Brianna
La matinée passe sans que je ne m'en rende compte. Entre les manuscrits à lire et les rendez-vous pris avec certains employés de l'entreprise, je n'ai pas une minute à moi. Ce n'est qu'une fois que Hari vient me chercher pour la pause-déjeuner que je prends conscience de la vitesse à laquelle le temps a filé. Je referme le manuscrit dans lequel je m'étais plongée, mélange d'Harry Potter et de la Trilogie des Gemmes, attrape mes affaires ainsi que mon téléphone et rejoins Hari devant mon bureau. Nous attendons patiemment d'être entrés à l'intérieur de l'ascenseur avant d'échanger un long b****r passionné.
Même si je dois reconnaître que cela à quelque chose d'excitant de se fréquenter en cachette, j'espère tout de même que nous finirons par l'officialiser. Certes, cela voudrait probablement dire que nous allons un peu vite, mais à peine plus vite qu'Andie et Benjamin dans Comment se faire larguer en dix leçons. Non pas que je confonde la réalité avec un film, loin de là. Cependant, il m'arrive de croire que la vie réserve bien des surprises. Et la façon dont notre relation a évolué en l'espace de presque six jours en est une.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent me rappelant à la réalité. Je me détache d'Hari et de ses lèvres douces à contre cœur, comme si de rien n'était. Elena nous adresse un signe de tête comme à chaque fois que nous la croisons. Nous franchissons les portes du grand hall de l'entreprise, côte à côte. Une fois à l'extérieur, j'en profite pour prendre une grande inspiration. Rien de mieux qu'une bonne bouffée d'air frais après une matinée chargée. Hari attrape ma main dans la sienne. Je lui jette un regard surpris avant de poser mes yeux sur nos mains jointes cachées par nos deux corps. Ni vu ni connu.
— Alors ces manuscrits ?
— Horrible. (Je soupire, dépitée.) J'en ai lu quelques-uns. Certains m'ont plu énormément, d'autres un peu moins, voire pas du tout, malgré le fait qu'ils sont très bien écrits. Du coup, je ne sais pas trop comment faire.
— Je comprends. C'est toujours un peu délicat de devoir écrire à des auteurs pour leur dire que leur roman n'a pas été retenu.
— C'est vrai.
— Si tu veux, je peux te faciliter la tâche et m'en occuper, propose-t-il en haussant les épaules.
— Hors de question ! C'est mon devoir de m'occuper de trier les histoires avant de te les faire parvenir et j'ai bien l'intention de le faire jusqu'au bout.
— Bien Mademoiselle, dit-il un sourire moqueur au coin des lèvres.
Je lui assène un coup de coude discret dans les côtes, le faisant sourire de plus belle. Enfoiré. Il se paye ma tête.
— Je suppose que l'endroit où nous allons déjeuner est une surprise ?
— Exact, acquiesce-t-il. (Je lève les yeux au ciel tout en secouant la tête.) Une surprise que tu vas adorer, j'en suis sûr.
— Si tu le dis...
— C'est que c'est vrai.
Il ponctue sa phrase d'un clin d'œil et dépose un b****r furtif contre mes lèvres tandis que nous continuons notre marche, main dans la main, à travers les rues new-yorkaises. Dix minutes plus tard, nous entrons dans une petite brasserie à la fois simple et élégante. Il n'y a presque personne, hormis lui, moi, un client, assis au bar en train de manger une assiette de frites, et un autre, installé à une table avec un journal et un gobelet de café entre les mains. Aucun d'eux ne semblent nous prêter attention. Tant mieux. Cela veut dire que nous allons pouvoir profiter d'une petite heure de tranquillité et de normalité loin du reste.
— Hari !
Je sursaute, surprise. Je tourne la tête en direction de la voix qui vient de me sortir de mes pensées. Une femme d'une quarantaine d'années tout au plus avance dans notre direction, un grand sourire au coin des lèvres. Elle et Hari échangent une longue étreinte.
— Comment vas-tu ?
— Très bien, merci Kathlyn. Et toi ?
— Parfaitement bien. Cela fait longtemps que tu n'es pas venu. Que me vaut l'honneur de ta visite ?
Hari émet un rire discret tout en s'humectant rapidement les lèvres.
— Je voulais te présenter quelqu'un.
Ses mots me procurent un doux frisson le long de la colonne vertébrale. Je voulais te présenter quelqu'un. Je sens mon corps frémir malgré moi tandis qu'il glisse un bras autour de ma taille et me rapproche de lui. Le regard de la femme en face de nous se pose sur moi. Il ne me faut que quelques secondes pour remarquer la ressemblance entre elle et Hari, principalement au niveau du regard. Certes, cela n'est pas aussi flagrant que la ressemblance entre Hari et Hayden, mais tout de même suffisant pour que j'en déduise qu'elle est de la même famille que lui.
— Katlhyn, voici Brianna Andrews. Bree, voici Kathlyn Twist ma tante.
Le visage de Katlhyn s'illumine d'un sourire à la fois chaleureux et enthousiaste.
— Depuis le temps que j'attendais que mon neveu me présente une petite amie. (Elle se tourne vers moi et me prends dans une étreinte furtive.) Ravie de faire votre connaissance, Brianna.
— De même, Madame.
— Je vous en prie, appelez-moi Kathlyn.
J'acquiesce, un sourire franc au coin des lèvres tandis qu'elle se détache de moi et nous conduit à une table dans le coin du fond. Cela nous permettra de déjeuner tranquillement sans trop attirer l'attention.
— Que voulez-vous manger ? nous demande-t-elle tandis que nous nous installons.
— Un steak-frites et un verre de Coca chacun, s'il te plaît Kat. (Hari se tourne vers moi.) Tu verras, ils sont délicieux.
— Ok. Je vous apporte ça tout de suite.
Elle nous adresse un sourire et s'éloigne. J'en profite pour poser quelques questions à Hari, curieuse d'en savoir plus sur sa tante.
— Kat est la petite sœur de ma mère Anna, qui vit en Angleterre.
— Anglaise de naissance, d'après l'accent.
— Exact.
— Comment se fait-il qu'elle tienne une brasserie à New York ?
— L'envie d'un nouveau départ après le décès de son mari, il y a quelques années de ça déjà. Ma mère lui a donc conseillé de venir s'installer à New York. Non seulement cela lui offrait une opportunité, mais en plus elle pouvait garder un œil sur moi pour rendre service à ma mère.
— Ta mère est un peu protectrice non ?
— Elle l'a toujours été. Aussi bien avant qu'après le divorce.
— Comment se fait-il que tu ne sois pas retourné en Angleterre avec elle ?
— Parce qu'il y avait plus d'opportunités pour moi ici que là-bas, tout simplement. De plus, elle est restée vivre aux Etats-Unis jusqu'à ce que j'aie atteint l'âge de faire des études. Ce n'est qu'une fois que j'ai commencé la fac et réussi à me lancer qu'elle a pris la décision de retourner chez elle. Il était temps pour elle de tourner la page quant à son passé compliqué aux Etats-Unis et elle a eu raison.
Je lui adresse un sourire compréhensif.
— Tu la vois régulièrement ?
— Oui. Au moins une fois tous les trois mois. Il est même prévu que nous allions chez elle et mon beau-père pendant notre étape à Londres.
Un drôle de frisson me parcourt de la tête aux pieds en entendant sa réponse. Je vais rencontrer ses deux parents alors que nous ne nous connaissons que depuis une petite semaine.
— Tu ne serais pas en train d'essayer de me coincer avec toi, par hasard ? je demande les yeux plissés.
— Peut-être bien.
Il me jette un regard qui me donne à la fois envie de rire et de rougir, tout en se penchant un peu vers moi.
— Arrête. On dirait un psychopathe sorti tout droit d'Esprit Criminel.
Il m'embrasse furtivement et se redresse sur sa chaise. Nous sommes interrompus quelques instants par sa tante qui vient nous apporter notre commande. L'odeur du steak frites envahit mes sens faisant grogner mon estomac malgré moi. En même temps, je n'ai une fois de plus pas fait de pause ce matin et je n'ai rien mangé ou bu depuis huit heures, soit plus de cinq heures. Kathlyn nous souhaite bon appétit et se retire une fois de plus.
Le déjeuner se passe dans la bonne humeur et la simplicité. Hari et moi dévions sur les rendez-vous qu'il a eu ce matin et qui, d'après ses dires, étaient « à mourir d'ennui », contrairement à ceux que j'ai eus avec certains employés de l'entreprise. En ce qui me concerne, ils étaient tout aussi intéressants les uns que les autres et j'ai pu prendre beaucoup de notes, ce qui devrait me permettre de développer mon rapport de stage. Le plat fini, Kathlyn insiste pour nous apporter le dessert et le café qu'elle nous offre. Hari et moi nous chamaillons pour régler le reste. Bien évidemment Kathlyn intervient prenant le parti de son neveu qui dégaine sa carta bancaire, tandis que je range la mienne.
— Je te revaudrai ça, je marmonne en finissant mon café.
— On verra.
— Il n'y a pas de « on verra ». Je te revaudrai ça, point. Je n'ai peut-être pas eu gain de cause pour les cheveux, mais je l'aurai pour ça.
— Tu es mignonne quand tu joues à la petite amie autoritaire, se moque-t-il gentiment.
Je lui tire la langue de façon enfantine, tout en attrapant mes affaires. Nous enfilons tout notre attirail hivernal, saluons Kathlyn et sortons de la brasserie main dans la main. Le trajet du retour se passe dans le calme, jusqu'à ce que nous arrivions aux locaux. Une fois de plus, nous nous détachons l'un de l'autre à contre cœur. Hari me propose de faire une dernière pause-café avec lui avant de se remettre au travail, ce que j'accepte volontiers. Après tout, toute occasion est bonne à prendre, surtout qu'ensuite nous allons passer l'après-midi chacun dans notre bureau. Lui va vaquer à ses occupations de PDG et moi à mes occupations de stagiaire.
Nous passons récupérer deux cafés puis regagnons son bureau, où nous nous installons sur l'un des grands canapés. La sensation de chaleur me fait agréablement frissonner. Je retire mon manteau et tout ce qui va avec. J'en profite pour jeter un œil à mon téléphone au passage. Aucun message ni appel. Parfait. Je remets le mobile à sa place et me tourne vers Hari assis à mes côtés. Son regard intense est rivé sur moi, comme à son habitude.
— Ça vaut ce que ça vaut, mais tu es la première femme avec qui je prévois autant de sorties depuis ma séparation avec Gwenaëlle, dit-il.
— Sérieusement ?
— Oui. En toute honnêteté, depuis cette histoire je n'ai eu que deux « petites amies » sous contrat qui ont fini par mettre fin à la relation au bout de quelques mois, soit le temps qui leur a fallu pour comprendre qu'il n'y aurait rien de plus que cette relation entre nous. Quant à toi... (Il s'interrompt quelques instants, le temps d'allumer une cigarette et de prendre une gorgée de son café.) Quand tu es partie après avoir découvert la vérité pour Hayden, j'ai flippé comme cela ne m'était jamais arrivé avant. (Il tire une longue bouffée qu'il expire lentement, ses yeux vert émeraude ancrés aux miens.) Je ne veux pas te voir partir Bree.
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