Chapitre 9 : Le piège qui se referme

1147 Words
La route semblait infinie. Le paysage défilait sans émotion, comme si le monde avait décidé de tourner sans eux. Martine conduisait, les mains crispées sur le volant, tandis que Karma restait silencieux à côté d’elle, les yeux fixés sur l’horizon. Il y avait une tension dans l’air, une tension qui n’était pas seulement liée à la fuite. C’était une tension entre eux. Ils n’étaient plus seulement deux amants. Ils étaient deux ennemis de la société, deux fugitifs, deux êtres qui se demandaient si leur amour pouvait survivre à ce chaos. Depuis quelques jours, Martine sentait une présence étrange. Des regards trop insistants dans les rues, des voitures qui semblaient les suivre, des passants qui changeaient de trottoir au moment où ils passaient. Elle avait appris à lire les signes. Et elle savait que quelqu’un les observait. Tu sens ça ? demanda-t-elle finalement. Karma ne répondit pas immédiatement. Il resta silencieux, comme s’il analysait la situation. Puis il répondit : Oui. Ils nous suivent. Peut-être. Martine serra les dents. Peut-être ? On ne peut pas être sûrs. Elle se tourna vers lui, furieuse. — Tu ne veux pas savoir ? — Je veux survivre. Martine le regarda, déçue. — Et moi ? — Toi aussi. Le silence revint, mais il était plus lourd. Martine sentait que Karma ne lui disait pas tout. Comme toujours. Elle s’arrêta à une station-service. Ils descendirent de la voiture, mais elle sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Une voiture noire, garée au loin, avec les vitres teintées. Un homme à l’intérieur, immobile. Martine fit un signe à Karma, discret. Il comprit. Il ne bougea pas, mais son regard se durcit. Ils rentrèrent dans la station, achetèrent de l’eau, puis sortirent. La voiture noire démarra. Karma prit le volant, et ils s’éloignèrent rapidement, sans attendre. Martine sentit son cœur battre plus vite. Tu as vu ? demanda-t-elle. Oui. Elle inspira profondément. On doit changer de plan. On a déjà changé de plan mille fois. Martine se tourna vers lui, la voix tremblante. On ne peut pas continuer comme ça. On n’a pas le choix. — Si. — Non. Le conflit commença à naître. Martine avait besoin de savoir, besoin de comprendre. Karma, lui, avait besoin de contrôler, besoin de protéger. Mais protéger signifiait parfois mentir. Et Martine ne supportait plus les mensonges. Le soir, ils trouvèrent une petite maison abandonnée près d’un village. Karma la connaissait. Il y avait déjà vécu plusieurs fois. Un endroit sûr, ou du moins, un endroit où ils pouvaient dormir sans être vus. Martine entra, le regard dur. Tu as un plan ? demanda-t-elle. Oui. Alors pourquoi tu ne me dis rien ? Parce que je ne veux pas que tu te mettes en danger. Martine se mit face à lui. Tu ne me fais pas confiance. Je te fais confiance. Alors pourquoi tu me caches tout ? Karma la regarda, longuement. Son visage était fermé. Parce que je ne veux pas que tu souffres, dit-il enfin. Tu m’as déjà fait souffrir, répliqua-t-elle. Pas intentionnellement. Si. Martine s’approcha, sa colère augmentant. Tu es Karma. Tu es un criminel. Tu as tué. Tu as détruit des vies. Et tu veux me protéger ? Je ne suis pas le même homme, dit-il. Tu ne peux pas te changer comme ça ! Je peux. Tu ne peux pas effacer ton passé ! Karma serra les poings. Je n’essaie pas d’effacer mon passé. Je veux juste vivre avec toi. Tu veux vivre avec moi ? Oui. Martine eut un rire amer. Et tu crois que c’est possible ? Oui. Elle le fixa, les yeux remplis de colère et de douleur. Je ne veux plus être ton plan de survie. Je ne veux plus être ta cachette. Tu es ma compagne. Je suis ta complice. Et ? Martine recula. Et je ne suis pas sûre d’en être fière. Karma resta silencieux. La colère dans ses yeux se mêlait à la tristesse. Il avait l’impression que son amour détruisait la seule personne qui lui avait donné une raison d’espérer. Il s’approcha d’elle. Je t’aime, dit-il. Je sais, répondit-elle. Mais ses mots ne la rassuraient pas. Ils étaient devenus des chaînes. Le conflit explosa lorsqu’ils entendirent un bruit à l’extérieur. Des pas, rapides, calculés. Un son qui ne trompait pas. Martine se figea. Ils sont là, murmura-t-elle. Karma prit une arme dans un tiroir. Il la chargea rapidement, avec une maîtrise terrifiante. Martine se sentit soudain faible. Elle n’était plus une inspectrice. Elle n’était plus une femme normale. Elle était une fugitif, une cible. Ils se cachèrent dans une pièce sombre, derrière des meubles. Les pas se rapprochaient. Un murmure, une voix, un ordre. Karma chuchota : Reste derrière moi. Martine n’eut pas le temps de répondre. Elle se contenta d’obéir, comme si sa vie dépendait de lui. Les voix se rapprochèrent encore. Une porte grinça. Karma se leva, prêt à tirer. Puis, une silhouette apparut dans l’encadrement. Un homme en tenue, un badge visible, un fusil. Martine sentit son sang se figer. Inspectrice Martine Delcourt ? demanda l’homme. Martine ne bougea pas. Karma, lui, resta immobile, l’arme pointée. Ne bougez pas ! ordonna-t-il. L’homme s’avança, lentement. On sait que vous êtes là, dit-il. On vous a suivis. Vous ne me ferez pas de mal, dit Martine d’une voix faible. L’homme la fixa. Vous êtes en état d’arrestation, inspectrice Delcourt. Je ne suis plus inspectrice. L’homme se tourna vers Karma. Et vous, Karma. Vous êtes entouré. Karma sentit une rage monter. Il était prêt à se battre, prêt à mourir, prêt à tout. Mais il vit Martine. Il vit sa peur. Il vit son amour. Et pour la première fois, il hésita. Martine posa une main sur son épaule. Lâche l’arme, murmura-t-elle. Non. Elle se tourna vers l’homme. Écoutez-moi, dit-elle. Ne tirez pas. Je vous en prie. Pourquoi ? Parce que… parce que je l’aime. L’homme la regarda, surpris. Vous l’aimez ? Oui. Karma sentit son cœur se briser. Martine continua, sa voix tremblante : Il n’est pas un monstre. Il a changé. Il mérite une chance. L’homme haussa les épaules. Ce n’est pas mon rôle de juger. Mon rôle est de l’arrêter. Karma serra les dents. Alors arrêtez-moi, dit-il. Mais laissez-la partir. Martine se figea. L’homme hésita. Puis il répondit : Vous n’êtes pas en position de négocier. Karma fit un pas en avant. Si vous touchez à elle, je tire. Le silence se fit. L’homme leva les mains, comme pour montrer qu’il n’était pas agressif. Je ne veux pas de violence, dit-il. Alors arrêtez-le maintenant, ordonna Martine. L’homme regarda Karma, puis Martine. Très bien, dit-il. Mais vous, inspectrice, vous allez payer pour votre trahison. Martine sentit une colère sourde monter. Je ne regrette rien, dit-elle. Karma la regarda, et dans ses yeux, elle vit une douleur profonde. Une douleur qui disait : je t’ai perdue, même si je suis toujours à tes côtés.
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