Pdv Malia
Papa : Viens, entres.
Je m'exécutai sans trop être rassurée. Dans le salon, une femme était assise sur un des grands canapés blancs. En nous voyant , elle se leva.
Maman : Bonsoir ma fille.
Moi : Bonsoir maman.
Je l'embrassai. Ma mère portait un chemisier beige et un pantalon Jean noir. Ses cheveux bruns et longs étaient coiffés en queue de cheval. Derrière ses lunettes ,de beaux yeux verts. Elle avait fêté en avril dernier ses 50 ans. Très belle, elle était fine et élancée. Plus jeune, elle avait été mannequin . Je remarquai qu'elle aussi avait un regard fatigué.
Maman : Tu vas bien ma chérie.
Moi : Oui maman.
Maman: Et ton week-end en Suisse?
Moi, tout sourire : C'était merveilleux.
Maman : J'en suis ravie.
Moi : Et toi ça va maman?
Maman : Oui.
Elle m'avait répondu en fuyant mon regard.
Moi : Aimerais-tu boire quelque chose? Je te fais un thé?
Maman : Non surtout pas.
L'idée de boire le thé aux fruits rouges qu'elle me servait d'habitude me repulsa. Pourtant en temps normal j'aimais ce thé. Mais là avec sa grossesse, je n'avais envie que d'une chose ...
Moi : Tu as des cacahuètes?
La question fit rire ma mère. Elle se dirigea vers la cuisine et apporta un petit bol de cacahuètes. Mon père et moi, nous étions déjà assis sur le canapé.
Moi : Alors papa, pourquoi es-tu absent ces derniers jours au bureau ?
Au téléphone, mon père fuyait mes questions. Face à face, il finira bien par me dire ce qu'il me cache. Il regarda ma mère. Ils étaient tous les deux, mal à l'aise.
Moi, perdant patience : Vous m'inquiétez! Dites-moi ce qui ne va pas? Papa, tu es malade? Ou c'est toi maman? Ou c'est William...
Maman, me coupant : Nous allons tous bien.
Elle jeta un regard furtif sur son mari comme pour puiser en lui la force et continua.
Maman : Nous allons bien. Par contre, Dany, le frère de papa ne l'est pas. Il est malade, très malade.
Je soufflai de soulagement. Je m'étais imaginée toute la journée que l'un de mes parents ou mon frère était gravement malade. Bien sûr, j'étais triste pour mon oncle Dany, mais notre relation était si distante que je ne me sentais pas aussi concernée.
Moi : Il est où encore? En Argentine? ou au Botswana?
Maman : Il est ici sur Paris depuis une semaine. Il a une leucémie. Il est hospitalisé à l'hôpital Saint Louis. Il attend un donneur pour une greffe osseuse.
Moi : Vous êtes allés le voir?
Maman : Oui. Il est très affaibli. Tu devrais aussi aller le voir.
Je ne me voyais pas aller le voir. Je ne saurais pas quoi dire à cet oncle qui me saluait à peine les rares fois qu'il était passé nous voir. Que lui dirai-je?'' Je suis désolée''? De plus, je n'aimais pas les hôpitaux.
Moi, pour rassurer mon père : Je lui rendrais visite.
Je trouvais que mon père avait toujours trop aimé son frère cadet qui ne le lui rendait pas aussi bien .
Papa, osant enfin parler : Les médecins disent que l'attente d'un donneur anonyme compatible risque de s' éterniser. Will et moi, nous allons faire les tests pour voir si on est compatible.
Moi, pour terminer sa phrase : Et tu voudrais que je fasse aussi les tests?
Je souris. J'avais lu dans les pensées de mon père.
Papa : Oui!
Moi : Papa, je suis désolée, mais...
Papa, me coupant : J'en étais sûr.
Il se leva , irrité. Je me levai aussi. Je savais où cette discussion allait nous mener.
Maman : Mais que fais-tu?
Moi : Je pense qu'il est temps que je parte.
Maman :Tu ne restes pas dîner?
Moi : Maman, tu sais ...
Papa : Je n'ai jamais compris pourquoi tu le détestes autant.
Moi : Je ne le déteste pas.
Papa : Si tu le détestes. Depuis toute petite, tu ne l'aimes pas et là, tu es prête à le laisser mourir sans rien faire.
Moi : Papa, je ne le déteste pas. Je ne refuse pas de faire les tests, c'est juste que je ne peux pas. Dès qu'il s'agit de tonton Dany, tu t'énerve. Je préfère partir , je...
Papa : Tu sais , tu es sûrement la plus compatible de nous tous.
Il regarda ma mère qui était déjà en larmes.
Papa : Viens Malia, il faut qu'on te parle.
Il me prit la main et me fit se rassoir. Il se mit à coté de moi. Ses yeux étaient larmoyants.
Papa : Malia, il y a un secret que nous avons gardé toutes ces années et qu'il est temps de te révéler. Peut-être cela te fera mieux comprendre pourquoi je veux te pousser à faire ces tests. Dany n'est pas ton oncle, c'est ton ...père!!!
Choquée ,j'ouvris les yeux et promenai silencieusement mes yeux entre mon père et ma mère.
Moi : Tu n'es pas sérieux?
Papa : C'est lui ton père biologique. Nous t'avons accueillie et adoptée. Mais ça n'a jamais rien changé pour nous.
Moi, horrifiée: Adop-tée??
Deux grosses larmes tombèrent sur mes joues .Je me levai en silence et me dirigeai vers la porte. Ma mère courut vers moi et me prit dans ses bras. Je me débattis violemment.
Moi, hystérique : NE ME TOUCHE PAS !
Maman : Attends, Malia ! On va t'expliquer.
Moi, en pleurant : Vous m'avez menti toutes ces années, je ne veux rien savoir.
Je courus pour m'éloigner le plus loin possible de ce cauchemar.
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Le lendemain
Moi : Ils m'ont menti toutes ces années !
J'éclatai de nouveau en larmes .J'avais pleuré toute la nuit et mes yeux gonflés n'en pouvaient plus.
Sarah : Bois un peu d'eau.
Sarah me tendit un verre d'eau. Je me redresse du lit ,me saisit du verre et but d'un seul trait. Puis je me recouchai et me recouvrit de ma couette laissant ma tête à découverte.
Moi : 24 ans! Ils m'ont menti pendant 24 ans. Il a fallu qu'il tombe malade et qu'il ait besoin de moi pour qu' on me dise la vérité .
Sarah : Je suis désolée !
Sarah caressa mes cheveux .Je l'avais appelée hystérique et en larmes. Apeurée, cette dernière ,sans trop savoir ce qui m' était arrivée avait précipitamment quitté son bureau pour rejoindre mon appartement. J'étais là couchée sur mon lit, les cheveux en pétard ,habillée d'un tee-shirt et d'un pyjama bleu.
Sarah : Arrêtes de pleurer! Tu risques d'avoir un mal de tête.
Moi : C'est déjà fait!!
Sarah : Aïe. Je vais te chercher un cachet!!
Moi : Non! Je ne sais pas si je dois prendre ce genre de médicaments. Je suis enceinte !
Sarah : Tu es enceinte ?
Moi, toujours en larmes : Oui! David est le seul au courant. C'est pour cette raison que je ne peux pas faire le test de compatibilité et non par haine pour mon oncle comme le pense mon père .
Ce mot sonnait faux dans mon coeur et raviva sa douleur. Je sanglotai de nouveau.
Sarah, compatissante : Oh ma chérie!!
Sarah souffrait pour son amie. Elles formaient avec Judith ,un trio soudé par une longue amitié. Judith vivant désormais à Marseille ,Sarah était seule pour soutenir son amie dans une situation si douloureuse. Elle me caressait les cheveux en silence. Elle ne pouvait rien dire de plus. Dans une douleur pareille, aucune parole n'aurait pu me consoler.
Une heure après ,je pleurais toujours. Sarah se résigna à appeler un médecin qui me donna un calmant. Je m'endormis enfin .
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Une heure plus tard
J'ouvris les yeux. Une main me caressant les cheveux .De manière floue ,j'aperçus la forme humaine qui était assise sur le bord du lit. Puis je finis par le reconnaître clairement. Ce n'était pas Sarah avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus et sa taille menue. C'était David. Il me sourit.
David : Bonsoir, ma Lili.
Moi : Bonsoir? Il est quelle heure?
Je me redressai et m'assis en m'appuyant sur le mur.
David : Un peu plus de 20h.
Moi : Oh, j'ai dormi autant! Mais que fais-tu ici?
David : Sarah m'a appelé. J'ai pris le premier train.
Moi : Elle est où Sarah ?
David : Elle est partie quand je suis arrivé. Elle a dit que tu n'allais pas bien. Elle n'a pas voulu m'en dire plus. Y a -t-il un souci avec le bébé?
Moi : Non! Tout va bien avec le bébé . J'ai appris que mes parents m'ont adoptée.
David : Mais tu ne savais pas?
Je sursautai et le dévisageai horriblement. Il réalisa sa bourde.
Moi, choquée : Tu le savais ? Depuis quand ?
David : Il y a un peu plus de 5 ans. J'ai surpris une discussion entre mes parents. Je pensais que tu le savais.
Moi : Et tu ne m'as rien dit.
David : Je pensais réellement que tes parents te l'avaient dite.
Je le repoussai et me levai en colère.
Moi, énervée : Si je le savais ? Tu penses que si je savais je ne te l'aurais pas dit?
David : Je pensais que tu ne voulais pas m'en parler. Même si j'avais su que tu ne le savais pas, je l'aurais gardé pour moi. C'étaient à tes parents de tout te dire.
Moi : Toi aussi ,tu m'as menti. Je te faisais confiance et voilà comment tu me remercies. Sur quoi d'autre tu m'as menti?
David, gêné : Ma chérie ,je...
Moi : Sors !!
David : Chérie ...
Il m'attrapa et me serra dans ses bras. En pleurs, je le repoussai violemment.
Moi, à la fois hystérique et en larmes : Sors !!
David : Je ne peux pas te laisser seule dans cet état.
Moi, criant : SORS! SORS!
Ne voulant pas m'irriter encore plus, silencieusement, il se dirigea vers la porte de la chambre .Arrivé devant la porte, il se retourna et me regarda.
David : Je sais que tu es furieuse. Quand tu iras mieux on en reparlera.
Il continua son chemin et de nouveau je me jetai en pleurs sur le lit.