— Liam, attends… on peut parler ?
Liam s’arrêta sans un mot. Il échangea un regard avec Yassine, qui comprit aussitôt et s’éloigna discrètement.
Salma, ( un peu hésitante ) : Tu m’en veux toujours pour hier ?
Il répondit calmement, mais avec une distance perceptible :
Liam :Non… je ne t’en veux pas. Juste un peu déçu, c’est tout.
Elle baissa légèrement les yeux.
Salma : Je suis désolée, vraiment… J’ai peut-être été un peu dure.
Elle fit un pas vers lui, un petit sourire timide aux lèvres :
— Laisse-moi me faire pardonner… une glace ? c’est moi qui invite.
Liam allait répondre quand son regard fut attiré par une silhouette familière au loin : Lina, seule, traversant la cour. Les yeux rivés devant elle
Sans réfléchir, il murmura :
Liam : Désolé, Salma.
Sans ajouter un mot, il courut vers Lina, laissant Salma sur place, figée, le cœur serré, les bras croisés. Encore sous le choc de voir Liam partir sans hésiter, Salma restait là, immobile.
Laurine, restée dans son coin, s’approcha avec un sourire moqueur.
Laurine : Franchement, Salma, arrête un peu ça. Ça se voit trop qu’il est attiré par Lina. Tout ce que tu fais là… c’est du vent.
Salma lança un regard noir à Laurine, mais ne répondit pas.
Laurine haussa les épaules, faussement compatissante :
— Tu devrais arrêter de forcer, c’est gênant.
Un peu plus loin, Liam rattrapa Lina et l’appela doucement.
Liam : Lina, attends !
Elle s’arrêta, surprise
Lina : Oui ?
Liam : Ça fait toute la journée que j’essaie de te parler… mais t’étais jamais dispo ( dit-il avec sincérité. )
Lina : Je sais… désolée, j’ai un peu évité tout le monde, ( répondit-elle clairement. )
Il plongea son regard dans le sien.
Liam : Je voulais m’excuser… pour ce que t’as vécu, et pour t’avoir laissée seule à ce moment-là.
Elle baissa les yeux.
Lina : C’est rien, vraiment… c’est pas ta faute.
Un silence s’installa, puis il demanda :
Liam : Tu rentrais déjà ?
Lina : Oui… je voulais éviter le groupe.
Liam : Je peux marcher un peu avec toi ?
Elle hésita à peine, puis hocha la tête.
Lina : Si tu veux.
Ils commencèrent à marcher côte à côte, dans une ambiance calme et apaisée. Quelques minutes passèrent, le silence flottant légèrement entre eux, jusqu’à ce que Liam rompe doucement le calme.
Liam : Dis… ça te dérangerait si on parlait un peu de Khalid ?
Lina s’arrêta un instant, puis reprit sa marche, le regard fixé droit devant elle.
Lina : Honnêtement, j’aimerais éviter ce sujet.
Liam hocha la tête, respectueux. Elle soupira, comme pour clarifier ses pensées.
Lina : Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai eu une mauvaise expérience… pas seulement avec lui, mais avec tout ce qu’il représentait.
Elle inspira profondément, sa voix se faisant plus posée, presque triste.
— J’ai toujours été jugée… pour d’où je viens, pour mes fringues, pour ma façon d’être. Les gens comme lui, comme ceux de sa famille… ils te regardent comme si t’étais un projet à améliorer, jamais comme quelqu’un à aimer.
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Liam écoutait attentif, profondément touché.
Lina : J’ai compris que ce genre d’homme ne sera jamais fait pour moi… et même si un jour quelqu’un de ce milieu disait m’aimer … je pourrais pas y croire. Je ne veux plus m’attacher à ces histoires.
Elle tourna légèrement la tête vers lui, le regard sincère.
Lina : J’ai décidé de ne plus m’intéresser à ce qui me ferait douter de ma valeur.
Liam marcha en silence à ses côtés, visiblement ému. Il ne savait pas encore quoi dire, mais il savait une chose : il ne voulait pas qu’elle se sente jugée à nouveau.
Après un instant d’hésitation, il lui demanda doucement :
Liam : Quand tu dis que tu ne veux plus t’attacher à ce genre d’histoire… tu veux dire quoi exactement ?
Elle répondit sans détour, le regard franc :
Liam : Je déteste les riches… pas parce qu’ils ont de l’argent, mais parce qu’ils regardent les autres de haut. Ils ne respectent pas ceux qui sont en dessous. Ils jugent sans connaître. Pour eux, si t’as pas les codes… t’es rien.
Liam resta silencieux un instant. Il savait qu’elle n’avait pas tort, et dans un sens, il faisait partie de ce monde… du moins en apparence. Mais il choisit de jouer le jeu, doucement.
Liam : Ouais… t’as pas complètement tort. Même moi parfois, je ressens ça.
Elle le fixa, intriguée :
Lina : Attends… t’en es pas un, toi. Vu la maison où on était… c’est un peu dur à croire.
Il esquissa un léger sourire, sans trop en faire.
Lina : Non, c’est pas chez moi… c’est chez mon oncle. C’est lui qui m’héberge pendant mes études parce que c’est proche de l’école. Ma vraie maison… Celle où j’ai grandi… c’est pas du tout pareil … ma famille, elle a jamais roulé sur l’or
Elle le regarda un long moment, comme pour évaluer s’il disait la vérité.
Il soutint son regard, silencieux. Elle ne posa plus de questions.
Ils firent le chemin à moitié en discutant de tout et de rien, évitant soigneusement de revenir sur le sujet précédent.
Arrivés au métro, ils se dirent au revoir d’un simple regard. Aucun mot n’était nécessaire… tout avait été dit.
Une fois chez lui, Liam s’affala sur son lit, les yeux fixés au plafond. Les mots de Lina tournaient en boucle dans sa tête. Il repensa à leur échange, à la manière dont elle avait décrit certaines attitudes… et une évidence s’imposa : « chez son père, il agissait exactement comme elle l’avait dit.. »
Et pour la première fois, il ne vit plus la décision de son père comme une punition. Il sentit, au contraire, une étrange forme de reconnaissance.
Cette distance imposée, ce changement de cadre… c’était comme si ça le transformait doucement, lui ouvrait les yeux sur des choses qu’il n’avait jamais vraiment vues.
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Son téléphone vibra.
Liam : Allô ?
— Liam, c’est moi… ton père.
Liam : Oui, papa, bien sûr que je sais que c’est toi. Ton numéro s’affiche.
Papa : Ah oui… j’avais oublié. Comment tu vas ? C’est tranquille là‑bas, j’espère ?
Liam : Oui, papa, tranquille… je gère.
Papa : Fiston… je m’en veux tellement de t’avoir fait vivre ça. J’espère que tu ne m’en veux pas trop.
Liam esquissa un léger sourire.
La voix de son père était sincère, un peu maladroite, mais pleine d’attention.
Liam : T’inquiète, papa… ça va. Franchement, ce n’était peut-être pas si mal comme décision.
Un silence s’installa, puis son père reprit :
Papa : Tu sais… j’ai réfléchi. Si ça peut t’aider, je pourrais t’acheter une voiture. Ce serait plus simple pour toi pour aller à l’école.
Liam se leva brusquement , comme piqué
Liam : Hein ?!? Non, non, non… surtout pas.
Papa : Pourquoi ? ça te rendrait service… non ?
— Non, c’est pas le moment. J’ai mes raisons .