Chapitre 3J’ai toujours préféré aux voisins les voisines.
Ça me rend fou. Nathan me regarde d’un air dépité, impuissant. C’est un dossier vert ! Constance est un dossier vert et il n’a trouvé personne pour s’en occuper. En temps ordinaire, il est vif et ne manque pas de sérieux lorsqu’il s’agit du boulot. Néanmoins, ce soir, il semble dépassé par les événements.
— Tu es sûr que tu n’as personne pour te remplacer ? Cherche encore ! je crie, penché au-dessus de son ordinateur.
Sa crête rose tangue de droite à gauche quand il se met à fouiller dans les documents posés sur son bureau. Je le sens prêt à éclater en sanglots. Il faut dire que, malgré les apparences, je ne suis pas très calme comme garçon. Je me qualifierais même de sanguin. À la moindre incartade, je suis capable d’exploser.
— J’ai contacté tous mes agents. Tout le monde est très occupé.
— Trouve une solution !
Mon poing s’écrase sur le pupitre. Ça le fait sursauter et un cri sort de ses lèvres.
Parfois, il hurle de façon tout à fait féminine.
J’ai chaud. Il fait une chaleur à crever dans l’entrepôt. Pourtant, dehors, il gèle.
— Si tu veux, je peux demander à Abi d’intervenir. Elle est disponible ce..., intervient Betty que j’interromps immédiatement.
— Certainement pas ! Cette vipère ne fait preuve d’aucun tact.
C’est un serpent de la pire espèce.
D’ailleurs, Betty et Abigaëlle s’entendent à merveille. J’adore mon employée, mais, pour ce qui est du job, c’est un véritable requin lâché dans un bac de poissons rouges. Je ne pense pas qu’elles se soient déjà vues toutes les deux. Mademoiselle Monclair est discrète. Elle se contente d’appeler. Elle ne se déplace jamais en agence.
— Pourquoi ne veux-tu pas que j’y aille ? demande Nathan, désormais debout derrière son bureau.
Bon sang, il faut vraiment qu’il fasse un truc à ses cheveux.
Je soupire en basculant ma tête vers l’arrière. Ça ne se voit peut-être pas, avec les gouttes de sueur qui perlent sur mon front, mais j’essaie de reprendre mon calme. En vain. J’ai envie d’arracher les dossiers qui trônent devant lui.
— Elle te connaît ! Constance t’a croisé dans les escaliers la dernière fois que tu es venu chez moi.
Elle mérite mieux que ça. Non pas que Nathan ne possède pas l’expérience requise pour ce genre de mission...
Il est le James Bond des dossiers verts.
Je porte ma main sur ma nuque pour qu’il ne voie pas à quel point elle tremble. La fatigue, les cauchemars et l’accident me bousillent l’existence.
— Corentin, il faut que tu te calmes, dit Betty d’une voix douce.
À peu de chose près, elle est la sœur que je n’ai jamais eue. Cependant, je suis bien trop énervé pour la laisser m’apaiser. Alors, d’un geste brusque, je fais valdinguer les documents sur le bureau de Nathan et détourne les talons.
— Je vais me démerder tout seul ! je hurle en claquant la porte.
Malgré le froid qui s’engouffre sous mon costume trois pièces, je ne décolère pas. Je suis capricieux et bien trop fatigué pour être sain d’esprit. Comment se fait-il que je sois obligé d’intervenir ? Pourquoi Nathan n’a-t-il pas trouvé une f****e solution ? Merde ! Je connais cette fille depuis plusieurs années. Mon voisin est malade et personne n’est en capacité de m’aider. C’est quand même un comble ! Si je me suis positionné comme patron, c’est pour ne pas avoir à me salir les mains.
Malgré les apparences, je crois que je déteste faire du mal aux gens. J’ai eu cette stupide idée d’agence sans me rendre compte que je n’aurais pas que des idiots sans cervelle qui voudraient rompre avec leur femme. Maudit cerveau ! Saloperie d’imagination débordante ! J’ai tellement d’idées à la seconde que je pourrais écrire des tonnes de bouquins. Enfin, dans une autre vie. Parce que là, je n’ai pas vraiment le temps de m’y mettre.
Dans une ultime tentative pour me calmer, je sors mes écouteurs de ma poche de pantalon, puis mon téléphone portable. C’est à ce moment-là que je vois s’afficher un message, sur Steam, la plate-forme de jeux en ligne.
Éphémère2 : Ce soir 20 h ? Je ne bosse pas.
Vous ai-je déjà dit que j’épouserai cette fille ?
Tout est plus simple à travers les écrans. Il n’y a pas ce maudit poids qui plane sans cesse sur mes épaules. Néanmoins, il y a cette fille. Ma coéquipière de jeux. Je crois qu’au fil des années, elle est devenue bien plus importante qu’il n’y paraît. Nous ne parlons plus uniquement de raids ou d’ennemis.
Nous discutons du beau temps, de nos vies, de nos envies sans pour autant en dire assez pour dévoiler notre véritable identité.
Enfin, je crois...