Cette nuit-là, Londres changea de visage.
Un crachin froid tombait sur les pavés luisants d’un quartier résidentiel de la banlieue sud. Sous un lampadaire vacillant, une silhouette immobile attendait, capuche rabattue, regard fixé sur une maison en briques rouges.
Il savait où il était.
Grâce au fichier que son contact lui avait envoyé, il avait recoupé les indices :Nom complet, âge et Adresse familiale .
Là, derrière ces murs, vivait l’homme qu’il traquait. Celui qui avait détruit Lina. Cet homme dormait, ignorant que l’ombre avait décidé de frapper.
Amir ne ressentait ni pitié ni hésitation. Seulement une tension glacée et maîtrisée. Il n’était pas un homme de procès, mais de sentence.
Il observa. Puis, dans une ruelle latérale, il trouva ce qu’il cherchait : une grille de sous-sol entrouverte. Il entra, silencieux comme une ombre.
À l’étage, la porte entrouverte laissait filtrer une lumière faible.
L’homme dormait.
Amir s’approcha, posa une main sur sa bouche et l’autre sur sa gorge. Pas pour le tuer mais pour le réveiller.
— Réveille-toi, ordure.
L’homme tenta de se débattre mais Amir serra, puis relâcha pour le laisser respirer lentement et difficilement.
— Tu crois t’en sortir après ce que tu lui as fait ? Tu penses que le silence de ta femme te protégera ?
Il enfonça un genou dans les côtes puis planta une seringue dans ses genoux. L’homme hurla, sans qu’aucun voisin n’entende.
— Tu vas vivre mais plus jamais comme avant. Tu comprendras ce qu’elle ressent,la douleur sera lente , très lente. Elle sera permanente et à chaque fois que tu essaieras de l'oublier, elle te rappellera sa présence.
Il prit une photo de Lina souriante.
— Tu ne mérites même pas son souvenir.
Il sortit sans bruit et sans traces.
Ce n’était que le début....
Cette nuit-là, Londres ne dormit pas.
Sous la pluie fine, entre les grondements lointains et les éclats de phares, une silhouette glissait de rue en rue, d’adresse en adresse.
Il avait préparé chaque intervention avec une rigueur presque militaire. Un plan millimétré et un enchaînement parfait. Il jeta un coup d'œil à sa liste et sortit un stylo rouge. Il barra le nom de Jack Howard , le beau-père de Lina. Il lui restait encore dix noms, ils étaient tous protégés par le silence, l’argent et les failles d’un système défaillant. Cette nuit, les failles seraient comblées : une à une.
Amir porta ses gants et vérifia sa trousse de secours et tout le matériel nécessaire pour sa mission de nettoyage. Il en avait pour toute la nuit.
Amir regarda sa montre, il était 00h08 . Il s'arrêta devant un immeuble, c'était là qu'habitait Malcolm Trent, un ancien directeur d’école âgé de 52 ans. Coupable de trois signalements classés sans suite. Des fillettes âgées entre dix et douze ans. Un silence imposé par la force. Amir l'attacha et l'emmena dans le jardin de son ancien établissement.
Il neutralisa les capteurs, attacha l’homme à un mât, nu, ligoté sous la pluie. Il planta une pancarte à ses pieds avec l'inscription : « Ce que tu faisais entre deux cours, je l’ai marqué sur toi. »
Il déclencha ensuite les haut-parleurs de la cour , c'était un enregistrement de voix tremblantes d’enfants.
Malcolm hurla et resta ainsi des heures sous le déluge, grelottant, hurlant à la lune.
00h39 : Ce fut autour de Victor Hale, notaire réputé de 47 ans.
Il avait v***é sa nièce de neuf ans. L'affaire fut étouffée par un accord familial.
Amir lui broya les genoux à coups secs et scotcha un faux acte notarié sur sa bouche : « Tu signais ton silence et J’écris la vérité. »
Hale suffoqua de douleur, incapable de ramper, laissé dans son salon, visage contre le parquet.
01h12 : Amir trouva Richard Carroway, cadre supérieur, divorcé.
Il avait abusé de sa propre fille.
Amir l’attacha à un grillage dans une ruelle de Camden, inconscient. Sur sa poitrine ,la photo de l’enfant accompagnée d'un message : « Elle avait huit ans. Tu n’auras plus jamais le droit d’oublier. »
Richard se réveilla dans ses urines, incapable de se libérer, criant jusqu’à extinction de voix.
01h34 : Leonard Finch, professeur de théâtre, accusé par deux étudiantes, punies à sa place.
Amir le força à se déshabiller, l’enferma dans son coffre de scène, bâillonné et avec cette affichette : « Tu voulais le silence, tu l’as. »
Leonard suffoqua des heures, pris de spasmes, battu par sa propre respiration trop forte dans l’étroitesse du cercueil.
01h58 : Eric Dunsworth, psychologue pour adolescents : Douze plaintes sans suite.
Amir l’injecta avec une toxine musculaire douloureuse. Il attacha à ses poignets des bracelets d’enfants gravés de prénoms. « Chaque nom, une souffrance que tu vas ressentir. »
Dunsworth convulsa, incapable de crier correctement, prisonnier de son propre corps.
02h15 : Clive Redgrave, chef scout. Accusé à répétition mais jamais inculpé.
Amir grava au couteau : « Les bois ne te cacheront plus. » Puis il l’attacha debout face à ses trophées, une vieille photo dans la bouche, injecté de la même substance paralysante. Clive resta figé.
02h45 : Timothy Gray, père de famille, accusé par la fille de sa compagne. Elle fut envoyée ailleurs et il resta libre sans poursuite judiciaire.
Amir brisa ses rotules. Sur son torse nu il grava ce message : « Elle avait douze ans mais toi tu n'en as pas tenu compte. Maintenant tu vas crever lentement. »
Timothy resta couché, bavant, incapable de se relever, hurlant au plafond.
03h02 : Douglas Prentiss, inspecteur de police à la retraite. Un corrompu qui avait aidé à étouffer plusieurs affaires. Il n'avait rien fait mais il avait préféré se taire et laisser les victimes souffrir.
Amir l’attacha à sa chaise et le bâillonna. Il fit sortir tous les extraits d’enquêtes enterrées et lui donna ensuite deux coups de couteau dans les genoux sans oublier son message : « Protéger les siens, trahir les autres. »
Douglas sombra dans une demi-conscience douloureuse, confronté à ses propres dénis.
03h23 : Dr Maxwell Keen, pédopsychiatre. Coupable de manipulations de témoignages d’enfants.
Amir le ligota à une chaise d’enfant, dans sa salle d’attente. Il lui coupa les doigts un à un. Et de son sang, il écrivit sur le mur : « Vous n’écoutez pas les enfants. Moi, si. »
Keen s’évanouit à chaque coup, se réveillant pour le suivant.
03h51 : Harold Mervin, avocat de la défense. Spécialiste pour faire acquitter les prédateurs. Amir glissa dans ses livres de droit des notes manuscrites : « Tu as vendu la parole des innocents pour de l’or. À ton tour d’être entendu. »
Il activa l’interphone , c'était des cris enregistrés d’audiences passées, à plein volume.
Mervin hurla, prostré au sol, entouré de ses trophées de justice.
Amir cocha le dernier nom sur sa liste et retira enfin ses gants à 4h03.
Le ciel hésitait encore entre nuit et l' aube.
Des lueurs pâles s’épanouissaient lentement sur les toits, caressant les vitres humides de rosée.
Amir se gara dans le sous-sol d’un immeuble anonyme de Mayfair. Aucune caméra ne le suivait. Il possédait l’étage entier, mais son nom n’apparaissait nulle part. Tout avait été pensé pour l'effacer, sauf le confort. Le luxe n’avait pas besoin d’éclats, juste de précision.
Il entra sans bruit.
L’ascenseur privé le mena directement à son sanctuaire. Silence feutré.
Parfums de bois sombre et de cuir patiné. L’appartement dominait la ville. Un mur entier de baies vitrées laissait voir Londres encore endormie, s’étendant comme un animal assoupi sous la bruine.
Il retira son manteau trempé. Le tissu glissa lentement au sol, révélant une silhouette marquée par l'effort, mais droite.
Sur un buffet bas, il alluma une enceinte discrète.
Il fit couler un café noir, corsé, avant de s’installer dans un fauteuil en cuir face à la ville. Un écran s’alluma. Il n’avait même pas besoin de le toucher. Il savait que d’ici peu, les sirènes hurleraient dans onze quartiers et que les journalistes recevraient leurs premières alertes.
Les réseaux sociaux exploseront de colère, de peur et d’incompréhension.
Il ferma les yeux une seconde.
Amir n'avait aucun remords. Juste la certitude qu'il avait offert au monde ce que personne n’osait livrer c'est à dire la vérité nue, gravée dans la chair et le silence brisé.
Un frisson le traversa, il ne s'agissait pas de fatigue mais une excitation froide.
Celle d’avoir rendu service et d' avoir nettoyé une infime partie de la vermine.
Ce soir, les prédateurs avaient saigné. Pas de mort mais pas de répit non plus. Chacun vivrait mais pas comme avant.
Il porta la tasse à ses lèvres.
___Et demain… ils se demanderont qui je suis. Souffla -t-il entre deux gorgées.
Un sourire presque imperceptible flotta sur ses traits.
Il était le prince d’un royaume mais cette nuit, il était devenu le juge invisible d’un empire de douleurs.