Le Cœur, débordant d’allégresse, jubila : « Ô liberté délicieuse ! On m’avait bâillonné comme le chardonneret dérobé qu’on empêche de chanter. Ma compensation, désormais, sera d’aimer, jusqu’à ce que j’aie épuisé mon dernier souffle ! » « Toute liberté t’est donnée, approuva Victor, mais n’oublie pas que Theuda c’est Imago, la Haute et la Sainte. Si ton amour est entaché de désir, n’aie point la hardiesse d’effleurer de ton contact impur celle qui est la Pureté. » Le Cœur répondit : « Me voici devant toi ! Prends un flambeau, éclaire mes détours les plus secrets, examine-moi. » Victor scruta les replis les plus secrets de son cœur, puis il s’écria : « Ton amour est humble et libre de désir ! Aime-la donc, jusqu’à ce que tu aies épuisé ton dernier souffle ! » Mais, inassouvi, le Cœur soupira : « Je voudrais m’envoler secrètement vers elle, demeurer près d’elle invisible, vivre sans cesse de tout ce qui la fait vivre, heure après heure, seconde après seconde, depuis le matin lorsqu’elle salue le jour de sa fenêtre, jusqu’au soir où, lassé, chacun s’étend pour la nuit. » « Fais ainsi », approuva Victor. Et le Cœur fit comme il avait dit, et battit invisible à côté d’elle, depuis le matin où elle saluait le jour de sa fenêtre jusqu’au soir où l’on s’étend lassé pour la nuit. Lorsqu’elle s’asseyait à table, le Cœur lui soufflait : « Mange et sois joyeuse ! » Et lorsqu’elle se préparait à sortir, il murmurait : « Ne mets pas ta robe de tous les jours ; pare-toi de ta robe claire et neuve, car tu es belle et si pleine de charme que, partout où se portent tes pas, le jour devient un jour de fête ! » Inassouvi, le Cœur soupira encore : « Je voudrais plonger dans les profondeurs de son âme, pénétrer jusqu’à la source de ses émotions, aimer à travers son cœur tout ce qu’elle aime, depuis son mari et son enfant jusqu’à la plante qui fleurit sous sa fenêtre. » « Fais ainsi », approuva Victor. Et le Cœur fit comme il l’avait dit. Il plongea dans l’âme de Theuda, pénétra jusqu’à la source de ses émotions, aima tout ce qu’elle aimait elle-même. Parlant à son époux : « Tu as en moi, dit-il, un ami que tu ignores, un appui que tu ne soupçonnes pas ; quoi que l’avenir puisse t’apporter, je suis là pour te prêter assistance. » Puis il parla à l’enfant : « Tes petits pieds s’avancent chancelants vers l’inconnu, tes yeux sourient à la brume lointaine de l’avenir, mais moi j’ai l’expérience, et je te garderai de toute méprise et de tout mal. » S’adressant à la plante qui croissait sous sa fenêtre : « Applique-toi, dit-il, à revêtir tes couleurs les plus éclatantes, et restaure son âme par la fraîcheur de ton parfum. Songe que ce n’est pas une fenêtre quelconque, celle où s’accrochent tes tiges grimpantes. » Inassouvi, le Cœur soupira encore : « Je voudrais me transformer en bénédiction et, comme un esprit tutélaire, environner ses pas, la relever quand son courage faiblit, écarter d’elle le malheur, s’il venait à rôder de nuit autour de son seuil. » « Fais ainsi », approuva Victor. Le Cœur fit comme il avait dit ; et quand venait le matin pâle il baisait les paupières de Theuda : « Le coq chante ! Lève-toi et ne crains-rien ; aujourd’hui est un jour de joie. » Lorsqu’elle était affligée, le Cœur murmurait : « Tu te trompes ! Tu ne saurais être triste, toi qui fais la joie et le bonheur des humains ! » Et si le malheur rôdait de nuit autour du seuil de l’aimée, il lui barrait le passage : « Halte-là ! disait-il, tu fais erreur. Cette demeure est intangible et sacrée, car c’est la demeure d’Imago. » Alors Victor s’écria : « Mon Cœur ! je t’ai donné tout ce dont ton amour avait soif. Es-tu satisfait ? Réclames-tu davantage encore ? » Le Cœur répondit : « Comment serais-je jamais satisfait ? En moi l’amour engendre l’amour, et plus je l’aime, Elle, l’Unique, plus intense est ma soif de l’aimer ! J’ai enveloppé de ma pensée recueillie l’image présente de l’aimée : je voudrais en faire autant de son image d’autrefois, saluer en esprit la vision de ce qu’elle fut, retourner jusqu’aux jours de sa jeunesse, jusqu’à ceux de sa petite enfance, plus en arrière encore, jusqu’à son origine au-delà du monde, aux espaces supraterrestres où germa et grandit son âme, avant de s’acheminer vers la terre. Mais, seul, je n’ai pas le pouvoir de m’élever à ces hauteurs. Ordonne à la Fantaisie de m’y porter ! » « Cela aussi te sera accordé », déclara Victor. Puis il dit à la Fantaisie : « Petit oiseau inutile et musard, qui ne me prépares jamais que trouble et malencontre, me décevant par des images trompeuses et me faisant commettre des folies sans nombre, – alerte ! Et prouve une fois que tu sais être utile à quelque chose ! Tu as entendu ce que le Cœur désire de toi : ouvre ton aile la plus audacieuse et emporte-le loin de la terre, dans la patrie de toutes les âmes ! » Radieuse, la Fantaisie répondit : « C’était mon vœu le plus ardent ; car là-haut je me sens chez moi ! » Et parlant ainsi, elle enleva le Cœur sur son aile audacieuse, bien au-delà du monde, jusqu’aux paysages baignés de rêve où reposent encore les âmes des hommes. Là, guidé par la divination de l’amour, Victor trouva le chemin qu’avait suivi l’âme de l’aimée dans son pèlerinage vers la terre. Se dirigeant sur les traces de ses pas, il tenta de revivre après elle sa vie passée. Il évoqua d’un élan créateur les premières années de l’enfant nouveau-né ; il salua son lieu natal, les rocs sur lesquels s’était posé le regard étonné de ses yeux d’enfant, les sentiers et les bois au long desquels il croyait distinguer la vision pâlie de sa silhouette de jeune fille. Puis de nouveaux paysages, d’une essence inconnue, se révélèrent à ses yeux : brusques échappées sur les mondes de l’au-delà, ciels traversés de nuages étranges, espaces éclairés de lueurs insolites pour nos yeux humains, et son âme en frémit tout entière. La réalité semblait s’évanouir, le temps s’abîmer sous ses pieds… Épuisé enfin par l’abondance de ces visions, le cerveau défaillant cria grâce, l’esprit fatigué refusa le service : « Assez ! Pitié ! C’en est trop ! » Mais, courroucée, la Fantaisie agita ses ailes : « Ce n’est pas en vain que j’aurai atteint ces hauteurs ; c’est ici que je respire, c’est ici que je veux planer ! Tu as désiré voir son âme en germe ; supporte, maintenant, d’en contempler l’épanouissement ! » Et prenant son essor toujours plus haut, en dépit des résistances et des supplications de l’homme tremblant, elle lui dévoila une vision d’avenir, vision importune et qu’il n’eût point souhaitée, mais ineffaçable néanmoins. Il vit un adolescent et une vierge, dont les âmes jumelles, n’en formant qu’une seule, avaient absorbé en elles toutes les âmes de l’univers ; si bien qu’en dehors de ces deux êtres rien de vivant ne se mouvait plus dans l’espace infini. Et cet adolescent et cette vierge marchaient ensemble dans les prairies célestes, se parlant et se regardant avec une tendresse infinie, auprès de laquelle nos pauvres amours terrestres, exclusifs et fragmentaires, ne sont qu’un jeu misérable et futile… « Qu’ai-je à faire avec cet adolescent et cette vierge ? » interrogea le Cœur irrité. Il vit alors que la vierge en qui palpitait l’Âme universelle avait le visage d’Imago. … C’est ainsi que Victor s’entretenait avec son amour transfiguré. Son cœur entourait continuellement Theuda dans son existence terrestre ; sa fantaisie, s’enfuyant par delà les nuages, la lui ramenait encore sous la forme lumineuse d’Imago ! Aimer était devenu son occupation ; exalter ce qu’il aimait, son délassement. Son amour était si pur et si beau, son culte si respectueusement adorateur et si dépouillé de désir, son imagination si féconde en révélations toujours nouvelles, que dans son transport intérieur respirer ne fut plus assez, il lui fallut chanter : tantôt fredonnant doucement, tantôt jetant au ciel un cri de joie ou une longue note attendrie. Ou bien encore, d’une main inhabile, il traçait sur le papier des lignes obliques et maladroites, sur lesquelles venait s’accrocher, en une guirlande de petites notes, la mélodie que clamait son bonheur ! Quant aux paroles, sa félicité n’en demandait point : l’ivresse des sons lui suffisait. *** *** *** – Serais-je importun ? demanda la voix paternelle du substitut, qui entrait dans la chambre de Victor. Après quelques banales phrases d’introduction, il fit un ou deux essais pour engager la conversation sur un terrain scientifique, mais sans conviction, avec l’air un peu inquiet et embarrassé de celui qui a une arrière-pensée. Enfin, timidement, il se risqua : – Le 4 décembre, comme vous savez sans doute, est l’anniversaire de la fondation de l’Idealia. Pour cette occasion j’ai composé moi-même – comment dire ? puis-je appeler cela un prologue ? – quelques modestes rimes sans prétention, des iambes de cinq pieds avec ici et là un anapeste ; le tout a la forme d’un dialogue, mettant en opposition la culture antique et la culture moderne… Consentiriez-vous peut-être… J’ai pensé à vous, car j’ai besoin, pour me donner la réplique, d’un homme de culture classique, – il y a naturellement des citations grecques et latines. – Si vous étiez d’accord, je prendrais la culture antique et vous la moderne ; bien entendu, ce sera comme vous préférez… à supposer que vous ayez l’envie et le temps ? Et comme Victor se déclarait prêt à représenter la culture qu’on voudrait, le substitut respira soulagé. – Merci ! Et que je n’oublie pas : ma femme a été tout heureuse de votre réconciliation avec mon beau-frère ; elle vous fait demander pourquoi elle ne vous aperçoit plus jamais ? C’était juste ! Victor y songeait maintenant. Absorbé par le culte fervent rendu à sa divinité, il avait complètement perdu de vue la divinité ellemême. Le besoin de la voir ne s’était même pas fait sentir. Maintenant que Theuda se rappelait à son souvenir et qu’il devait se rendre à son invitation, ce devoir, il est vrai, lui paraissait doux. Quelques jours plus tard il s’acheminait vers la rue de la Cathédrale dans l’état d’âme d’un païen récemment baptisé se rendant à la première communion, le pas tantôt résolu, tantôt craintivement ralenti. Il y avait encore quelques taches, il ne pouvait se le dissimuler, sur l’hermine de sa sainteté intérieure ; mais sa conversion était sincère, son repentir profond et son amour pur ; et puis les dieux sont miséricordieux… N’avait-il pas aussi Kurt de son côté, maintenant ? Theuda le reçut gracieusement et sans la moindre trace de l’ancienne hostilité ; était-ce l’influence de Kurt, ou lut-elle ses pieuses dispositions sur son visage ? Chose extraordinaire, le souvenir de leurs querelles semblait avoir été balayé par un coup de vent. Entre deux phrases quelconques, relatives aux préparatifs de la fête, elle lui annonça la mort d’un parent éloigné, décédé subitement dans la nuit. En même temps une ou deux larmes roulaient sur ses joues, et Victor, sans qu’on l’aperçût, avançait la main pour les recevoir, comme si elles eussent été de l’eau bénite. On parla encore de choses et d’autres, puis au départ elle lui serra la main, pour la première fois depuis le temps de la Parousie. Dans les jours qui suivirent, l’étude du fameux prologue obligea Victor à se rendre fréquemment chez le substitut. Les affaires sérieuses une fois terminées, il s’attardait volontiers un moment. La plupart du temps il restait assis sans dire mot ; mais son œil sagace était celui du vieil oncle contemplant une famille qu’il a secrètement couchée sur son testament. Il accordait en même temps ce régal à son amour : se délecter de tous les mouvements, de tous les gestes de Theuda ; et depuis qu’il était un homme transformé, chacun de ces mouvements, chacun de ces gestes lui paraissait nouveau. Tandis qu’autrefois il ne l’avait jamais vue que provocante ou sur la défensive, il pouvait observer maintenant la Theuda de tous les jours, dans son attitude la plus naturelle ; et à côté des perfections qu’il lui connaissait déjà il en découvrait un grand nombre d’autres qui remplissaient son cœur de joie. Chacune de ses vertus lui semblait une justification de son amour idolâtre, et la condamnation de toute espèce de méfiance. Plus n’était besoin, maintenant, de chasser loin de lui ses doutes ; au contraire, il se les remémorait, il les invitait à reparaître, pour avoir le plaisir de les réduire à néant. « Approchez-vous, grincheux ! disait-il ? transpercez-la de votre œil le plus aigu. – Voyez comme elle est bonne envers ses subalternes. Ne prétendiez-vous qu’à la façon de traiter ses subordonnés on reconnaît le vrai fond d’un individu ? Avouez-le donc : elle est bonne. » « Bonne, elle l’est assurément ! » « Et sa manière de donner, sans condescendance protectrice et comme on secourt son pareil ? Avouez-le aussi : elle est compatissante. » « Nous le reconnaissons ; elle est compatissante. » « Vous irez plus loin encore. L’avez-vous observée ? Jamais une lueur d’envie ne dépare son visage lorsqu’on loue devant elle la beauté d’une autre femme. Il n’y a jamais chez elle la moindre trace de coquetterie ; les hommages des hommes – les miens y compris – passent inaperçus pour elle, et si même elle s’en doute, ils lui sont indifférents ou à charge. Avez-vous remarqué que dans son entourage, parmi ceux qu’elle honore de son amitié, il n’y a pas un caractère qui ne soit loyal ? – Et cette modestie, cette fidélité au devoir, cet amour de son intérieur, ce dévouement tranquille à son enfant ? Eh bien ! niez tout cela, si vous le pouvez. » « Personne ne conteste le grand nombre de ses mérites extraordinaires, mais de là à en faire une divinité… » « Assez ! pas un mot de plus ! Douter encore serait faire preuve de mauvais vouloir. » Toutefois, bien que Victor, se grisant d’enthousiasme, s’efforçât de croire à la perfection de l’aimée, sa présence corporelle le troublait plus qu’elle ne le réjouissait. Ce n’était pas que ses petits défauts lui déplussent, – il savait qu’elle était humaine, il lui plaisait qu’elle le fût ; – mais il y avait parfois dans le maintien de Theuda un certain laisser-aller qui ne satisfaisait pas le sentiment intime de Victor. Elle prenait par instant une figure inexpressive, un regard mat, un peu languissant, une attitude abattue, qui n’avait plus rien d’imposant ou de pictural. Bref, elle n’était pas à chaque minute Elle-même, elle ne représentait pas du matin au soir Imago. Parfois même Victor pressentait qu’elle n’avait pas le moins du monde conscience de son rôle symbolique ! À cette impression s’ajoutait une souffrance des yeux : sa robe de maison était garnie de petits lacets de velours, deux rangs en bas, près de l’ourlet, un rang en haut, autour de l’échancrure. Non, vraiment ! Imago dans l’attirail d’une choriste du Freischütz, toute prête à chanter le Jungfern Kranz ! Cela choquait affreusement les yeux de Victor et froissait son adoration. Ce détail et d’autres analogues produisaient en lui un va-et-vient agité de sentiments, auquel il préférait la solitude et sa Theuda imaginaire. Par contre, il allait souvent voir les amis de Mme Wyss, dans l’espoir de retrouver sur leurs visages cordiaux et familiers comme un reflet du sien. Le nom de Theuda était-il prononcé, il éclairait soudain la monotonie de la conversation, comme la petite étoile d’un feu d’artifice jaillie dans l’obscurité… Ce nom, Victor ne s’aventurait jamais à le prononcer lui-même, car il rougissait déjà en parlant de la rue de la Cathédrale. Dans une de ces visites, il fit la rencontre de Kurt, qui dans sa joie montra toutes ses dents, et ne manqua pas de citer avec empressement une des anciennes boutades de Victor : « … Ces courtisanes de tous les arts, qui prostituent leur âme avec des lambeaux du premier chef-d’œuvre venu !… Horrible ! repoussant ! mais fameux ! fameux ! ! » – Une demi-heure plus tard, comme Victor défendait seul contre le pasteur et le substitut, ces deux coryphées de la vertu, l’opinion « qu’une religion qui se soucie de morale n’est pas digne de l’attention d’un honnête homme », Kurt vint à lui et lui demanda sur un ton modeste et affectueux : – Quand aurons-nous l’occasion de causer une fois seul à seul ? Depuis ce jour-là Kurt et Victor s’assirent l’un près de l’autre toutes les fois qu’ils se trouvaient en société. Il était impossible qu’on ne remarquât pas à l’Idealia le changement édifiant survenu dans les dispositions de Victor ; la transformation était trop évidente. Lui, dont l’attitude était autrefois si arrogante, qui s’appliquait à se rendre désagréable à chacun, prenait la fuite dès qu’un piano faisait mine de s’ouvrir, et paralysait toutes les conversations par son sourire de supériorité, non seulement il écoutait maintenant avec de grands yeux attentifs les plus fastidieuses histoires domestiques, mais il se récriait même ici et là, interrompant par des : « Pas possible ! – Réellement ! – Que me dites-vous ! » Et il s’enquérait des progrès des enfants, s’informait si Gertrude avait eu la rougeole ou Mimi la coqueluche… Il allait même, de son propre mouvement, jusqu’à supplier qu’on voulût bien – pour l’amour du ciel ! – lui chanter ou lui jouer « quelque chose ». En un mot, comme par miracle, il était devenu « confortable » ! Mais ce qui excitait surtout une satisfaction étonnée et joyeuse, c’étaient ses opinions sur le sexe féminin, devenues si raisonnables et pleines de bon sens. Était-ce bien le même Victor qui laissait tomber des axiomes comme celui-ci : « Ce n’est pas la femme légère qui est poétique, mais bien plutôt la femme chaste ; car la poésie de la femme c’est le dévouement, et le vrai nom de la femme déréglée est Égoïsme. » Ou bien : « La puritaine la plus étroite est encore supérieure en sensibilité à la femme libertine. » – Voilà qui sonnait d’autre sorte ! C’était là des propos qu’on pouvait écouter ! Malheureusement, une phrase regrettable venait souvent mitiger l’effet d’édification produit par ces louables propos. Après avoir fait de la femme vertueuse un éloge si dithyrambique qu’on eût pu l’arranger pour chœur à cinq voix avec orchestre, Victor ajoutait, par exemple : « Mais, au nom du ciel, que voulez-vous que je fasse d’une femme vertueuse ? » Oui, quelque chose clochait encore ; il manquait à cette conversion un petit « je ne sais quoi ». Mais la bonne volonté de Victor était évidente, et on ne pouvait raisonnablement attendre qu’il devînt parfait d’un jour à l’autre. Et déjà les membres de l’Idealia se chuchotaient leur espoir à l’oreille : peut-être, avec le temps, Victor deviendrait-il ténor dans le chœur ! Mais pour le moment Victor reculait à l’arrière-plan. Que signifiaient les préoccupations de personnes en regard des circonstances importantes que traversait l’Idealia ! L’anniversaire de sa fondation approchait, et il régnait dans tous les esprits une atmosphère d’« avent ». Enfin, chose presque inconcevable, la fameuse semaine devint réalité.