée en chœur.
Je tourne la tête vers ma mère, incertain.
— Pensez-vous qu’Amanda sera prête d’ici là ? je lui demande.
— Bien sûr ! Elle est plus forte que nous le pensons. Et puis, elle ne sera pas seule. Cerridwen, Morrigan, les autres Entités féminines, ses amies et moi-même seront là pour l’aider.
Son regard inébranlable croise le mien. Sans échanger un mot de plus, nous nous comprenons. Notre accord est silencieux, mais total. Je me redresse.
— Que les édits soient rédigés, j’ordonne fermement. La période de deuil national durera deux lunes. A son terme, l’annonce officielle du mariage, du couronnement et de l’union de la Lumière et des Ténèbres sera faite devant tous. Les invités seront triés sur le volet et auront la possibilité d’accéder aux célébrations dans leur entièreté.
Un murmure d’assentiment parcourt la table. Chacun s’incline légèrement en signe d’acceptation. La décision est scellée. Je me lève, mon regard glissant de l’un à l’autre des visages autour de moi.
— Bien. La réunion est terminée.
Sans attendre leurs salutations, je quitte la salle d’un pas vif, l’écho de mes bottes résonnant sur le marbre. Malgré la nuit longue et tendue que je viens de passer, je n’aspire plus qu’à une chose : la retrouver. Ma promise. Ma lumière au milieu de ces éternelles ténèbres.
**
J’entre dans ses appartements sans frapper. La pièce est plongée dans une pénombre chaude, traversée par le crépitement du feu. Elle est là, allongée sur le lit, endormie, nue sous une couverture. Ses cheveux s’étendent autour d’elle, suivant les courbes parfaites de sa poitrine et de son ventre.
Le corps frémissant, je me déshabille sans un mot, sans même réfléchir. Chaque vêtement tombe comme une mue inutile. Il n’y a plus que moi. Et elle. Je m’approche, m’assois à ses côtés. Je me penche et l’embrasse sur la tempe, puis sur la joue, et enfin sur la bouche. Elle gémit, ouvre les yeux. Nos regards se croisent.
Sa voix franchit ses lèvres dans un murmure éraillé.
— Tu es rentré.
Je hoche la tête tout en effleurant sa hanche sous le drap. Je l’embrasse à nouveau, plus fort, plus profondément. Sa bouche s’ouvre, chaude, humide, avide. Sa langue effleure la mienne, pressée, désespérée. Une tension sauvage explose entre nous, soudaine, incontrôlable, comme un incendie qui dévore tout sur son passage. Une onde de feu brûlante balaie fatigue, douleur doute, nous laissant nus face à cette flamme.
Je repousse doucement la couverture, exposant ses courbes délicates. Mes yeux glissent sur sa peau qui brille sous la lumière tamisée. Ses seins pleins se soulèvent au rythme de sa respiration haletante, ses tétons durcis par le plaisir, tendus comme des pierres chaudes. Chaque frisson qui parcourt sa peau est un appel à la possession.
Mon regard ancré au sien, je glisse ma main entre ses cuisses entrouvertes, et sa chaleur m’étreint aussitôt. Sa chair est douce, humide, glissante sous mes doigts tremblants. Elle soupire.
— Aden…. (Son souffle est rapide, saccadé. Je relève la tête, un sourcil taquin haussé, comme pour l’inviter à poursuivre sa demande.) Plus fort…S’il te plaît…
Mes lèvres s’étirent en un petit sourire satisfait :
— A tes ordres, Tywysoges.
Mes yeux ancrés aux siens, je la pénètre d’un doigt, dans de lents mouvements tortueux. Son corps se tend, ses muscles se resserrent avides, palpitants. Son bassin se soulève au rythme de mes va-et-vient. Joueur, je glisse un deuxième doigt en elle, l’élargissant avec soin. Elle gémit, un souffle arraché à ses lèvres entrouvertes, tandis que son corps frémit sous le poids du mien. Je me couche sur elle. Mes lèvres effleurent sa gorge tendue, douce, salée. Elle se cambre, haletante. Sa main se referme brusquement sur mon poignet. Ses ongles s’y enfoncent, comme pour s’accrocher à une bouée de secours. Son souffle brûlant et saccadé s’écrase dans mon cou.
Mes mains glissent sur ses flancs – la forçant à me lâcher – et s’agrippent à ses cuisses ouvertes. Je descends doucement. Mes lèvres s’attardent sur ses seins, son ventre, son pubis. Je l’écarte avec tendresse, mais fermeté, et je plonge la tête entre ses cuisses. Sa peau y est brûlante, tremblante. Ma langue effleure, goûte, presse. Elle gémit violemment, son corps tout entier tendu vers moi, ses mains crispées sur les draps. Sa voix se brise à chaque coup de langue. Son bassin s’ouvre, s’offre, supplie.
Alors qu’elle est sur le point de jouir, je me redresse brusquement et, d’un mouvement fluide, la retourne sur le ventre, ses reins relevés, ses fesses tendues vers moi. Elle s’arcboute, soumise et fière, offerte et impatiente. Un grondement sourd m’échappe tandis que je l’empoigne fermement par les hanches.
— Regarde-toi, je dis d’une voix basse en me penchant à son oreille, déjà prête et mouillée. (Je laisse ma verge glisser entre ses cuisses humides, la taquine un instant. Elle geint, un son rauque et plaintif, presque animal.) Tu vas miauler pour moi, encore et encore. Telle une chatte en chaleur.
Sans plus de manière, je m’enfonce en elle. Elle tend les poignets dans son dos, et je les saisis aussitôt. Mes doigts se referment sur ses os fragiles, les enserrent comme des chaînes. Elle ne lutte pas. Au contraire, elle se cambre davantage, le dos tendu par la tension.
— Tu sais ce que ça veut dire, mmm ? je lui demande, ma tête enfouie dans le creux de son cou. Quand tu me les donnes comme ça. (Elle secoue la tête, haletante.) Alors, tu vas le découvrir.
Je me retire et la pénètre à nouveau, d’un coup brutal, profond, entier. Elle crie, un son brisé, affamé, un cri qui se transforme en un long miaulement de plaisir tandis que je l’empoigne et la culbute encore plus fort. Ma poigne sur ses poignets, ma cadence implacable – tout la maintient là, exactement où elle voulait être : à ma merci.
Je perds mon visage dans ses cheveux, ivre de son odeur, ce parfum qui n’appartient qu’à elle – et désormais à moi. Mon torse écrase son dos. Chaque coup de bassin claque comme un ordre, une promesse de domination totale. Ses gémissements se perdent dans l’air empli de désir et de tension.
Je l’embrasse comme un mourant, désespéré, et je la prends comme un roi conquiert un royaume : sans détours, sans retenue, peau contre peau, chair contre chair. Je l’aime comme un homme qui ne sait aimer autrement – brutal et tendre à la fois. Je ralentis soudainement le mouvement, et plonge mon regard brûlant de domination dans le sien pleinement soumis.
Je me penche à son oreille, la voix basse et rude :
— Tu es à moi, tu le sais ça ?
Elle hoche la tête. Je ralentis, mes coups de rein devenant une véritable torture.
— Dis-le, je gronde la voix rauque.
Elle geint, mécontente de mon attitude. Je lui assène une claque sèche sur les fesses, lui coupant le souffle, puis répète, insistant :
— Dis-le.
Elle finit par murmurer de manière incompréhensible. Je glisse lentement une main possessive sur sa peau, jusqu’au point de connexion sensible entre nos deux corps. Un petit couinement s’échappe d’entre ses lèvres.
Elle reprend, la voix basse et tremblante :
— Je suis à toi, Aden…A toi seul.
Satisfait, je reprends mes mouvements, imposant de nouveau ma cadence. Chaque coup de bassin devient plus profond, signe de notre parfaite fusion. Au moment où nous nous tendons, prêts à basculer dans l’extase, je l’attrape fermement par la gorge et la tire en arrière avec une force maîtrisée. Son dos s’arcboute dans un creux douloureux – en parfaite soumission. Elle halète, prise au piège, mais dévorée de désir.
Ma main libre dessine de petits cercles le long de son corps tremblant, puis elle atteint l’épicentre brûlant, ce foyer de plaisir intense où nous corps s’imbriquent parfaitement l’un à l’autre. Je la touche du bout des doigts – et c’est une détonation silencieuse. Je sens son ventre se contracter, ses muscles se crisper, tout son être basculer.
Ses ongles s’enfoncent dans la peau de ses paumes. Sa respiration devient un râle sauvage. Je serre sa gorge un peu plus, mêlant douleur et délice, avant de replonger en elle, déchaîné, dans cette danse animale où domination rime avec abandon total. Alors qu’elle s’abandonne à l’ouragan de sensations, je sens ma propre limite approcher, prêt à suivre. Je grogne son prénom et, dans une dernière poussée, je jouis en elle, puissamment, comme un éclair de feu qui nous consume tous les deux. Nos souffles se mêlent, rauques, irréguliers, jusqu’à ce que le calme revienne.
Je me redresse doucement, essoufflé, mes doigts toujours autour de sa gorge. D’un geste presque rituel, ma bouche avide descend jusqu’au creux de son cou. J’y plonge les crocs de toutes mes forces. Un cri de plaisir – pur, vibrant – s’échappe de ses lèvres.
Je m’abreuve d’elle avec retenue. Son sang afflue et s’empare de mes papilles, comme le plus doux des nectars. Repu, je mords profondément mon poignet et plaque la plaie encore chaude contre ses lèvres. Elle s’en saisit aussitôt et s’abreuve à son tour, renforçant un peu plus le lien puissant qui nous unit.
Je penche la tête vers la morsure encore vive dans le creux de son cou. Ma langue glisse sur la plaie, la refermant d’un geste précis. Elle gémit, prend une dernière gorgée puis relâche mon poignet. Ses yeux ne me lâchent pas un instant tandis que j’effectue le même processus de cicatrisation avec mon poignet, avant de me rallonger à ses côtés.
Passant mes bras autour de sa taille, je la tire doucement contre moi. Sa tête se love sur mon torse, comme si elle y avait toujours appartenu. Je pose ma main dans son dos nu, dont je caresse la peau avec douceur. Pendant un moment, rien ne bouge. Juste nos souffles mêlés, nos cœurs battant calmement à l’unisson.
— Je suis désolée pour ton père, murmure-t-elle finalement.
— Et moi pour le tien, je souffle en déposant un b****r dans ses cheveux.
Elle inspire, se blottit un peu plus entre mes bras. Un ange passe. Un silence lourd de toute cette tension qui n’a pas encore eu le temps de s’exprimer.
— Je n’ose pas imaginer la pression que tu vas subir dans les jours qui viennent, soupire-t-elle.
— Pas moi. Nous, je la rectifie, un sourire las aux lèvres. (Elle relève la tête, perplexe, attentive.) Le deuil national va durer environ un mois, ce qui devrait nous laisser le temps pour préparer le mariage, le couronnement et mettre les bouchées doubles pour concevoir l’héritier.
Elle se redresse sur un coude, les sourcils levés, mi-consternée, mi-amusée.
— C’est bien trop court ! s’exclame-t-elle.
Je ris :
— Ce n’est pas la première fois que nous faisons l’amour. Et avec l’aide de Ceridwen, ce sera du gâteau. Sans compter que nos dons sont puissants. Ils modifient notre métabolisme et se décuplent avec l’échange de sang. Cette fusion a de nombreux avantages…
— Comme la guérison rapide, la grossesse accélérée et…les émotions plus viscérales ? m’interrompt-elle, hésitante.
Je me penche vers elle, ma bouche à quelques centimètres de la sienne.
— Exactement.
Je l’embrasse du bout des lèvres et me place au-dessus d’elle. Un frisson la traverse tout entière, tandis que je m’immisce entre ses cuisses avec la lenteur d’un conquérant, mes coudes ancrés de chaque côté de sa tête.
Elle me dévisage, les pupilles dilatées par un désir incandescent.
— Alors, prête à t’y remettre ? je chuchote, taquin. (Puis, rapprochant ma bouche de son oreille.) Parce que moi, oui.
Je me penche davantage, mon torse contre sa poitrine ronde et ferme. Lentement, je fais glisser ma verge entre ses cuisses, contre ses plis humides, sans la pénétrer. Elle gémit de frustration, se cambre, m’attire à elle.
— Arrête de jouer, gronde-t-elle.
Je ris, cruel et tendre, la tenant en haleine juste assez pour qu’elle se perde dans l’attente. Puis, sans prévenir, je la pénètre d’un coup profond, jusqu’à la garde. Son cri est rauque, presque bestial, alors que son corps m’engloutit avec violence.
— Il est temps de mettre notre héritier en route, je chuchote contre sa bouche.
Un gémissement s’échappe de ses lèvres en guise de réponse. Ses ongles s’enfoncent dans la peau de mes omoplates, qu’ils lacèrent, tandis que je commence à bouger d’abord lentement – comme pour lui rappeler que je contrôle tout – puis plus fort. Mon bassin claque contre le sien avec une cadence impériale.
Tout s’efface autour de nous. En cet instant, entre l’ombre du deuil et l’urgence du pouvoir, je la prends comme un roi bâtit son empire : sans retenue – avec la volonté farouche de laisser une trace.
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