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Le destin des Mesville

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Lourd destin que celui de Philippe Mesville...

Jeune chirurgien très aimé et très estimé par son entourage, il supporte, à la différence de son jeune frère, l'autorité de sa mère. Reconnaissant pour les sacrifices qu'elle a dû faire pour sauver une partie du domaine des Mesville, dilapidé par son défunt père, Philippe est conscient de l'emprise maternelle sur lui. Surtout depuis que sa mère s'est mise en tête de le marier à Nadia, dont le père est propriétaire du reste du domaine. Sa rencontre fortuite avec Irène, dont il tombe éperdument amoureux, va être le point de départ de la transformation de son caractère pour se libérer du joug maternel. Son amour pour Irène sera-t-il assez fort pour déjouer les pièges et manigances de sa mère et de Nadia, la fille de son riche voisin ?

Un roman familial sur les relations mère-fils et le besoin crucial d'indépendance

EXTRAIT

Le jour où Anne épousa Jean Mesville, le domaine des « Tourelles » appartenait à l’oncle de son mari, François Mesville. Celui-ci, étant veuf et sans enfant, avait désigné Jean comme héritier de ses propriétés.

Un an plus tard, Oncle François succomba d’une grippe mal soignée. Jean Mesville devint donc le nouveau maître des « Tourelles ».

Le domaine s’étendait sur plusieurs hectares et tourna vite la tête à son jeune propriétaire, qui pensait que sa fortune était inépuisable. Jean prit goût au jeu et aux courses de chevaux, ses folles passions dilapidèrent rapidement ses biens et il fut contraint de vendre ses terres afin de combler ses dettes.

Anne essaya de le raisonner, mais Jean était comme possédé.

C’est dans ce climat d’incertitude qu’Anne mit au monde son premier fils, Philippe. Le nouveau-né hérita du prénom de son grand-père qui mourut quelques mois plus tard, emporté par le chagrin de voir son fils se ruiner et perdre ainsi le domaine familial.

Après la mort de son père, Jean parut se ressaisir, mais le vice du jeu l’habitait toujours.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Martine Paternotte est née le 17 novembre 1961 à Morlanwelz, dans le Hainaut. Mariée et maman d'une grande jeune fille, elle habite à Estinnes-au-Val, près de Binche. Infirmière depuis l'âge de 22 ans au Centre Hospitalier Régional-Clinique Saint-Joseph de Mons, elle aime relever les défis. Passionnée d'Histoire et pourvue d'une imagination inépuisable, elle a la plume facile depuis son adolescence, écrivant plusieurs nouvelles pour s'amuser et dont elle fait partager son entourage. Sa passion d'écrire l'amène à relever un nouveau défi, rédiger un roman où elle fera voyager sans relâche le lecteur au travers d'une fiction où chacun y trouvera son pareil et où l'intrigue sentimentale se terminera sur une heureuse issue.

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Première partie-1
Première partieCe matin-là de mai 1955, le soleil brillait sur les « Tourelles », imposante demeure de la famille Mesville. Dans la cour, une Mercedes était garée près du perron. Madame Mesville sortit du manoir, suivie de ses deux fils et du couple de domestiques. Elle embrassa froidement Harry, son fils cadet. Celui-ci, matelot au grand désespoir de sa mère, s’embarquait pour plusieurs mois sur un navire marchand en direction de contrées lointaines. Les serviteurs saluèrent avec respect le jeune homme qui prit place à bord de la voiture de Philippe, son frère aîné. Celui-ci démarra aussitôt et la Mercedes quitta rapidement le domaine. Madame Mesville rentra sans tarder et pénétra dans le salon. Son regard se posa sur le portrait qui dominait en maître au-dessus de la cheminée de marbre, le portrait de celui qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. Sans détourner les yeux, fixant le visage de son défunt mari, Anne Mesville s’installa dans un fauteuil et revit le passé. *** Le jour où Anne épousa Jean Mesville, le domaine des « Tourelles » appartenait à l’oncle de son mari, François Mesville. Celui-ci, étant veuf et sans enfant, avait désigné Jean comme héritier de ses propriétés. Un an plus tard, Oncle François succomba d’une grippe mal soignée. Jean Mesville devint donc le nouveau maître des « Tourelles ». Le domaine s’étendait sur plusieurs hectares et tourna vite la tête à son jeune propriétaire, qui pensait que sa fortune était inépuisable. Jean prit goût au jeu et aux courses de chevaux, ses folles passions dilapidèrent rapidement ses biens et il fut contraint de vendre ses terres afin de combler ses dettes. Anne essaya de le raisonner, mais Jean était comme possédé. C’est dans ce climat d’incertitude qu’Anne mit au monde son premier fils, Philippe. Le nouveau-né hérita du prénom de son grand-père qui mourut quelques mois plus tard, emporté par le chagrin de voir son fils se ruiner et perdre ainsi le domaine familial. Après la mort de son père, Jean parut se ressaisir, mais le vice du jeu l’habitait toujours. Anne semblait heureuse d’avoir retrouvé son mari et elle mit au monde, quatre ans après la naissance de Philippe, un second fils prénommé Harry. Anne apprit plus tard que Jean avait choisi ce prénom en l’honneur du cheval sur lequel il avait parié et qui avait remporté la course, la veille de son accouchement. Donc sans qu’Anne ne s’en rendît compte, Jean jouait à nouveau et les dettes s’accumulaient. Un soir, il rentra ivre, elle le réprimanda. Il n’était plus le même homme, elle se rappelait son visage et ses yeux suppliants ; il ressemblait plus à une bête traquée qu’à un être humain, elle fut effrayée par cette vision. Il s’était agenouillé à ses pieds en murmurant des mots incompréhensibles, elle l’avait giflé et s’était enfuie de la pièce en pleurant. Le lendemain, Jean Mesville avait disparu. Ce n’est qu’après deux jours de recherches intensives que la police retrouva son corps dans le lac de Donzy qui appartenait autrefois aux Mesville. *** Anne se culpabilisa d’être responsable du suicide de son mari, ne lui avait-elle pas tourné le dos au moment où il avait certainement eu le plus besoin d’elle ? Ses remords furent vite dissipés, lorsque après l’enterrement, elle vit débarquer une foule de créanciers. Le domaine, du moins ce qu’il en restait, fut vendu et le manoir hypothéqué, les autres dettes furent apurées par sa fortune personnelle. Étienne et Félicie, le couple de domestiques, refusèrent de partir, ils préféraient rester avec elle, même si elle ne les payait pas. Anne apprécia leur geste ; il est vrai qu’ils étaient là bien avant que Jean et elle ne deviennent les nouveaux propriétaires des « Tourelles ». Anne se mit à l’ouvrage, elle n’avait plus que deux idées en tête : récupérer la totalité du domaine des « Tourelles » et donner une bonne éducation à ses deux fils. Philippe avait six ans, il lui ressemblait beaucoup, tant physiquement que moralement : même regard fier, même volonté d’action, et surtout, toujours prêt à l’aider. Harry, lui, n’avait que deux ans, blond comme son père et capricieux. Anne aimait moins son second enfant, elle était presque sûre qu’il lui rappellerait sans cesse Jean, et les années qui suivirent confirmèrent ses craintes. La Seconde Guerre mondiale ne vint rien arranger chez les Mesville, Anne dut fuir avec ses deux garçons et le couple de domestiques. Étienne s’engagea dans le maquis, Anne et Félicie travaillèrent tant bien que mal pour survivre, Philippe et Harry furent embauchés dans une imprimerie, mais le cadet fut renvoyé pour vol. Il termina la guerre comme chapardeur. Le manoir des « Tourelles » fut occupé par des officiers allemands ; les villageois de Donzy disaient même que le feld-maréchal Rommel y avait logé une nuit alors qu’il était de passage dans la région. Au moment de la Libération, les « Tourelles » fut pris d’assaut par les troupes américaines qui firent de sérieux dégâts. Après la guerre, Anne se remit au travail. Trois années de labeur permirent de payer les réparations du manoir, deux années de plus firent lever l’hypothèque. *** Philippe travaillait afin d’aider sa mère et de payer ses études de médecine. Harry ne possédait malheureusement pas le même état d’esprit que son aîné, il s’amusait plus qu’il ne travaillait. Dix années venaient de s’écouler depuis la fin de la guerre, Anne avait maintenant cinquante-six ans, le manoir des « Tourelles » et dix hectares environnants lui appartenaient légalement ainsi qu’à ses fils. Étienne et Félicie étaient toujours à son service ; en récompense de leur fidélité, elle leur avait cédé une aile du manoir. Philippe, lui, avait trente et un ans et était chirurgien à l’hôpital de Cosne-sur-Loire, situé près de Donzy ; il n’était pas encore marié, mais Anne le poussait à aimer Nadia Courneuve, la fille d’un colonel à la retraite devenu un important éleveur de chevaux. Anne tenait à ce mariage, car le colonel Alex Courneuve avait acquis, après la guerre les dix-huit hectares restants du domaine des « Tourelles ». Elle espérait cette union, qui permettrait aux Mesville de retrouver leur vaste domaine d’antan. En ce qui concernait Harry, malgré les sermons et les crises de colère, Anne n’avait pu en faire un homme respectable. Le jeune homme ressemblait trop à son père, il aimait le jeu et l’aventure. Il n’avait réussi que deux choses dans la vie : se faire renvoyer des différentes écoles qui avaient bien voulu l’accepter et être matelot dans la marine marchande. Anne se rendait compte qu’elle avait bien changé depuis le jour où elle avait fait la connaissance de Jean Mesville, le temps l’avait endurcie et elle régnait sur les « Tourelles » avec fermeté. Anne Mesville entendit sonner l’heure du dîner, elle se leva de son fauteuil et regarda une dernière fois le portrait de son mari : qu’il était loin cet après-midi où elle l’avait rencontré pour la première fois ! *** Lorsque la Mercedes de Philippe franchit les grilles du domaine des « Tourelles », Harry jeta un coup d’œil rapide sur son aîné avant d’engager la conversation. Les deux frères, si différents autant dans leur caractère que dans leur physique, étaient très unis. Une amitié sans faille les rapprochait. Et personne, Madame Mesville en tête, ne parvenait à cerner le lien si fort qui existait entre les deux hommes. – C’est la première fois que le temps va nous séparer, commença timidement Harry. – Il est sûr que tu vas me manquer, mais tu as choisi ton destin, répondit Philippe attentif à la circulation. – Tu sais bien que Mère y est pour quelque chose. Je n’ai jamais compris comment tu pouvais la supporter, dit calmement le jeune homme. – J’admets qu’elle n’est pas facile à vivre, parfois ! Mais à la mort de notre père, la situation n’a pas été simple pour elle. Elle a dû travailler dur et s’est battue pour reconstruire les « Tourelles » que nous connaissons. Elle a fait de nous des hommes respectables et c’est pour cela que j’accepte son autorité. – J’avoue que vu sous cet angle, tu as raison. Mais je n’arriverai jamais à m’y faire. Tu dois me prendre pour un lâche mais, j’ai préféré fuir les « Tourelles » à la première occasion plutôt que d’y vivre aux crochets de Mère. Tu sais bien qu’elle ne s’est jamais gênée pour me le rappeler, fit Harry avec tristesse. – Tu n’es pas un lâche et ton choix est certainement préférable, conclut Philippe. La voiture venait d’entrer dans Cosne-sur-Loire, elle emprunta la rue Gambetta en direction de la gare. Harry tenait serré contre lui le sac qu’il avait posé sur ses genoux. À mesure que les minutes s’écoulaient, Harry sentit le stress l’envahir. La Mercedes s’arrêta sur le parking de la gare, face à l’entrée. Harry regarda son frère qui venait de couper le contact de la voiture et lui dit : – Fais attention à toi. Ne te laisse pas trop dominer par notre mère. Et qui sait, tu seras peut-être marié quand je reviendrai ! – Peut-être. Sois prudent, répondit Philippe en tendant la main vers son cadet. Celui-ci la serra fermement avant de sortir de la voiture. Leurs yeux s’étaient croisés, et sans dire un autre mot, leurs mains droites unies, ils s’étaient, à leur manière, faits leurs adieux. Philippe regarda Harry s’éloigner de la voiture, son frère portait son sac sur l’épaule droite et une casquette de marin sur la tête. Le jeune homme se retourna avant d’entrer dans le hall de la gare, il leva le bras en l’agitant. Philippe leva la main et répondit au signe de son frère. Il ne sut pourquoi, mais à cet instant précis, il se rendit compte combien Harry allait lui manquer. Tout en se rendant à l’hôpital où il exerçait comme chirurgien-orthopédiste, il ne pouvait s’empêcher de repenser à son frère. Il avait toujours veillé sur lui depuis qu’ils étaient enfants. Combien de fois n’avait-il pas détourné la colère de sa mère ? Harry était un petit farceur, mais Philippe trouvait parfois injuste l’attitude de Madame Mesville à l’égard de son cadet. Ce n’est que plus tard, en constatant la ressemblance d’Harry et de leur père, qu’il avait commencé à comprendre. L’amour qu’avait éprouvé leur mère pour leur père s’était transformé avec le temps et les souffrances en amertume, voire peut-être en mépris. Il gara sa voiture dans la petite cour située face à l’entrée principale de l’hôpital. Il pénétra rapidement dans le bâtiment et gagna son service. Le service d’orthopédie était situé au premier étage, juste à côté du bloc opératoire. Lorsqu’il eut gravit les escaliers d’un pas alerte, Philippe se retrouva à l’entrée d’un couloir, il aperçut Madame Sanders, elle était assise à son bureau. Madame Jeanne Sanders était un peu plus jeune que la mère de Philippe et il éprouvait pour elle un profond respect. Madame Sanders était une infirmière-chef exemplaire, Philippe avait en elle une totale confiance. Jeanne Sanders pouvait dire qu’elle avait acquis son expérience sur les champs de bataille et elle portait fièrement sa coiffe d’infirmière ornée d’un double galon brun de chef. Madame Sanders aimait beaucoup Philippe. Il était un enfant du pays et un brillant chirurgien. De plus, elle trouvait en lui un être sensible et bon, regrettant parfois qu’il ne fût pas son fils. Le bureau de Philippe se situait en face de celui de l’infirmière-chef, il s’arrêta un instant en disant : – Tout va bien, Madame Sanders ? – Docteur Mesville ! Déjà là ! répondit celle-ci à demiétonnée, en levant son regard souriant vers le jeune homme. – Je tenais à régler certains points avec vous avant mon départ, fit Philippe. – Ah oui, le Congrès ! Vous partez cet après-midi et pour deux jours, se rappela Madame Sanders. – Si vous avez besoin, vous savez que vous pouvez faire appel au Docteur Verdont. – Ce jeune blanc-bec diplômé de la Capitale qui croit que parce qu’il a un bout de papier sur lequel il est inscrit chirurgien, il peut tout se permettre ! fit Madame Sanders avec dépit. – Allons, vous êtes bien sévère avec lui, il est jeune et il débute, défendit Philippe. – Je n’aurai besoin de lui que si je ne sais pas me débrouiller, finit-elle par dire. – À la bonne heure, je suis rassuré, dit le jeune homme en souriant. Philippe fit un rapide tour de ses patients afin de s’assurer que tout irait pour le mieux en son absence. Madame Sanders nota les dernières instructions de Philippe. Chaque patient pouvait constater que le jeune chirurgien et l’infirmière-chef s’accordaient parfaitement, le respect mutuel qu’ils avaient l’un pour l’autre faisait d’eux une équipe complice. *** Philippe Mesville regagna les « Tourelles » vers midi. Lorsqu’il franchit les grilles de l’allée principale, il ralentit sa voiture afin d’admirer le manoir. Cette magnifique demeure devait son nom à deux petites tourelles qui ornaient la façade principale. Philippe ne se souvenait plus depuis combien de générations ce manoir appartenait à sa famille. Il arrêta sa Mercedes devant le parterre de roses qu’Étienne entretenait chaque jour avec passion. Il monta rapidement les quelques marches du perron et pénétra dans le grand hall. Depuis qu’il était tout petit, il était toujours fasciné par le grand escalier de marbre qui trônait en maître dans ce hall.

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