Chapitre 1 : L'Écho du Silence
Préface
Dans un monde où les voix s'éteignent trop facilement et où les silences sont lourds de solitude, Ava navigue entre ses souvenirs et ses espoirs. Elle s'accroche à l'idée de trouver une raison d'être, même quand tout semble s'effondrer autour d'elle. C'est l'histoire d'une jeune femme qui cherche des réponses dans le brouillard de ses pensées et dans les reflets éphémères de ceux qui l'entourent.
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Je suis là, allongée sur mon lit, les yeux fixés sur le plafond, mais je n'arrive pas à arrêter le flot de pensées qui m'envahit. Le silence autour de moi est lourd, presque suffocant, mais j'y suis habituée. Cela fait maintenant des mois que mes soirées se déroulent comme ça : une solitude interminable, remplie de réflexions sur ce que je suis devenue.
Pourquoi suis-je là ?
Cette question me tourmente sans cesse. Je n'ai pas de réponse. Je n'ai même pas d'objectif, pas de rêve à poursuivre. Je me souviens, il fut un temps où je m'étais accrochée à mon rêve de devenir infirmière. Mais cette époque semble tellement lointaine, comme un autre monde, un monde où j'étais encore capable d'espérer.
Le bruit de la sonnette me tire de mes pensées. C'est rare que quelqu'un vienne chez moi sans prévenir. Je me redresse lentement, jetant un coup d'œil à l'horloge : il est déjà tard. Qui pourrait bien être là ?
Je traîne des pieds jusqu'à la porte, ma tête me lançant légèrement. L'anxiété est instantanée. Je n'ai pas envie de voir personne, de me confronter au regard d'autrui. Mais en ouvrant la porte, je découvre Farah, qui se tient là, souriante, mais avec quelque chose dans le regard, comme une question non posée.
Farah ? c'est mon amie depuis longtemps. Elle est une des rares personnes qui persiste à rester dans ma vie, malgré ma tendance à m'isoler. Elle a toujours ce regard doux, rassurant, mais aussi un peu insistant quand elle voit que je vais mal. Elle porte une tenue simple, mais élégante, comme à son habitude, ses cheveux noirs tombant en vagues douces sur ses épaules. C'est une personne attentive, parfois trop, mais je ne peux m'empêcher de l'apprécier pour cela
« Salut, Ava. » Elle entre sans attendre ma permission, comme si c'était chez elle. Elle a cette façon de faire, de toujours savoir comment briser le mur d'indifférence que je construis autour de moi.
Je me pousse un peu sur le côté pour la laisser passer, mais je n'arrive même pas à sourire. Elle l'a remarqué, je sais. Mais elle ne dit rien.
Elle jette un coup d'œil autour de la pièce, l'air inquiète. « Ça va ? Tu ne réponds à personne, tu ne sors plus... »
Je baisse les yeux. Je n'aime pas qu'on me regarde comme ça, avec cet air de compréhension et de pitié. J'ai l'impression qu'elle peut voir à travers moi, et ça me fait mal. « Je vais bien. » C'est tout ce que je peux dire. Ça ne veut rien dire, bien sûr. Mais c'est tout ce que j'arrive à dire. Et encore, même ce mot me coûte.
Farah s'assoit sur le canapé, les bras croisés. Elle est patiente, mais aussi un peu inquiète. « Tu sais, Ava, ce n'est pas grave de ne pas aller bien. Mais il faut en parler. »
Je m'assois à côté d'elle, une distance qui me semble confortable, mais qui cache la réalité : j'ai peur. Peur d'ouvrir la bouche, peur de tout déballer, peur de laisser échapper des mots que je ne saurais plus rattraper.
Je lève les yeux vers elle. « J'ai l'impression que tout va mal. Que tout est... foutu. » La vérité sort enfin, aussi brisée que moi. « Je me suis perdue, Farah. Je suis... je suis nulle. » Le goût amer de ces mots me reste dans la bouche, comme un poison.
Elle me regarde sans juger. « Tu n'es pas nulle, Ava. Tu n'es juste pas bien. Et c'est ok. Ça arrive à tout le monde. Mais tu ne peux pas rester comme ça. » Elle fait une pause, comme si elle cherchait les mots justes. « Tu te souviens de ta formation, Ava ? Tu te souviens quand tu avais des projets, quand tu voulais aider les autres ? »
Je ferme les yeux, la douleur envahit ma poitrine. Oui, je me souviens. Je me souviens de ces rêves. Et je me souviens de l'abandon. De ce moment où j'ai tout arrêté, où j'ai tout lâché parce que je ne supportais plus la pression. La pression de réussir, de prouver que j'étais capable, mais surtout, la peur du jugement. La peur de ne pas être à la hauteur.
Je serre les poings. « Je n'ai pas réussi, Farah. Je suis une déception. »
Elle ne répond pas tout de suite. Elle se contente de poser une main sur la mienne, un geste simple, mais réconfortant. « Non, Ava, tu n'es pas une déception. Tout le monde a des moments où tout va mal. Mais tu n'es pas seule. »
J'hésite. Je veux la repousser, lui dire que ce n'est pas vrai, que je suis seule, que personne ne me comprend. Mais je n'ai pas la force. Au lieu de ça, je reste là, dans ce silence qui en dit long.
Farah se lève finalement. « Je vais te laisser un peu, d'accord ? Mais je reviendrai demain. On en reparlera. » Avant de partir, elle me lance un dernier regard. « Tu n'es pas seule, Ava. N'oublie pas ça. »
Je la regarde partir, mais à l'intérieur, quelque chose se brise un peu plus. La solitude, ce cocon dans lequel je me suis enfermée, me protège, mais me tue en même temps. Je sais que je devrais accepter l'aide de mes amis, mais... j'ai peur. Peur de les décevoir encore une fois.
Je reste là, seule avec mes pensées. Et je me demande combien de temps encore je pourrai supporter ce silence.