III
Ça y est, ça grouille de partout à l’Interpascher. Les premiers sur les lieux, à part votre serviteur, ont été les trois vigiles affectés à la surveillance des arrière-caisses, trois grands mecs encore plus noirs que gros. L’un tenait, serré dans sa main (me demandez pas laquelle), l’avant-bras d’un gamin qu’il avait attrapé alors qu’il chouravait un CD. Le môme, apeuré par ce branle-bas de combat, se protégeait la tête avec la main qui lui restait en récitant des :
— C’est pas moi, m’sieur ! C’est pas moi, m’sieur ! C’est pas…
Ensuite arrivèrent les caissières en blouse orange-amère, accompagnées des jeunes en rollers qui servent d’interface entre les rayons, les caisses et la caisse centrale. Le directeur et son staff, une secrétaire décorative et un responsable de rayon beau comme un énarque, suivaient. Les commerçants de la galerie, ayant eu le handicap de devoir planquer leur tiroir-caisse, des fois qu’on profiterait de l’occase, ne tardèrent pas non plus. Et pour finir, à part bien sûr la foule de badauds anonymes, le bouquet final, l’apothéose, le nec plus ultra, incontournable dans ce genre de situation, la police. Les flics, ils me font marrer. Ils arrivent toujours précédés d’un vacarme de sirènes, avec des gyrophares débiles comme s’ils souhaitaient ainsi écarter le danger. Moi, je suis truand, j’entends ce tintamarre, j’les mets, et sans bruit encore. Je me suis toujours demandé comment, malgré tout ce folklore, ils arrivent à faire des bavures. Remarquez, dans les bavures, c’est toujours les innocents qui trinquent, parce que les malfrats, sauf les sourds, ils sont aux abris quand les képis rappliquent.
*
Ça s’agite tout autour. Les pompiers essayent de récupérer le bras de Momo dans le ventilateur. Manque de bol, leur échelle est trop petite. Les flics dégagent le périmètre, comme ils disent. Ils font « circulezyarienàvoir » les badauds présents. Le commissaire qui, pour l’occasion, s’est déplacé, joue les cadors, les experts, s’agite dans son manteau, donne des ordres à droite, à gauche, engueule tout le monde, me bouscule, balance un coup de pied à Zéphir qui rejoint sa maîtresse en jappant salement. Comme s’il ne pouvait pas le laisser finir en paix son p’tit déj’ tombé du ciel. Il réquisitionne les témoins dont je me garde bien d’être, et les autres aussi d’ailleurs, à part les deux filles en tailleur et les deux clodos survivants qui ne peuvent pas faire autrement. Si bien que je ne pourrai pas vous raconter la suite car, victime de la dispersion, je me retrouve dehors ainsi que tous les clients de l’Inter présents.