Puis, comme si de rien n’était, il retourna s’asseoir à sa table.
À peine rentré du dîner avec sa mère et Khoudia, Mourad n’eut pas le temps de souffler. Jennah et Lina surgirent presque en même temps dans le couloir, visiblement en alerte.
— Mourad, faut qu’on te parle, dit Jennah.
— Oui, c’est important, ajouta Lina, déterminée.
Mourad fronça les sourcils, légèrement confus par leur empressement.
— Suivez-moi, dit-il d’un ton las.
Il les conduisit dans l’un des salons secondaires et s’installa. Jennah et Lina s’assirent rapidement, l’une à gauche, l’autre à droite. À peine installées, elles commencèrent à parler en même temps, chacune tentant de prendre le dessus.
— Stop, dit Mourad sèchement. Taisez-vous.
Le silence tomba aussitôt. Jennah jeta un regard noir à Lina. Lina leva les yeux au ciel.
— C’est moi la première qui voulait lui parler, lâcha Jennah.
— Faux, répliqua Lina. C’est moi.
Mourad soupira, exaspéré, puis tourna la tête vers Jennah.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Jennah redressa légèrement la tête.
— Je veux passer du temps avec toi. Comme Khoudia. Pourquoi elle aurait droit à un dîner et pas nous ?
Mourad s’appuya contre le dossier du canapé.
— J’ai pas le temps pour ça. Je dois reprendre le travail.
Lina intervint aussitôt.
— Mais c’est injuste. Khoudia a eu une opportunité. On devrait en avoir une aussi. On veut se rattraper.
— Y’a plus de temps pour ça, coupa Mourad froidement.
— Pourquoi ? souffla Jennah. Tu as déjà choisi, c’est ça ?
Mourad croisa les bras.
— Oui. Je sais qui je veux. Mais j’y réfléchis encore.
Jennah le regarda avec insistance, presque suppliante.
— S’il te plaît… Donne-nous une dernière chance.
Mourad se leva, le visage dur.
— Non. J’ai une réunion importante demain et après demain dans la soirée.
— On peut sortir la journée, alors, tenta Lina.
— Je serai au bureau, répondit-il sans même la regarder.
Les deux femmes échangèrent un regard désespéré. Leurs chances s’évaporaient.
Mourad, déjà en train de quitter la pièce, lança sans se retourner :
— Bonne nuit.
Et il s’en alla, les laissant là, frustrées et impuissantes.
•
Deux jours plus tard.
La veille de la cérémonie de l’élue, Mourad avait passé la journée allongé. Épuisé par les récents évènements, il avait fini par céder à la fatigue. Le médecin de la famille, appelé en urgence, avait été clair : il devait impérativement se reposer. Trop de tension, trop de pression.
À son chevet, sa mère Mara, ses sœurs et toutes les prétendantes s’étaient relayées, tentant de lui apporter un semblant de réconfort. Seule Zaynab brillait par son absence. Elle aussi, de son côté, se sentait vidée. Déprimée, elle passait le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre. Depuis l’annonce de la dot, aucun membre de sa famille ne lui avait adressé la parole, hormis Maysa, sa belle-sœur, qui restait la seule à lui témoigner un peu d’affection.
À la nuit tombée, malgré la fatigue, Mourad avait revêtu une tenue sobre et élégante. Il avait rendez-vous dans son bureau privé pour une réunion de la plus haute importance avec deux de ses associés les plus influents : l’un venu du Qatar, l’autre de Suisse. Ce contrat, s’il se signait comme prévu, le propulserait à un nouveau niveau de richesse et de pouvoir.
Pendant ce temps, Zaynab se préparait dans sa chambre. Maysa, sa belle-sœur, l’avait prévenue que ses frères et elle sortiraient en boîte ce soir-là. Pour l’occasion, elle lui avait même envoyé quelques tenues chics et osées, choisies avec soin. Maysa lui avait également soufflé qu’elle devrait faire un effort et aller vers Mourad. Mais Zaynab refusait catégoriquement.
Elle ne savait pas comment s’y prendre, et surtout, elle ne le voulait pas. Elle détestait Mourad. Rien que l’idée de faire semblant de se rapprocher de lui la répugnait. Forcer quoi que ce soit n’était pas dans sa nature.
Mais Maysa, elle, ne baissait pas les bras. Elle voulait voir Zaynab épouser Mourad pour son propre bonheur, mais aussi pour sauver leur entreprise. Elle connaissait Zaynab mieux que personne. Elle savait à quel point elle était capricieuse, fière, et surtout attachée au luxe. Et dans son esprit, un seul homme pouvait combler ça : Mourad Yacine Al Fayed.
Zaynab se préparait dans sa chambre. Elle porte un ensemble chic composé d’une jupe assortie et d’un manteau gris élégant, légèrement oversize. Ses cheveux longs, lisses, tombent naturellement sur ses épaules, sans perruque ni artifice. Son style sobre et naturel met parfaitement en valeur sa beauté.
Le tissu, fluide mais bien coupé, mettait en valeur sa silhouette avec classe, tout en suggérant une certaine désinvolture calculée. Ses jambes étaient dégagées, ce qui contrastait avec la coupe plus sérieuse du manteau. Son style, bien qu’osé pour un cadre professionnel, respirait la confiance et le contrôle.
Elle savait exactement ce qu’elle faisait et surtout, sur qui elle faisait effet.
Zaynab descendit dans le grand salon où se trouvaient Mara, Khoudia, Lina, Bella Dior et Soukayna. Dès qu’elle franchit le seuil, tous les regards se tournèrent vers elle.
Mara la dévisageait de haut en bas, silencieuse.
Bella Dior, elle, la complimenta avec un sourire sincère.
— Tu es sublime, Zaynab.
— Merci, souffla doucement Zaynab en souriant.
— Tu vas où comme ça ? demanda Soukayna, intriguée.
— Je sors en boîte avec mes frères, répondit simplement Zaynab.
Khoudia fronça les sourcils.
— Tu ne devrais pas sortir avant l’annonce de l’élue.
Lina, visiblement agacée, répliqua à Khoudia :
— Et toi ? T’es bien sortie avec Mourad l’autre soir, non ?
Khoudia se tut aussitôt, piquée.
Mara prit alors la parole, d’un ton sec :
— C’est moi qui ai voulu que Mourad sorte avec Khoudia et moi ce soir-là, dit Mara sèchement.
Zaynab ne répondit pas. Elle détourna légèrement le regard et demanda à Bella Dior :
— Où est ton frère ?
— En réunion, dans son bureau, répondit Bella Dior.
— Pourquoi tu cherches Mourad ? intervint Khoudia.
Soukayna esquissa un sourire taquin.
— Peut-être qu’elle veut qu’il l’accompagne.
À ce moment-là, Jennah entra dans la pièce, un sourire malicieux aux lèvres.
— Oublie ça, lança-t-elle. Mourad a dit qu’il ne sortirait avec personne ce soir.
Khoudia enchaîna aussitôt :
— Il est souffrant. Il a besoin de repos. Et puis… on dirait que Zaynab veut une sortie avec lui, comme nous sommes allées dîner avec lui, Mara et moi. Mais ça ne sera pas possible.
— Au moins, Khoudia se préoccupe de sa santé, déclara Mara, le regard lourd, braqué sur Zaynab.
Cette dernière se contenta de sourire calmement.
— Bella, où se trouve le bureau de ton frère ?
Bella Dior s’apprêta à répondre, mais Mara prit de vitesse :
— Qu’est-ce que tu comptes faire exactement ? lança-t-elle, visiblement agacée.
— Je veux lui parler, répondit Zaynab, sereine.
— Tu viens d’entendre qu’il est en réunion, insista Mara, sèche.
Zaynab resta calme malgré son agacement. Bella Dior intervint :
— Tu veux quoi exactement, Zaynab ?
— Une voiture. J’ai besoin d’une voiture pour sortir, dit-elle.
— Tu peux prendre la mienne si tu veux, proposa Bella Dior.
Zaynab secoua doucement la tête.
— Non, je vais demander à Mourad.
Puis elle sortit du salon, sous les regards noirs, jaloux, et intrigués. Rien ne la faisait vaciller.
Une fois devant le bureau de Mourad, Zaynab entra… sans même frapper.
Elle tomba sur Mourad et ses deux associés : l’un venait du Qatar, l’autre de Suisse. Dès qu’elle fit un pas dans la pièce, l’associé suisse lui adressa un sourire flagrant. Mourad le vit immédiatement. Son regard se durcit. Il serra les dents.
Il était hors de lui. Non seulement Zaynab était entrée sans prévenir, mais elle était aussi vêtue d’une tenue qui, à ses yeux, n’avait rien à faire ici.
Zaynab, faussement surprise, joua la carte de l’innocence.
— Oh… je suis désolée, je ne savais pas que vous étiez occupé…
Les deux associés lui répondirent poliment.
— Ce n’est pas grave, mademoiselle.
Mais Mourad ne cacha pas son agacement.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? lança-t-il, sec.
Zaynab soutint son regard, parfaitement calme.
— Je voulais te parler. Mais je ne savais pas que tu étais en réunion, je m’excuse de vous avoir dérangés.
L’associé suisse la coupa, intrigué.
— Aucun dérangement… quel est ton prénom ?
Zaynab s’apprêta à répondre, mais Mourad la coupa froidement :
— Dehors.
Les deux hommes échangèrent un regard stupéfait. Le ton de Mourad était glacial, presque humiliant. Zaynab, elle, ne broncha pas. Elle le fixa avec ce regard provocateur qu’il connaissait trop bien : elle l’avait fait exprès.
L’associé qatari, intrigué, s’adressa à elle.
— Vous êtes sa sœur ?
Zaynab sourit doucement.
— Non. Sa cousine. Ma mère aussi est une Al Dhurani.
Et c’est là que Mourad explosa.
A suivre